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mercredi 23 avril 2014

Géo'rizon : Géographie des crises (24 avril 2014, Chambéry)

"Géo'rizon : Géographie des crises"

La 16e Journée d'études Géo'rizon, organisée par le Département de Géographie de l'Université de Savoie, se tiendra le jeudi 24 avril 2014 à la Présidence de l'Université de Savoie (Chambéry), entrée libre et gratuite.

Après "l'Amérique latine", "la rue", "les Balkans", "l'île", "Géographie et arts", "Canaux et barrages", "L'Asie orientale", "A boire ! Les boissons dans le monde", "Régionalismes et séparatismes en Europe", "Afrique de l'Est (Tanzanie, Soudan, Ethiopie, Erythrée, Djibouti)", "Diaspora(s)", "Métropoles d'Europe", "Antimonde(s)", "Se perdre en forêt", "Montagnes des Sud", le Département de Géographie aura le plaisir d'accueillir 4 conférenciers sur le thème "Géographie des crises".

Comme le traitera la table-ronde en fin de journée, le but est de comprendre comment les géographes étudient et analysent une crise, sous toutes ses formes, qu'il s'agisse de crise économique ou sociale, des effets collatéraux des guerres (déplacements de populations), ou de catastrophes liées à des événements (cylone, séisme, tsunami) qui mettent en exergue la vulnérabilité des populations. Grâce à des géographes de terrain, qui ont passé plusieurs mois dans ces espaces difficiles et en proie à des situations de précarité et de détresse, la journée Géo'rizon proposera une lecture géographique moderne et vivante des crises.



Programme de la journée
"Géo'rizon : Géographie des crises"

8h30 - 9h50 : Faire face à la crise à Detroit : pratiques alternatives et recomposition du modèle urbain (Flaminia PADDEU Doctorante, ATER Université Paris Sorbonne - Paris IV)

10h15 - 11h35 : Le Japon dévasté : retour sur Fukushima (11 mars 2001) (Rémi SCOCCIMARRO Maître de conférences Université de Toulouse 2 Le Mirail)

13h45 - 15h05 : Port-au-Prince, ville-martyre : la capitale haïtienne au lendemain du séisme (2010) et du cyclone (2012) (Sébastien HARDY Chargé de recherches Institut de Recherche pour le Développement, Paris)

15h25 - 16h55 : Migrations de crise et crises de l'asile, expériences d'exil des réfugiés libériens en Guinée et au Ghana (1990-2010) (Hélène SIMON-LORIERE Docteure, ATER Université Paris Sorbonne - Paris IV)

16h55 - 17h30 : Table-ronde autour des conférenciers : Gérer les crises : l'apport des géographes


dimanche 11 mars 2012

Géographie des risques et de la catastrophe : le cas des séismes

En complément au billet : "Le séisme du 11 mars 2011 au Japon : géographie d'une catastrophe" qui proposait une sélection d'articles et d'événements sur l'approche géographique de ce séisme, des répercussions de la catastrophe nucléaire et de l'habiter après la catastrophe, voici un complément biblio/sitographique avec des ressources sur d'autres séismes : tsunami du 26 décembre 2004 dans l'océan indien, séisme du 12 janvier 2010 en Haïti, risques sismiques dans le bassin caribéen...


mardi 7 février 2012

L'action humanitaire en milieu urbain en Haiti (groupe URD)

La question de la ville vulnérable est particulièrement présente dans les travaux du groupe URD (Urgence Réhabilitation Développement), comme en témoignent leurs publications récentes sur les villes afghanes ou sur les villes face aux crises. L'URD s'intéresse aussi de près à la question haïtienne, avec notamment la création récente de l'Observatoire Haïti. Ce n'est donc pas étonnant de voir l'URD croiser la question de l'intervention humanitaire dans les villes et le cas haïtien. La ville comme espace de l'urgence humanitaire avait été, par ailleurs, le sujet d'un 5 à 7 du CICR le 3 mars 2011 : "Action humanitaire en milieu urbain : quels défis ?".


La sismicité historique dans l'île d'Haïti
Source : François Grünewald et Yvio Georges, "La vulnérabilité d'Haiti aux séismes :
pour une perspective historique et une meilleure analyse des risques",
Humanitaires en mouvement, n°6, septembre 2010, groupe URD, p. 25.


Voici la vidéo du film De la boîte à dormir à la maison à vivre : enjeux urbains à Port-au-Prince du groupe URD (cette vidéo est un extrait du site du groupe URD et reste sa propriété), présenté lors du 27th ALNAP Metting : "The Urban Challenge: Adapting humanitarian response to a changing world" (17-19 janvier 2012, Chennai), ainsi que quelques liens vers des ressources en ligne sur la question de la vulnérabilité à Haïti.

mercredi 22 septembre 2010

Conférence "Le rôle de la diaspora haïtienne dans la reconstruction du pays"


Le Centre d'études et de recherches internationales de Sciences Po Paris (CERI) organise une conférence-débat intitulée "Haïtiens du dedans, Haïtiens du dehors. Le rôle de la diaspora haïtienne dans la reconstruction du pays" le mercredi 29 septembre 2010 de 16h00 à 19h00 à Paris (salle de conférences de Sciences Po, 56 rue Jacob, 6ème arrondissement) avec pour intervenantes Stéphanie Melyon-Reinette (Université Antilles-Guyane), Maud Laethier (IRD), Anne Lescot (Réseau Culture Haïti) et Audrey Célestine (Sciences Po-CERI).


