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mercredi 30 mai 2012

Séminaire "Re-présenter les frontières"

L'IMéRA (Institut Méditerranéen de Recherches Avancées) organise un atelier public le mercredi 6 juin de 15h00 à 20h30 et un séminaire de recherche les jeudi 7 juin et vendredi 8 juin à Marseille autour de la question : « Re-présenter les frontières ». Voici le programme détaillé de cet atelier public et de ce séminaire qui s'insèrent dans le projet de recherche exploratoire transdisciplinaire de l’IMéRA « Les Frontières du 21e siècle », financé par la Région PACA (projets APEX 2011).





samedi 18 février 2012

Séminaire : "Villes : frontières et décentrements"

Voici les textes préparatoires (ainsi qu'une courte sélection complémentaire) des trois intervenantes au séminaire "Villes : frontières et décentrements" organisé par le groupe "Frontières, Marges, Mondialisation" du laboratoire PACTE (Grenoble) le 22 mars 2012 de 13h à 15h. La séance sera animée par Anne-Laure Amilhat Szary et Sophie Louargant.

vendredi 14 octobre 2011

La bataille de Rio et l'avenir des bidonvilles (Mike Davis)


Signalée sur le site de Crévilles (Centre de Ressources Électroniques sur les VILLES), voici la vidéo (en anglais) d'une conférence de Mike Davis (notamment autour de City of quartz, de Planets of Slums traduit en français sous le titre : Le pire des mondes possibles. De l'explosion urbaine au bidonville global, ou encore de Dead cities) à propos des favelas brésiliennes. Celles-ci sont devenues des "laboratoires" tant pour les études urbaines (en questionnant notamment les processus de ségrégation et de fragmentation), mais aussi pour les War Studies ainsi que pour les études stratégiques et doctrinales (notamment en termes d'opérabilité des interventions en milieu urbain).


conférence du 26 septembre 2011, Simon Fraser University, Urban Studies.






Pour compléter cette vidéo, voici quelques liens vers des ressources en ligne concernant la géograpie de Rio de Janeiro, et plus largement la géographie du Brésil. Cette liste n'est, bien évidemment, pas exhaustive. Parmi les ressources écrites, on conseillera notamment trois ouvrages d'Hervé Théry : Atlas du Brésil (La Documentation française, 2004, avec Neli Aparecida de Mello), Le Brésil (Armand Colin, 1ère édition 1985, dernière édition 2005) et Le Brésil : changement de cap ? (La Documentation photographique, n°8042, 2005).




Concernant la géographie de Rio de Janeiro :
  • Angelina Peralva , "Violence urbaine, démocratie et changement culturel : l'expérience brésilienne", Cultures & Conflits, n°29-30, automne-hiver 1998, partie 1, partie 2, partie 3 et partie 4.

Répartition des favelas dans la ville de Rio de Janeiro
Source : Michaël Chétry, Les habitants des favelas face au droit à la ville au Brésil :
Réalité de la fragmentation urbaine, défi de l'intégration
, thèse de doctorat en géographie, 2010.




Sur la géographie du Brésil :
  • Le blog du géographe Hervé Théry, spécialiste du Brésil, Braises :
    • Appartements de luxe à Sao Paulo
    • Travail de terrain dans la haute vallée du Tietê
    • La place du Brésil dans le monde mesurée par les transports aériens et le commerce international
    • Du nouveau sur la population du Brésil en 2010
    • Pluies tropicales sur Sao paulo
    • Un pont entre la France et le Brésil
    • Avion vs bus
    • Salon agricole Fenasucro-Agrocana
    • Elections présidentielles de 2010
    • Questions environnementales dans l'Etat de Sao Paulo
    • La population du Brésil en 2010
    • Et bien d'autres billets à venir !
  • Le dossier "Le Brésil, ferme du monde ?" sur le site Géoconfluences :
    • Dynamiques et enjeux des agricultures familiales au Brésil 
    • L'agriculture brésilienne en mouvement : performances et défis
    • Les dynamiques de l'agriculture brésilienne
    • Questions foncières et politiques de réforme agraire au Brésil
    • Le Brésil acteur et stratège dans les négociations agricoles internationales
    • Les transformations du bassin du São Francisco
    • L’accès à l’information géographique brésilienne : du Geoportal à l'agriculture de précision, une affaire à suivre…
    • Biocarburants, agrocarburants : des filières en forte croissance
    • La réforme agraire dans la Pampa : l'exemple du Rio Grande do Sul
    • La fazenda Santa Maria da Amazônia de Sorriso (Mato Grosso)
    • Les dynamiques des fronts pionniers amazoniens
    • Le défi des transports et de la logistique
    • Le cadre général des négociations commerciales régionales et internationales sur l'agriculture. La place du Brésil
    • Le cadre général des échanges internationaux : organisation des marchés, fluctuations des cours
    • Identifier et analyser les marqueurs spatiaux des fronts pionniers brésiliens 
    • Réaliser des cartes thématiques (cartographie interactive) : le Brésil dans le système agroalimentaire mondial et l'agriculture au Brésil (échelle des mésorégions)
    • Jeu de piste par l'image sur le territoire brésilien
    • Et les dossiers : Ressources en ligne / Glossaire / Géographie vivante...

