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samedi 8 mars 2014

Bangui, terreur en Centrafrique : géographie d’un conflit en bande dessinée

Proposée en ligne gratuitement par La Revue dessinée, la bande dessinée Bangui, terreur en Centrafrique de Didier Kassaï offre un témoignage dessiné sur le quotidien dans la capitale centrafricaine entre le 5 décembre 2013 et le 4 janvier 2014. En 19 planches (découpées en 4 épisodes), Didier Kassaï se représente dans ses espaces de (sur)vie, évoque la situation de sa famille (et la particularité de la mixité de son couple, lui étant chrétien et sa femme, Sada, musulmane), entraîne le lecteur dans les territoires du quotidien depuis l'espace domestique comme espace-refuge (mais non pas comme espace à l'abri de toutes les menaces) et la rue comme territoire du danger, dessine les (im)mobilités "ordinaires" du quotidien dans le contexte extraordinaire de la guerre et les territoires de l'exil des déplacés de guerre, les difficultés pour accéder aux guichets de la banque et de fait à son argent, les relations de voisinage telles qu'elles peuvent dépasser les divisions interethniques, le "nettoyage ethnique" en cours, la géographie de la terreur telle qu'elle s'installe dans les territoires du quotidien...




Didier Kassaï, 2014, Bangui, terreur en Centrafrique,
extrait de la planche 13, épisode 3.
Cité dans Bénédicte Tratnjek, 2014, "Bangui, terreur en Centrafrique : géographie d'un conflit en bande dessinée (La Revue dessinée)", carnet de recherche Sciences Dessinées, 8 mars 2014.


"La Revue dessinée (magazine trimestriel qui propose des reportages, des documentaires et des chroniques en bande dessinée) propose à ses lecteurs de découvrir sur son site Internet le témoignage dessiné de Didier Kassaï (illustrateur, caricaturiste, auteur de BD et aquarelliste centrafricain) sur la guerre qui se déroule en Centrafrique, et plus particulièrement à Bangui, la capitale, où il réside. Sur le site de La Revue dessinée, la bande dessinée est accompagnée d’un dossier présentant quelques enjeux de la République centrafricaine. En 4 épisodes, la bande dessinée propose ainsi une géographie subjective sur la guerre en République centrafricaine. En suivant le parcours de Didier Kassaï et de ses proches, le lecteur se confronte donc à un témoignage sur l’habiter dans une ville en guerre. “Pour éclairer le vécu des Centrafricains, voici le témoignage d’un auteur de bande dessinée, habitant de Bangui. Didier Kassai est chrétien, mais cela ne faisait pas de différence jusqu’à maintenant. Sa femme est musulmane, mais là aussi, cela ne changeait pas le quotidien de cette famille sans histoire. Leur environnement a basculé l’été dernier, avec les premiers massacres à coloration confessionnelle. Coloration, car les motivations profondes de cette nouvelle guerre pour le pouvoir ne semble guère reposer sur de vrais antagonismes religieux. Il est plutôt question d’appétits politiques, économiques et sociaux” (présentation par La Revue dessinée)." Lire la suite -->

mardi 12 novembre 2013

La ville, nouveau champ de bataille (Demain la ville)

Voici le lien vers l'un entretien réalisé par le site Demain la ville, par téléphone, autour de la question de "La ville, nouveau champ de bataille". Cet entretien s'inscrit dans un cycle de publications de textes sur la ville, l'urbain, l'urbanité, parmi lesquels on notera des textes tels que "La ville dans les films de science-fiction", "Exode urbain : qui sont les néo-ruraux ?", "La ville nourricière et ses paradoxes", "L'espace public est un gymnase comme les autres"… Le site Demain la ville propose ainsi des textes courts autour de la ville d'aujourd'hui et surtout de la ville en train de construire aujourd'hui pour penser les villes du futur. L'imaginaire et les représentations de l'espace sont au coeur de nombreux textes.

Concernant les villes en guerre, l'entretien a été l'occasion de s'interroger sur le 11 septembre comme "événement spatial" qui a renforcé l'imaginaire de la ville vulnérable, du poids de l'urbanisation dans la conflictualité actuelle et future (qui ne signifie pas la disparition des "champs de bataille" non-urbains, le cas de l'Afghanistan étant parlant pour montrer que si les villes sont les espaces de l'urgence humanitaire, les espaces de l'intervention militaire se situent dans les montagnes moins densément peuplées, qui peuvent servir d'espaces-sanctuaires dans la guerre), et les "modèles" de villes en guerre (on postule que le découpage classique de "modèles" de villes par aires géographiques n'est pas suffisamment pertinent pour penser ce qui se joue dans les villes, mais surtout dans les pratiques spatiales et l'ancrage invisible de la guerre dans l'urbanité).


--> "La ville, nouveau champ de bataille", entretien avec Bénédicte Tratnjek, Demain la ville, 8 novembre 2013.


