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mercredi 23 avril 2014

Géo'rizon : Géographie des crises (24 avril 2014, Chambéry)

"Géo'rizon : Géographie des crises"

La 16e Journée d'études Géo'rizon, organisée par le Département de Géographie de l'Université de Savoie, se tiendra le jeudi 24 avril 2014 à la Présidence de l'Université de Savoie (Chambéry), entrée libre et gratuite.

Après "l'Amérique latine", "la rue", "les Balkans", "l'île", "Géographie et arts", "Canaux et barrages", "L'Asie orientale", "A boire ! Les boissons dans le monde", "Régionalismes et séparatismes en Europe", "Afrique de l'Est (Tanzanie, Soudan, Ethiopie, Erythrée, Djibouti)", "Diaspora(s)", "Métropoles d'Europe", "Antimonde(s)", "Se perdre en forêt", "Montagnes des Sud", le Département de Géographie aura le plaisir d'accueillir 4 conférenciers sur le thème "Géographie des crises".

Comme le traitera la table-ronde en fin de journée, le but est de comprendre comment les géographes étudient et analysent une crise, sous toutes ses formes, qu'il s'agisse de crise économique ou sociale, des effets collatéraux des guerres (déplacements de populations), ou de catastrophes liées à des événements (cylone, séisme, tsunami) qui mettent en exergue la vulnérabilité des populations. Grâce à des géographes de terrain, qui ont passé plusieurs mois dans ces espaces difficiles et en proie à des situations de précarité et de détresse, la journée Géo'rizon proposera une lecture géographique moderne et vivante des crises.



Programme de la journée
"Géo'rizon : Géographie des crises"

8h30 - 9h50 : Faire face à la crise à Detroit : pratiques alternatives et recomposition du modèle urbain (Flaminia PADDEU Doctorante, ATER Université Paris Sorbonne - Paris IV)

10h15 - 11h35 : Le Japon dévasté : retour sur Fukushima (11 mars 2001) (Rémi SCOCCIMARRO Maître de conférences Université de Toulouse 2 Le Mirail)

13h45 - 15h05 : Port-au-Prince, ville-martyre : la capitale haïtienne au lendemain du séisme (2010) et du cyclone (2012) (Sébastien HARDY Chargé de recherches Institut de Recherche pour le Développement, Paris)

15h25 - 16h55 : Migrations de crise et crises de l'asile, expériences d'exil des réfugiés libériens en Guinée et au Ghana (1990-2010) (Hélène SIMON-LORIERE Docteure, ATER Université Paris Sorbonne - Paris IV)

16h55 - 17h30 : Table-ronde autour des conférenciers : Gérer les crises : l'apport des géographes


mardi 12 mars 2013

Le regard des géographes sur la géographie de la catastrophe au Japon (2)

Une première sélection biblio/sitographique sur la géographie du séisme du 11 mars 2011 et ses conséquences, avait déjà été proposée dans le billet du 11 mars 2012 : "Le séisme du 11 mars 2011 au Japon : géographie d'une catastrophe". Depuis, d'autres ressources sont venues enrichir cette biblio/sitographie qui met en avant l'analyse spatiale de la catastrophe. L'occasion de faire un point sur ces nouvelles ressources et celles qui n'avaient pas été identifiées lors du premier billet, avec le mercredi 13 mars 2013, une émission de Planète Terre consacrée au bilan des deux ans de la catastrophe. Une biblio/sitographie plus complète a également été réalisée pour le compte-rendu du café géo lyonnais du 26 septembre 2012 "Fukushima et après ?" (à retrouver en fin de compte rendu de ce café géo).

Les populations touchées par le séisme au large de Tôhoku du 11 mars 2011
Source : Rémi Scoccimarro, site JapGeo.

dimanche 11 mars 2012

Géographie des risques et de la catastrophe : le cas des séismes

En complément au billet : "Le séisme du 11 mars 2011 au Japon : géographie d'une catastrophe" qui proposait une sélection d'articles et d'événements sur l'approche géographique de ce séisme, des répercussions de la catastrophe nucléaire et de l'habiter après la catastrophe, voici un complément biblio/sitographique avec des ressources sur d'autres séismes : tsunami du 26 décembre 2004 dans l'océan indien, séisme du 12 janvier 2010 en Haïti, risques sismiques dans le bassin caribéen...