Annonce par les organisateurs :
"Le 12 janvier 2010, Haïti a été au centre de l'intérêt international suite à un tremblement de terre meurtrier. Pour des millions de personnes à travers le monde, Haïti était un centre d'intérêt à plusieurs égards et depuis plusieurs décennies. Un symbole de liberté pour ses voisins caribéens après la proclamation de l'indépendance de l'île en 1804, un symbole de création artistique, littéraire, culturelle pour les amoureux des arts et des belles lettres, un lieu vers lequel les yeux et les coeurs de toute une diaspora haïtienne, de sang et d'adoption, se tournent perpétuellement. A l'heure de la reconstruction, du projet global à repenser et mettre en oeuvre pour Haïti, lil s'agit de revenir sur les liens qui unissent les "Haïtiens du dedans" et les "Haïtiens du dehors". Comment envisager les relations entre ceux qui sont restés et ceux qui sont partis ? La diaspora haïtienne est-elle de nature spécifique ? Dans quelle mesure la dichotomie entre ceux du dedans et ceux du dehors fait-elle sens pour les principaux concernés ? Quelle relation établir au-delà des actions de solidarité dans l'urgence ?"


A lire sur Haïti,la catastrophe et la reconstruction :

Source de l'information :


mardi 27 avril 2010

Des événements sur la guerre et l'humanitaire


Mercredi 28 avril 2010 à RENNES :
Un café géo sur "Guerre et environnement en Côte d'Ivoire" à 18h30, au bar le Damier, présenté par Johan OSZWALD, enseignant-chercheur au laboratoire COSTEL, de l’université Rennes 2. Maître de conférences en Gestion des ressources environnementales et géostatistiques, il a soutenu une thèse sur la Dynamique des formations agroforestières en Côte d’Ivoire (des années 1980 aux années 2000) : suivi par télédétection et développement d’une recherche approche cartographique en 2005, et travaille tout particulièrement sur la notion de risques.


Mercredi 28 avril 2010 à PARIS :
La reprise du séminaire "Nouvelle histoire bataille" de l'IRSEM proposera une rencontre sur les "Expériences coloniales et guerres asymétriques américaines au XIXe siècle : nouvelles interprétations : nouvelles interprétations" avec des interventions de :
  • William T. DEAN (Associate Professor of Comparative Military Studies U.S. Air Force Air Command and Staff College, Air University, Maxwell AFB)
    "The Battle of Horseshoe Band, 1814 British Unconventional Warfare and the Creek Indians"
  • L. Michael ALLSEP Jr. (Professor of Comparative Military Studies U.S. Air Force Air Command and Staff College, Air University, Maxwell AFB Department of Leadership and Strategy)
    "Where is the American Colonial Office ? The War Department and the American Empire"


Lundi 17 mai 2010 à PARIS :
Un Café humanitaire sur "Haïti, une aide humanitaire durable ?", de 19 h 30 à 21 h 30, au Snax Kfé (182 rue St Martin, 3ème arrondissement), présenté par Sonia Jedidi, avec pour invités Willian H. SCHNEIDER (Professeur d'Histoire, Baker-Ort chaire International Healthcare Philanthropy au Centre de Philanthropie à l'université Indiana, USA), Luca PUPULIN (Directeur des programmes, ACTED), et Eric SAURAY, (sous réserve).


vendredi 15 janvier 2010

Port-au-Prince, géographie d'une ville vulnérable : la catastrophe et la ville



Le récent séisme dans la ville de Port-au-Prince questionne non seulement sur la question des risques, mais également celle de la vulnérabilité des villes face aux catastrophes, non seulement en terme de dégâts matériels, mais également en termes d'acceptabilité au vu de ces dégâts. On avait déjà abordé ces questions dans un billet intitulé "La ville vulnérable : risques et images du risque à Port-au-Prince", suite à l'effondrement d'une école dans la commune de Pétion-Ville, dans la localité des Nérettes, le 7 novembre 2008. Ces quelques éléments sur les vulnérabilités de la ville avait mis en exergue l'interaction entre les sociétés et leur environnement au prisme du risque comme construit social (voir les différentes définitions du risque en géographie).

Le choix d'avoir développé ces réflexions à partir du cas de la ville de Port-au-Prince n'était pas seulement le fait d'un événement médiatisé (l'effondrement de l'école avait provoqué la mort de plus de 90 personnes), mais avant tout parce que Port-au-Prince est synptômatique des vulnérabilités urbaines : capitale d'un pays pauvre en proie à des déchirements violents (voir le billet "Port-au-Prince : la capitale d'un pays sous tension"), Port-au-Prince est une ville-enjeu dans les affrontements politiques et sociaux qui menacent l'équilibre fragile obtenu par le déploiement d'une opération militaire des Nations Unies, la MINUSTAH. "Port-au-Prince est alors en proie à un double mouvement de violences : d'une part, des violences politiques (visant le renversement du gouvernement), d'autre part des violences "ordinaires" (selon la définition de Jérôme Tadié) à travers une guerre de gangs. La principale mission de la MINUSTAH est alors d'enrayer ce cercle vicieux de la violence, afin d'instaurer un climat serein et d'établir un processus durable de stabilisation du pays" (extrait du billet sur "La situation en Haïti").