Le manga "Ethnicity 01" : Représenter l'espace dans la bande dessinée

Voici quelques billets rédigés dans le cadre des deux journées d'études "Ville et bande dessinée" (voir les podcasts de cette journée d'études) et "Violence et bande dessinée" du Laboratoire junior Sciences dessinées (ENS-Lyon), à partir d'un manga peu connu, Ethnicity 01. Si, par son scénario, ce manga n'est pas un "incontournable", le choix de discuter de la représentation de l'espace dans la bande dessinée par le prisme de ce manga a pour objectif de montrer comment, en décryptant une oeuvre, on peut discuter d'éléments fondateurs dans l'imaginaire spatial collectif, notamment de l'urbaphobie telle qu'elle apparaît dans la représentation d'une ville imaginaire, au prisme d'une géographie de la guerre et d'une géographie de la ville vulnérable. Ce manga, qui se présente comme une dystopie, propose un monde imaginaire post-catastrophe : la ville, présentée à la fois comme sanctuaire et comme menace, est un espace de la domination et de l'enfermement. Les frontières urbaines dessinent une géographie de l'exclusion la plus extrême. C'est donc par le prisme des liens entre ville et violences que ces billets discutent de la représentation de l'espace dans la bande dessinée par le prisme du manga Ethnicity 01.

La cité fortifiée de Sensoram
Source : Nobuaki Tadano, 2012, Ethnicity 01, tome 1, planches 2-3, Doki-Doki.


"Comme de nombreuses oeuvres de science-fiction, la ville de Sensoram n’est pas seulement un espace-cadre de l’intrigue (une seule “scène de théâtre” que l’on pourrait intervertir avec un autre espace) : elle est avant tout un espace-support, c’est-à-dire que ses particularismes produisent un espace de vie, un espace politique, un espace social et/ou un espace culturel spécifique qui produisent des modes de vie, à partir desquels se noue l’histoire des protagonistes. C’est dans cette perspective que l’on va, dans ce billet, observer, Ethnicity 01. Le nom même de ce manga fait référence à la problématique de la ségrégation, et ce à plusieurs titres :
  • l’ethnicité évoque des ségrégations spatiales fondées sur des critères de différenciation culturels et/ou politiques,
  • le “01″ fait référence, comme dans de nombreux autres mangas de science-fiction (voir notamment le billet sur l’animé Code Geass), à un zonage de la ville (souvent dans des contextes de reconstruction, dans la ville post-catastrophe ou dans la ville post-conquête) où des quartiers sont anonymisés (pas de toponyme, mais un numéro de zone), parce qu’exclus de la ville."



Pour découvrir les billets : SÉRIE ETHNICITY 01

samedi 9 novembre 2013

9 novembre 1993 : La destruction du pont de Mostar, un géosymbole dans la guerre

Dans l'imaginaire collectif, la date du 9 novembre est immédiatement associée à la destruction (heureuse) du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989. 4 ans plus, une autre destruction (malheureuse) marquera tous les médias : celle de Stari Most, le "Vieux pont" de Mostar (la "ville du pont"). Si, depuis, le "Vieux pont" a été reconstruit, l'ancrage spatial de la guerre se laisse toujours entrevoir dans cette ville-symbole :
"Le 9 novembre 1993, les milices croates du HVO détruisaient le vieux Pont, symbole de la ville de Mostar. Vingt ans plus tard, certaines rues de cette ville toujours divisée portent encore les noms des dirigeants fascistes de l'Etat indépendant croate (NDH) des oustachis". ("Bosnie-Herzégovine : il y a vingt ans, la destruction du Vieux pont de Mostar", Le Courrier des Balkans, 9 novembre 2013).

Bien moins mis en avant dans la presse que la commémoration du 20ème anniversaire du déclenchement du siège de Sarajevo le 6 avril 2012, cette commémoration a été somme toute très sommaire, les autorités locales ne se déplaçant pas. Seuls quelques Mostaris ont sauté depuis le pont pour se jeter dans la rivière Neretva (les plongeons depuis le Vieux pont étaient, avant sa destruction, à la fois un "attrape-touristes" - les plongeurs attendant que les touristes aient déposé de l'argent pour sauter ou plonger -, et une "tradition" qui faisait de ceux qui osaient le grand plongeon des "héros" de la ville). Alors que l'ancien du quartier du Vieux pont de la vieille ville de Mostar est classé patrimoine mondial de l'Unesco et que la destruction de Stari Most avait été particulièrement couverte par les médias il y a 20 ans, cette absence de commémoration et de médiatisation ne doit pas faire oublier le poids de la symbolique des lieux qui se joue sur le pont et dans toute la ville de Mostar.

lundi 16 septembre 2013

La ville sert-elle d'abord à faire la guerre ? (Planète Terre, France Culture)

Le podcast et le lien pour la ré-écoute de la dernière émission de Planète terre (France Culture, animée par Syvlain Kahn, 11 septembre 2013), "La ville sert-elle d'abord à faire la guerre ?" sont disponibles sur le site de France Culture.



Le titre de cette émission fait un clin d'œil assumé à la célèbre formule d'Yves Lacoste : "La géographie, ça sert, d'abord, à faire la guerre" évoquant le titre de son ouvrage de 1976 qui, s'il évoquait non pas la méthode géopolitique telle que proposée par Yves Lacoste mais était un plaidoyer pour un retour d'une géographie active et engagée qui saurait non seulement se réapproprier les questions politiques (et pas seulement dans une perspective d'affrontements armés, l'ouvrage insistant tout particulièrement sur le rôle du géographe dans l'aménagement du territoire ou sur l'importance de la géographie scolaire), mais aussi d'affirmer dans son utilité sociale (à ce propos, voir Yann Calbérac et Aurélie Delage (dir.), 2010, "A quoi sert la géographie ?", Tracés, hors-série n°10).

