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jeudi 10 janvier 2013

Bosnie-Herzégovine : un pays divisé (France 24)

Pour la dernière émission d'"Europe District", France 24 a diffusé un reportage le 24 décembre 2012 sur la "Bosnie-Herzégovine : un pays divisé", revenant sur différents problèmes de mal-développement (corruption à tous les échelons) et de fragmentations (politiques, identitaires, sociales) qui se heurtent aujourd'hui au processus d'intégration de la Bosnie-Herzégovine à l'Union européenne. Ce reportage, en deux parties, présente des témoignages sur l'accès aux soins médicaux, sur la vie politique, sur le système scolaire, sur la vie culturelle... Un reportage à redécouvrir en cliquant sur les images.



Présentation du reportage sur le site de France 24 :

"Dans ce pays plus que jamais divisé par les institutions communautaristes, l'entité serbe s'enfonce dans la crise. Avec un entretien exclusif du Président serbe pour la présidence tripartite, Nebojsa Radmanovi. Nous irons aussi à la rencontre d'un médecin qui essaie de parer aux difficultés du système de santé. Enfin nous visiterons une station de ski à Jahorina qui s'apprête à faire le plein de touristes "yougoslaves". Après un détour par l'université de Mostar, obligée de pratiquer la ségrégation ethnique, nous rencontrerons trois femmes bosniennes. La première femme-maire voilée d'Europe, une chanteuse, Amira, la "Billie Holiday des Balkans" qui chante le Sevdah. Enfin Jasna Samic, écrivaine critique sur la montée des intégrismes et des réflexes mafieux, nous fait visiter son Sarajevo."



Source du reportage :
"Bosnie-Herzégovine : un pays divisé", émission "Europe District", France 24, 24 décembre 2012 (1ère partie / 2ème partie : attention, sur le site les vidéos ont été inversées : sur la page "1ère partie", on trouve la deuxième partie du reportage, et inversement).

mardi 7 juillet 2009

La géographie en blogs, en vidéos et en podcast


Ces jours-ci, l'activité du blog est nettement ralentie, en cette période de rédaction de thèse. En attendant une reprise plus active, voici les liens vers les différents blogs de géographie de François Arnal (professeur de géographie en classe préparatoire au Lycée Claude Fauriel Saint-Etienne), consacrés aux classes préparatoires, mais qui peuvent intéresser un public bien plus large.

Conçu comme un complément des cours qu'il donnait à l'Université de Saint-Etienne, le blog est désormais principalement axé sur les questions aux programmes des classes préparatoires. Mais pas seulement... Analyse géographique de films (complément utile aux analyses proposées par les Cafés géo), analyses de paysages, présentation de concepts-clefs de la géographie... Le blog est régulièrement enrichi par des analyses pertinentes et stimulantes.

Ce blog réunit des émissions de radio sur des thèmes étudiés en classes prapratoires, depuis la géographie de la France jusqu'au thème annuel pour les 2èmes années. Le blog ne semble plus actualisé, mais les émissions sélectionnées valent le coup d'oeil (ou plutôt d'oreille). Comme l'annonce François Arnal : "la géographie, ça s'écoute aussi..." L'émission Planète Terre proposée chaque mercredi sur France Culture est là pour nous en rappeler l'intérêt !

Hébergé par le site Curiosphère qui propose de très nombreuses vidéos à usage pédagogique, ce second blog se propose d'explorer l'univers des vidéos, autour des questions au programme de classes préparatoires. L'an dernier, la question portait sur "Santé et environnement". On y retrouve également des vidéos sur des concepts de la géographie.


vendredi 5 juin 2009

Planète terre : les émissions de juin 2009


A noter : les prochaines émissions de Planète Terre (l'émission de géographie présentée par Sylvain Kahn sur France Culture tous les mercredis de 14h00 à 14h30).


Mercredi 10 juin 2009 : "Une géographie de l'Iran à la veille des élections", avec Bernard Hourcade, géographe spécialiste de l'Iran, directeur de recherches au CNRS (Mondes iranien et indien), et notamment auteur de Iran : Identités nouvelles d'une République (Belin, coll. Asie plurielle, 2002, 223 p.), et co-auteur d'un Atlas de l'Iran (avec Hubert Mazurek, Mahmoud Taleghani, Mohammad-Hosseyn Papoli-Yazdi, La Documentation française / CNRS-Reclus, coll. Dynamiques du territoire, 1998, 192 p.).