Le facteur catastrophe du séisme survenu le 12 janvier 2010 ne suffit pas à expliquer l'étendue des dégâts dans la capitale haïtienne. La pauvreté de la ville est l'un des facteurs déterminants, et explique la géographie des destructions dans la ville aux lendemains de la catastrophe. D'une part, du fait de la pauvreté des habitants. Ainsi, la croissance urbaine dans ce pays pauvre s'est doublée d'un afflux de populations que les autorités ne parvenaient pas à gérer, notamment en termes d'habitat. L'entassement de très nombreux habitants dans les bidonvilles (risques sociaux), pour beaucoup construits dans des zones insalubres (risques sanitaires), a fortement accentué la vulnérabilité de la ville face à ce séisme : les habitations des bidonvilles (qu'elles soient en dur ou non) sont non seulement construites avec des matériaux inadaptés aux risques sismiques importants de l'île, mais également elles sont établies sur des zones où le sol est particulièrement meuble, et donc renforce les dégâts lors de catastrophes sismiques (même lors de séismes à l'amplitude bien plus restreinte).






D'autre part, la pauvreté même de l'Etat doit être soulignée : ce ne sont pas seulement les habitations des quartiers pauvres et des bidonvilles qui se sont effondrées, mais bien l'ensemble des infrastructures de la ville. Ainsi, même les infrastructures officielles, telles que le palais présidentiel (les photographies aériennes ci-dessus montrent ce quartier avant et après le séisme. Voir également une photographie du palais présidentiel, derrière la statue du Marron inconnu, symbolisant la fin de l'esclavagisme) sont construites sans précaution des mesures de protection anti-sismique (l'exemple de l'école effondrée en novembre 2008 montre que même des bâtiments publics pouvaient ne même pas tenir compte des normes officielles en termes de réglementation des constructions : voir l'article consacré à cet événement sur le blog Planète Vivante : "Haïti, une fois encore n'est pas épargnée"). De plus, cette dimension se transfère également sur le système éducatif : contrairement à des pays comme le Japon (où des séismes d'une amplitude similaire, qui investissent certes en termes d'infrastructures mais également en termes de formation des populations à la gestion du risque. Il ne s'agit pas de dire que seuls les aspects économiques et sociaux sont responsables de l'étendue des dégâts (bien évidemment la magnitude du séisme et la localisation de l'épicentre sont des facteurs déterminants dans la compréhension des destructions liées à la catastrophe : voir la partie consacrée aux séismes dans les fiches techniques du blog Planète Vivante animé par la géographe Marie-Sophie Bock-Digne), mais de montrer que le risque sismique, alors qu'il est partiellement géré dans les pays développés (systèmes de surveillance performants ; plans de prévention des risques ; équipements adaptés tels que les constructions anti-sismiques ; systèmes d’alerte efficaces ; secours coordonnés et adaptés ; campagnes d’information et de sensibilisation ; forte réglementation des sites classés dangereux), est subi dans les pays pauvres.

Mais la vulnérabilité ne s'exprime pas seulement à l'échelle du pays, ou même d'une ville. Les enjeux de cette approche par les risques sont multiscalaires, et mettent en scène une profonde injustice spatiale (voir notamment les problématiques abordées dans la revue Justice spatiale). Au-delà de l'aspect aléa, les quartiers sont inégalement touchés non seulement par le séisme lui-même, mais également par l'aide humanitaire et sociale qui en découle. Les enjeux de la reconstructions après une catastrophe sont aussi l'occasion d'une mise en scène de l'inégalité de la distribution de l'aide, notamment en termes de reconstruction (les quartiers centraux sont souvent très médiatisés, comme le montre le choix des images par les média sur cette catastrophe, avec une grande focalisation sur les bâtiments centraux : certes, l'aspect sensationnel recherché par les média est plus démonstratif dans l'effondrement de très grands bâtiments, mais également cette focalisation démontre un choix dans les priorités à venir dans le processus de reconstruction : on retrouve là les mêmes risques sociaux abordés dans le cas des reconstructions des villes dans l'immédiat après-guerre, liés à un processus de reconstruction inégalitaire : voir le billet "Les risques de la reconstruction").

Ces risques sociaux de l'immédiat après-catastrophe sont également liés à la question de la distribution de l'aide en termes de vivres, de médicaments et de soins, d'eau potable... Entre la question de l'accessibilité de certains quartiers (du fait de l'effondrement d'infrastructures vitales pour l'accès aux quartiers ou de l'entassement des ruines sur les voies d'accès) et l'inégale mise en priorité de certains quartiers vis-à-vis d'autres, la ville de l'immédiat après-catastrophe est, elle aussi, particulièrement vulnérable : risques alimentaires pour une très grande partie de la population (le manque d'accessibilité pour les avions faisant parvenir l'aide internationale prive la population d'une aide alimentaire plus que nécessaire dans une ville où tous les réseaux de distribution et les centres de stockage ont été détruits ou sont bloqués en termes d'accessibilité), risques sanitaires également (non seulement au vu du manque de soins, du manque de personnels médicaux face à l'ampleur de la catastrophe, du manque de médicaments, mais aussi en termes d'insalubrité dans de nombreuses zones détruites, de problèmes respiratoires au vu du nuage de fumée dégagé par l'effondrement des bâtiments, et des problèmes médicaux liés au manque d'eau potable et d'alimentation. Le bilan de la catastrophe ne se limite donc pas aux seuls morts dans les effondrements.