Le séisme du 11 mars 2011 au Japon : géographie d'une catastrophe

Les événements se multiplient autour de la commémoration du séisme du 11 mars 2011 au Japon : émissions radio, documentaires télévisés, conférences... Parmi ceux-ci, voici une sélection d'événements animés par des géographes et d'articles ou de billets de blogs insistant sur les conséquences spatiales de cette catastrophe ainsi que la dimension spatiale et territoriale des enjeux de la (re)construction. C'est également les question sdes représentations et des imaginaires spatiaux, de la vulnérabilité et de l'acceptation du risque, et de la gestion de crise qui sont interrogées par cette approche géographique.


mardi 7 février 2012

L'action humanitaire en milieu urbain en Haiti (groupe URD)

La question de la ville vulnérable est particulièrement présente dans les travaux du groupe URD (Urgence Réhabilitation Développement), comme en témoignent leurs publications récentes sur les villes afghanes ou sur les villes face aux crises. L'URD s'intéresse aussi de près à la question haïtienne, avec notamment la création récente de l'Observatoire Haïti. Ce n'est donc pas étonnant de voir l'URD croiser la question de l'intervention humanitaire dans les villes et le cas haïtien. La ville comme espace de l'urgence humanitaire avait été, par ailleurs, le sujet d'un 5 à 7 du CICR le 3 mars 2011 : "Action humanitaire en milieu urbain : quels défis ?".


La sismicité historique dans l'île d'Haïti
Source : François Grünewald et Yvio Georges, "La vulnérabilité d'Haiti aux séismes :
pour une perspective historique et une meilleure analyse des risques",
Humanitaires en mouvement, n°6, septembre 2010, groupe URD, p. 25.


Voici la vidéo du film De la boîte à dormir à la maison à vivre : enjeux urbains à Port-au-Prince du groupe URD (cette vidéo est un extrait du site du groupe URD et reste sa propriété), présenté lors du 27th ALNAP Metting : "The Urban Challenge: Adapting humanitarian response to a changing world" (17-19 janvier 2012, Chennai), ainsi que quelques liens vers des ressources en ligne sur la question de la vulnérabilité à Haïti.

dimanche 13 novembre 2011

"La ville face aux crises" (Humanitaires en mouvement n°8)


Le groupe URD (urgence réhabilitation développement) a organisé le 26 avril 2011 une journée d'études consacrée à La ville face aux crises sous le prisme de l'action humanitaire. Les vidéos de cette journée sont disponibles sur le blog Géographie de la ville en guerre et sur le site de l'URD. Suite à cette journée d'études, le groupe URD a publié un numéro de sa revue Humanitaires en mouvement qui reprend les actes des interventions.


"La ville face aux crises", Humanitaires en mouvement, n°8, octobre 2011, 44 p.


" « Tandis que les villes prenaient de plus en plus d’importance, avec l’accélération des processus d’exode rural et d’urbanisation, les conflits de la Guerre Froide orientaient l’action humanitaire vers les campagnes ». Pourtant, face aux guerres de décomposition de la Yougoslavie, dans le contexte de l’immédiat après-guerre froide, les acteurs de l’humanitaire, souvent formés aux pratiques agricoles, vont être confrontés à un fait nouveau : la ville, devenue un théâtre d’opérations pour les militaires, va aussi devenir un espace de l’urgence humanitaire, où se confrontent des défis très divers : guerre, catastrophes, conflits sociaux, troubles politiques, mouvements de déplacés/réfugiés, inondations, insécurité alimentaire... Les crises urbaines sont nombreuses, et le métier des humanitaires a été profondément affecté par ce défi urbain. Proposant les actes de la conférence La ville face aux crises du 26 avril 2011, le numéro 8 de la revue Humanitaires en mouvement fait le point sur ces « crises dans la ville », qui sont peut-être, comme le rappelle François Grünewald dans son édito, des symptômes de la « crise de la ville » (p. 1). Si l’objectif de ce numéro est d’interpeller les acteurs de l’humanitaire à une meilleure compréhension des enjeux de leurs interventions en cours et à venir, il intéresse également les géographes, en questionnant les espaces de l’urgence et de l’intervention humanitaires, en précisant les enjeux de la reconstruction dans des villes affectées par des conflits ou des catastrophes, ou encore en discutant la notion de « ville vulnérable ». "