L'émission elle-même, partant de la commémoration des attentats du 11 septembre, revient sur la question de la géographie de la guerre urbaine et de la ville en guerre. Voici quelques liens vers des ressources citées dans l'émission (et quelques autres qui n'ont eu le temps d'être évoquées) :




POUR (RÉ)ÉCOUTER L'ÉMISSION :
"La ville sert-elle d'abord à faire la guerre ?"
Planète Terre, France Culture, 11 septembre 2013.



mercredi 10 juillet 2013

La guerre, la ville et l'économie (2)

Suite à la présentation de la communication "La ville, la guerre et l'économie" (voir la présentation power-point) lors du colloque Guerre et économie (organisé par le Club Participation & Progrès, l'Alliance géostratégique et l'Ecole de Guerre Economique le 1er juillet 2011 à l'Ecole militaire, Paris), voici le texte paru dans l'ouvrage Guerre et économie : de l'économie de guerre à la guerre économique, qui réunit les actes de ce colloque.

Lire l'avant-propos et découvrir le sommaire de l'ouvrage.



Premières lignes du chapitres :

« La guerre, la ville et l’économie » est un titre qui fait un « clin d’œil » au célèbre ouvrage de Jean-Louis Dufour : La guerre, la ville et le soldat. Questionner le lien entre guerre et économie au prisme du cas particulier des villes en guerre permet de procéder à un changement d’échelles : si de nombreux travaux analysent les liens entre guerre et économie à l’échelle de l’Etat qui finance la guerre (en particulier dans le cas des opérations extérieures menées par des Etats engagés au nom de leur Etat ou dans des coalitions, notamment onusiennes ou otaniennes), ou à l’échelle des entreprises impliquées dans l’effort de guerre ou à l’échelle mondiale (pour notamment mettre en exergue les rapports de pouvoir entre les différents Etats), cet article se propose de présenter les conséquences de la guerre sur l’économie urbaine à l’échelle locale.  S’appuyer sur une approche géographique permet de compléter les approches économiques et juridiques, dans la mesure où elle met en exergue les impacts des destructions et d’une géographie de la peur qui se construit dans la ville et tend à faire disparaître l’urbanité, c’est- à-dire le vivre-la-ville, celle-ci étant alors conçue comme un lieu d’échanges, de rencontres et de proximités. 

On distinguera trois types d’interrelations entre guerre et économie dans la ville en guerre. Tout d’abord, les destructions dans la ville provoquent des dysfonctionnements urbains très lourds : il s’agit là de questionner l’économie urbaine dans la guerre, c’est-à-dire la manière dont l’économie urbaine est affectée par la géographie des combats, qui dessine des zones- refuges et des zones-cibles, produisant une injustice spatiale profondément ancrée dans la ville. De plus, il est nécessaire de questionner le financement de la guerre au prisme de ces spatialités : la violence produit des fragmentations urbaines, qui sont (ré)activées, créées, apaisées ou renforcées par les acteurs de l’économie urbaine de guerre. Ainsi, l’échelle de la ville ne peut suffire à comprendre tous les enjeux des liens guerre/économie : on s’attachera, à l’échelle du quartier, à montrer l’émergence de quartiers-territoires comme producteurs de plusieurs économies fragmentées dans la ville, qui mettent à mal le processus de pacification dans l’immédiat après-guerre. Enfin, la question de la reconstruction permet de dépasser le temps des combats, et de questionner l’économie urbaine en guerre, dans la mesure où celle-ci reste affectée, voire « formatée », par les conflictualités qui persistent dans la ville.

Distinguer économie urbaine dans la guerre, économie urbaine de guerre et économie urbaine en guerre, consiste à mettre en avant les spatialités et les temporalités des acteurs et des habitants dans les villes en guerre : comment la géographie des combats s’ancre dans le (dys)fonctionnement économique de la ville au point d’être un enjeu prioritaire des processus de réconciliation et de pacification dans l’immédiat après-guerre ? On postule, dans cet article, que les tensions sociales de l’immédiat avant-guerre, de la guerre et de l’immédiat après-guerre sont des facteurs aggravants, utilisés et déformés par les acteurs de la guerre, des conflictualités qui déchirent les villes en guerre.

Cliquez sur l'image pour accéder à l'article


Références complètes : Tratnjek, Bénédicte, 2013, "La guerre, la ville et l'économie", dans Kempf, Olivier (dir.), Guerre et économie : de l'économie de guerre à la guerre économique, L'Harmattan, collection Défense, Paris, pp. 93-121.

Ce document a été déposé en ligne sur le site des archives ouvertes Hal : http://halshs.archives-ouvertes.fr/SHS/halshs-00843045/fr/
--> Pour citer ce chapitre, merci de se référer à la pagination de la version originale.


mercredi 23 janvier 2013

"Quel(s) avenir(s) pour les villes dans le monde au XXIe siècle ?"

La saison des cours publics de l'Université Rennes 2 propose, pour la saison 2012-2013, un cycle de conférence consacré à "La Ville Demain. Villes et défis urbains dans le monde au XXIe siècle" jusqu'au 8 avril 2013 (voir le programme). Pour la séance inaugurale de ce cycle du 1er octobre 2012, l'IAUR (Institut d'aménagement et d'urbanisme de Rennes) a invité le philosophe de l'urbain Thierry Paquot qui revient sur cette "urbanisation (qui) ne crée pas nécessairement des villes au sens où nous, Européens, nous l'entendons habituellement".