Mercredi 17 juin 2009 : "Santé, croyances et éthique en Afrique", avec Jeanne-Marie Amat-Roze (géographe, professeur à l’Université de Paris 12 Créteil, spécialiste en géographie de la santé), Philippe Denis (professeur de l'histoire du christianisme à l'université du Natal en Afrique du Sud), et Elisabeth Dorier-Apprill (professeur de géographie à l'Université de Provence, spécialiste des questions urbaines, tout particulièrement sur les questions de santé dans les villes africaines, co-responsable du groupe "Urbanité & vies citadines")


Mercredi 1er juillet 2009 : "Les nouvelles géographies de la ville et des banlieues", avec Béatrice Giblin (professeur de géographie à l'Université Paris 8, spécialiste des questions de géopolitique, responsable de l'Institut Français de Géopolitique et de la revue Hérodote) et Michel Lussault (professeur de géographie à l'ENS-SHS à Lyon, spécialiste notamment des questions urbaines, qui travaille actuellement sur le concept de "ville vulnérable")




lundi 23 mars 2009

La paix et l'eau à Bagdad


En complément du billet "La guerre, la ville et l'eau", retrouvez le reportage proposé sur Arte dans l'émission Global Mag, consacré à "Bagdad, la paix sale" (émission du 20 mars 2009). "Egouts à ciel ouvert, branchements électriques sauvages: à Bagdad, la guerre a laissé des cicatrices bien visibles. Des maladies comme le cholera ou la malaria réapparaissent dans cet environnement insalubre. L’ampleur de la tâche dépasse le ministère de l’environnement et son maigre budget". Egalement à retrouver sur le blog de l'émission un entretien avec Feurat Alani, réalisateur du reportage.

"Comment sait-on qu'une ville n'est plus en guerre ?". Le reportage montre ainsi l'importance des stigmates de la guerre dans la ville de Bagdad, au prisme de la destruction des services urbains de distribution de l'eau. Odeurs nauséabondes (avec des égouts à ciel ouvert), canalisations détruites qui n'amènent plus l'eau dans les maisons, pollution des eaux (dans lesquelles sont déversées toutes les ordures - y compris les corps), risques d'épidémies (notamment avec la chaleur de l'été)... "L'eau du Tigre est pompée pour être bue, malgré toutes les pollutions, celles qui se voient et les autres". L'eau est également un discours et un message politiques : la télévision est ainsi utilisée par le maire de la ville de Bagdad pour faire savoir que l'eau est potable à 98 % dans la ville. Le problème de la reconstruction passe bien évidemment dans la réorganisation des services de l'eau, mais également par celle des services sanitaires, l'assainissement des quartiers. L'eau comme facteur crisogène dans la ville de Bagdad, encore fragilisée, avec une nette différenciation sociale entre les habitants. L'eau, comme risque social au coeur même de la reconstruction de la ville.


dimanche 22 mars 2009

La guerre, la ville et l'eau


Aujourd'hui, est célébrée la Journée mondiale de l'eau, qui "clotûre" le 5e Forum mondial de l'eau (voir à ce propos les récents articles du blog Planète Vivante qui dressent un portrait très détaillé des enjeux identifiés et des débats en cours : "Journée Mondiale de l'Eau : Partager l'eau, partager les opportunités..." du 21 mars 2009, "5e Forum mondial de l'eau : Méditerranée, pays arabes et Asie-Pacifique (19/20 mars 2009)" du 21 mars 2009, et "5e Forum de l'eau : l'Afrique au coeur de la journée du 18 mars 2009" du 21 mars 2009, "5e Forum mondial de l'eau : résumé des deux premières journées" du 19 mars 2009, "Nouveau Rapport mondial de l'ONU sur les ressources en eau" du 14 mars 2009, "5e Forum Mondial de l'Eau 2009" du 14 mars 2009).