Taux d'homicides et nombre de travailleurs libérés
Source : Hervé Théry, Nelly Aparecida de Mello Théry, Eduardo Girardi et Julio Hato,
"Géographies du travail esclave au Brésil", Cybergeo, 2011.



Des sites et revues à surveiller :


Sites de chercheurs :

Revues :


lundi 21 mars 2011

Le regard d'un géographe sur l'identité

Suite des billets consacrés au "Regard des géographes", qui consiste à proposer des vidéos disponibles en ligne dans lesquelles des géographes abordent des questionnements indispensables pour appréhender la conflictualité des territoires et les villes en guerre.

Michel Grésillon est un spécialiste de géographie régionale (Europe), géographie sociale  et de géographie politique, professeur à l'Université du Maine. Ses travaux ont, notamment, porté sur l'Europe médiane, l'Allemagne et les extrêmes-droites en Europe. Dans cette conférence du 11 avril 2000, sur "Les repères : identité, réseaux, territoires, les paysages et la diversité culturels", il aborde les questions de l'identité au prisme des questionnements géographiques. Cette vidéo est extraite du site Canal U.

Présentation de la conférence :
"Sans négliger d'entrer dans le débat (pluridisciplinaire) de la "perte des repères", quelles catégories de la pensée peuvent aujourd'hui être avancées pour répondre aux défis posés à la fois par les changements d'échelle et la révolution technique de l'information et de la communication ?

Entre lieux/territoires d'appartenance et espaces de projection/réseaux d'affiliation, entre catégories fixes établies (locale, nationale, régionale) ou en devenir (Europe, monde), et processus d'intermédiation qui les traversent et les dynamisent (tout ce qu'introduisent les préfixes "inter", "trans", "multi", "pluri") se situent repères de soi et savoirs du monde. C'est aussi l'occasion de discuter des mythes séducteurs (métissage, cosmopolitisme) ou réducteurs ("village planétaire"), d'argumenter contre celui (autrement dangereux) du monoscalaire, ou mal de l'extrémisme de droite dans certains pays d'Europe, et pour de meilleures appréciations de la distance/distanciation critique à l'égard des horizons européen et mondial. Conscience de soi, de pair avec celle de l'autre et celle du monde, l'individu-sujet, citoyen à échelles multiples, a un vaste chantier conceptuel (et pédagogique) devant lui."





lundi 28 juin 2010

"L'asile au Sud"


Les études sur les migrations sont très nombreuses, comme en témoigne le dynamisme de la revue REMI (Revue européenne des migrations internationales) éditée par le laboratoire Migrinter (Université de Poitiers). La question des migrations est stimulante intellectuellement, mais aussi - et surtout ! - un véritable enjeu de société. L'ensemble de ses travaux témoignent de l'utilité sociale des sciences humaines et sociales en général, de la géographie en particulier. Parmi tous ces travaux, on remarquera l'ouvrage L'asile au Sud (sous la direction de Luc Cambrézy, Smaïn Laacher, Véronique Lassailly-Jacob et Luc Legoux, Paris, La Dispute, 2008) qui propose d'analyser les migrations Sud-Sud au prisme d'exemples en Afrique et au Moyen-Orient.


