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Droits d'auteurs et citations
mercredi 23 avril 2014
Géo'rizon : Géographie des crises (24 avril 2014, Chambéry)
dimanche 11 mars 2012
Géographie des risques et de la catastrophe : le cas des séismes
mardi 7 février 2012
L'action humanitaire en milieu urbain en Haiti (groupe URD)
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| La sismicité historique dans l'île d'Haïti Source : François Grünewald et Yvio Georges, "La vulnérabilité d'Haiti aux séismes : pour une perspective historique et une meilleure analyse des risques", Humanitaires en mouvement, n°6, septembre 2010, groupe URD, p. 25. |
mercredi 22 septembre 2010
Conférence "Le rôle de la diaspora haïtienne dans la reconstruction du pays"
- "Port-au-Prince : la capitale d'un pays sous tension" sur ce blog (31 août 2008)
- "La ville vulnérable : risques et images du risque à Port-au-Prince" sur ce blog (10 novembre 2008)
- "Port-au-Prince, géographie d'une ville vulnérable : la catastrophe et la ville" sur ce blog (15 janvier 2010)
- "Localisation des zones touchées par le séisme à Port-au-Prince (Haïti)", Planète Vivante (15 janvier 2010)
- "Reconstruction urbaine après une catastrophe : quelques liens", Rumor (29 avril 2010)
mardi 27 avril 2010
Des événements sur la guerre et l'humanitaire
- William T. DEAN (Associate Professor of Comparative Military Studies U.S. Air Force Air Command and Staff College, Air University, Maxwell AFB)
"The Battle of Horseshoe Band, 1814 British Unconventional Warfare and the Creek Indians" - L. Michael ALLSEP Jr. (Professor of Comparative Military Studies U.S. Air Force Air Command and Staff College, Air University, Maxwell AFB Department of Leadership and Strategy)
"Where is the American Colonial Office ? The War Department and the American Empire"
vendredi 15 janvier 2010
Port-au-Prince, géographie d'une ville vulnérable : la catastrophe et la ville
lundi 10 novembre 2008
La ville vulnérable : risques et images du risque à Port-au-Prince
L'effondrement d'une école dans la périphérie de Port-au-Prince
Le 7 novembre 2008, une école s'est effondrée dans l'arrondissement de Port-au-Prince, dans la commune de Pétion-Ville, dans la localité des Nérettes : l'effondrement du 1er étage a entraîné celui du reste du bâtiment, alors que les enfants étaient en classe. Le bilan est très lourd, et a fait au moins 90 morts. L'école La Promesse, dirigée par un pasteur, accueillait des enfants de 3 à 20 ans en grande majorité issus d'un bidonville. "Coincée entre les maisons du quartier, la construction en dur s'élevait sur deux étages, tandis qu'un troisième était en construction" (Source : TF1, 8 novembre 2008). Port-au-Prince est la capitale macrocéphalique d'Haïti, un pays sous tension. Entre violences et crises politiques et économiques successives, la ville s'est fortement paupérisée. Une géographie de l'inégalité s'est ainsi installée à Port-au-Prince, entre des quartiers sécurisés abritant les élites haïtiennes, et des quartiers défavorisés où règne l'habitat illégal et où s'entassent des populations les plus vulnérables. "Plus de la moitié de la population vit dans des quartiers défavorisés, pour la plupart illégaux. Bel-Air, Cité-Soleil, Savane Pistache… dans ces quartiers spontanés, les densités sont très fortes, pouvant atteindre 900 habitants par hectare. Les conditions de vie y sont particulièrement difficiles, en l’absence totale d’infrastructures et d’équipements et dans un contexte de récession économique permanente. Ces quartiers occupent tous les espaces résiduels non urbanisés : polders constitués à l’embouchure des deux principales ravines et charriant des déchets urbains, pentes très fortes soumises à érosion, bas-côtés des grandes voiries ou des voies ferrées… L’habitat y est au départ très précaire, puis se densifie et se pérennise avec le temps. D’un point de vue juridique, ces quartiers sont illégaux, mais pour autant leur sécurisation en la matière n’a guère d’importance. Les habitants ne sont pas menacés d’expulsion. Politiquement, aucune autorité locale ne prendrait le risque d’une telle opération. La situation sociale est explosive dans ces