La question de l'eau comme facteur crisogène est souvent débattue. Celle de la question de l'accès à l'eau pendant la guerre - et ce, même lorsque l'eau n'a pas été un facteur déclencheur et/ou aggravant de la pré-crise - l'est moins. Quelques pistes de réflexion sur le lien entre eau et guerre dans la ville, dans un contexte où l'eau devient une source de contestations, de rivalités de pouvoir, et un enjeu géostratégique (voir, par exemple, l'ouvrage de Jacques Sironneau, 1996, L'eau. Nouvel enjeu stratégique mondial, Economica, collection Poche Géopolitique, Paris, 111 pages - si cet ouvrage "date", il est néanmoins une importante source de réflexion et pose de nombreuses pistes de réflexion sur le partage de l'eau comme facteur crisogène du XXIe siècle. Voir, également, le compte-rendu du Café géo avec le géographe Jacques Béthemont, spécialiste de la question, sur "L'eau, un enjeu pour le XXIe siècle", ainsi que les Actes du FIG 2003 consacré à la question "L'eau, source de vie, source de conflits, trait d'union entre les hommes"). "Sous le terme d'eau urbaine on entend aussi bien les besoins domestiques des citadins que l'eau nécessaire au fonctionnement des services de la cité. La consommation des villes, notamment dans les pays en voie de développement, croît de façon exponentielle sous l'effet de plusieurs facteurs qui s'additionnent : le nombre des consommateurs a doublé en quinze ans et les grandes métropoles se multiplient ; le niveau de vie s'améliore et, avec lui, la consommation d'eau domestique par habitant et par jour augmente ; enfin, les citadins sont de plus en plus nombreux à être branchés sur les réseaux. A cette demande croissante s'ajoutent les utilisations industrielles et l'énorme consommation touristique (900 ou 1000 litres par jour et par lit occupé). On comprend, dans ces conditions, que la demande d'eau urbaine ait pu tripler en moins de vingt ans" (Georges Mutin, 2000, "De l'eau pour tous ?", La Documentation photographique, n°8014, avril 2000, p. 9).



Des inégalités spatiales

La question de l'accès à l'eau potable pendant la guerre met en jeu une géographie des inégalités à plusieurs titres. La fragmentation de la ville en divers quartiers-territoires (quartiers appropriés par une communauté - qu'elle soit politique, sociale et/ou identitaire - protégée par une milice : voir, à ce propos, les billets "Lignes de fractures et fragmentations : "l'éclatement" de la ville dans la guerre" du 24 octobre 2008 , et "Villes en guerre et fragmentations" du 12 octobre 2008) remet en cause non seulement les pratiques urbaines et l'organisation fonctionnelle de la ville, mais aussi les questions de l'approvisionnement des quartiers, notamment en nourriture (voir le billet "L'alimentation dans les villes en guerre : réflexions autour du cas de Kaboul", du 13 octobre 2008) et en eau.

A l'organisation sociospatiale d'avant-guerre de la ville, qui met déjà en scène des inégalités quant à l'accès à la ressource hydrique (territoires de l' "élite" vs territoires de la pauvreté), mais également quant aux risques d'inondation très prononcés dans certains quartiers (voir, à ce propos, le billet de Planète Vivante sur "Comment lutter contre les inondations en milieu urbain ?" du 26 février 2009), la guerre surajoute de nouvelles inégalités. Quelques questions se posent dès lors : d'où vient l'eau ? Question "classique" lorsque l'on envisage l'analyse d'un hydrosystème, notamment au prisme des conflits d'usage. La question se pose d'autant plus dans les villes en guerre que la fragmentation de la ville en quartiers-territoires permet aux belligérants d'envisager l'eau comme une arme. Le quartier-territoire se trouve-t-il en aval ou en amont, vis-à-vis de la source en eau elle-même et de la localisation des autres quartiers-territoires ? Autrement dit, y a-t-il un territoire "ennemi" qui me sépare de la ressource en eau ? Dès lors, on peut se demander quels sont les enjeux autour de l'approvisionnement en eau dans la ville en guerre ? Ils sont doubles : sécuriser l'accès à la ressource hydrique pour MON territoire, et empêcher "l'Autre" d'accéder à l'eau potable. L'eau, que l'on analyse souvent au regard de son aspect crisogène (comme facteur déclencheur ou aggravant dans des conflits) devient également une arme. La question de la survie passe aussi par le fonctionnement préexistant dans les quartiers : les approvisionnements en eau étaient-ils tous liés aux services urbains de distribution des eaux ? Dans ce cas, le quartier est fortement vulnérabilisé, complètement soumis à un seul système d'approvisionnement. On peut, par exemple, confronter deux quartiers populaires de la ville d'Abidjan : Treichville (où l'habitat selon le modèle de la cour commune est très nettement dominant : chaque cour commune accède alors à deux systèmes d'eau : d'une part, un robinet - peu utilisé car l'eau y est payante ; d'autre part, un puits qui récolte l'eau des pluies et permet de se laver, de laver son linge, de cuisiner...) et Yopougon (dont la modernisation progressive a progressivement remplacé l'habitat sur cour, par des immeubles modernes). Force est de constater que les conditions de vie pendant les crises ivoiriennes étaient nettement plus difficiles à Yopougon, notamment dans l'approvisionnement en eau qui ne reposait plus - ou quasiment plus - que sur un seul système, créant ainsi une forte vulnérabilisation du quartier (voir, pour la ville d'Abidjan, l'excellent site Métropoles en mouvement).