Après un cadrage théorique sur les quatre grandes questions que posent la ville et l'urbanisation :
  • sur la question sociale et "l'apparition de classes sociales qui n'existaient pas auparavant, avec quelque chose qui n'existait pas non plus qu'on appelle la vie quotidienne, rythmée par du travail salarié, par des loisirs, par du temps de repos, etc.", notion nouvelle et urbaine,
  • sur la question urbaine qui est "celle de la localisation d'une population un peu flottante qui quitte les campagnes et qui doit s'installer pour justement épouser la question sociale" qui pose des questions de migrations, de transports, de ségrégations, etc.,
  • sur la question communicationnelle notamment autour de l'invention de la science des villes en revenant à la définition de l'urbanisme proposé par Idenfonso Cerda, redécouvert par Françoise Choay,
  • et sur la question environnementale et du développement durable confronté au réchauffement climatique et aux usages énergétiques, qui "confirme que nous sommes tous sur la même terre, qu'il n'y a plus de possibilité de s'isoler des catastrophes naturelles ou des catastrophes naturellement dominées par les êtres humains")
Thierry Paquot propose ensuite de distinguer cinq formes d'urbanisation planétaire (qui donnent lieu également à des hybridités par des mixités entre ces formes) qui "vont perdurer dans les dix/vingt/trente/quarante ans à venir" :
  • le bidonville ("la première forme quantitative, du moins démographique, d'urbanisation planétaire" qui "naît déjà au XIXe siècle" par taudification et surdensification de certaines parties de villes et rappelle le poids de la question sociale et la priorité de la question de la propriété du sol),
  • les mégapoles (qui posent "la question de la taille, la question démographique (qui) est une question taboue"),
  • les villes globales (que Saskia Sassen "définit comme une ville qui est dénationalisée", "qui n'est plus au diapason avec le pays où elle se trouve", qui est planétaire, qui "assure la globalisation économique à l'échelle mondiale"),
  • les enclaves sécurisées (les "villes avec une porte", qui est "le produit immobilier le plus commercialisé au monde", formes dans lesquelles "les murs sont à l'intérieur de la ville", "et surtout dans les têtes", "formes de ségrégation beaucoup plus fortes, puissantes, parce que considérées comme légitimes et comme évidentes"),
  • les petites et moyennes villes (dont il rappelle l'importance de ne "pas les sous-estimer ni les oublier, parce qu'elles jouent un rôle démographique important" mais qui se construisent "plus comme des petites villes-dortoirs : on y vit plutôt bien, mais on va travailler ailleurs, mais on va étudier ailleurs, mais on va correspondre ailleurs, mais on revient quand même dans cette petite ville"),
  • et l'urbain diffus, dernière catégorie, qui n'est pas une forme d'urbanisation, mais qui "est quelque chose qui vient envelopper ces cinq formes", qui "montre que l'on sort de la ville", ce que Thierry Paquot appelle "l'après-ville".


Quel(s) avenir(s) pour les villes
dans le monde au XXIe siècle ?



Présentation de la conférence :
"L’urbanisation, dorénavant planétaire, s’effectue selon diverses modalités, parfois avec des villes et souvent sans villes et même contre elles ! Après avoir rapidement décrit les cinq principales formes de l’urbanisation, Thierry Paquot examinera les tendances à l’œuvre ici ou là pour mieux circonscrire et évaluer leur(s) devenir(s). Il s’agit non seulement de saisir les ressorts de ces formes urbaines en cours de reconfiguration que d’étudier l’urbanisation des mœurs et les évolutions qui affecteront les modes de vie (rapport au territoire, temporalités, déplacements, etc.) et de gouvernance des citadins (citoyenneté à démocratie variable, concertation, citadinité…)."


Sources :
  • Programme des cours publics 2012-2013, Site de l'Université Rennes 2.
  • Archives multimédias pour le cycle 2012-2013, Site de l'Université Rennes 2.

Autres conférences disponibles à la (ré)écoute :

Conférences à venir :
  • "La ville en mouvement : ségrégation, mixité sociale et nouvelles formes urbaines" (Jean-Pierre Lévy, 4 février 2013)
  • "L'art dans la ville. De la provocation à la coopération" (Marion Holfeldt, 4 mars 2013)
  • "Vivre dans les cités géantes du Sud. L'exemple des métropoles d'Amérique latine" (Vincent Gouëset, 8 avril 2013)

mercredi 16 janvier 2013

Colloque : "L'éducation dans les pays en situation de conflits et post-conflits" (Paris, 25 janvier)

Le colloque annuel de l'association des élèves du master en Coopération Internationale en Education et Formation (ECEF) de Paris Descartes aura pour thème : "L'éducation dans les pays en situation de conflits et post-conflits". Il se déroulera le vendredi 25 janvier 2013 dans l'amphithéâtre Durkheim de la Sorbonne (place de la Sorbonne, Paris) de 9h30 à 18h00.




Programme du colloque


9h30 : Discours d'accueil


10h00-10h45 : Cadrage théorique de l'éducation dans les pays en situation de conflits
  • "Conflits armés dans le monde : un état des lieux" (Anne-Charlotte Triplet, Paris Descartes)
  • "L'aide internationale en éducation dans les pays fragiles" (Thomas Poirier, IREDU)

11h15-12h00 : Planifier l'éducation en situations d'urgence et de reconstruction ; étude de l'IIPE
Leonora MacEwen et Lyndsay Bird (IIPE - UNESCO)


13h30-14h15 : L'urgence vue de l'UNESCO et de l'INEE
Ibrahima Sidibe (Secteur de l'Education, Division des Enseignants et de l'Enseignement Supérieur, PCPD de l'UNESCO) et Peter Transburg (Réseau Inter-agences pour l'éducation en situations d'urgence, INEE)