quartiers et chacun est contrôlé par un parti politique ou une milice. L’intervention directe de l’État, dans une perspective de restructuration ou régularisation serait considérée comme une provocation. D’autant qu’il n’y a pas de gestion foncière à Port-au-Prince et qu’aucune autorité n’a les moyens de maîtriser l’urbanisation. Au fil du temps, l’urbanisation sauvage est devenue le mode normal de croissance de Port-au-Prince" (Guillaume Josse et Pierre-Alain Pacaud, "Améliorer les quartiers précaires : Approches suivies au Burkina, Djibouti et Haïti", Agence française pour le développement) Il existe ainsi dans la capitale environ 40 bidonvilles. L'un des problèmes souvent analysés est la question de l'eau dans les quartiers pauvres : la géographe Véronique Verdeil a ainsi montré que l'accès à l'eau potable dépend de la classe sociale et de la localisation géographique ("De l'eau pour les pauvres à Port-au-Prince", Mappemonde, n°55, 1999-3, pp. 14-18). Une véritable ségrégation se met ainsi en place pour les besoins vitaux de la vie quotidienne, ce qui accroît fortement les risques sociaux et sanitaires. L'extension des bidonvilles aux périphéries de la ville, ainsi que l'appropriation d'espaces centraux par ce type d'habitat illégal, sont également des phénomènes souvent étudiés (notamment dans le quartier de Bel-Air). La notion de "risque réel" est donc directement associée à la catégorie sociale, les plus démunis ayant des stratégies de survie dans lesquelles la sécurité est secondaire. le centre-ville de Port-au-Prince est ainsi une aire en voie de ghéttoïsation (selon Nicolas Coiffier, 2005, Géographie et missions de maintien de la paix : le cas de Port-au-Prince (Haïti) et de la MINUSTAH. Une étude de géographie politique, mémoire de maîtrise de géographie, Université Paris-Sorbonne, 102 pages) avec l'émergence de bidonvilles, c'est-à-dire d'un habitat illégal et précaire dans tous les espaces "vides" du centre (qui offre plus d'espérances que les bidonvilles des périphéries, marginalisés non seulement socialement, mais aussi spatialement).
Néanmoins, il faut rappeler que la notion de risque n'est pas seulement une donnée quantitative et objective : elle est également un construit social. En effet, le risque dépend de celui qui le perçoit. A travers la notion de risque, il existe 2 concepts distincts : le "risque réel" et le "risque perçu". Il ne s'agit pas de minimiser les risques urbains, mais de montrer que ces 2 types de risques ne coïncident pas forcément, puisque le risque perçu dépend du degré d'acceptabilité du risque. Celle-ci dépend de valeurs sociales, culturelles, politiques, économiques... La géographe Yvette Veyret a ainsi montré qu'il existait 2 problématiques associées à la question de risques, montrant ainsi combien la démarche géographique pour l'analyse des risques est particulièrement adaptée pour expliquer la dualité du terme et des enjeux :- le risque comme produit de l'interaction entre une société et son environnement : "le risque a une double composante : un facteur externe, l'aléa qui est le produit de l'environnement, entendu ici au sens large de « ce qui nous entoure » et non pas uniquement au sein restreint d'environnement naturel, et une composante interne, la vulnérabilité, qui est une caractéristique de la société. Aussi l'existence d'un risque pose-t-elle la question du rapport des hommes à leur environnement" (Yvette Veyret, dir., Les risques, Bréal, collection Amphi Géographie, Paris, 2004, p. 32)
- le risque comme construit social : "la première question qui se pose ici est celle des représentations associées au rique. On doit mobiliser :
- les notions de risque perçu, de risque réel, de risque objectif et de risque subjectif ;
- les notions d'acceptabilité du risque et de seuil de tolérances ;
- les notions de contruction mentale du risque, mémoire du risque, culture du risque, etc;