Source du compte-rendu de lecture : Bénédicte Tratnjek, "La ville face aux crises (Humanitaires en mouvement, n°8)", Les Cafés géographiques, rubrique Des livres, 13 novembre 2011, en ligne : http://www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=2303


mardi 7 juin 2011

"Côte d’Ivoire : le cacao de la discorde" (Arte Reportage)


Arte a diffusé ce samedi un reportage sur la place du cacao dans l'économie ivoirienne, intitulé "Côte d'Ivoire : le cacao de la discorde" (il sera rediffusé sur Arte le samedi 11 juin 2011 à 6h00). Bien évidemment, ce type de reportages reste toujours trop court pour donner tous les aspects d'une crise économique et politique qui s'ancre dans des héritages longs. A ce propos, on pourra (re)découvrir l'ouvrage de Christian Bouquet : Géopolitique de la Côte d'Ivoire (voir une note de lecture de la première édition : la seconde édition a été actualisée et enrichie de nombreux éclairages) et son article pour Géoconfluences : "La crise ivoirienne par les cartes".


"Côte d'Ivoire : le cacao de la discorde"
Arte Reportage - 4 juin 2011.

 
Présentation par Arte :
"La première tâche du président Alassane Ouattara récemment investi sera de faire repartir l'économie ivoirienne. Et tout d’abord l’or brun, le cacao, dont la Côte d'Ivoire est le premier producteur mondial avec 40% du marché. Mais cette filière a considérablement souffert des années de guerre civile et de la mainmise des forces politiques de tous bords sur cette manne financière.



L'une de nos équipes s'est rendue dans l'Ouest de ce que l’on appelle la boucle du cacao : la région de Duékoué où, ces derniers mois, les violences interethniques ont fait plus de trois cents morts. Cette année, la récolte a été bonne mais la filière peine à redémarrer. La guerre a exacerbé les tensions entre petits propriétaires terriens, en grande majorité des Guérés, favorables à l'ex-président Gbagbo et les populations allogènes venues s'installer au fil des ans, favorables, elles, à Alassane Ouattara.



La région reste peu sûre et de nombreux planteurs ont peur de se rendre dans leurs champs désormais à l'abandon. Pourtant, c'est dans la boucle du cacao que se joue l'avenir de la Côte d'Ivoire. Les Ivoiriens devront se réconcilier et réapprendre à travailler ensemble pour reconstruire un pays dévasté par dix années de crise et de conflit."


 

Références du reportage :
"Côte d’Ivoire : le cacao de la discorde" de Richard Binet, Eric Beurot et Swann Chevalier - ARTE GEIE / Keep Shooting - France 2011.


Source de l'information :
Site de l'émission Arte Reportage.


mardi 17 août 2010

Anthropologie et émeutes urbaines (2)