Note de lecture pour les Cafés géo :
Nombreux sont les ouvrages qui abordent la question des migrations des populations du Sud. Dans cette production scientifique, L’asile au Sud se distingue en concentrant l’analyse sur la seule question des migrations Sud-Sud. Certes, l’ouvrage ne prétend pas permettre de restituer toutes les particularités de ces processus migratoires, et les directeurs scientifiques l’avouent d’emblée : "l’étude fine de ces pratiques est donc un véritable impératif, mais, dans le cadre restreint d’un ouvrage collectif, il ne saurait évidemment être question d’analyser toutes les situations locales du monde, ni même celles d’un seul continent. Nous avons choisi d’observer quelques problématiques de refuge au sud de la Méditerranée, en Afrique où l’asile évolue très vite, et au Moyen-Orient où le statut de réfugié tend dans certains cas à devenir hétéroclite" (p. 20).




mercredi 23 juin 2010

Organisation spatiale d'un espace-cour à Treichville (Abidjan)


Ces derniers mois, Abidjan, tel que (re)présenté par les médias, se rappelle à notre imaginaire spatial : élections qui n’en finissent pas d’être reportées (depuis 2005, aucune élection présidentielle n’a pu être tenue, et Laurent Gbagbo est devenu, de fait, un Président sans mandat), manifestations qui se transforment en émeutes (octobre 2008, août 2009, février 2010, avril 2010, mai 2010 : voir le passionnant blog de l’anthropologue Alain Bertho, Anthropologie du présent, dans lequel il effectue une base de données de toutes les émeutes dans le monde, notamment en Afrique), c’est bien le côté « sombre » d’Abidjan, sa misère sociale et sa conflictualité politique qui nous ait donné à voir par les filtres de représentations que sont les médias. Comme l’argumentait la géographe Catherine Fournet-Guérin dans son intervention pour le 10ème anniversaire des Cafés géo, l’Afrique ne peut être résumée aux guerres, à la violence, à la misère, aux enfants des rues, au sida. S’il ne s’agit pas de nier l’existence de ces vulnérabilités, son propos montrait combien l’Afrique avait tant d’autres facettes qu’elle ne pouvait être (re)présentée qu’au prisme de ses difficultés. Ses paroles prennent pleinement leur sens dans le quartier de Treichville, quartier populaire d’Abidjan. Ville dont la saleté et la surpopulation sont souvent dénoncées, Abidjan est aussi – et peut-être avant tout – une ville bruyante, rythmée par le cri de jeunes enfants, de vendeurs de rues, de disputes de voisinage, un espace de vie.




samedi 17 avril 2010

Journée d'étude : "Les spécificités de la citadinité"


Une journée d'études organisée dans le cadre du projet "Concepts et théories nomades : la ville à l'intersection des disciplines, des temps et des lieux" sera consacrée aux "Spécificités de la citadinité" le mardi 18 mai 2010 à l'Université Paris Ouest (Nanterre, salle B015).


Présentation par les organisateurs :
"La condition de citadin est devenue majoritaire et dans les pays développés, prédominante. Ce constat interroge la nature même de la citadinité, la façon dont elle est pensée et représentée dans des contextes urbains, économiques et culturels très contrastés mais aussi la manière dont elle est construite historiquement en opposition par exemple à la condition rurale ou nomade. Comment, dans les différentes disciplines des sciences sociales, est définie et analysée la citadinité ? Peut-on articuler des approches centrées sur des critères démographiques, des modes de vie, des formes urbaines ou des identités ? Dans un monde globalisé mais où les contextes locaux prennent toute leur importance, est-il possible de comparer différentes formes de citadinité ? Existe-t-il plusieurs temps de la citadinité ?"

Le séminaire est ouvert à tous. Il repose sur trois communications de 40 minutes présentées par des sociologue, géographes et archéologue. Chaque communication sera discutée par un chercheur appartenant à une autre discipline et suivie d’une discussion avec le public.

 
Programme de la journée :

10h-13h
Pedro Garcia Sanchez (socio-anthropologue, UMR 7218 LAVUE-Mosaïques) "Le citadin et l’urbanité : des usages aux épreuves"
Discutant : Frédéric Dufaux (géographe, UMR 7218 LAVUE-Mosaïque)

Chloé Buire (géographe, EA 375 GECKO), "Pratiques citadines, savoirs citoyens"
Discutante : Marie-Hélène Bacqué (sociologue, UMR 7218 LAVUE-Mosaïque)


14h-17h
Philippe Gervais-Lambony (géographe, EA 375 GECKO) et Agnès Rouveret (archéologue, UMR 7041 ArScAn), "Qu’est-ce qu’une archéologue et un géographe peuvent bien avoir à se dire à propos de la notion d’espace public ?"
Discutante : Laurence Croq (historienne, EA 1587 CHISCO)