En abordant ces problématiques, il convient d'abord de veiller à varier les échelles sociologiques : l'individu, le groupe social, la minorité (au sens de groupe dominé, plus ou moins partiellement privé d'accès au pouvoir, et non de minorité numérique), etc. Il faut également envisager les différentes temporalités de ces « acteurs sociaux ». Mais on doit aussi dépasser le traitement purement sociologique de la question et réinscrire la réflexion dans le cadre des préoccupations du géographe. Il convient ainsi de faire appel à la géographie des représentations et des pratiques"(Yvette Veyret, op. cit., p. 33)
La gestion du risque dans la reconstruction
Force est de constater que les cartes représentant le degré d'acceptabilité du risque dans une ville ne coïncident pas aux cartes figurant le risque réel. Dans les quartiers populaires et précaires, les populations sont bien plus exposées aux risques de tout ordre (industriels, environnementaux, sanitaires, sociaux, alimentaires...), et sont pourtant plus "résignées" à ces risques. Ce qui peut paraître être une évidence est en réalité une donnée fondamentale pour comprendre l'émergence ou le renforcement de lignes de fractures dans les villes avant, pendant, et après la guerre. Dans le cas particulier de la reconstruction, la paupérisation touche avant tout les quartiers les plus démunis, et ce avant la guerre. Mais également, l'effort de reconstruction y est beaucoup moins important financièrement, et recouvre des espaces beaucoup plus restreints et circonscrits. Il existe alors une véritable concurrence entre centralités et périphéries. La géographie des espaces reconstruits est directement liée à celle des "espaces visibles". Parmi ceux-ci, on peut distinguer les ¨"espaces stratégiques" et les "espaces médiatisés" qui concident le plus souvent. Dans le cas de Port-au-Prince, le centre-ville, situé en bord de mer, concentre les principaux centres de décision (politique et économique), et relève donc d'une importance vitale pour la "revitalisation" de la ville. Mais ce centre correspond aussi aux principaux territoires médiatisés. L'enjeu de reconstruire cette zone centrale est donc à la fois politique, économique, et également médiatique. L'importance de cette centralisation se ressent du point de vue des aides (à travers les donations de la communauté internationale ou des ONG) et de celui des images (celles d'une ville qui "tourne la page" de la guerre, qui "se modernise" et qui peut s'ntégrer dans les réseaux de la mondialisation). Rassurer les investisseurs économiques et les partenaires politiques passe par cette médiatisation de la reconstruction. La question de l'image dans les risques urbains se traduit non seulement auprès de la population (qui a des représentations différenciées en fonction de son seuil d'acceptabilité du risque, et ce malgré le seuil de vulnérabilité), mais également dans les politiques de la ville (à travers une reconstruction inégalement répartie dans l'espace urbain, qui délaisse des quartiers entiers pour être concentrée dans les "espaces visibles").
L'image que l'on donne aux risques et les représentations que s'en font les populations et les acteurs extérieurs ont donc des incidences sur les relations entre les différentes catégories sociales et entre les différents quartiers. Les bidonvilles et les zones centrales sont les quartiers les plus médiatisés : mais les quartiers populaires semblent souvent délaissés dans cette médiatisation du risque.
jeudi 23 octobre 2008
Le site "Guerres oubliées"
Découvert sur le blog "L'humanitaire dans tous ses Etats" tenu par Frédéric Joli, le site "Guerres oubliées", sous-titré "Derrière les conflits, la vie", de la TSR (Télévision Suisse Romande) mérite le détour pour son regard original, ses nombreuses photographies et viodéos, et son analyse de la vie quotidienne des populations d'Haïti, de Sierra Leone, de Géorgie, du Népal, du Yémen et du Sri Lanka. On y découvre des sujets très variés sur les conditions de vie dans le quartier de Cité Soleil à Port-au-Prince, les problèmes de réinsertion des enfants-soldats de la ville de Waterloo en Sierra Leone, la (sur)vie dans les ruines en Abkhazie, les conditions de vie dans les camps de réfugiés de la région de Batticaloa au Sri Lanka... Un site qui a le mérite de présenter le quotidien de ces populations et d'analyser leurs stratégies de survie. Et ce, dans des conflits dont les médias se désintéressent souvent.
