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samedi 27 novembre 2010

Géographie des conflits : la prochaine question au CAPES d'histoire-géographie

La nouvelle question de géographie générale pour les concours de l'enseignement (CAPES externe d'histoire-géographie 2011-2012, 2012-2013 et 2013-2014) concernera la "Géographie des conflits". Plusieurs billets seront prochainement consacrés à cette question. Il est d'ores et déjà possible de consulter de nombreux travaux sur la question. Voici une liste (non exhaustive !) de quelques ressources en ligne qui peuvent permettre d'appréhender plusieurs aspects de cette question très large.


La dernière lettre d'informations de Géoconfluences (10 novembre 2010) fait le point sur les articles déjà disponibles permettant d'approfondir certains territoires en guerre (le dossier "Afrique subsaharienne", notamment autour de la crise en Côte d'Ivoire), la question des "frontières", et celle des conflits d'usage. Elle rappelle également les enjeux de ce programme dans la perspective des concours : "son objectif est d’embrasser dans une approche géographique l’ensemble des processus et phénomènes conflictuels en articulant conflits/conflictualité et territoires/ territorialité/ territorialisation en insistant en particulier sur les jeux d’acteurs, les dynamiques d’interaction et les emboîtements d’échelles".


Le billet "Géographie des conflits récents : quelques articles" (sur ce blog, 11 mai 2009) faisait le point sur des articles parus au cours des années 2008 et 2009 dans des revues en ligne et interrogeant la conflictualité au prisme de l'approche spatiale. Des articles revenant sur les cas du conflit sri lankais, des tensions caucasiennes, sur la dispute territoriale entre Israël et Palestine, sur la guerre de RDC, sur les stratégies territoriales des FARC, sur les drogues en Afghanistan...


La question n'englobe pas que le cas des conflits armés, mais également les problématiques autour des conflits d'usage, des conflits environnementaux, des conflits pour l'aménagement... qui feront bientôt l'objet de billets sur ce blog, afin de présenter les différentes approches et problématiques, et les ressources disponibles à toute personne qui s'intéresserait à ces questions.


mercredi 2 septembre 2009

Visa pour l'image 2009 : des webdocumentaires sur la guerre


Aujourd'hui est décerné le prix France 24/RFI récompensant un webdocumentaire, lors du festival Visa pour l'image 2009 à Perpignan. Parmi les webdocumentaires sélectionnés, plusieurs présentent des situations de guerre, pointant sur des situations différentes, et mettant en scène différents types d'acteurs vivant la guerre. Une sélection parmi cette sélection pour vous faire découvrir le travail de reporters dans des zones parfois oubliées de nos médias.



Bearing Witness : five years of Iraq war

Ce webdocumentaire (en anglais) proposé par Ayperi Karabuda Ecer et Jassim Ahmad revient sur la guerre en Irak et confronte différents points de vue à travers des récits, des témoignages, des portraits, des images, le tout accompagné de repères temporels (chronologie en images) et spatiaux (cartes de la répartition de la population, des ressources en pétrole...). Une bonne connection est nécessaire pour profiter de l'ensemble du webdocumentaire. Un très court extrait :



Etat : critique. Les mots de la guerre dans l'est du Congo

Ce webdocumentaire, de Cédric Gerbehaye, revient sur les populations déplacées lors de la guerre du Kivu (dans l'est de la République démocratique du Congo). Proposé en plusieurs langues, il propose une analyse de ces mobilités forcées dans un contexte de guerre civile, à travers un film (dont voici un court extrait), des témoignages, des blogs tenus par des membres de Médecins sans frontières proposant un retour sur leur expérience en RDC, de nombreuses photographies, ainsi que des archives.