L'eau peut également être un enjeu tactique, non en tant que ressource vitale pour la vie, mais cette fois en tant que délimitation des territoires. Ainsi, la destruction des ponts traversant des fleuves dans la ville peut permettre d'obtenir un avantage tactique, qui permet le ralentissement des armées ennemies. Néanmoins, il est toujours possible de construire de nouveaux ponts, même temporaires, ou de contourner la difficulté, en passant plus loin. C'est plus un ralentissement d'opérations qu'un réel blocage. L'eau-fleuve peut néanmoins permettre la mise à distance de quartiers-territoires : le pont ainsi détruit marque une réelle séparation entre deux quartiers appropriés par des communautés et défendus par des milices opposées. On pense là à l'exemple de la ville de Mitrovica, celle de Mostar, ou celle de Belfast. L'eau, non en tant que source de vie, mais en tant que frontière urbaine, comme agent de sécurisation du quartier-territoire et enjeu symbolique dans la visibilité de la distanciation dans le paysage urbain. Lien

Les défis de l'après-guerreLienLien
Tout d'abord, la question de la reconstruction des services urbains de distribution de l'eau, qui met en place une géographie de l'inégalité entre quartiers "prioritaires" et quartiers "délaissés". Egalement, la question de la dégradation de la qualité de la ressource, surtout du fait de la pollution des eaux (par exemple, les eaux de l'Ibar et de son affluent la Sitnica, dans la ville de Mitrovica, sont totalement rendues unitilisables à la consommation, du fait d'une pollution excessive au plomb, directement rejeté depuis le complexe industrialo-minier de Trepca, d'où la décision de la communauté internationale de fermer celui-ci aux lendemains des accords de paix. Néanmoins, les eaux sont restées impropres à la consommation de très longues années. Les risques de pollution de ces eaux sont encore grands, dans la mesure où les déchets industriels de Trepca, stockés dans des cuves à ciel ouvert, sont laissées en l'état : un risque industriel est à craindre, sans compter la pollution continue de l'air). La dégradation et la pollution des eaux passent également par le rejet très important de déchets de toutes sortes (industriels ou domestiques) dans les rivières elles-mêmes ou à leur proximité (les déchats "tombant" dans les rivières au gré des aléas climatiques).Le fleuve-frontière est enfin un enjeu symbolique, cristallisant les revendictions territoriales et les luttes identitaires, comme on l'a (souvent ?) abordé dans ce blog (voir, notamment les billets sur la ville de Mitrovica).Lien

vendredi 23 janvier 2009

La guerre, la ville et la santé


Comprendre la géographie de la santé dans les villes en guerre permet de mettre en exergue des inégalités sociospatiales qui relèvent à la fois du temps de la montée des tensions (avec, par exemple, un accès inégal aux soins entre les différentes classes sociales, les différents quartiers, les différentes communautés...), du temps de la guerre (qui impose de fortes contraintes en termes de mobilités, d'approvisionnements en médicaments et en électricité...), et du temps de la reconstruction (où des inégalités sociospatiales peuvent se renforcer ou se créer). "L'explication de ces disparités passe par la confrontation de la distribution et des combinaisons spatiales, des facteurs de risques d'un indicateur de santé à la géographie de cet indicateur" (Gérard Salem, 2002, "Peuplement, population et santé : une inégale répartition", dans Jean-Paul Charvet et Michel Sivignon, 2002, Gégraphie humaine. Questions et enjeux du monde contemporain, Armand Colin, collection U, Paris, p. 83). Evidemment les guerres ont des impacts conséquents en termes de mortalité. Mais, le cas particulier d'un environnement violent montre également l'exacerbation des tensions autour de l'accès aux soins dans un contexte de prolifération des maladies et des blessures.