Par conséquent, comprendre les dimensions spatiales d'une ville qui vient de subir une catastrophe est nécessaire, non seulement pour rendre l'aide humanitaire efficace (les densités de population dans tel ou tel quartier permettent par exemple de procéder à une distribution d'eau, de vivres et de médicaments équilibrée et adaptée aux besoins : voir l'excellent billet sur "L'utilité des images satellites et de la cartographie pour les interventions humanitaires" sur le blog Planète Vivante). Mais l'approche spatiale est aussi un mode de réflexion opératoire pour saisir les risques dans le long terme, notamment en termes de frustrations sociales (personnes restant en attente de retour dans des habitats sécurisés et salubres, personnes déplacées dans des camps de fortune, quartiers défavorisés par l'aide humanitaire et la progression de la reconstruction...) et de détournements politiques de ces frustrations dans le processus de reconstruction de la ville.




A lire sur la question :

* Le blog Planète Vivante qui consacre de nombreux billets sur la géographie des risques, parmi les quels on retrouvera notamment l'excellent billet sur la "Localisation des zones touchées par le séisme à Port-au-Prince (Haïti) 15 janvier 2010" (on reviendra sur la question des conséquences spatiales de cette catastrophe dans un prochain billet) ;

* Le blog L'humanitaire dans tous ses Etats dans lequel on retrouvera de nombreux billets sur la question de l'aide humanitaire déclenchée suite au séisme du 12 janvier 2010 à Port-au-Prince. Ces billets permettent notamment de prendre conscience de la diversité de l'aide nécessaire, depuis l'eau potable, les vivres et les médicaments, en passant par le ramassage des cadavres (pour des raisons sanitaires évidentes), l'aide pour fournir un toit aux survivants...



lundi 10 novembre 2008

La ville vulnérable : risques et images du risque à Port-au-Prince


L'effondrement d'une école dans la périphérie de Port-au-Prince


Le 7 novembre 2008, une école s'est effondrée dans l'arrondissement de Port-au-Prince, dans la commune de Pétion-Ville, dans la localité des Nérettes : l'effondrement du 1er étage a entraîné celui du reste du bâtiment, alors que les enfants étaient en classe. Le bilan est très lourd, et a fait au moins 90 morts. L'école La Promesse, dirigée par un pasteur, accueillait des enfants de 3 à 20 ans en grande majorité issus d'un bidonville. "Coincée entre les maisons du quartier, la construction en dur s'élevait sur deux étages, tandis qu'un troisième était en construction" (Source : TF1, 8 novembre 2008). Port-au-Prince est la capitale macrocéphalique d'Haïti, un pays sous tension. Entre violences et crises politiques et économiques successives, la ville s'est fortement paupérisée. Une géographie de l'inégalité s'est ainsi installée à Port-au-Prince, entre des quartiers sécurisés abritant les élites haïtiennes, et des quartiers défavorisés où règne l'habitat illégal et où s'entassent des populations les plus vulnérables. "Plus de la moitié de la population vit dans des quartiers défavorisés, pour la plupart illégaux. Bel-Air, Cité-Soleil, Savane Pistache… dans ces quartiers spontanés, les densités sont très fortes, pouvant atteindre 900 habitants par hectare. Les conditions de vie y sont particulièrement difficiles, en l’absence totale d’infrastructures et d’équipements et dans un contexte de récession économique permanente. Ces quartiers occupent tous les espaces résiduels non urbanisés : polders constitués à l’embouchure des deux principales ravines et charriant des déchets urbains, pentes très fortes soumises à érosion, bas-côtés des grandes voiries ou des voies ferrées… L’habitat y est au départ très précaire, puis se densifie et se pérennise avec le temps. D’un point de vue juridique, ces quartiers sont illégaux, mais pour autant leur sécurisation en la matière n’a guère d’importance. Les habitants ne sont pas menacés d’expulsion. Politiquement, aucune autorité locale ne prendrait le risque d’une telle opération. La situation sociale est explosive dans ces quartiers et chacun est contrôlé par un parti politique ou une milice. L’intervention directe de l’État, dans une perspective de restructuration ou régularisation serait considérée comme une provocation. D’autant qu’il n’y a pas de gestion foncière à Port-au-Prince et qu’aucune autorité n’a les moyens de maîtriser l’urbanisation. Au fil du temps, l’urbanisation sauvage est devenue le mode normal de croissance de Port-au-Prince" (Guillaume Josse et Pierre-Alain Pacaud, "Améliorer les quartiers précaires : Approches suivies au Burkina, Djibouti et Haïti", Agence française pour le développement) Il existe ainsi dans la capitale environ 40 bidonvilles. L'un des problèmes souvent analysés est la question de l'eau dans les quartiers pauvres : la géographe Véronique Verdeil a ainsi montré que l'accès à l'eau potable dépend de la classe sociale et de la localisation géographique ("De l'eau pour les pauvres à Port-au-Prince", Mappemonde, n°55, 1999-3, pp. 14-18). Une véritable ségrégation se met ainsi en place pour les besoins vitaux de la vie quotidienne, ce qui accroît fortement les risques sociaux et sanitaires. L'extension des bidonvilles aux périphéries de la ville, ainsi que l'appropriation d'espaces centraux par ce type d'habitat illégal, sont également des phénomènes souvent étudiés (notamment dans le quartier de Bel-Air). La notion de "risque réel" est donc directement associée à la catégorie sociale, les plus démunis ayant des stratégies de survie dans lesquelles la sécurité est secondaire. le centre-ville de Port-au-Prince est ainsi une aire en voie de ghéttoïsation (selon Nicolas Coiffier, 2005, Géographie et missions de maintien de la paix : le cas de Port-au-Prince (Haïti) et de la MINUSTAH. Une étude de géographie politique, mémoire de maîtrise de géographie, Université Paris-Sorbonne, 102 pages) avec l'émergence de bidonvilles, c'est-à-dire d'un habitat illégal et précaire dans tous les espaces "vides" du centre (qui offre plus d'espérances que les bidonvilles des périphéries, marginalisés non seulement socialement, mais aussi spatialement).