On avait précédemment présenté le blog Anthropologie du présent dans lequel Alain Bertho (professeur d'anthropologie à l'université Paris 8) propose une base documentaire très détaillée concernant les émeutes dans le monde (alimenté tous les jours, il recense toutes les émeutes dans les journaux francophones, anglophones et hispanophones). Cet anthropologue est également auteur d'un important ouvrage : Le Temps des émeutes (Bayard, 2009), dans lequel il s'interroge sur "le sens profond et peut-être commun de ces émeutes qui éclatent aux quatre coins de la planète, au sein de pays et de régimes politiques radicalement différents et selon des modes de protestation semblables". Il y montre que l'émeute n'est pas un phénomène nouveau, mais c'est la modernité des émeutes actuelles qui change la donne. Si les émeutes d'octobre-novembre 2005 ont surpris l'opinion publique (Alain Bertho discute d'ailleurs "le silence et le bruit" qui existent autour de l'émeute comme phénomène de violence, rappelant combien la construction du monde passe également par les média, et l'actualité telle qu'ils donne à la voir : voir le billet "Les médias, la violence, l'événement et le haut-lieu"), l'émeute n'est pas nouvelle en soi. Sa mondialisation et sa prolifération, mais également la multiplicité des raisons invoquées ("soulèvement anti-gouvernemental, émeute d'après match, refus d'installation d'un aéroport, colère contre l'incurie de l'Administration ou en raison de l'annulation d'un concert, mobilisation contre le péage d'un pont, l'expropriation des terres, la mise en place d'une ligne de TGV, l'émission de faux diplômes universitaires ou la mort d'une star du cinéma") questionnent.


Gégraphie des émeutes dans le monde (janvier 2007-mai 2009)
Carte réalisée par Alain Bertho.
Voir les cartes qu'il a produites sur l'extension des émeutes dans le monde :



Pour découvrir cet ouvrage et les travaux de l'anthropologue Alain Bertho, voir son blog Anthropologie du présent et quelques-unes de ses interventions à des colloques :

Alain Bertho, "L'émeute comme récit non discursif et production
d'image en résonance", conférence Récits collectifs et nouvelles écritures visuelles,
Montréal, 2-3 juin 2010.



Alain Bertho : "Les émeutes, un phénomène mondial ?"
Entretien pour l'IRIS, 19 avril 2010.



mardi 27 avril 2010

Des événements sur la guerre et l'humanitaire


Mercredi 28 avril 2010 à RENNES :
Un café géo sur "Guerre et environnement en Côte d'Ivoire" à 18h30, au bar le Damier, présenté par Johan OSZWALD, enseignant-chercheur au laboratoire COSTEL, de l’université Rennes 2. Maître de conférences en Gestion des ressources environnementales et géostatistiques, il a soutenu une thèse sur la Dynamique des formations agroforestières en Côte d’Ivoire (des années 1980 aux années 2000) : suivi par télédétection et développement d’une recherche approche cartographique en 2005, et travaille tout particulièrement sur la notion de risques.


Mercredi 28 avril 2010 à PARIS :
La reprise du séminaire "Nouvelle histoire bataille" de l'IRSEM proposera une rencontre sur les "Expériences coloniales et guerres asymétriques américaines au XIXe siècle : nouvelles interprétations : nouvelles interprétations" avec des interventions de :
  • William T. DEAN (Associate Professor of Comparative Military Studies U.S. Air Force Air Command and Staff College, Air University, Maxwell AFB)
    "The Battle of Horseshoe Band, 1814 British Unconventional Warfare and the Creek Indians"
  • L. Michael ALLSEP Jr. (Professor of Comparative Military Studies U.S. Air Force Air Command and Staff College, Air University, Maxwell AFB Department of Leadership and Strategy)
    "Where is the American Colonial Office ? The War Department and the American Empire"


Lundi 17 mai 2010 à PARIS :
Un Café humanitaire sur "Haïti, une aide humanitaire durable ?", de 19 h 30 à 21 h 30, au Snax Kfé (182 rue St Martin, 3ème arrondissement), présenté par Sonia Jedidi, avec pour invités Willian H. SCHNEIDER (Professeur d'Histoire, Baker-Ort chaire International Healthcare Philanthropy au Centre de Philanthropie à l'université Indiana, USA), Luca PUPULIN (Directeur des programmes, ACTED), et Eric SAURAY, (sous réserve).


mercredi 10 mars 2010

"La ville du risque"


L'École nationale supérieure d’architecture de la ville & des territoires à Marne-la-Vallée (ENSA VT) organise un colloque consacré à "La ville du risque" le jeudi 1er avril 2010 dans les locaux de l'Ecole à Marne-la-Vallée (accès) à partir de 9h30.