Voir le programme de la journée et le site de l'Université Paris-Ouest pour des informations concernant l'ensemble du séminaire (prochaines journées : "Les formes de la ville" le vendredi 1er octobre 2010, et "Etalement urbain, marges, marginalité" le vendredi 17 décembre 2010).


dimanche 4 avril 2010

Mobilités éprouvantes : se déplacer dans les villes en guerre


Voici le power-point présenté lors du colloque "Les mobilités éprouvantes. (Re)connaître les pénibilités des déplacements ordinaires" le vendredi 26 mars 2010 à l'Université libre de Bruxelles, qui complète le billet sur "La guerre, la ville et les mobilités", en présentant des études de cas sur les mobilités restreintes, les mobilités contraintes et forcées, et les mobilités interdites des habitants d'une ville en guerre. La question des mobilités ordinaires est particulièrement illustrative des stratégies de survie des habitants dans les villes en guerre, dans la mesure où ils se partagent entre un enfermement dans l'habitat vécu comme sécurisant (bien que l'habitat puisse être agressé par les belligérants, que ce soit par des bombardements ou par une intrusion dans les territoires de l'intimité), et une nécessaire sortie vers le "dehors" qui permet d'assurer l'approvisionnement en vivres, en eau ou en médicaments, mais également pour aider sa famille ou ses amis, pour lutter contre le pouvoir milicien, pour se mobiliser politiquement... L'analyse par les mobilités montre combien l'espace pratiqué des habitants dans une ville en guerre se construit selon une distinction entre dedans/dehors, qui se fonde tant sur la dangerosité réelle que sur la perception de cette dangerosité. Si l'on aborde souvent la question du mur pour séparer deux "quartiers-territoires" (selon l'expression de la géographe Elisabeth Dorier-Apprill), il s'agissait ici de disctuer la notion des "murs ordinaires" et la question du seuil entre un dedans (l'habitat comme ancrage et enfermement rassurants) et un dehors (l'extérieur comme mobilité nécessaire mais non voulue).




Pour voir la présentation au format PDF.


vendredi 15 janvier 2010

Port-au-Prince, géographie d'une ville vulnérable : la catastrophe et la ville



Le récent séisme dans la ville de Port-au-Prince questionne non seulement sur la question des risques, mais également celle de la vulnérabilité des villes face aux catastrophes, non seulement en terme de dégâts matériels, mais également en termes d'acceptabilité au vu de ces dégâts. On avait déjà abordé ces questions dans un billet intitulé "La ville vulnérable : risques et images du risque à Port-au-Prince", suite à l'effondrement d'une école dans la commune de Pétion-Ville, dans la localité des Nérettes, le 7 novembre 2008. Ces quelques éléments sur les vulnérabilités de la ville avait mis en exergue l'interaction entre les sociétés et leur environnement au prisme du risque comme construit social (voir les différentes définitions du risque en géographie).

Le choix d'avoir développé ces réflexions à partir du cas de la ville de Port-au-Prince n'était pas seulement le fait d'un événement médiatisé (l'effondrement de l'école avait provoqué la mort de plus de 90 personnes), mais avant tout parce que Port-au-Prince est synptômatique des vulnérabilités urbaines : capitale d'un pays pauvre en proie à des déchirements violents (voir le billet "Port-au-Prince : la capitale d'un pays sous tension"), Port-au-Prince est une ville-enjeu dans les affrontements politiques et sociaux qui menacent l'équilibre fragile obtenu par le déploiement d'une opération militaire des Nations Unies, la MINUSTAH. "Port-au-Prince est alors en proie à un double mouvement de violences : d'une part, des violences politiques (visant le renversement du gouvernement), d'autre part des violences "ordinaires" (selon la définition de Jérôme Tadié) à travers une guerre de gangs. La principale mission de la MINUSTAH est alors d'enrayer ce cercle vicieux de la violence, afin d'instaurer un climat serein et d'établir un processus durable de stabilisation du pays" (extrait du billet sur "La situation en Haïti").