Les impacts directs des guerres sur la santé

La forte augmentation du taux de mortalité est un impact direct de la violence collective exercée pendant une guerre. Mais on voit également, lors de la guerre, l'augmentation des maladies "évitables" du fait du manque de médicaments, des difficultés à se déplacer dans la ville en guerre, et de la destruction partielle ou totale des infrastructures sanitaires. Pour exemples, "à Sarajevo, les naissances de bébés prématurés ont doublé [le temps de la guerre de Bosnie-Herzégovine entre 1992 et 1995] et, en 1993, les poids moyens à la naissance avaient chuté de 20 %. [...] Pendant les combats de Bosnie-Herzégovine, en 1994, moins de 35 % des enfants étaient vaccinés, contre 95 % avant le début des hostilités. En Iraq, la couverture vaccinale a considérablement diminué après la guerre du Golfe de 1991 et sous le coup des sanctions économiques et politiques prises par la suite. [...] En 1985-1986, au Nicaragua, une épidémie de rougeole a été attribuée dans une large mesure au fait que les services de santé n'étaient plus vraiment à même de vacciner la population à risque dans les zones touchées par le conflit. [...] Pendant l'exode du Rwanda, en 1994, ce sont des maladies liées à l'eau, comme le choléra et la dysenterie à Shigella spp, qui ont pris des proportions épidémiques et tué en un mois de 6 % à 10 % des réfugiés qui arrivaient au Zaïre (République démocratique du Congo actuelle). Le taux brut de mortalité de 20 à 35 pour 10.000 habitants par jour était deux à trois fois supérieur à celui enregistré auparavant dans les populations réfugiées" (Etienne G. Krug, Linda L. Dahlberg, James A. Mercy, Anthony Zwi et Rafael Lozano-Ascencio (dir.), 2002, Rapport mondial sur la violence et la santé, Organisation mondiale de la santé, Genève, p. 248). La forte diminution de la vaccination, les problèmes d'approvisionnements des centres médicaux, les contraintes de mobilité pour les populations dans les zones de combat (pour exemple, le siège de Sarajevo empêchait les habitants de se rendre à leur guise dans les hôpitaux sans prendre le risque de se retrouver sous les tirs de l'armée serbe positionnée sur les hauteurs de la ville, encerclant ainsi Sarajevo), les déplacements de populations qui fuient les zones de combat (et deviennent souvent des vecteurs des maladies transmissibles) et le manque chronique de nourriture (que ce soit en quantité ou en qualité) sont autant de facteurs explicatifs : il serait donc très restreint de limiter la question de la santé à la seule question des morts et blessés par les combats.


L'Organisation mondiale de la santé propose une typologie des impacts directs des conflits sur la santé (Rapport mondial sur la violence et la santé, op. cit., p. 247) autour de 3 impacts et de leurs facteurs :

MORTALITE ACCRUE :
  • décès dues à des causes externes, principalement liées à des armes
  • décès liées à des maladies infectieuses (comme la rougeole, la poliomyélite, le tétanos et le paludisme)
  • décès dus à des maladies non transmissibles, ainsi que des décès par ailleurs évitables avec des soins médicaux (y compris l'asthme, le diabète et les interventions chirurgicales d'urgence)


MORBIDITE ACCRUE :