Présentation par l'organisateur :
"Les conditions de fabrication des villes ont toujours été déterminées par les risques auxquelles celles-ci s'exposaient : risque d'invasion, risque naturel, risque social ou politique. Ces risques s'expriment aujourd'hui sous une forme nouvelle. L'inquiétude face aux risques naturels et climatiques, la montée des incivilités et des violences urbaines dans les quartiers d'habitat social, la menace terroriste dans les lieux publics à forte fréquentation ou la crainte des mouvements de foules lors de grands événements culturels ou sportifs, remettent aujourd'hui en cause de nombreuses modalités des projets urbains et architecturaux. Les situations où la gestion de ces risques est prépondérante deviennent de plus en plus nombreuses. L'objectif du colloque est de nous éclairer sur les incidences de ces nouvelles menaces dans la conception des espaces contemporains".

 

Programme : voir le détail

Accueil par Jean-Michel Knop, directeur de l’École nationale supérieure d’architecture de la ville & des territoires à Marne-la-Vallée (ENSA VT)

Introduction par Paul Landauer, architecte, maître-assistant à l’ENSA VT

"L’empilement des expertises face aux vulnérabilités de la ville"Jean-Pierre Galland (sociologue, chercheur au LATTS, maître de conférence à l’École des Ponts ParisTech)

"La diffusion des formes d’enclavement résidentiel : du contrôle de l’ordre urbain à la croissance des risques induits"
Renaud Le Goix (géographe, maître de conférence à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

"L’instrumentalisation du risque : l’exemple de la rénovation urbaine"
Bertand Vallet (doctorant en sociologie urbaine à l’Université Paris X Nanterre, chargé de projets au Plan urbanisme construction et architecture)

"L’empreinte des risques"
Valérie November (géographe, professeur à l’École polytechnique fédérale de Lausanne)

"Les engagements militaires en zone urbaine"
Loup Francart (général, directeur d’Eurocrise)

"Les risques terroristes et la ville : limiter l’impact et produire une résilience urbaine"
Rémi Baudouï (politologue et urbaniste, professeur à l’Université de Genève)


vendredi 15 janvier 2010

Port-au-Prince, géographie d'une ville vulnérable : la catastrophe et la ville



Le récent séisme dans la ville de Port-au-Prince questionne non seulement sur la question des risques, mais également celle de la vulnérabilité des villes face aux catastrophes, non seulement en terme de dégâts matériels, mais également en termes d'acceptabilité au vu de ces dégâts. On avait déjà abordé ces questions dans un billet intitulé "La ville vulnérable : risques et images du risque à Port-au-Prince", suite à l'effondrement d'une école dans la commune de Pétion-Ville, dans la localité des Nérettes, le 7 novembre 2008. Ces quelques éléments sur les vulnérabilités de la ville avait mis en exergue l'interaction entre les sociétés et leur environnement au prisme du risque comme construit social (voir les différentes définitions du risque en géographie).

Le choix d'avoir développé ces réflexions à partir du cas de la ville de Port-au-Prince n'était pas seulement le fait d'un événement médiatisé (l'effondrement de l'école avait provoqué la mort de plus de 90 personnes), mais avant tout parce que Port-au-Prince est synptômatique des vulnérabilités urbaines : capitale d'un pays pauvre en proie à des déchirements violents (voir le billet "Port-au-Prince : la capitale d'un pays sous tension"), Port-au-Prince est une ville-enjeu dans les affrontements politiques et sociaux qui menacent l'équilibre fragile obtenu par le déploiement d'une opération militaire des Nations Unies, la MINUSTAH. "Port-au-Prince est alors en proie à un double mouvement de violences : d'une part, des violences politiques (visant le renversement du gouvernement), d'autre part des violences "ordinaires" (selon la définition de Jérôme Tadié) à travers une guerre de gangs. La principale mission de la MINUSTAH est alors d'enrayer ce cercle vicieux de la violence, afin d'instaurer un climat serein et d'établir un processus durable de stabilisation du pays" (extrait du billet sur "La situation en Haïti").