Le facteur catastrophe du séisme survenu le 12 janvier 2010 ne suffit pas à expliquer l'étendue des dégâts dans la capitale haïtienne. La pauvreté de la ville est l'un des facteurs déterminants, et explique la géographie des destructions dans la ville aux lendemains de la catastrophe. D'une part, du fait de la pauvreté des habitants. Ainsi, la croissance urbaine dans ce pays pauvre s'est doublée d'un afflux de populations que les autorités ne parvenaient pas à gérer, notamment en termes d'habitat. L'entassement de très nombreux habitants dans les bidonvilles (risques sociaux), pour beaucoup construits dans des zones insalubres (risques sanitaires), a fortement accentué la vulnérabilité de la ville face à ce séisme : les habitations des bidonvilles (qu'elles soient en dur ou non) sont non seulement construites avec des matériaux inadaptés aux risques sismiques importants de l'île, mais également elles sont établies sur des zones où le sol est particulièrement meuble, et donc renforce les dégâts lors de catastrophes sismiques (même lors de séismes à l'amplitude bien plus restreinte).






D'autre part, la pauvreté même de l'Etat doit être soulignée : ce ne sont pas seulement les habitations des quartiers pauvres et des bidonvilles qui se sont effondrées, mais bien l'ensemble des infrastructures de la ville. Ainsi, même les infrastructures officielles, telles que le palais présidentiel (les photographies aériennes ci-dessus montrent ce quartier avant et après le séisme. Voir également une photographie du palais présidentiel, derrière la statue du Marron inconnu, symbolisant la fin de l'esclavagisme) sont construites sans précaution des mesures de protection anti-sismique (l'exemple de l'école effondrée en novembre 2008 montre que même des bâtiments publics pouvaient ne même pas tenir compte des normes officielles en termes de réglementation des constructions : voir l'article consacré à cet événement sur le blog Planète Vivante : "Haïti, une fois encore n'est pas épargnée"). De plus, cette dimension se transfère également sur le système éducatif : contrairement à des pays comme le Japon (où des séismes d'une amplitude similaire, qui investissent certes en termes d'infrastructures mais également en termes de formation des populations à la gestion du risque. Il ne s'agit pas de dire que seuls les aspects économiques et sociaux sont responsables de l'étendue des dégâts (bien évidemment la magnitude du séisme et la localisation de l'épicentre sont des facteurs déterminants dans la compréhension des destructions liées à la catastrophe : voir la partie consacrée aux séismes dans les fiches techniques du blog Planète Vivante animé par la géographe Marie-Sophie Bock-Digne), mais de montrer que le risque sismique, alors qu'il est partiellement géré dans les pays développés (systèmes de surveillance performants ; plans de prévention des risques ; équipements adaptés tels que les constructions anti-sismiques ; systèmes d’alerte efficaces ; secours coordonnés et adaptés ; campagnes d’information et de sensibilisation ; forte réglementation des sites classés dangereux), est subi dans les pays pauvres.

Mais la vulnérabilité ne s'exprime pas seulement à l'échelle du pays, ou même d'une ville. Les enjeux de cette approche par les risques sont multiscalaires, et mettent en scène une profonde injustice spatiale (voir notamment les problématiques abordées dans la revue Justice spatiale). Au-delà de l'aspect aléa, les quartiers sont inégalement touchés non seulement par le séisme lui-même, mais également par l'aide humanitaire et sociale qui en découle. Les enjeux de la reconstructions après une catastrophe sont aussi l'occasion d'une mise en scène de l'inégalité de la distribution de l'aide, notamment en termes de reconstruction (les quartiers centraux sont souvent très médiatisés, comme le montre le choix des images par les média sur cette catastrophe, avec une grande focalisation sur les bâtiments centraux : certes, l'aspect sensationnel recherché par les média est plus démonstratif dans l'effondrement de très grands bâtiments, mais également cette focalisation démontre un choix dans les priorités à venir dans le processus de reconstruction : on retrouve là les mêmes risques sociaux abordés dans le cas des reconstructions des villes dans l'immédiat après-guerre, liés à un processus de reconstruction inégalitaire : voir le billet "Les risques de la reconstruction").