  • blessures dues à des causes externes, comme celles infligées par des armes, des mutilations, des mines antipersonnel, des brûlures et des empoisonnements
  • morbidité associée à des causes externes, y compris la violence sexuelle
  • maladies infectieuses 1/ liées à l'eau (comme le choléra, la fièvre typhoïde, la dysenterie due à la Shigella spp) 2/ à transmission vectorielle (comme le paludisme et l'onchocercose) 3/ autres maladies transmissibles (comme la tuberculose, les infections respiratoires aiguës, l'infection à HIV et d'autres maladies sexuellement transmissibles)
  • santé génésique 1/ un plus grand nombre de mortinaissances et de naissances prématurées, plus de cas de faible poids à la naissance, plus de complications pendant les accouchements 2/ incidence génétique à plus long terme de l'exposition à des produits chimiques et à des radiations
  • nutrition : malnutrition chronique et aiguë et divers troubles liés à des carences
  • santé mentale : angoisse, dépression, état de stress post-traumatique, comportement suicidaire


INCAPACITE ACCRUE :

  • physique
  • psychologique
  • sociale



Mobilités et santé dans les villes-cibles

L'étude des mobilités des populations est au coeur de l'analyse de la géographie de la santé dans des environnements violents. Dans la ville-cible, les mobilités sont restreintes au minimum : les populations sont contraintes à l'enfermement dans la maison pour éviter les tirs, et dans le quartier-territoire pour éviter les représailles de la milice ou de la force armée de l'autre communauté. Difficile dans ces conditions de se rendre dans des centres médicaux, d'autant plus que ces derniers se dégradent et sont de moins en moins nombreux à mesure que la guerre s'éternise. Cette situation provoque un accroissement des inégalités sociospatiales dans la ville entre les populations vivant dans des quartiers possédant leurs propres services de santé et les populations enfermées dans des quartiers dépourvus ou mal pourvus de centres de soin. Dans ces quartiers, la médecine "illégale" se développe et des habitants s'improvisent médecins, ce qui accroît les risques de complication, même des maladies les plus bégnines. L'enfermement dans les quartiers-territoires pose également la question de la rapidité des secours à intervenir dans les quartiers les plus éloignés et de la rapidité des habitants à se rendre auprès des personnels soignants (non pas tant en distance, mais avant tout en termes de temps). De plus, à l'intérieur même des quartiers-territoires, existe une forte disparité entre les habitants. D'une part, les populations se retrouvant en situation de minorité dans le quartier communautaire subissent de fortes discriminations dans l'accès aux soins. D'autre part, la rareté des médicaments et la dégradation des services médicaux (notamment en termes de capacité d'accueil) expliquent l'inflation des coûts des soins médicaux, ce qui accroît une inégalité sociale entre les classes sociales. Enfin, il existe une forte concurrence entre les belligérants quant à l'accès aux soins : il s'agit principalement de bloquer les accès du quartier "ennemi", d'en empêcher l'approvisionnement en nourriture et en médicaments, ce qui renforce l'enfermement des quartiers-territoires et la dégradation des conditions sanitaires. La densité de population pose des problèmes sanitaires majeurs : tout d'abord, nourrir les populations du quartier-territoire se révèle complexe dans une ville où la mobilité est fortement restreinte. De plus, l'évacuation des déchets et des eaux usagées se dégradent fortement, ce qui rend insalubres de nombreuses zones habitées. Enfin, la question de l'approvisionnement en eau potable, celle du chauffage dans les habitations (bois de chauffage, électricité, gaz naturel...) et celle de l'habitat (entre destructions, squatts, constructions avec des matériaux de récupérations...) sont autant de difficultés quotidiennes pour les populations les plus vulnérables (soit par leur condition sociale, soit par leur localisation dans un quartier marginalisé et enfermé, soit par leur situation de minorités...) qui accentuent les risques sanitaires à l'intérieur de la ville-cible. D'un point de vue sanitaire, la ville-cible se vulnérabilise à mesure qu'elle se fragmente et qu'elle se paupérise.