Géographie des risques et représentation des risques à Port-au-Prince

Lorsque l'on parle de Port-au-Prince dans les médias, c'est pour annoncer des épisodes de violences politisées, d'émeutes de la faim, de problèmes de gangs, de catastrophes naturelles... Pour ne donner que quelques exemples de l'actualité récente de l'année 2008, la presse a parlé d'Haïti à propos des émeutes de la faim d'avril, du passage de l'ouragan Hanna en septembre, des inondations qui ont suivies l'ouragan, ou ces derniers jours de l'effondrement d'une école. Toutes ces images insistent sur la pauvreté du pays, et tout particulièrement montrent une capitale vulnérable. Les images catastrophiques des médias accentuent l'impression de l'irrémédiabilité de la catastrophe urbaine, comme l'a démontré le géographe Michel Lussault.








Néanmoins, il faut rappeler que la notion de risque n'est pas seulement une donnée quantitative et objective : elle est également un construit social. En effet, le risque dépend de celui qui le perçoit. A travers la notion de risque, il existe 2 concepts distincts : le "risque réel" et le "risque perçu". Il ne s'agit pas de minimiser les risques urbains, mais de montrer que ces 2 types de risques ne coïncident pas forcément, puisque le risque perçu dépend du degré d'acceptabilité du risque. Celle-ci dépend de valeurs sociales, culturelles, politiques, économiques... La géographe Yvette Veyret a ainsi montré qu'il existait 2 problématiques associées à la question de risques, montrant ainsi combien la démarche géographique pour l'analyse des risques est particulièrement adaptée pour expliquer la dualité du terme et des enjeux :
  • le risque comme produit de l'interaction entre une société et son environnement : "le risque a une double composante : un facteur externe, l'aléa qui est le produit de l'environnement, entendu ici au sens large de « ce qui nous entoure » et non pas uniquement au sein restreint d'environnement naturel, et une composante interne, la vulnérabilité, qui est une caractéristique de la société. Aussi l'existence d'un risque pose-t-elle la question du rapport des hommes à leur environnement" (Yvette Veyret, dir., Les risques, Bréal, collection Amphi Géographie, Paris, 2004, p. 32)
  • le risque comme construit social : "la première question qui se pose ici est celle des représentations associées au rique. On doit mobiliser :
    - les notions de risque perçu, de risque réel, de risque objectif et de risque subjectif ;
    - les notions d'acceptabilité du risque et de seuil de tolérances ;
    - les notions de contruction
    mentale du risque, mémoire du risque, culture du risque, etc;
    En abordant ces problématiques, il convient d'abord de veiller à varier les échelles sociologiques : l'individu, le groupe social, la minorité (au sens de groupe dominé, plus ou moins partiellement privé d'accès au pouvoir, et non de minorité numérique), etc. Il faut également envisager les différentes temporalités de ces « acteurs sociaux ». Mais on doit aussi dépasser le traitement purement sociologique de la question et réinscrire la réflexion dans le cadre des préoccupations du géographe. Il convient ainsi de faire appel à la géographie des représentations et des pratiques
    "(Yvette Veyret, op. cit., p. 33)




La gestion du risque dans la reconstruction

Force est de constater que les cartes représentant le degré d'acceptabilité du risque dans une ville ne coïncident pas aux cartes figurant le risque réel. Dans les quartiers populaires et précaires, les populations sont bien plus exposées aux risques de tout ordre (industriels, environnementaux, sanitaires, sociaux, alimentaires...), et sont pourtant plus "résignées" à ces risques. Ce qui peut paraître être une évidence est en réalité une donnée fondamentale pour comprendre l'émergence ou le renforcement de lignes de fractures dans les villes avant, pendant, et après la guerre. Dans le cas particulier de la reconstruction, la paupérisation touche avant tout les quartiers les plus démunis, et ce avant la guerre. Mais également, l'effort de reconstruction y est beaucoup moins important financièrement, et recouvre des espaces beaucoup plus restreints et circonscrits. Il existe alors une véritable concurrence entre centralités et périphéries. La géographie des espaces reconstruits est directement liée à celle des "espaces visibles". Parmi ceux-ci, on peut distinguer les ¨"espaces stratégiques" et les "espaces médiatisés" qui concident le plus souvent. Dans le cas de Port-au-Prince, le centre-ville, situé en bord de mer, concentre les principaux centres de décision (politique et économique), et relève donc d'une importance vitale pour la "revitalisation" de la ville. Mais ce centre correspond aussi aux principaux territoires médiatisés. L'enjeu de reconstruire cette zone centrale est donc à la fois politique, économique, et également médiatique. L'importance de cette centralisation se ressent du point de vue des aides (à travers les donations de la communauté internationale ou des ONG) et de celui des images (celles d'une ville qui "tourne la page" de la guerre, qui "se modernise" et qui peut s'ntégrer dans les réseaux de la mondialisation). Rassurer les investisseurs économiques et les partenaires politiques passe par cette médiatisation de la reconstruction. La question de l'image dans les risques urbains se traduit non seulement auprès de la population (qui a des représentations différenciées en fonction de son seuil d'acceptabilité du risque, et ce malgré le seuil de vulnérabilité), mais également dans les politiques de la ville (à travers une reconstruction inégalement répartie dans l'espace urbain, qui délaisse des quartiers entiers pour être concentrée dans les "espaces visibles").