dimanche 31 août 2008
Port-au-Prince : la capitale d'un pays sous tension

L'île d'Haïti se situe au coeur d'un espace géostratégique très tendu : le bassin Caraïbe (carte extraite de l'Atlas Caraïbe, de l'Université de Caen). Les enjeux de cette aire géographique sont à comprendre à travers le prisme de son développement durable et de son intégration à la mondialisation : "le Bassin caribéen est bien plus qu'un lac, une simple arrière-cour des Etats-Unis ou encore une plaque tournante où transitent moult flux illicites. Les territoires de cette région essaient comme ailleurs, tant bien que mal, de ne pas être écartés de la mondialisation et cela en dépit de l'absence pour certains d'entre eux d'un pacte territorial nécessaire à une meilleure compétitivité. Les stratégies de développement fortement suggérées voire, dans certains cas, imposées par les institutions internationales - ONU, Banque mondiale, FMI, USAID - n'ont pas réussi à créer l'environnement industrieux destiné à sortir l'intégralité des territoires du Bassin caribéen du mal développement." (Source : LAMBOURDIERE Eric, dir., 2007, Les Caraïbes dans la géopolitique mondiale, Ellipses, collection Carrefours Les Dossiers, Paris, p. 451).
Dans cet espace, la situation d'Haïti est préoccupante : tout d'abord, le pays accuse un mal-développement très marqué, comme le montre les différents chiffres de l'IDH (indice de développement humain) : si l'IDH de l'ensemble du Bassin caribéen est supérieur à la moyenne mondiale, Haïti contraste particulièrement, avec un IDH inférieur de 50 % à la moyenne mondiale. En résulte une situation de pauvreté généralisée, avec un PNB par habitant de 310 $ en 1995, nettement inférieur à celui de la région. Autre point fondamental : l'instabilité politique de ce territoire. En février 2004, le président Aristide s'enfuit en exil et abandonne son poste à la présidence. En février 2006, après des élections mouvementées, René Préval est élu président. La capitale, Port-au-Prince, a été le théâtre privilégié des manifestations entre les partisans des différents candidats. L'arrivée d'un nouveau président élu, après 2 ans de présidence temporaire, n'a pas pour autant signifié un retour à la pacification durbale, ni l'avènement d'une ère de développement pour Haïti : la situation reste particulièrement tendue d'un point de vue politique et préoccupante d'un point de vue socio-économique.
Source : ONU, rapport 2001 sur l’urbanisation mondiale.
Loin de l'image de la statue du "Marron inconnu" (un marron est un esclave révolté qui a fui la propriété du colon), symbole de la liberté et de l'indépendance d'Haïti, et même de l'ensemble caribéen, la ville subit de plein fouet les crises économiques, sociales et politiques qui déstabilisent le pays. Le centre-ville lui même est paupérisé et est devenu l'espace privilégié des violences et de l'insécurité.
"Le centre-ville de Port-au-Prince est situé en bord de mer. De là, l'agglomération remonte vers l'intérieur des terres le long de trois vallées. Héritage du passé, le centre-ville suit un plan en damier qui abritait le coeur politique, administratif et financier de la capitale. Avec une telle disposition, le centre-ville se distingue très clairement du reste de la ville sur les cartes comme sur le terrain. Si sa situation a commencé à se détériorer depuis la moitié du vingtième siècle, ce n'est réellement qu'en 1986, avec le coup d'Etat, que des changements majeurs ont commencé à apparaître. [...] Il forme originellement la partie Est de la ville qui s'est étendue vers l'Ouest jusqu'à occuper tout l'espace disponible au pied des contreforts des montagnes. Aujourd'hui, même si l'agglomération s'est élargie sur l'espace littoral disponible au Nord et au Sud, son expansion se fait surtout sur ces mêmes contreforts. [...] Les premières collines représentent des espaces immobiliers particulièrement prisés par les élites haïtiennes et internationales : les prémices de Pétion-Ville. Le downtown (note : en géographie urbaine, le downtown est un terme anglo-saxon qui désigne dans la ville nord-américaine les quartiers centraux) recouvre alors une réalité sociale d'un vieux centre-ville comme un espace synonyme de misère et de dangers par opposition à de nouveaux quartiers périphériques plus aisés et sûrs." (Source : COIFFIER Nicolas, 2005, Géographie et missions de maintien de la paix : le cas de Port-au-Prince (Haïti) et de la MINUSTAH. Une étude de géographie politique", mémoire de maîtrise de géographie, Université Paris-Sorbonne, p. 10).