14h30-15h45 : La question des populations déplacées
  • "'Après l'urgence'. Quelles conséquences du conflit ivoirien sur l'éducation au Burkina Faso ?" (Eric Lanoue et Marc Pilon, IRD)
  • "Les enseignants réfugiés en Afrique : Comment endiguer la perte d'une ressource humaine vitale dans le secteur éducatif. options de politique pour les agences de coopération et les pays d'accueil" (Eric Allemano, Consultant)

16h30-17h15 : De la mise en place du projet à sn reporting : différences de points de vue et de pratiques
Pauline Vigan (Save the Children) et Hélène Bessières (Consultante)


17h30 : Discours de clôture

18h00 : Pot de l'amitié



dimanche 25 novembre 2012

"Habiter le Monde : urbanisation et mondialisation"

La Villa Gillet organise une conférence, le 28 novembre 2012 à Lyon (Hôtel de Région, 1 esplanade François Mitterrand, Lyon 2e) de 18h30 à 20h30, sur la question : "Habiter le monde : urbanisation et mondialisation", avec Jean-Pierre Charbonneau (urbaniste, consultant en politiques urbaines et culturelles), Richard Sennett (sociologue et historien, enseignant à la London of Economics) et Michel Lussault (géographe, professeur à l'Ecole Normale Supérieure de Lyon).


Présentation de la conférence :
"La mondialisation, en bouleversant les modes de vie, fait naître des tensions inédites entre les aspirations des individus et les problèmes globaux qu'ils doivent affronter.

Ce monde globalisé crée-t-il une nouvelle diversité, ou doit-on au contraire admettre désormais un modèle urbain dominant, modelant des espaces de vie identiques et imposant des pratiques uniformisées ?"

Source de l'information : site de la Villa Gillet.


Ressources autour de cette conférence :
Comme courte introduction à cette conférence, le blog de la Villa Gillet a ouvert ses colonnes à Nina M., élève en classes préparatoires (Lettres Supérieures) au lycée Claude Fauriel de Saint-Etienne, qui s'interroge sur "Un monde globalisé : malaise dans l’«habiter »". Suite à son billet, Michel Lussault lui répond à propos de "la mondialisation urbaine (qui), en fait, différencie et complexifie les choses, ne serait-ce que parce qu'elle intègre chaque culture spatiale située dans un mouvement de cosmopolitisation inédit - celui du brassage des populations et de la circulation des individus, des marchandises, des idées et des données".

Lire : Nina M. et réponse de Michel Lussault, "Un monde globalisé : malaise dans l’«habiter »", blog Villa Gillet, 20 novembre 2012.


Voir également sur ce blog :

vendredi 23 novembre 2012

"Le choix de Luna" ("Na putu")


Ce vendredi 23 novembre 2012 à 20h50, pour la dernière soirée du Festival de cinéma d'Arte, Arte diffuse le film Le choix de Luna (titre original : Na Putu), réalisé par Jasmila Žbanić en 2010 (qui avait déjà réalisé Sarajevo, mon amour / Grbavica - à noter que le titre original porte le nom d'un des quartiers sarajéviens -, film qui a reçu l'Ours d'Or aux Berlinales 2006), autour des conséquences de la guerre en Bosnie-Herzégovine, et des espaces de vie dans l'après-guerre. La diffusion du film sera suivi d'un chat avec la réalisatrice de 22h15 à 23h15.


lundi 3 septembre 2012

Histoire des sièges militaires : Le siège de Sarajevo (La Fabrique de l'Histoire)

Cette semaine, 4 émissions de La Fabrique de l'Histoire (présentée par Emmanuel Laurentin, sur France Culture, de 9h00 à 10h00 du lundi au vendredi) seront consacrées à l'histoire des sièges militaires. Au programme :
- Le siège de Sarajevo (lundi 3 septembre 2012),
- Le siège de Stalingrad (mardi 4 et mercredi 5 septembre),
- Le siège de Troie (vendredi 6 septembre).

En attendant les prochains rendez-vous, voici le podcast de l'émission de ce lundi 3 septembre, consacrée au siège de Sarajevo. Rappelons qu'il y a juste 20 ans débutait le siège de Sarajevo, le plus long de l'histoire contemporaine. Dans l'émission, Emmanuel Laurentin nous invite à une réflexion très spatiale sur la destruction de l'urbanité : l'occasion de mettre dans ce billet une liste non exhaustive des billets (tous dotés d'éléments biblio/sitographiques) sur la "haine monumentale" et l'urbicide pour prolonger l'émission sur Sarajevo.





dimanche 12 août 2012

Les espaces de vie contre l'aménagement (Club Ville Aménagement)

Le Club Ville Aménagement met à disposition, sur son site, les vidéos des "5 à 7" du club, cycle de conférences organisés depuis 1997 (voir sur le site la page "5 à 7" avec des comptes-rendus des éditions 1997-2003 et 2006-2008 et les podcasts ou vidéos des éditions 2009-2011). Parmi ces rencontres, consacrées aux "tendances les plus récentes qui travaillent la société urbaine", on retrouvera des interventions aussi variées que celles de Sophie Body-Gendrot sur "La ville sans fin" (2010), de Jacques Lévy sur "La durabilité sera urbaine ou ne sera pas" (2009), de Jérôme Monnet sur "La ville enfermée" (2007), d'Olivier Mongin sur "La condition urbaine" (2006) ou encore de François Ascher sur "Les nouveaux espaces-temps de la ville" (1998). La dernière vidéo disponible est celle de l'intervention du géographe Michel Lussault sur "Les espaces de vie contre l'aménagement". Dans son introduction, Ariella Masboungi explique que Michel Lussault "interpelle le monde de l’aménagement avec la question suivante : « l’urbanisme est-il sourd et aveugle aux pratiques de vie quotidiennes des habitants ? ». Cela concerne aussi bien les urbanistes, que les concepteurs, les maires et les aménageurs".