L'image que l'on donne aux risques et les représentations que s'en font les populations et les acteurs extérieurs ont donc des incidences sur les relations entre les différentes catégories sociales et entre les différents quartiers. Les bidonvilles et les zones centrales sont les quartiers les plus médiatisés : mais les quartiers populaires semblent souvent délaissés dans cette médiatisation du risque.


jeudi 23 octobre 2008

Le site "Guerres oubliées"



Découvert sur le blog "L'humanitaire dans tous ses Etats" tenu par Frédéric Joli, le site "Guerres oubliées", sous-titré "Derrière les conflits, la vie", de la TSR (Télévision Suisse Romande) mérite le détour pour son regard original, ses nombreuses photographies et viodéos, et son analyse de la vie quotidienne des populations d'Haïti, de Sierra Leone, de Géorgie, du Népal, du Yémen et du Sri Lanka. On y découvre des sujets très variés sur les conditions de vie dans le quartier de Cité Soleil à Port-au-Prince, les problèmes de réinsertion des enfants-soldats de la ville de Waterloo en Sierra Leone, la (sur)vie dans les ruines en Abkhazie, les conditions de vie dans les camps de réfugiés de la région de Batticaloa au Sri Lanka... Un site qui a le mérite de présenter le quotidien de ces populations et d'analyser leurs stratégies de survie. Et ce, dans des conflits dont les médias se désintéressent souvent.


dimanche 31 août 2008

Port-au-Prince : la capitale d'un pays sous tension


L'île d'Haïti se situe au coeur d'un espace géostratégique très tendu : le bassin Caraïbe (carte extraite de l'Atlas Caraïbe, de l'Université de Caen). Les enjeux de cette aire géographique sont à comprendre à travers le prisme de son développement durable et de son intégration à la mondialisation : "le Bassin caribéen est bien plus qu'un lac, une simple arrière-cour des Etats-Unis ou encore une plaque tournante où transitent moult flux illicites. Les territoires de cette région essaient comme ailleurs, tant bien que mal, de ne pas être écartés de la mondialisation et cela en dépit de l'absence pour certains d'entre eux d'un pacte territorial nécessaire à une meilleure compétitivité. Les stratégies de développement fortement suggérées voire, dans certains cas, imposées par les institutions internationales - ONU, Banque mondiale, FMI, USAID - n'ont pas réussi à créer l'environnement industrieux destiné à sortir l'intégralité des territoires du Bassin caribéen du mal développement." (Source : LAMBOURDIERE Eric, dir., 2007, Les Caraïbes dans la géopolitique mondiale, Ellipses, collection Carrefours Les Dossiers, Paris, p. 451).


Dans cet espace, la situation d'Haïti est préoccupante : tout d'abord, le pays accuse un mal-développement très marqué, comme le montre les différents chiffres de l'IDH (indice de développement humain) : si l'IDH de l'ensemble du Bassin caribéen est supérieur à la moyenne mondiale, Haïti contraste particulièrement, avec un IDH inférieur de 50 % à la moyenne mondiale. En résulte une situation de pauvreté généralisée, avec un PNB par habitant de 310 $ en 1995, nettement inférieur à celui de la région. Autre point fondamental : l'instabilité politique de ce territoire. En février 2004, le président Aristide s'enfuit en exil et abandonne son poste à la présidence. En février 2006, après des élections mouvementées, René Préval est élu président. La capitale, Port-au-Prince, a été le théâtre privilégié des manifestations entre les partisans des différents candidats. L'arrivée d'un nouveau président élu, après 2 ans de présidence temporaire, n'a pas pour autant signifié un retour à la pacification durbale, ni l'avènement d'une ère de développement pour Haïti : la situation reste particulièrement tendue d'un point de vue politique et préoccupante d'un point de vue socio-économique.



Port-au-Prince est une capitale macrocéphale : "sur les 9 millions d'Haïtiens, 2,5 à 3 millions se regroupent dans la métropole entourée de bidonvilles qui prennent chaque année une extension plus grande sans que l'on puisse voir une quelconque amélioration des infrastructures. Carrefour, le si mal nommé puisqu'il s'étend sur deux à trois kilomètres, longe la mer et se déploie sur une étroite plaine côtière en direction de l'ouest ; il a surgi dans les années 1970 et depuis ne cesse de s'accroître." (Source : Atlas Caraïbe). Cette macrocéphalie urbaine et le mal-développement du pays expliquent que les tensions et les violences se concentrent dans la ville. En effet, la population est en grande majorité agricole (80 % des actifs) et les villes concentrent la pauvreté, puisque les emplois dans l'industrie et dans les services sont peu nombreux et ne permettent pas le dynamisme des villes d'Haïti.


Source : ONU, rapport 2001 sur l’urbanisation mondiale.







Loin de l'image de la statue du "Marron inconnu" (un marron est un esclave révolté qui a fui la propriété du colon), symbole de la liberté et de l'indépendance d'Haïti, et même de l'ensemble caribéen, la ville subit de plein fouet les crises économiques, sociales et politiques qui déstabilisent le pays. Le centre-ville lui même est paupérisé et est devenu l'espace privilégié des violences et de l'insécurité.