Le facteur catastrophe du séisme survenu le 12 janvier 2010 ne suffit pas à expliquer l'étendue des dégâts dans la capitale haïtienne. La pauvreté de la ville est l'un des facteurs déterminants, et explique la géographie des destructions dans la ville aux lendemains de la catastrophe. D'une part, du fait de la pauvreté des habitants. Ainsi, la croissance urbaine dans ce pays pauvre s'est doublée d'un afflux de populations que les autorités ne parvenaient pas à gérer, notamment en termes d'habitat. L'entassement de très nombreux habitants dans les bidonvilles (risques sociaux), pour beaucoup construits dans des zones insalubres (risques sanitaires), a fortement accentué la vulnérabilité de la ville face à ce séisme : les habitations des bidonvilles (qu'elles soient en dur ou non) sont non seulement construites avec des matériaux inadaptés aux risques sismiques importants de l'île, mais également elles sont établies sur des zones où le sol est particulièrement meuble, et donc renforce les dégâts lors de catastrophes sismiques (même lors de séismes à l'amplitude bien plus restreinte).






D'autre part, la pauvreté même de l'Etat doit être soulignée : ce ne sont pas seulement les habitations des quartiers pauvres et des bidonvilles qui se sont effondrées, mais bien l'ensemble des infrastructures de la ville. Ainsi, même les infrastructures officielles, telles que le palais présidentiel (les photographies aériennes ci-dessus montrent ce quartier avant et après le séisme. Voir également une photographie du palais présidentiel, derrière la statue du Marron inconnu, symbolisant la fin de l'esclavagisme) sont construites sans précaution des mesures de protection anti-sismique (l'exemple de l'école effondrée en novembre 2008 montre que même des bâtiments publics pouvaient ne même pas tenir compte des normes officielles en termes de réglementation des constructions : voir l'article consacré à cet événement sur le blog Planète Vivante : "Haïti, une fois encore n'est pas épargnée"). De plus, cette dimension se transfère également sur le système éducatif : contrairement à des pays comme le Japon (où des séismes d'une amplitude similaire, qui investissent certes en termes d'infrastructures mais également en termes de formation des populations à la gestion du risque. Il ne s'agit pas de dire que seuls les aspects économiques et sociaux sont responsables de l'étendue des dégâts (bien évidemment la magnitude du séisme et la localisation de l'épicentre sont des facteurs déterminants dans la compréhension des destructions liées à la catastrophe : voir la partie consacrée aux séismes dans les fiches techniques du blog Planète Vivante animé par la géographe Marie-Sophie Bock-Digne), mais de montrer que le risque sismique, alors qu'il est partiellement géré dans les pays développés (systèmes de surveillance performants ; plans de prévention des risques ; équipements adaptés tels que les constructions anti-sismiques ; systèmes d’alerte efficaces ; secours coordonnés et adaptés ; campagnes d’information et de sensibilisation ; forte réglementation des sites classés dangereux), est subi dans les pays pauvres.

Mais la vulnérabilité ne s'exprime pas seulement à l'échelle du pays, ou même d'une ville. Les enjeux de cette approche par les risques sont multiscalaires, et mettent en scène une profonde injustice spatiale (voir notamment les problématiques abordées dans la revue Justice spatiale). Au-delà de l'aspect aléa, les quartiers sont inégalement touchés non seulement par le séisme lui-même, mais également par l'aide humanitaire et sociale qui en découle. Les enjeux de la reconstructions après une catastrophe sont aussi l'occasion d'une mise en scène de l'inégalité de la distribution de l'aide, notamment en termes de reconstruction (les quartiers centraux sont souvent très médiatisés, comme le montre le choix des images par les média sur cette catastrophe, avec une grande focalisation sur les bâtiments centraux : certes, l'aspect sensationnel recherché par les média est plus démonstratif dans l'effondrement de très grands bâtiments, mais également cette focalisation démontre un choix dans les priorités à venir dans le processus de reconstruction : on retrouve là les mêmes risques sociaux abordés dans le cas des reconstructions des villes dans l'immédiat après-guerre, liés à un processus de reconstruction inégalitaire : voir le billet "Les risques de la reconstruction").