jeudi 10 mai 2012

(Re)construire la ville comme lieu d’interface dans l’immédiat après-guerre : destruction de l’urbanité et symbolique des lieux dans la ville en guerre

Voici le texte de préparation pour le 9e Colloque de la Relève VRM (Réseau Villes Régions Monde) des 17 et 18 mai à Montréal : "La ville comme lieu d'interface". L'ensemble des textes de préparation est disponible sur le site du Réseau VRM et dans les liens du billet précédent consacré à ce colloque (partie "programme"). L'intervantion sera consacrée à la question de la ville en guerre comme objet géographique permettant de questionner la ville comme lieu d'interface.


Résumé de l'intervention :
"Les villes en guerre sont un « laboratoire » pour la recherche sur la symbolique des lieux, sur le marquage de l’espace et sur la construction d’espaces géosymboliques. En effet, par la destruction de lieux-cibles dans la ville, certains acteurs en armes ne visent pas des avantages militaires, mais la destruction de l’urbanité, c’est-à-dire de la ville comme espace de rencontres et comme lieu d’interface pour les populations « brassées » dans un même espace de vie. Au prisme de l’urbicide (néologisme proposé par Bogdan Bogdanovic pour décrire le meurtre de la ville) et des modifications coercitives du peuplement, l’analyse de la ville en guerre interroge les espaces de rencontre dans la ville (lieux-cibles des acteurs en armes cherchant à « purifier » les villes selon des « nettoyages urbains » qui visent à produire une géographie de la différenciation par fragmentation de la ville en guerre en quartiers-territoires) : visés et détruits par les belligérants, ils permettent de mettre en exergue ce qui construit la ville comme lieu d’interface. S’appuyant sur des recherches empiriques menées dans les villes d’Abidjan, de Beyrouth, de Mitrovica et de Sarajevo, cette communication se propose d’interroger la question des échelles de la ville comme interface, au prisme de la destruction de l’urbanité. En questionnant les spatialités et les discours spatiaux produits par ces acteurs de la haine et de l’homogénéisation dans la ville, il s’agit d’interroger les lieux et les espaces géosymboliques qui, détruits, inscrivent la guerre et la disparition du vivre ensemble dans la ville par-delà le temps des combats armés, et de fait d’interroger ce qui fait lieu d’interface dans la ville. Cette approche par la médiance spatiale permet ainsi de mettre en exergue la reconstruction non comme un défi économique, mais comme un véritable enjeu social : la pacification des territoires ne peut faire l’économie de la compréhension de ce qui fait de la ville un espace de rencontres et d’échanges."


Source du texte : TRATNJEK, Bénédicte, 2012, "(Re)construire la ville comme lieu d'interface dans l'immédiat après-guerre : destruction de l'urbanité et symbolique des lieux dans la ville en guerre", La ville comme lieu d'interface, 9e Colloque de la Relève VRM, 17-18 mai 2012, Montréal, 5 p. + 2 figures, en ligne :
http://www.vrm.ca/documents/Releve9_Tratnjek.pdf

(Ne pas reproduire sans demande et citation explicite, y compris les figures)







La ville comme lieu d'interface (9e Colloque de la Relève VRM)

Le Réseau VRM (Villes Régions Monde) organise son 9e Colloque de la Relève VRM les 17 et 18 mai 2012 à Montréal (INRS - Institut national de la recherche scientifique, salle 2109, 2ème étage , 385 rue Sherbrooke Est, métro Sherbrooke) autour de la question de "La ville comme lieu d'interface". 14 jeunes chercheurs seront réunis autour de spécialistes des études urbaines pour discuter des villes comme lieux d'échanges et d'interactions. La conférence d'ouverture sera prononcée par le géographe Christian Grataloup : "Des rides sur le portrait du monde". Parallèlement à ce colloque, sera exposé le travail du photographe Yves Arcand dans une exposition intitulée : "Ordre et paysage urbain".


samedi 14 avril 2012

Webreportage : "Sarajevo, 20 ans après" (France Info)

Toujours dans la continuité des reportages et articles parus à l'occasion des 20 ans du début du siège de Sarajevo, France Info consacre un webreportage à "Sarajevo, vingt ans après" en 2 parties.


La première est un dossier interactif sur "Les traces des lieux emblématiques du siège", une "visite virtuelle" commentée par Dzevad Osmanovic dans les hauts-lieux du siège de Sarajevo : le siège du journal Oslobodjenje (détruit le 20 juillet 1992), le quartier de Dobrinja ("village olympique" lors des JO de 1984 devenu un important quartier résidentiel dans la périphérie sud de la ville, qui se retrouve divisé par la Ligne-Frontière Inter-Entités), Sniper Alley (la célèbre avenue principale de la ville devenue presque impossible à traverser du fait des tirs des snipers), le Parlement et l'Holiday Inn qui se font face sur Sniper Alley, le pont de Vrbanja (où ont été abattus ceux qui ont été surnommés les "Roméo et Juliette de Sarajevo", la Bosniaque Admira Ismic et le Serbe Bosko Brkcic qui avaient décidé de fuit vers le Canada), la Bibliothèque nationale et universitaire de Bosnie-Herzégovine (bombardée puis incendiée les 25 et 26 août 1992), le marché de markale (devenu célèbre pour les deux massacres qui y eurent lieu : celui du 5 février 1994 et celui du 28 août 1995) et Bascarsija (la "vieille ville", qui regroupe à quelques centaines de mètres synagogue, cathédrale, mosquées et église orthodoxe, témoignant de la multiculturalité confessionnelle de la ville).