On retrouvera également dans la sélection des webdocumentaires qui intéresseront tout amateur de géographie :
  • Adoma, vers la maison ?
    Le webdocumentaire proposé par Thierry Caron offre une visite originale d'un foyer Adoma proposant des logements (à l'origine destinés aux travailleurs migrants) pour accueillir ceux qui se trouvent dans des situations de grande précarité. La "visite" se fait en entrant directement dans le foyer, en choisissant de suivre les habitants de tel ou tel bloc.
  • Le corps incarcéré
    Un webdocumentaire de Philippe Janet qui propose une vision de la prison par ses "habitants", les détenus, selon un découpage en 5 chapitres, agrémentés de 3 interviews. A ce propos, on se reportera aux travaux du géographe Olivier Milhaud (qui prépare un doctorat sur l'espace carcéral envisageant la prison comme un imaginaire géographique).
  • The Iron Curtain diary (1989-2009)
    20 ans séparent la chute du Mur de Berlin et le début de la décomposition du rideau de fer et l'Europe d'aujourd'hui marquée par un élargissement de l'Union européenne et une redéfinition de la frontière entre les anciens ennemis. Le webdocumentaire d'Angelo Miotto propose des reportages sur différents points de cette ancienne frontière idéologique, qui entraîne dans une Europe en devenir entre permanences et mutations de la frontière.
  • La Maraude : à l'écoute des sans-abris
    Matthieu Mondolini et Pierre France proposent un webdocumentaire sur les sans-abris strasbourgeois, avec une immersion dans cet espace de la pauvreté que représente la rue pour ceux qui n'ont pas de toit.
  • Génération Tian'anmen. Avoir 20 ans en Chine
    Le webdocumentaire de Patrick Zachmann se propose de présenter la jeunesse chinoise, en 3 parties : les événements de Tian'anmen, l'interview de 2 Chinois et la place Tian'anmen aujourd'hui. Abordant des thèmes tels que la famille, la mémoire, la politique, l'identité, le webdocumentaire revient sur les permanences et les mutations de la société chinoise vues par sa jeunesse.
  • Chroniques de Pékin. De Mao aux JO
    Après un regard sociologique, Jonas Bendiksen s'intéresse lui aussi à la Chine et ses transformations, à travers un webdocumentaire qui se présente sous la forme d'une ballade dans la ville de Pékin, et met l'accent sur les héritages historiques et les mutations de la ville à travers 18 reportages-étapes.
  • The places we live
    Le dernier webdocumentaire de la sélection propose de suivre la vie de 16 familles vivant dans 4 bidonvilles de Caracas, Mumbai, Nairobi et Djakarta. A travers des photographies panoramiques, Jonas Bendiksen porte un regard sur les territoires de la pauvreté des grandes métropoles du Sud.


A noter également : la participation du CICR au Visa pour l'image avec une exposition reprenant des photographies de l'ouvrage L'Humanité en guerre. Plus d'informations sur le blog de Frédéric Joli (porte-parole du CICR en France) qui propose, notamment, depuis plusieurs mois de nombreuses interviews d'acteurs et de scientifiques sur la question de l'humanitaire dans les situations de guerre.


mardi 10 mars 2009

Un café géo sur le Congo (RDC)


Un Café géo le jeudi 19 mars 2009 à Mulhouse, avec pour invité Roland Pourtier, professeur de géographie à l'Université Paris I, spécialiste de l'Afrique, sur "Le Congo (RDC) et la poudrière du Kivu : géopolitique d’une périphérie à haut risque", à 19h, au Café L'Avenue (place de l'Europe).

Sur le sujet, on retrouvera notamment l'article de Roland Pourtier : "Le Kivu dans la guerre : acteurs et enjeux" (EchoGéo, Rubrique Sur le Vif 2009, mis en ligne le 21 janvier 2009), également son article "L’Afrique centrale dans la tourmente : les enjeux de la guerre et de la paix au Congo et alentour" (Hérodote, n°111, 4ème trimestre 2003, dossier "Tragédies africaines", pp. 11-39) et le compte-rendu du Café géo "La guerre en RDC : l'Afrique centrale en crise" (avec Jean-Claude Mashini et Hugo Mwanza, Bruxelles, 2 octobre 2007).