Ces risques sociaux de l'immédiat après-catastrophe sont également liés à la question de la distribution de l'aide en termes de vivres, de médicaments et de soins, d'eau potable... Entre la question de l'accessibilité de certains quartiers (du fait de l'effondrement d'infrastructures vitales pour l'accès aux quartiers ou de l'entassement des ruines sur les voies d'accès) et l'inégale mise en priorité de certains quartiers vis-à-vis d'autres, la ville de l'immédiat après-catastrophe est, elle aussi, particulièrement vulnérable : risques alimentaires pour une très grande partie de la population (le manque d'accessibilité pour les avions faisant parvenir l'aide internationale prive la population d'une aide alimentaire plus que nécessaire dans une ville où tous les réseaux de distribution et les centres de stockage ont été détruits ou sont bloqués en termes d'accessibilité), risques sanitaires également (non seulement au vu du manque de soins, du manque de personnels médicaux face à l'ampleur de la catastrophe, du manque de médicaments, mais aussi en termes d'insalubrité dans de nombreuses zones détruites, de problèmes respiratoires au vu du nuage de fumée dégagé par l'effondrement des bâtiments, et des problèmes médicaux liés au manque d'eau potable et d'alimentation. Le bilan de la catastrophe ne se limite donc pas aux seuls morts dans les effondrements.

Par conséquent, comprendre les dimensions spatiales d'une ville qui vient de subir une catastrophe est nécessaire, non seulement pour rendre l'aide humanitaire efficace (les densités de population dans tel ou tel quartier permettent par exemple de procéder à une distribution d'eau, de vivres et de médicaments équilibrée et adaptée aux besoins : voir l'excellent billet sur "L'utilité des images satellites et de la cartographie pour les interventions humanitaires" sur le blog Planète Vivante). Mais l'approche spatiale est aussi un mode de réflexion opératoire pour saisir les risques dans le long terme, notamment en termes de frustrations sociales (personnes restant en attente de retour dans des habitats sécurisés et salubres, personnes déplacées dans des camps de fortune, quartiers défavorisés par l'aide humanitaire et la progression de la reconstruction...) et de détournements politiques de ces frustrations dans le processus de reconstruction de la ville.




A lire sur la question :

* Le blog Planète Vivante qui consacre de nombreux billets sur la géographie des risques, parmi les quels on retrouvera notamment l'excellent billet sur la "Localisation des zones touchées par le séisme à Port-au-Prince (Haïti) 15 janvier 2010" (on reviendra sur la question des conséquences spatiales de cette catastrophe dans un prochain billet) ;

* Le blog L'humanitaire dans tous ses Etats dans lequel on retrouvera de nombreux billets sur la question de l'aide humanitaire déclenchée suite au séisme du 12 janvier 2010 à Port-au-Prince. Ces billets permettent notamment de prendre conscience de la diversité de l'aide nécessaire, depuis l'eau potable, les vivres et les médicaments, en passant par le ramassage des cadavres (pour des raisons sanitaires évidentes), l'aide pour fournir un toit aux survivants...



lundi 23 novembre 2009

Une géographie de la piraterie maritime


Le dernier numéro de la revue de géographie Echogéo, qui vient d'être publié en ligne, propose un dossier sur la piraterie maritime (Echogéo, rubrique Sur le champ, n°10, spetembre 2009/novembre 2009). On y retrouvera notamment Eric Frécon qui était intervenu au Festival international de géographie 2009 sur le cas de la piraterie maritime en Asie du Sud-Est. Voir également, sur ce blog, le billet du 8 octobre 2009 sur les "Guerriers et pirates : mythes et réalités" (avec de nombreux liens).