La seconde partie est un reportage audio avec les témoignages de Jovan Divjak (voir également le billets : "Les hauts-lieux de Sarajevo : quelques vidéos" du 1er septembre 2010) et de Srdan Dizdarevic. Le premier revient sur les évolutions de la population dans la ville de Sarajevo, la disparition de la multiculturalité et la fragmentation de la ville-capitale par la Ligne-Frontière Inter-Entités (voir la page "Sarajevo : de la ville multiculturelle à la ville divisée" sur le site Géographie de la ville en guerre), et le second sur l'efficacité du nettoyage ethnique par-delà les combats (par le non-retour des déplacés/réfugiés de guerre notamment) et la nécessité de l'européanisation de la Bosnie-Herzégovine.



vendredi 13 avril 2012

Dossier : "Avril 1992 - avril 2012 : il y a vingt ans commençait le siège de Sarajevo" (Le Courrier des Balkans)

Pour les francophones, Le Courrier des Balkans est une exceptionnelle source d'informations sur les Balkans, avec la traduction de nombreux articles choisis de la presse balkanique et la production d'articles par les correspondants de l'équipe du Courrier des Balkans dans les différents pays de l'espace balkanique. Pour les 20 ans du début du siège de Sarajevo, Le Courrier des Balkans propose un dossier ouvert le 2 avril 2012, compilant des articles (20 articles à l'heure actuelle) sur le déroulement du siège de Sarajevo et sur les cérémonies de commémoration dans la ville. Si certains articles ne sont accessibles qu'aux seuls abonnés (il est possible de s'abonner pour 14 jours ou pour un an : voir les conditions de vente), une grande partie est accessible à tous, notamment de nombreux articles sur la vie dans la ville de Sarajevo assiégée. Voici les liens et les résumés des premiers articles proposés dans le dossier "Avril 1992 - avril 2012 : il y a vingt ans commençait le siège de Sarajevo".



mercredi 14 mars 2012

"Cities Under Siege" (Stephen Graham)

Voici la vidéo d'une intervention (en anglais) du géographe Stephen Graham, qui a notamment écrit Cities Under Siege: The New Military Urbanism (Verso, Londres, 2010, 402 p.) et dirigé l'ouvrage Cities, War and Terrorism. Towards an Urban Geopolitics (Blackwell Publishing, 2004, 384 p.) dans lequel il signe les chapitres "Cities as Strategic Sites: Place Annihilation and Urban Geopolitics" et "Constructing Urbicide by Buldozer in the Occupied Territories". Cette conférence a eu lieu le 7 juin 2010 à la New Academic Building. Pour poursuivre cette vidéo, retrouvez également en fin de billet une sélection bibliographique sur les travaux de Stephen Graham, incontournables pour penser les liens guerre/ville au prisme de la militarisation croissante de l'urbanisme. Par son approche spatiale des conflictualités urbaines et des aménagements de l'espace public pour établir un urbanisme de contrôle, c'est avant tout une réflexion sur la ville, l'urbanité et l'habiter que propose Stephen Graham à travers ses différentes publications. Son analyse des dispositifs sécuritaires dans les villes dépasse en effet le contexte particulier de la guerre, et l'on retrouve là la tentation d'un urbanisme de contrôle qui avait déjà régi l'urbanisme dit "hygiéniste" (depuis les aménagements haussmanniens dans les villes françaises, notamment Paris et Lyon, jusqu'aux urbanismes communistes, depuis les aménagements des villes de l'ex-URSS par Staline ou l'urbanisme titiste dans les périphéries des villes ex-yougoslaves). 



mardi 14 février 2012

La ville : un "espace symbole", enjeu de la pacification des territoires

Pourquoi la ville ? La ville : un "espace symbole", enjeu de la pacification des territoires. Si la ville n’est pas un « nouvel » espace de conflits tant sa présence marque l’histoire des guerres, les modalités d’interventions militaires sont profondément affectées par l’ampleur de l’urbanisation dans le monde, par les transformations de l’éthique militaire (les Armées dites « occidentales » ne « rasent » plus les villes pour en prendre le contrôle et se donnent pour objectif de protéger les civils), par la technologisation des Armées, et par la profusion d’acteurs informels aux intentionnalités diversifiées (milices, mercenaires, réseaux criminels…).
 
Voici un papier publié dans Armées d'aujourd'hui (n°367, février 2012, pp. 24-25) sur la ville dans la guerre comme espace symbole, la géographie de la peur qui s'inscrit durablement dans les territoires du quotidien et l'efficacité géographique de l'urbicide.


mardi 7 février 2012

L'action humanitaire en milieu urbain en Haiti (groupe URD)

La question de la ville vulnérable est particulièrement présente dans les travaux du groupe URD (Urgence Réhabilitation Développement), comme en témoignent leurs publications récentes sur les villes afghanes ou sur les villes face aux crises. L'URD s'intéresse aussi de près à la question haïtienne, avec notamment la création récente de l'Observatoire Haïti. Ce n'est donc pas étonnant de voir l'URD croiser la question de l'intervention humanitaire dans les villes et le cas haïtien. La ville comme espace de l'urgence humanitaire avait été, par ailleurs, le sujet d'un 5 à 7 du CICR le 3 mars 2011 : "Action humanitaire en milieu urbain : quels défis ?".