mercredi 28 janvier 2009

La guerre, la ville et l'enfant-soldat


Toujours en référence à La guerre, la ville et le soldat de Jean-Louis Dufour, et dans le contexte de l'ouverture ce lundi 26 janvier 2009 du 1er procès pour crimes de guerre d'un milicien congolais, Thomas Lubanga, accusé d'enrôlement et de conscription d'enfants de moins de 15 ans, voici quelques pistes de lecture sur les impacts géographiques de la présence d'enfants-soldats dans les guerres urbaines. Début 2008, l'ONU estimait à 300.000 le nombre d'enfants-soldats dans le monde (la violence contre les enfants dans la guerre ne touche, bien évidemment pas seulement les enfants-soldats : tous les enfants sont victimes de la guerre, soit pour des violences qu'ils subissent, soit pour des violences que subissent, voire tuent leurs parents, et dans tous les cas ils subissent la destruction de l'économie, de l'organisation sociétale et de l'ordre étatique dans leur pays). Les enfants-soldats sont "utilisés" par les milices de plus de 40 pays (voir une liste des pays et des milices qui recrutent et/ou utilisent des enfants-soldats). Si l'Afrique est souvent associée à des images médiatiques d'enfants-soldats, ce n'est pas le seul continent touché par ce phénomène qui tend à se généraliser dans le cas des guerres civiles (voir la carte de l'UNICEF). Les conséquences individuelles de l'implication d'enfants-soldats dans les conflits sont avant tout d'ordre psychologique : les enfances sont détruites (voir le témoignage d'Ishmael Beah, orphelin recruté par une milice en Sierra Leone à 13 ans). Au niveau de la société, les conséquences dans l'évolution du conflit, mais aussi dans la période de reconstruction sont multiples et très souvent durables.



Les enfants-soldats dans les guerres civiles
De nombreux enfants se retrouvent orphelins, pauvres, désoeuvrés dans les zones de recrutement : plusieurs facteurs peuvent expliquer l'enrôlement des enfants dans des milices, et tout particulièrement la mort des parents laissant les enfants livrés à eux-mêmes (parfois les parents sont tués par la milice qui enrôle par la suite leur enfant), l'extrême pauvreté et des stratégies de survie (l'enfant est une bouche à nourrir, mais il peut aussi être "cédé" en échange de la protection d'une milice). Les enfants peuvent également être kidnappés contre leur gré et celui de leur parent par la milice dominante dans une région. Les lieux de cet enrôlement sont généralement les zones les plus pauvres et les plus violentes d'un pays en guerre, mais également les routes de l'exil où les populations sont vulnérabilisées (départ dans la précipitation, pas de protection, pas ou peu d'argent...). Les conflits engendrent le déplacement et l'abandon (volontaire ou non) de milliers d'enfants, qui deviennent les 1ères cibles du recrutement des milices, ainsi que celles des trafiquants (pour l'exploitation des enfants en tant que main-d'oeuvre ou en tant qu'esclaves sexuels). Il arrive même que les mùilices recrutent dans les camps de réfugiés, tout comme les trafiquants. Les lieux de l'enrôlement sont donc très diversifiés et correspondent à toutes les zones "chaotiques", dans lesquelles la protection d'un acteur étatique ou international n'est plus ou pas assez assurée.

Les enfants sont "pratiques" dans la guerre : économes (pas de salaires, peu de nourriture), manipulables (drogués, déconnectés des structures de l'éducation), efficaces (force physique, inconscience enfantine) et "redevables" (dénués de toute autre sortie de secours). Les enfants-soldats sont avant tout des armes pour les milices : ils permettent d'accroître le nombre de combattants tout en ne disposant pas du statut de combattants "dignes de valeur" (les miliciens les envoient, par exemple, "tester" des champs de mines). Les enfants-soldats se retrouvent donc enfermés dans la milice à plusieurs titres : enfermés parce qu'ils ne peuvent que difficilement échapper à la structure hiérarchique et au contrôle des groupes armés qui les ont enrôlé ; enfermés du fait des désastres psychologiques que provoquent leur immersion dans un monde de violence extrême, et ce malgré leur avis ; enfermés spatialement dans la mesure où ils ne peuvent échapper aux lieux de la milice (enfermement dans le territoire milicien, sauf en cas d'action où ils se déplacent seulement dans le sillon des miliciens qui les emmènent dans les zones de combats et les ramènent ensuite dans le territoire milicien : leur mobilité est donc contrainte aux objectifs de la milice sans aucune liberté).