"Le centre-ville de Port-au-Prince est situé en bord de mer. De là, l'agglomération remonte vers l'intérieur des terres le long de trois vallées. Héritage du passé, le centre-ville suit un plan en damier qui abritait le coeur politique, administratif et financier de la capitale. Avec une telle disposition, le centre-ville se distingue très clairement du reste de la ville sur les cartes comme sur le terrain. Si sa situation a commencé à se détériorer depuis la moitié du vingtième siècle, ce n'est réellement qu'en 1986, avec le coup d'Etat, que des changements majeurs ont commencé à apparaître. [...] Il forme originellement la partie Est de la ville qui s'est étendue vers l'Ouest jusqu'à occuper tout l'espace disponible au pied des contreforts des montagnes. Aujourd'hui, même si l'agglomération s'est élargie sur l'espace littoral disponible au Nord et au Sud, son expansion se fait surtout sur ces mêmes contreforts. [...] Les premières collines représentent des espaces immobiliers particulièrement prisés par les élites haïtiennes et internationales : les prémices de Pétion-Ville. Le downtown (note : en géographie urbaine, le downtown est un terme anglo-saxon qui désigne dans la ville nord-américaine les quartiers centraux) recouvre alors une réalité sociale d'un vieux centre-ville comme un espace synonyme de misère et de dangers par opposition à de nouveaux quartiers périphériques plus aisés et sûrs." (Source : COIFFIER Nicolas, 2005, Géographie et missions de maintien de la paix : le cas de Port-au-Prince (Haïti) et de la MINUSTAH. Une étude de géographie politique", mémoire de maîtrise de géographie, Université Paris-Sorbonne, p. 10).

Le centre-ville de Port-au-Prince concentre donc les enjeux et les tensions :

  • reflet de la pauvreté urbaine, avec des quartiers précaires en cours de paupérisation (par exemple, le quartier du Bel Air), le centre-ville est le lieu des manifestations sociales, comme l'ont symbolisé pour le monde entier les émeutes de la faim qui ont eu lieu à Port-au-Prince en avril 2008.
  • centre des décisions, le centre-ville est "jonché" de hauts-lieux du pouvoir et de la contestation, dans un pays fortement déstabilisé.
  • une part des territoires urbains échappent à la souveraineté de l'Etat et sont sous le contrôle de bandes armées, créant par-là des "zones grises" dans la ville, malgré la présence d'une force internationale qui multiplie les opérations pour sécuriser les quartiers centraux de Port-au-Prince.

La présence de la MINUSTAH (Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti) depuis le 1er juin 2004, sera très certainement reconduite ce 15 octobre 2008 (date d'autorisation de déploiement actuelle) tant la situation, et tout particluèrement à Port-au-Prince, semble précaire et incertaine, malgré la présence de 9 055 personnels en uniformes (dont 7 174 militaires et 1 881 policiers) au 31 mai 2008 (chiffres de l'ONU).

samedi 30 août 2008

Les émeutes de la faim



Les émeutes de la faim (ici à Haïti, en avril 2008, source : Le Point) ont souvent été l'objet de l'actualité internationale de l'année 2008, montrant ainsi la détresse des populations urbaines les plus pauvres des grandes métropoles des pays du Sud. Les émeutes du mois d'avril 2008 à Port-au-Prince ont été un symbole fortement médiatisé, relançant le débat sur la situation des 35 pays touchés cette année par ce phénomène. La hausse des prix des denrées alimentaires touche ainsi inégalement les populations urbaines, et se superposent à une géographie ségrégative dans les pays du Sud. Une première distinction semble nécessaire : un petit point sur les différentes significations de la "sécurité alimentaire".

"food security" : "capacité de produire des quantités suffisantes de nourriture pour assurer l'alimentation d'une population donnée" (définition de Jean-Paul CHARVET, 2002, Historiens-Géographes, n°378). C'était la première définition que l'on a donné à cette question de sécurité alimentaire, on ne prenait en compte que la quantité de nourriture. On calcule alors la sous-alimentation.

"food safe" : la question n'est pas tant la quantité que la qualité : il ne suffit pas que les hommes est suffisamment à manger en termes de quantité (ce que reprenait la notion de "food security") mais qu'ils puissent accéder à suffisamment de nourritures en termes de quantité et de qualité (ex : avoir une alimentation équilibrée apportant les différents besoins nutritionnels nécessaires au bon fonctionnement du corps humain). On calcule alors la malnutrition.