Ces risques sociaux de l'immédiat après-catastrophe sont également liés à la question de la distribution de l'aide en termes de vivres, de médicaments et de soins, d'eau potable... Entre la question de l'accessibilité de certains quartiers (du fait de l'effondrement d'infrastructures vitales pour l'accès aux quartiers ou de l'entassement des ruines sur les voies d'accès) et l'inégale mise en priorité de certains quartiers vis-à-vis d'autres, la ville de l'immédiat après-catastrophe est, elle aussi, particulièrement vulnérable : risques alimentaires pour une très grande partie de la population (le manque d'accessibilité pour les avions faisant parvenir l'aide internationale prive la population d'une aide alimentaire plus que nécessaire dans une ville où tous les réseaux de distribution et les centres de stockage ont été détruits ou sont bloqués en termes d'accessibilité), risques sanitaires également (non seulement au vu du manque de soins, du manque de personnels médicaux face à l'ampleur de la catastrophe, du manque de médicaments, mais aussi en termes d'insalubrité dans de nombreuses zones détruites, de problèmes respiratoires au vu du nuage de fumée dégagé par l'effondrement des bâtiments, et des problèmes médicaux liés au manque d'eau potable et d'alimentation. Le bilan de la catastrophe ne se limite donc pas aux seuls morts dans les effondrements.

Par conséquent, comprendre les dimensions spatiales d'une ville qui vient de subir une catastrophe est nécessaire, non seulement pour rendre l'aide humanitaire efficace (les densités de population dans tel ou tel quartier permettent par exemple de procéder à une distribution d'eau, de vivres et de médicaments équilibrée et adaptée aux besoins : voir l'excellent billet sur "L'utilité des images satellites et de la cartographie pour les interventions humanitaires" sur le blog Planète Vivante). Mais l'approche spatiale est aussi un mode de réflexion opératoire pour saisir les risques dans le long terme, notamment en termes de frustrations sociales (personnes restant en attente de retour dans des habitats sécurisés et salubres, personnes déplacées dans des camps de fortune, quartiers défavorisés par l'aide humanitaire et la progression de la reconstruction...) et de détournements politiques de ces frustrations dans le processus de reconstruction de la ville.




A lire sur la question :

* Le blog Planète Vivante qui consacre de nombreux billets sur la géographie des risques, parmi les quels on retrouvera notamment l'excellent billet sur la "Localisation des zones touchées par le séisme à Port-au-Prince (Haïti) 15 janvier 2010" (on reviendra sur la question des conséquences spatiales de cette catastrophe dans un prochain billet) ;

* Le blog L'humanitaire dans tous ses Etats dans lequel on retrouvera de nombreux billets sur la question de l'aide humanitaire déclenchée suite au séisme du 12 janvier 2010 à Port-au-Prince. Ces billets permettent notamment de prendre conscience de la diversité de l'aide nécessaire, depuis l'eau potable, les vivres et les médicaments, en passant par le ramassage des cadavres (pour des raisons sanitaires évidentes), l'aide pour fournir un toit aux survivants...



jeudi 24 septembre 2009

Soutenance de thèse : Alger, réflexion sur la violence. Essai d'articulation à l'urbanisation et aux transformations sociales en cours


La période est propice aux soutenances de thèses (pour des informations sur de nombreuses soutenances en études urbaines, voir le site Crévilles.org). Sous la direction de Thierry Paquot, Farida Seddik-Meghesli soutiendra sa thèse sur Alger, réflexion sur la violence. Essai d'articulation à l'urbanisation et aux transformations sociales en cours le mardi 13 octobre 2009 à l'Institut d'urbanisme de Paris (Université Paris 12 - Val de Marne) à partir de 14h30.



Résumé des objectifs de la thèse :

Nous avons mené dans le cadre d'un DEA en urbanisme une réflexion sur le conflit sanglant vécu en Algérie au cours de ces dernières années et tenté de comprendre sa genèse très urbaine à travers l'étude des spécificités de l'urbanisation algéroise, car Alger a été le territoire de la naissance de ce conflit, mais aussi l'enjeu de luttes urbaines silencieuses pendant de longues années, et on a vu que les tensions et les disparités ont fini par aboutir à une implosion qui s'est manifestée au sein de groupes sociaux dont l'installation urbaine a été fortement contrariée, qui ont pu s'organiser dans les quartiers de l'urbanisation clandestine, au début malgré l'Etat, puis pour finir, contre l'Etat, au moment de l'éclatement du conflit sanglant, suite à l'arrêt du processus électoral en janvier 1992.