La question de la réinsertion des enfants-soldats dans la vie "normale" à la fin des conflits est souvent abordée comme un des plus difficiles défis de l'après-guerre. Elle pose bien évidemment le problème des impacts psychologiques sur toute une génération (la violence générée par la guerre affecte bien évidemment tous les enfants qu'ils aient été enrôlés ou non par une milice !). Dans le cas des enfants-soldats, de multiples questions se posent : ceux-ci ont été coupés de leur famille, beaucoup se retrouvent orphelins. Il s'agit d'abord de savoir où ces enfants vont dormir une fois démobilisés. A cette question, renvoie une multitude d'autres interrogations : quelle place dans la société ? Quelle éducation scolaire pour ces enfants dans un pays dont les structures de formation sont bouleversées, voire anéanties par la guerre ? L'exemple de la démobilisation des enfants-soldats en Afghanistan est éloquent des défis qui se posent, ainsi que de la question des acteurs de cette réinsertion (ONU, ONG, Etat local...). Quels lieux, quelles structures, quelle place dans la société, quels acteurs légitimes pour agir sur cette situation... ?




Les enfants-soldats au Congo-Brazzaville et au Congo-Kinshasa : quelques clés pour comprendre

En 2003, Amnesty International estimait à 150.000 le nombre de soldats à démobiliser en République démocratique du Congo suite aux guerres miliciennes, dont 30.000 enfants. A cette même date, Amnesty International constate qu'au moins 11.000 enfants n'ont pas été démobilisés et sont toujours sous le contrôle des milices. Au contraire, on assiste ces derniers temps à une recrudescence de l'enrôlement d'enfants dans les milices. Dans ce contexte, de nombreuses familles ont été destructurées : les enfants se sont retrouvés orphelins ou abandonnés, ou ont perdu leurs parents sur les voies de l'exil. Les milices ont acheté ou enlevé un bon nombre d'enfants. Le procès de Thomas Lubanga pour crimes de guerre fait état de l'implication illégale d'enfants dans sa milice (selon le procureur Luis Moreno-Ocampo, 30 % des Forces patriotiques pour la Libération du Congo - FPLC -, la milice de Lubanga, étaient des "kadogo", un mot swahili signifiant "les petits"). Néanmoins, la situation en RDC est toujours aussi instable et la présence des milices est toujours aussi forte. Entre 2006 et 2008, le chef rebelle Laurent Nkunda prend la tête d'une milice qui s'oppose militairement aux forces nationales. Pendant ce temps, de nouvelles milices voient le jour dans l'Est du pays, et enrôlent elles aussi des enfants. Si en janvier 2008, un accord de paix est signé, on assiste depuis août 2008 à la reprise des combats dans l'Est du pays, dans le Nord-Kivu, région frontalière au Rwanda. Alors que les enfants-soldats enrôlés pendant les guerres miliciennes des années 1990 ne sont toujours pas tous réintroduits dans la société, de nouveaux enfants sont les victimes des milices.

Dans les pays voisins, les enfants sont également impliqués dans les conflits. La République du Congo (Congo-Brazzaville) a été déchirée par 3 guerres successives : 1993-1994, été 1997, fin 1998-1999 qui ont opposé des milices à l'armée nationale. L'année 1991 marque une rupture dans l'histoire du pays avec la fin de 25 années de monopartisme. La capitale Brazzaville va rapidement devenir le foyer de luttes de pouvoir entre l'armée nationale et les milices des 3 principaux partis d'opposition (voir notamment Elisabeth Dorier-Apprill, "Un cycle de guerres urbaines à Brazzaville", Annales de la Recherche Urbaine, n° 91, décembre 2001, pp. 101-110). Les violences vont se diffuser depuis la capitale vers des zones plus éloignées, embrasant l'ensemble du pays, bien que Brazzaville reste le principal enjeu stratégique et symbolique : la remise en cause de la souveraineté étatique se traduit par des guerres miliciennes luttant pour l'appropriation de territoires urbains, puis les guerres vont se propager dans les régions du Sud du pays. Les civils ont été les victimes de violences et de pillages systématiques. Les conséquences géographiques sont multiples : la dégradation des infrastructures de transport, la déstructuration de l'activité rurale dans le Sud du pays (et de ce fait des systèmes d'approvisionnement vivrier de la capitale Brazzaville), la forte croissance de la ville Pointe-Noire épargnée par les conflits (avec un afflux massif de déplacés qui pose le problème de la paupérisation et de la bidonvilisation des quartiers périphériques), de nombreuses destructions et la remise en cause de la légitimité étatique dans des quartiers de Brazzaville... (d'après la conférence de Robert Edmond Ziavoula, "Les guerres contre les civils au Congo : quels impacts géographiques ?", FIG 2008).



A signaler :



Des articles scientifiques à consulter :