Les émeutes de la faim posent la question de "la justice et de l'injustice spatiales", et ce à plusieurs échelles. Tout d'abord, à l'échelle mondiale, elles se superposent à la carte de l'IDH (indice de développement humain), soulignant bien évidemment les écarts de développement entre les pays du Nord et les pays du Sud. La mondialisation pose le défi de la sécurité alimentaire. Les travaux de la géographe Sylvie Brunel replacent également cette question dans le cadre de la mondialisation. Notamment son article "La famine est en partie le fruit de la géopolitique" (dans Images économiques du monde 2005, Armand Colin, 2004), mais aussi dans ses nombreux ouvrages. Elle explique que les famines d'aujourd'hui sont devenues un outil de contrôle ou d'élimination de populations jugées comme indésirables. Elle met ainsi en place une différence entre les facteurs des famines et ceux de la malnutrition. "Entre famine et malnutrition existe une différence non de degrés, mais de nature : phénomène brutal, collectif et localisé, la famine ne s'explique pas par les mêmes causes que la malnutrition, ne frappe pas les mêmes personnes et ne résout pas de la même façon" (extrait de l'article cité précédemment). Elle en conclut que les famines actuelles "s'expliquent donc par la géopolitique, tandis que la malnutrition est le produit de la pauvreté". On retrouve ces phénomènes d'utilisation des ressources alimentaires comme arme à la fois au Darfour, mais plus anciennement en Somalie (où les sacs de denrées alimentaires provanant de l'aire internationale ont été pour la plupart conservés dans des zones de stockage sans pouvoir atteindre les population, voire réquisitionnés par les rebelles). Aujourd'hui, au Darfour, le gouvernement soudanais exploite cette arme alimentaire de la même façon qu'il l'avait fait dans les années 1990 pour les conflits dans les monts Noubas, interdit aux ONG d'intervenir pour apporter une aide alimentaire.





Le Dessous des cartes, décembre 2007.



Mais l'on ne peut se contenter d'une analyse à l'échelle mondiale, la faim touchant inégalement les populations des pays les plus pauvres. D'une part, la ville semble le terrain le plus touché par cette question, du fait de la dépendance alimentaire qu'elle entretient avec son arrière-pays, et l'absence partielle ou totale de moyens de subvenir à ses besoins pour la population sans recourir aux achats sur les marchés ou des magasins. D'autre part, au sein de la ville, une géographie ségrégative explique les contrastes existant dans l'accès aux ressources alimentaires.





Les facteurs explicatifs sont nombreux : bien évidemment la flambée des prix mondiaux des denrées alimentaires est une cause majeure, mais également des processus économiques mondiaux touchant indirectement (la hausse des prix des ressources énergétiques, un changement des demandes de consommation à l'échelle mondiale, la réorganisation de la filière alimentaire dans l'économie mondiale).



lundi 25 août 2008

La situation en Haïti

La population haïtienne est estimée à environ 8,5 millions d'habitants en 2005. La diaspora est particulièrement importante (elle est estimée à 1,5 millions de personnes en 2005). Particulièrement installés aux Etats-Unis (notamment en Floride) et au Canada, ces Haïtiens vivant à l'étranger ont des attaches importantes avec leur pays : ils reviennent souvent au pays et représentent une importante source de revenus. Depuis le début des années 1980, Haïti traverse une crise économique. De 1957 à 1986, la dictature de la famille Duvalier maintient le pays dans une ère de stabilité économique et politique. Avec la chute de Jean-Claude Duvalier (aussi connu sous le nom de Baby Doc) en 1986, le pays plonge dans une période d'instabilité politique, qui entraîne un appauvrissement généralisé.






Le contexte du conflit en Haïti

Le conflit en Haïti oppose le président Jean-Bertrand Aristide (constitutionnellement élu en 2000) et des rebelles (pour la plupart d'anciens militaires et policiers haïtiens, et même d'anciens alliés d'Aristide). Il s'agit donc d'une lutte de pouvoir interne qui oppose des acteurs se disputant le contrôle du pays. La légitimité des élections et donc du mandat du président Aristide est remise en cause par les rebelles. En janvier 2004, les tensions entre rebelles et gouvernement s'intensifient, et les actions des rebelles sont si nombreuses qu'Aristide se voit contraint de quitter son pays et sa place de président. Il fuit son pays le 29 février 2004, sous la protection de militaires états-uniens. Les violences ne s'arrêtent pas pour autant. L'ONU décide du déploiement d'une force militaire multinationale pour 3 mois (à la demande du président haïtien intérimaire) : la résolution 1542 du 30 avril 2004 prévoit que la force militaire assure la transition avant l'arrivée d'une mission de maintien de la paix sous l'égide de l'ONU : la MINUSTAH (Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti).



Les missions de la MINUSTAH

L'une de ces principales missions de la MINUSTAH consiste en l'instauration d'un climat serein pour le développement du processus électoral visant au renouvellement des municipalités, du corps législatif et du gouvernement pour la fin de l'année 2005. La capitale, Port-au-Prince, est le principal foyer de tension (violences de grande intensité et quotidiennes). La déstabilisation de la capitale provoque la dérégulation du pays. La ville est aux prises de gangs armés qui cherchent à asseoir leur contrôle territorial sur certains quartiers. Leur volonté de renverser le gouvernement de transition s'explique également par leur désir de maintenir un chaos sur la ville, et ainsi asseoir leur contrôle de l'espace urbain. Ils s'opposent également entre eux, afin de maintenir leur assise territoriale sur les quartiers qu'ils contrôlent. Le centre-ville de Port-au-Prince est donc une zone ravagée par une guerre de gangs et par une guerre entre forces de l'ordre et gangs. Les Casques bleus et les policiers onusiens doivent donc faire face à des acteurs non conventionnels, fortement armés, particulièrement attachés à maintenir leur contrôle spatial. Port-au-Prince est alors en proie à un double mouvement de violences : d'une part, des violences politiques (visant le renversement du gouvernement), d'autre part des violences "ordinaires" (selon la définition de Jérôme Tadié) à travers une guerre de gangs. La principale mission de la MINUSTAH est alors d'enrayer ce cercle vicieux de la violence, afin d'instaurer un climat serein et d'établir un processus durable de stabilisation du pays.