La sismicité historique dans l'île d'Haïti
Source : François Grünewald et Yvio Georges, "La vulnérabilité d'Haiti aux séismes :
pour une perspective historique et une meilleure analyse des risques",
Humanitaires en mouvement, n°6, septembre 2010, groupe URD, p. 25.


Voici la vidéo du film De la boîte à dormir à la maison à vivre : enjeux urbains à Port-au-Prince du groupe URD (cette vidéo est un extrait du site du groupe URD et reste sa propriété), présenté lors du 27th ALNAP Metting : "The Urban Challenge: Adapting humanitarian response to a changing world" (17-19 janvier 2012, Chennai), ainsi que quelques liens vers des ressources en ligne sur la question de la vulnérabilité à Haïti.

lundi 26 décembre 2011

De la guerre urbaine à la ville en guerre (RDV de l'IRSEM - 10 janvier)

De la guerre urbaine à la ville en guerre



mardi 10 janvier 2012, 12h30-14h00, Amphithéâtre De Bourcet, Ecole militaire
(attention changement d'amphithéâtre)



Intervenants :



«  Nous avions le sentiment désagréable d’être exposés à une menace permanente. Il y avait bien sûr les snipers, qui surveillaient toute la ville (notamment la grande artère centrale qu’on appelait « Sniper Alley »), raison pour laquelle tout le monde vivait caché. Il y avait aussi les obus : 120 mm de mortiers, 100 mm des chars T-55, 122 mm de l’artillerie lourde… La ville en recevait 300 à 400 par jour, tirés au hasard, du harcèlement pur et simple » (Michel Goya, 2011, « Sarajevo 19993, les snipers dans le viseur », Guerres & Histoire, n°3, pp. 6-13). Le témoignage du colonel Michel Goya montre bien le vécu des militaires français déployés à Sarajevo en 1993 pour la lutte anti-snipers. Pourtant, des analyses a posterio ont montré que le harcèlement par tirs sur la ville de Sarajevo ne relevait pas d’une volonté d’anéantissement de la ville, les Serbes de Bosnie-Herzégovine ayant pour projet de faire de la ville la capitale d’un Etat serbe de Bosnie-Herzégovine. La destruction des hauts-lieux comme celle des lieux « ordinaires » avaient pour objectif de détruire non la ville comme espace de vie, mais l’urbanité comme vivre ensemble. Les acteurs en armes utilisent la ville comme un espace-scène dans lequel la destruction/(re)construction des lieux et la territorialisation de et par la violence leur permet de rendre visible leur message politique.

La destruction des espaces de rencontre relèvent de nettoyages territoriaux qui impactent sur la ville non seulement comme espace de combats, mais aussi comme espace de vie et comme espace discursif. A Kosovska Mitrovica/Mitrovicë, les espaces de la mort ne correspondent pas avec les espaces des vivants. A Beyrouth, le Hezbollah s’est fait urbaniste dans des quartiers de la banlieue sud, devenus des foyers de contestation et de radicalisation politiques. A Kaboul, les friches urbaines accueillent de très nombreux déplacés/réfugiés de guerre provoquant surdensification, paupérisation et taudification. A Abidjan, les quartiers d'Abobo et de Yopougon ont été des fiefs politiques pour les deux candidats du second tour des élections présidentiels, tandis que les habitants d'autres quartiers, comme Treichville, ont vécu différemment ces affrontements. A Mostar, la reconstruction du Vieux Pont n’a pas empêché l’homogénéisation de deux quartiers-territoires qui se font face. A Sarajevo, la « bosniaquisation » de la ville se traduit dans la construction d'un vivre sans "l'Autre". La ville en guerre se construit autant comme un théâtre d’opérations que comme un géosymbole.

La recherche stratégique et doctrinale a intégré la question de la « guerre urbaine » et des « interventions militaires en zone urbaine », en pensant la ville comme un espace unique à plusieurs échelles : à l’échelle du monde, à l’échelle du pays ou à l’échelle de la ville, la « zone urbaine » est pensée comme une « zone de zones », stable dans l’espace et dans le temps, où l’intervention armée est complexifiée par la présence de la population et par les trois dimensions (sol, sous-sol, hauteurs des bâtiments). Si ces aspects techniques de l’intervention militaire sont bien « acquis » et nécessaires, il n’en reste pas moins qu’à Bagdad ou Kaboul, les armées sont « embourbées » dans une (im)possible gestion de crise. On postule que les processus politiques doivent être intégrés dans une manière de (re)penser l’espace urbain. En déplaçant le paradigme de la « guerre urbaine », on cherche à établir comment penser la (re)construction et la (ré)conciliation des populations dans des espaces politiques en transition. Cette approche par le local et le micro-local vise à replacer la population, mais aussi les belligérants, les réseaux criminels comme acteurs déstabilisateurs et les acteurs de la paix (militaires, humanitaires, médias…) au cœur de la réflexion : ce constat vise à produire une réintégration des spatialités dans la compréhension des processus politiques de (dé)stabilisation, dans les processus sociaux de fragmentations urbaines, et dans la construction d’une « nouvelle » urbanité dans l’après-guerre. Comprendre la symbolique des lieux et la territorialisation de et par la violence est aujourd’hui un enjeu de la pacification des territoires dans les « bourbiers urbains ».