Le centre-ville de Port-au-Prince concentre donc les enjeux et les tensions :
- reflet de la pauvreté urbaine, avec des quartiers précaires en cours de paupérisation (par exemple, le quartier du Bel Air), le centre-ville est le lieu des manifestations sociales, comme l'ont symbolisé pour le monde entier les émeutes de la faim qui ont eu lieu à Port-au-Prince en avril 2008.
- centre des décisions, le centre-ville est "jonché" de hauts-lieux du pouvoir et de la contestation, dans un pays fortement déstabilisé.
- une part des territoires urbains échappent à la souveraineté de l'Etat et sont sous le contrôle de bandes armées, créant par-là des "zones grises" dans la ville, malgré la présence d'une force internationale qui multiplie les opérations pour sécuriser les quartiers centraux de Port-au-Prince.
La présence de la MINUSTAH (Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti) depuis le 1er juin 2004, sera très certainement reconduite ce 15 octobre 2008 (date d'autorisation de déploiement actuelle) tant la situation, et tout particluèrement à Port-au-Prince, semble précaire et incertaine, malgré la présence de 9 055 personnels en uniformes (dont 7 174 militaires et 1 881 policiers) au 31 mai 2008 (chiffres de l'ONU).
samedi 30 août 2008
Les émeutes de la faim
Les émeutes de la faim (ici à Haïti, en avril 2008, source : Le Point) ont souvent été l'objet de l'actualité internationale de l'année 2008, montrant ainsi la détresse des populations urbaines les plus pauvres des grandes métropoles des pays du Sud. Les émeutes du mois d'avril 2008 à Port-au-Prince ont été un symbole fortement médiatisé, relançant le débat sur la situation des 35 pays touchés cette année par ce phénomène. La hausse des prix des denrées alimentaires touche ainsi inégalement les populations urbaines, et se superposent à une géographie ségrégative dans les pays du Sud. Une première distinction semble nécessaire : un petit point sur les différentes significations de la "sécurité alimentaire"."food security" : "capacité de produire des quantités suffisantes de nourriture pour assurer l'alimentation d'une population donnée" (définition de Jean-Paul CHARVET, 2002, Historiens-Géographes, n°378). C'était la première définition que l'on a donné à cette question de sécurité alimentaire, on ne prenait en compte que la quantité de nourriture. On calcule alors la sous-alimentation.
"food safe" : la question n'est pas tant la quantité que la qualité : il ne suffit pas que les hommes est suffisamment à manger en termes de quantité (ce que reprenait la notion de "food security") mais qu'ils puissent accéder à suffisamment de nourritures en termes de quantité et de qualité (ex : avoir une alimentation équilibrée apportant les différents besoins nutritionnels nécessaires au bon fonctionnement du corps humain). On calcule alors la malnutrition.