Mobilité et santé dans les villes-refuges

La problématique des mobilités se pose également dans le cas des villes-refuges, affectées indirectement par les guerres, et tout particulièrement par l'arrivée massive de déplacés en provenance des zones de combats (voir l'exemple d'Abéché au Tchad). "Les anciens déplacés ou réfugiés d'origine paysanne installés en ville sont le groupe le plus vulnérable et le plus "invible". Souvent peu qualifiés, sans formation adaptée à la ville, réticents à exercer des activités non agricoles car jugées dégradantes, ils peinent le plus à s'intégrer dans les villes" (François Grünewald (dir.), Villes en guerres, guerres en ville : acteurs humanitaires et pratiques urbaines. Mali, Guinée, Angola, rapport de synthèse, juin 2004, Urgence Réhabilitation Développement - groupe URD, p. 4). La vulnérabilité face aux conditions sanitaires pour les populations déplacées ou réfugiées s'exprime à divers égards : tout d'abord, se pose la question du logement. Deux types de situation se distinguent : d'une part les populations arrivant dans la ville elle-même et d'autre part les populations installées dans des camps de réfugiés. Les déplacements de ces populations permettent la diffusion de multiples maladies transmissibles (paludisme, sida...). Les épidémies se diffusent d'autant plus que sur la route de l'exil, ces populations n'ont plus accès aux médicaments et aux soins. Qu'elles aient attrapé ces maladies dans leur lieu d'origine ou qu'elles les contractent dans les lieux-étapes de leur migration, ces populations deviennent des vecteurs de diffusion de l'épidémie à la fois dans les lieux-étapes suivants et dans leur lieu d'accueil. Les populations s'installant dans la ville-refuge elle-même sont également vulnérabilisées dans leur lieu d'accueil. En effet, ces populations se logent dans des villes qui ont du mal à gérer un afflux massif de déplacés/réfugiés : leurs installations sont souvent sommaires (matériaux de récupération) et la "bidonvilisation" des périphéries s'accroît. Les quartiers où s'installent ces populations font face à d'importants problèmes sanitaires, du fait de "l'entassement" des populations, depuis les problèmes d'approvisionnement en nourriture jusqu'aux problèmes d'évacuation des eaux usagées et des déchets, en passant par l'insalubrité des zones d'installation. En effet, ces populations s'installent dans les "espaces vides" de la ville-refuge, c'est-à-dire dans les zones insalubres non urbanisées jusque-là. De plus, ces populations bénéficient moins facilement de l'aide humanitaire que les populations des camps de réfugiés dans la mesure où elles sont moins visibles et peu identifiées. Ces phénomènes affectent directement la ville-refuge avec la paupérisation de quartiers entiers, et la dégradation des conditions sanitaires. De plus, les services de santé ne peuvent faire face à l'afflux de ces populations, et de ce fait le nombre de médecins par habitant dans la ville diminue fortement. Les inégalités sociospatiales en termes d'accès aux soins sont donc fortement renforcées.



Dégradation de l'environnement et santé dans les villes en guerre

Le cas du Kosovo (voir notamment le chapitre "Guerre "high tech", désastre humanitaire et environnement" écrit par Luc Mampaey, dans Bernard Adam (dir.), 1999, La guerre du Kosovo. Eclairages et commentaires, GRIP (Groupe de recherche et d'information sur la sécurité et la paix) - Editions Complexe, Bruxelles, pp. 125-138, notamment sur le débat autour de l'utilisation des munitions à uranium appauvri) a été particulièrement illustratif d'une préoccupation de plus en plus accrue pour les questions d'impacts environnementaux provoqués par les guerres. Ces questions sont diverses (voir l'article de Pekka Haavisto, "L'impact de la guerre sur l'environnement" dans Les Chroniques de l'ONU, volume XXXVII, n°1, 2000) : elles concernent tout d'abord les impacts de l'utilisation de produits chimiques dans les munitions, et les conséquences pour les populations locales exposées durablement à ces produits. La question du ciblage dans la guerre urbaine se pose également : les "dégâts collatéraux" affectent parfois des lieux à haut risque (telles que des usines). Mais de telles destructions peuvent également être l'effet d'une stratégie militaire puisque ces mêmes usines sont des centres névralgiques de l'économie d'un pays. De plus, la guerre provoque ou accentue la dégradation de l'appareil industriel soit du fait des destructions, soit par le manque d'investissements financiers. C'est le cas du complexe industrialo-minier de Trepca dans la ville de Mitrovica au Kosovo, complètement obsolète, fermé par décision de la communauté internationale à la fin de la guerre, car menaçant la santé publique (pollution accrue des eaux de la rivière Ibar, pollution de l'air...). Si cette fermeture a un effet positif quant à son impact direct sur la santé, les effets indirects, eux, ne le sont pas : la fermeture a provoqué une très forte montée du chômage dans la ville de Mitrovica dont l'économie -déjà fragile avant la guerre - reposait en très grande partie sur le fonctionnement de ce complexe industriel, d'où une paupérisation accrue dans l'ensemble de la ville. Et, de ce fait, une dégradation des conditions sanitaires et de l'accès aux soins par manque de moyens financiers, que ce soit au niveau des individus ou des acteurs de la gouvernance urbaine. L'interaction entre guerre, santé et environnement est donc complexe, puisqu'une décision positive sur la santé peut avoir des conséquences négatives, y compris sur la santé !



