Droits d'auteurs et citations

Tous les éléments publiés sur ce blog peuvent être utilisés avec l'accord de l'auteur du blog et A LA CONDITION de citer les sources utilisées (qu'il s'agisse du ou des billets utilisés comme des auteurs cités dans le blog). Merci de respecter les droits d'auteur (pour tous les textes et documents utilisés dans le blog, y compris pour les auteurs cités). Pour me contacter : benedicte.tratnjek[at]gmail.com
Affichage des articles dont le libellé est gangs. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est gangs. Afficher tous les articles

mercredi 21 janvier 2009

Territoires de la délinquance et territoires de la police dans la ville


Les territoires de la criminalité et les territoires de la violence sont des sujets de préoccupation pour les géographes en tant que "modeleurs" de logiques spatiales et sociales, principalement dans les villes. Le recours à la cartographie pour comprendre les territoires de la délinquance dans la ville et également de mettre en exergue les stratégies territoriales des forces de maintien de l'ordre. Face à la mise en place d'un contrôle territorial, les acteurs de la délinquance et de la criminalité doivent réinventer les formes de leurs "actions" ainsi que leurs spatialités. L'interaction entre territoires de la criminalité et territoires policés transforme constamment les logiques d'appropriations territoriales par ces acteurs officieux et officiels. Plusieurs articles récents ont été consacrés à ces modalités d'occupation du territoire, tout particulièrement dans la ville, et étudient les formes de maillage installé dans la ville pour asseoir et diffuser la criminalité, ou au contraire surveiller et contrôler le territoire, voire punir les acteurs de la déstabilisation et de l'illégalité.



Les Cafés géo de Paris ont invité le 16 décembre 2008 Bruno Fuligni (écrivain et historien, qui a dirigé un ouvrage collectif publié fin 2008 : Dans les secrets de la police. Les Trésors inédits des archives de la Préfecture de la police, Editions L'Iconoclaste, Paris), Michael Sibalis (historien, auteur d'un chapitre dans l'ouvrage Dans les secrets de la police) et Paul-David Régnier (géographe, spécialiste des questions de géographie militaire, auteur du Dictionnaire de géographie militaire, CNRS Editions, Paris, 2008). Les 3 auteurs ont montré en quoi la compréhension du territoire urbain, des acteurs de la ville, des formes de l'illégalité et de la délinquance, et leurs appropriations territoriales différenciées permettent de comprendre les formes d'intervention des forces de rétablissement de l'ordre, que ce soit dans le cas d'une police qui régule l'application des règles d'une société, ou dans le cas d'une armée qui intervient pour rétablir la paix.



Londres : les lieux du crime
La lutte contre les diverses formes d'insécurité est devenu, de par le monde, un argument politique de plus en plus utilisé, voire convoité. Après la publication de la 1ère carte des crimes et des délits sexuels à Paris, c'est au tour de Londres de publier sa carte des délits en ligne, carte qui sera actualisée tous les mois. De quoi provoquer des pratiques spatiales "formatées" par la peur de l'insécurité et transformer les représentations des Londoniens sur certains quartiers. Laurent Grison analyse les objectifs politiques de cette décision de mettre en exergue des hauts-lieux de la violence et de l'illégalité dans la ville de Londres : "Pour le maire Boris Johnson, la cause est entendue : Crime mapping donne des informations aux Londoniens sur les délits dans leur quartier et vise à les rassurer car leur perception de la délinquance serait exagérée. Il encourage, aussi et surtout, les citoyens à collaborer activement avec la police pour rendre plus sûr leur lieu de vie". A voir si la publication de telles cartes renforce réellement un sentiment de sécurité quant à une perception de la délinquance exagérée, ou au contraire ne renforce pas le sentiment d'une insécurisation de plus en plus marquée. La cartographie criminelle constitue bien un outil d'aide dans l'élaboration d'un maillage sécuritaire, mais n'est-elle pas aussi - lorsqu'elle est publiée à des fins politiques - un moyen de rendre la ville de plus en plus vulnérable en affichant les dangers de celle-ci ?







Géocriminologie : quand la cartographie permet aux géographes d'investir la criminologie
Dans cet article, Claire Cunty, Fabrice Fussy et Pascale Perez analysent l'importance de la géographie comme outil d'analyse de la criminologie : comment la géographie permet-elle de comprendre les territoires de la délinquance, mais également les représentations des habitants sur cette "violence ordinaire" selon l'expression de Jérôme Tadié (Les territoires de la violence à Jakarta, Belin, collection Mappemonde, Paris, 2006) ? L'accent est porté sur la pertinence de la cartographie criminelle comme moyen d'affiner la compréhension des territoires de l'illégalité et de la criminalité, et sur les différents usages de ce type de cartes (usage de connaissance, usage tactique, usage stratégique et usage politique).