Les émeutes de la faim posent la question de "la justice et de l'injustice spatiales", et ce à plusieurs échelles. Tout d'abord, à l'échelle mondiale, elles se superposent à la carte de l'IDH (indice de développement humain), soulignant bien évidemment les écarts de développement entre les pays du Nord et les pays du Sud. La mondialisation pose le défi de la sécurité alimentaire. Les travaux de la géographe Sylvie Brunel replacent également cette question dans le cadre de la mondialisation. Notamment son article "La famine est en partie le fruit de la géopolitique" (dans Images économiques du monde 2005, Armand Colin, 2004), mais aussi dans ses nombreux ouvrages. Elle explique que les famines d'aujourd'hui sont devenues un outil de contrôle ou d'élimination de populations jugées comme indésirables. Elle met ainsi en place une différence entre les facteurs des famines et ceux de la malnutrition. "Entre famine et malnutrition existe une différence non de degrés, mais de nature : phénomène brutal, collectif et localisé, la famine ne s'explique pas par les mêmes causes que la malnutrition, ne frappe pas les mêmes personnes et ne résout pas de la même façon" (extrait de l'article cité précédemment). Elle en conclut que les famines actuelles "s'expliquent donc par la géopolitique, tandis que la malnutrition est le produit de la pauvreté". On retrouve ces phénomènes d'utilisation des ressources alimentaires comme arme à la fois au Darfour, mais plus anciennement en Somalie (où les sacs de denrées alimentaires provanant de l'aire internationale ont été pour la plupart conservés dans des zones de stockage sans pouvoir atteindre les population, voire réquisitionnés par les rebelles). Aujourd'hui, au Darfour, le gouvernement soudanais exploite cette arme alimentaire de la même façon qu'il l'avait fait dans les années 1990 pour les conflits dans les monts Noubas, interdit aux ONG d'intervenir pour apporter une aide alimentaire.
Les facteurs explicatifs sont nombreux : bien évidemment la flambée des prix mondiaux des denrées alimentaires est une cause majeure, mais également des processus économiques mondiaux touchant indirectement (la hausse des prix des ressources énergétiques, un changement des demandes de consommation à l'échelle mondiale, la réorganisation de la filière alimentaire dans l'économie mondiale).lundi 25 août 2008
La situation en Haïti

Le contexte du conflit en Haïti
Le conflit en Haïti oppose le président Jean-Bertrand Aristide (constitutionnellement élu en 2000) et des rebelles (pour la plupart d'anciens militaires et policiers haïtiens, et même d'anciens alliés d'Aristide). Il s'agit donc d'une lutte de pouvoir interne qui oppose des acteurs se disputant le contrôle du pays. La légitimité des élections et donc du mandat du président Aristide est remise en cause par les rebelles. En janvier 2004, les tensions entre rebelles et gouvernement s'intensifient, et les actions des rebelles sont si nombreuses qu'Aristide se voit contraint de quitter son pays et sa place de président. Il fuit son pays le 29 février 2004, sous la protection de militaires états-uniens. Les violences ne s'arrêtent pas pour autant. L'ONU décide du déploiement d'une force militaire multinationale pour 3 mois (à la demande du président haïtien intérimaire) : la résolution 1542 du 30 avril 2004 prévoit que la force militaire assure la transition avant l'arrivée d'une mission de maintien de la paix sous l'égide de l'ONU : la MINUSTAH (Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti).
Les missions de la MINUSTAH
L'une de ces principales missions de la MINUSTAH consiste en l'instauration d'un climat serein pour le développement du processus électoral visant au renouvellement des municipalités, du corps législatif et du gouvernement pour la fin de l'année 2005. La capitale, Port-au-Prince, est le principal foyer de tension (violences de grande intensité et quotidiennes). La déstabilisation de la capitale provoque la dérégulation du pays. La ville est aux prises de gangs armés qui cherchent à asseoir leur contrôle territorial sur certains quartiers. Leur volonté de renverser le gouvernement de transition s'explique également par leur désir de maintenir un chaos sur la ville, et ainsi asseoir leur contrôle de l'espace urbain. Ils s'opposent également entre eux, afin de maintenir leur assise territoriale sur les quartiers qu'ils contrôlent. Le centre-ville de Port-au-Prince est donc une zone ravagée par une guerre de gangs et par une guerre entre forces de l'ordre et gangs. Les Casques bleus et les policiers onusiens doivent donc faire face à des acteurs non conventionnels, fortement armés, particulièrement attachés à maintenir leur contrôle spatial. Port-au-Prince est alors en proie à un double mouvement de violences : d'une part, des violences politiques (visant le renversement du gouvernement), d'autre part des violences "ordinaires" (selon la définition de Jérôme Tadié) à travers une guerre de gangs. La principale mission de la MINUSTAH est alors d'enrayer ce cercle vicieux de la violence, afin d'instaurer un climat serein et d'établir un processus durable de stabilisation du pays.







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