La reconstruction et l'accès aux soins : vers des nouvelles inégalités ?

La question de la dégradation des conditions sanitaires et des équipements des services de santé se pose dans l'immédiat après-guerre, dans un contexte de tensions entre les différentes communautés et les différentes classes sociales. Il s'agit de faire face à la fois à l'insalubrité de certains quartiers, à la remise en fonctionnement des systèmes de santé, à la reconstruction des équipements, à l'approvisionnement en médicaments et matériels hospitaliers... Le coût financier de ces objectifs est très conséquent, alors même que l'économie de la ville s'est effondrée avec la guerre et que les autres enjeux de la reconstruction sont très nombreux. Le problème se pose principalement autour de la localisation des services de soin réapprovisionnés et reconstruits : alors que les centres-villes bénéficient, en général, d'un "retour à la normale" rapide, les préiphéries ne sont pas, le plus souvent, des zones où la restauration des services de santé est prioritaire, alors même que ces préiphéries sont souvent les zones où l'insalubrité est la plus grande et de ce fait les populations y sont le plus vulnérables face aux maladies. Le cas de la reconstruction du centre-ville de Beyrouth et des problèmes persistants dans la banlieue sud de la ville est particulièrement illustratif d'une reconstruction à "deux vitesses" (voir, à ce propos, les travaux d'Eric Verdeil et le mémoire de géographie en ligne Beyrouth : reconstruire la ville, reconstruire la vie ?). Les disparités sociospatiales en termes de santé peuvent donc entraîner de nombreuses disparités, et de ce fait de nouvelles tensions dans des villes de l'après-guerre.


mercredi 14 janvier 2009

Emission "Alimentation, développement et santé"


L'émission Planète Terre de ce mercredi 14 janvier 2009 était consacrée au sujet "Alimentation, développement et santé : une géographie engagée", avec pour invités Jan Bitoun (géographe à l’Université fédérale de Pernambouc, Récife, Brésil), Françoise Plet (professeur de géographie, Université Paris 8 Saint-Denis) et Magda Zanoni (écologue, Maître de conférences, Université Paris 7 Denis Diderot). Cette émission peut être réécoutée pendant un mois environ, et devrait intéresser particulièrement les étudiants de classes préparatoires travaillant sur la question de l'environnement et de la santé, et les agrégatifs avec la question " Nourrir les hommes".


Résumé par Sylvain Kahn:
"Pour célébrer son 40° anniversaire, l’université Paris 8 Vincennes Saint Denis a notamment choisi de consacrer un colloque international au grand géographe brésilien Josué de Castro [du 15 au 17 janvier 2009, à l'Université Paris 8, Saint-Denis. Voir le programme]. Cette manifestation, qui s’ouvre demain et dure trois jours, est organisée par le département de géographie. Josué de Castro, qui aurait eu 100 ans cette année, compte parmi les grandes figures intellectuelles engagées dans le Centre Universitaire expérimental de Vincennes dès sa création en 1969. Médecin, professeur de géographie à Recife, on lui doit dans les années 50 une œuvre plurielle : il est l’auteur d’une géographie de la faim traduite dans 25 langues, il est l’inventeur du programme scolaire d’alimentation du Nordeste – ce quart nord-est archi inégalitaire et pauvre du Brésil ; il fut aussi le second directeur de la FAO, l’agence des Nations Unis pour l’alimentation et l’agriculture et député fédéral du Pernambouc. Le coup d’Etat de 1964 contraint à l’exil l’Ambassadeur du Brésil auprès de l’ONU qu’est alors Josué de Castro, qui s’installe à Paris. « Santé, développement, alimentation : la géographie engagée », c’est le sujet de Planète terre cette semaine".