A signaler : une émission de Planète Terre sera consacrée le mercredi 25 février 2009 (14h00-14h30 sur France Culture) aux "Mafias et territoires urbains" avec pour invité Fabrizio Maccaglia (agrégé et docteur en géographie, actuellement pensionnaire de la Fondation Thiers à Paris). On peut également retrouver son intervention sur RFI du 21 mai 2008 : "L'enjeu est de parvenir à soustraire à la mafia non seulement le contrôle du territoire mais aussi le contrôle du transport des déchets" et un compte-rendu du Café géo du 29 février 2002 sur "Mafia et Camorra : les territoires illégaux en Italie" avec la participation de Colette Vallat (géographe, Professeur à l’Université Paris 10), Jean-Louis Tissier (géographe, professeur à l’Université Paris 1), Fabrizio Maccaglia, et Anne-Marie Matard-Bonucci (historienne, EHESS).


lundi 25 août 2008

La situation en Haïti

La population haïtienne est estimée à environ 8,5 millions d'habitants en 2005. La diaspora est particulièrement importante (elle est estimée à 1,5 millions de personnes en 2005). Particulièrement installés aux Etats-Unis (notamment en Floride) et au Canada, ces Haïtiens vivant à l'étranger ont des attaches importantes avec leur pays : ils reviennent souvent au pays et représentent une importante source de revenus. Depuis le début des années 1980, Haïti traverse une crise économique. De 1957 à 1986, la dictature de la famille Duvalier maintient le pays dans une ère de stabilité économique et politique. Avec la chute de Jean-Claude Duvalier (aussi connu sous le nom de Baby Doc) en 1986, le pays plonge dans une période d'instabilité politique, qui entraîne un appauvrissement généralisé.






Le contexte du conflit en Haïti

Le conflit en Haïti oppose le président Jean-Bertrand Aristide (constitutionnellement élu en 2000) et des rebelles (pour la plupart d'anciens militaires et policiers haïtiens, et même d'anciens alliés d'Aristide). Il s'agit donc d'une lutte de pouvoir interne qui oppose des acteurs se disputant le contrôle du pays. La légitimité des élections et donc du mandat du président Aristide est remise en cause par les rebelles. En janvier 2004, les tensions entre rebelles et gouvernement s'intensifient, et les actions des rebelles sont si nombreuses qu'Aristide se voit contraint de quitter son pays et sa place de président. Il fuit son pays le 29 février 2004, sous la protection de militaires états-uniens. Les violences ne s'arrêtent pas pour autant. L'ONU décide du déploiement d'une force militaire multinationale pour 3 mois (à la demande du président haïtien intérimaire) : la résolution 1542 du 30 avril 2004 prévoit que la force militaire assure la transition avant l'arrivée d'une mission de maintien de la paix sous l'égide de l'ONU : la MINUSTAH (Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti).



Les missions de la MINUSTAH

L'une de ces principales missions de la MINUSTAH consiste en l'instauration d'un climat serein pour le développement du processus électoral visant au renouvellement des municipalités, du corps législatif et du gouvernement pour la fin de l'année 2005. La capitale, Port-au-Prince, est le principal foyer de tension (violences de grande intensité et quotidiennes). La déstabilisation de la capitale provoque la dérégulation du pays. La ville est aux prises de gangs armés qui cherchent à asseoir leur contrôle territorial sur certains quartiers. Leur volonté de renverser le gouvernement de transition s'explique également par leur désir de maintenir un chaos sur la ville, et ainsi asseoir leur contrôle de l'espace urbain. Ils s'opposent également entre eux, afin de maintenir leur assise territoriale sur les quartiers qu'ils contrôlent. Le centre-ville de Port-au-Prince est donc une zone ravagée par une guerre de gangs et par une guerre entre forces de l'ordre et gangs. Les Casques bleus et les policiers onusiens doivent donc faire face à des acteurs non conventionnels, fortement armés, particulièrement attachés à maintenir leur contrôle spatial. Port-au-Prince est alors en proie à un double mouvement de violences : d'une part, des violences politiques (visant le renversement du gouvernement), d'autre part des violences "ordinaires" (selon la définition de Jérôme Tadié) à travers une guerre de gangs. La principale mission de la MINUSTAH est alors d'enrayer ce cercle vicieux de la violence, afin d'instaurer un climat serein et d'établir un processus durable de stabilisation du pays.