C'est dans ces quartiers illicites que se sont développées, entre autres, dans le processus même de leur création malgré l'Etat, de nouvelles solidarités urbaines, vécues par une jeunesse en quête de sens, et qui a pris la figure de la religiosité revivifiée, pour développer les pratiques communautaires identitaires-islamiques (par opposition au modèle étatique "moderne"), et d'entreaide et de solidarité (dans un environnement de gestion urbaine inexistant ou défaillant).
L'afflux vers la ville (même périphérique) est une nouvelle expérience pour les migrants de l'intérieur, ils y côtoient une population plus anciennement urbanisée, dont les comportements sont sinon acceptés, en tout cas imposés :
  • Quelles transformations sociales ont accompagné ces installations urbaines périphériques ?
  • En quoi la violence qui s'est exprimée à Alger est-elle comparable à cette violence qui devient une caractéritisque des grandes villes ?
  • En quoi est-elle spécifique, pourquoi s'est-elle quasiment transformée en guerre civile ?
  • Comment s'est passé le passage du communautarisme religieux socio-solidaire vers l'islamisme radical accompagné de l'idéal de la guerre sainte, le Djihad ?

Nous avons aussi à faire une réflexion sur le processus de création de l'Etat algérien, avec sa configuration moderne (comme modèle hérité de la colonisation et comme modèle de référence annoncé) après avoir relevé la critique de la réalité de sa construction, qui s'est accompagnée d'une structure tribale et clientéliste fonctionnant en réseau fermé, et qui a utiliséla violence légale contre la population opposante avec la justification du maintien de l'ordre... (quel ordre ? l'ordre clientéliste ou l'ordre de l'Etat de droit ?)

Un désarroi profond accompagne les mutations sociales et urbaines, car devant la destruction de structures anciennes d'organisation qui étaient cohérentes, la modernité et l'urbanisation demandent une redéfinition des valeurs... Nous mènerons une réflexion et une étud de terrain sur ces manifestations.


dimanche 2 août 2009

"Justice spatiale" : naissance d'une nouvelle revue


La nouvelle revue Justice spatiale, disponible en ligne, lance son premier numéro. L'avis de naissance, écrit par Frédéric Dufaux, Philippe Gervais-Lambony, Sonia Lehman-Frisch et Sophie Moreau présente cette revue, qui, à compter de 2 numéros par an, aura pour objectif d'analyser les (in)égalités sociales au prime de la dimension spatiale. Les textes sont tous accessibles en français et en anglais.



Le 1er numéro est ainsi consacré à "Espace et justice" :


Présentation de la revue par ses responsables :

"
C'est certainement par le mot « bienvenue » que nous avons envie d'ouvrir ce premier numéro de la revue "justice spatiale spatial justice". Bienvenue aux lecteurs, bienvenue aux auteurs, bienvenue aux débats. Le contexte international, le contexte français (social mais aussi universitaire), nous donnent envie d'offrir ici un espace d'expression et d'échange sur des sujets qui nous tiennent à cœur. La création de la revue scientifique "justice spatiale spatial justice", repose en effet sur une conviction : l'espace est une dimension fondamentale des sociétés humaines qui le produisent, la justice sociale s'y déploie. Ainsi, la compréhension des interactions entre espace et société est essentielle à celle des injustices sociales et à la réflexion sur les politiques territoriales visant à les réduire.

Initiée et animée principalement par des géographes, la revue "justice spatiale spatial justice" accueille les travaux, les débats et les controverses autour du concept de justice spatiale en se fondant sur des rencontres avec des regards disciplinaires de sciences sociales et humaines différents (aménagement, urbanisme, sociologie urbaine, histoire, philosophie, sciences politiques...). Le projet de cette revue électronique internationale est née du désir de poursuivre et d'élargir les débats engagés lors du colloque « Justice et injustice spatiales » (www.justice-spatiale-2008.org), qui s'est tenu en mars 2008 à l'Université Paris-Ouest Nanterre La Défense (c'est-à-dire là où enseigna Henri Lefebvre et ce n'est en rien une coïncidence car nous affirmons ici les liens entre le concept de justice spatial et ceux de « production de l'espace » et de « droit à la ville »). Les discussions lors de ce colloque ont montré le besoin de poursuivre la réflexion sur les relations entre justice et espace, par-delà les frontières disciplinaires, linguistiques et culturelles. C'est à partir de quelques textes présentés lors de ce colloque, qui éclairent les différentes dimensions du concept de justice spatiale et ouvrent bien des débats sur sa définition, qu'a été élaboré ce premier numéro, et nous tenons à en remercier ici les auteurs : Lisa Brawley, Bernard Bret, Mustafa Dikec, Susan Fainstein, Peter Marcuse, Edward Soja. Les prochains numéros de la revue seront thématiques, le premier appel à contribution est lancé dans le présent numéro sur des questions liées à l'accès aux ressources.

La justice spatiale a une importance majeure puisqu'elle constitue la toile de fond de la plupart des politiques d'action sur les territoires. Pourtant, la diversité des définitions de la « justice » (et des possibles « contrats sociaux » qui les légitiment) est grande et les objectifs poursuivis sont divers, voire contradictoires. Il paraît donc urgent d'éclairer le concept de justice spatiale, encore peu questionné (notamment en géographie, depuis les travaux de la géographie radicale anglophone des années 1970-1980), tant elle s'est imposée comme une apparente évidence.

On peut considérer que les conceptions de la justice oscillent entre deux pôles, l'un centré sur les questions de redistribution, l'autre sur les questions de procédures de prise de décision. C'est pourquoi aujourd'hui la thématique de la justice spatiale présente à nos yeux une importance nouvelle pour les sciences sociales et pour la géographie, outre qu'elle soulève des questions cruciales sur l'utilité sociale de ces disciplines, parce qu'elle est fédératrice. En effet, selon l'approche adoptée, soit l'on est conduit à se poser des questions sur des distributions spatiales (de biens, de services, de personnes...) parce que l'on choisit une définition de la justice fondée sur une évaluation des « résultats », soit l'on est conduit à se poser des questions de représentations de l'espace, d'identités (territoriales ou non), de pratiques, parce ce que l'on fait le choix de réfléchir sur la dimension procédurale de la justice. En d'autres termes, se trouvent à la fois mobilisées des approches quantitatives et qualitatives. Cette convergence se fait à travers une réflexion sur les modalités de la prise de décision politique et sur les politiques conduites pour assurer de meilleures distributions spatiales. Le caractère potentiellement fédérateur du concept de justice spatiale va encore au-delà puisqu'il nécessite de mobiliser aussi pleinement les études environnementales. On est très proche en effet de la notion de « justice environnementale » est apparue dans les années 1970-1980 dans les villes nord-américaines, pour dénoncer les recouvrements spatiaux entre les formes de discrimination raciale et d'exclusion socio-économique, les pollutions industrielles et la vulnérabilité face aux risques naturels. L'émergence de la notion de développement durable a aussi favorisé une réflexion sur l'équité environnementale. Elle interroge notre rapport ontologique au monde, et la possibilité d'une politique juste articulée autour des besoins de l'humanité, présents et futurs, locaux et globaux, et de nouveaux modes de gouvernance. Enfin, est-il besoin de souligner que le concept de justice spatiale questionne aussi toutes les échelles d'étude, du global au local ?

Dans un état d'esprit pluridisciplinaire, la revue "justice spatiale spatial justice" est conçue pour promouvoir les débats entre auteurs et lecteurs. Elle vise aussi à faire mieux communiquer les univers scientifiques anglophones et francophones, d'où le choix du bilinguisme complet. Le support électronique permet par ailleurs de combiner - dans un même discours - texte, images et sons et d'innover en termes de formes. Enfin la revue fonctionne grâce à un ample réseau international qui assure la lecture et l'évaluation des textes soumis en vue de garantir un haut niveau scientifique. Nous attendons beaucoup de la combinaison du bilinguisme intégral et de l'appui sur un réseau scientifique (comité scientifique, comité de rédaction, correspondants) reconnu au niveau mondial. Notre objectif est clair et ambitieux, à la mesure de l'importance du sujet : faire que "justice spatiale spatial justice" s'affirme rapidement comme une revue scientifique internationale de référence sur la thématique.

A raison de deux numéros par an, la revue comprend aussi une section « Espace public » dans laquelle nous souhaitons accueillir de textes de débat, d'actualité, comme celui proposé dans ce premier numéro par Christine Chivallon sur les événements actuels en Guadeloupe et des regards croisés (lectures confrontées de textes fondateurs sur la "justice spatiale spatial justice" par un auteur francophone et un auteur anglophone).
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Références de ce texte :
Frédéric Dufaux Philippe Gervais-Lambony Sonia Lehman-Frisch Sophie Moreau«n°01. Avis de naissance», [«n°01. Birth Announcement»]
justice spatiale spatial justice n° 01 septembre september 2009 http://www.jssj.org/