Au programme de ce numéro de la revue Echogéo :

Une préface très illustrée de Christian Ménard (député du Finistère, secrétaire à la Commission de la Défense Nationale et des Forces Armées et auteur du Rapport d’information sur la piraterie maritime) qui revient sur les grandes zones actuelles de la piraterie maritime ;

"La lutte contre la piraterie au large de la Somalie. De l'action nationale à l'action européenne (2008-2009)" par le vice-amiral Gérard Valin qui propose une réflexion sur les modalités d'intervention des forces armées dans le Golfe d'Aden ;

"Piracy around the Horn of Africa" de Joshua Ho, qui revient sur le cas particulier de l'Etat failli en Somalie et développe le contexte du développement de la piraterie aux larges de ses côtes, tout en analysant les divers acteurs de la lutte ;

Un témoignage de Gilles Bonavita (capitaine de vaisseau de réserve et attaché de défense français à Singapour de 2005 à 2008) sur "Le rôle des sociétés de sécurité privées dans la sécurisation du détroit de Malacca (2000-2008)" ;

Un article d'Eric Frécon analysant les liens entre la situation socioéconomique dans les villes portuaires et l' "engagement" dans la piraterie sur mer dans le détroit de Malacca, pourtant souvent montré comme un "modèle" de sécurisation face aux actes de piraterie : "Du détroit de Malacca jusqu’à sa périphérie. Le pirate des villes et le pirate des champs face au retour de l’Etat indonésien";

"La lutte internationale contre la piraterie au large de la Somalie depuis 2008. Quels intérêts pour les nations participantes ?" par Alban Sciascia qui poursuit ainsi la réflexion du vice-amiral Valin en prenant en compte tous les acteurs participant à la lutte contre la piraterie maritime au large des côtes somaliennes et en analysant les enjeux et les lieux de la sécurisation des mers ;

Hugues Eudeline propose, quant à lui, une réflexion sur les liens entre "Terrorisme maritime et piraterie d’aujourd’hui. Les risques d’une collusion contre-nature" : les pirates ne sont pas des terroristes, et ce sont même des acteurs qui s'affrontent tant dans leurs intentionnalités que dans leurs actions pour le contrôle des espaces maritimes :

Des témoignages croisés recueillis par la revue Echogéo sur la question de la "Lutte contre la piraterie : faut-il faire appel aux sociétés de sécurité privées ?", avec le point de vue d'un armateur français, et le point de vue de David Hornus (directeur de Risksgroup) ;

Un entretien entre l'Amiral Laurent Mérer (qui avait lui aussi participé au FIG 2009 dans une table-ronde consacrée à la piraterie maritime) et Eric Frécon à propos du roman Moi, Osmane, pirate somalien écrit par l'Amiral Mérer (éditions Koutoubia, Paris, 2009, 120 p.).

Et enfin, des notices bibliographiques réalisées par la revue, qui permettront de mieux aborder des recherches en bibliothèque pour tous ceux qui voudraient "fouiller" la question de la piraterie maritime.


jeudi 8 octobre 2009

Guerriers et pirates : mythes et réalités


Le Festival international de géographie 2009 avait pour thème "Géographie des mers et des océans", et plusieurs conférences ont abordé le thème de la piraterie maritime. L'intérêt est venu des intervenants qui ont pris le temps de confronter la part de la mythification du pirate et la part de la réalité de la piraterie maritime. Le festival a peine terminé, l'actualité rappelait la prégnance de la piraterie maritime, avec l'attaque du navire de commandement des forces françaises dans l'Océan Indien (La Somme) dans la nuit du mardi 6 et du mercredi 7 octobre 2009. Les interventions au festival ont permis de rappeler un point essentiel : l'événement est aussi créé par les médias, dans leur construction du monde et de ses dangers, au prisme des vides (les zones, les conflits, les faits oubliés) et des pleins (les lieux, les conflits et les faits surmédiatisés) qu'ils mettent en scène. La piraterie maritime, qui connaît certes un réel renouveau, est aussi une construction médiatique. Eric Frécon a ainsi rappelé, dans sa conférence "Pavillon noir sur l'Asie du Sud-Est" (voir le power-point) tout comme dans la table-ronde "Pirates à l'horizon : une scorie des océans mondialisés ?", que la piraterie maritime représente 3796 attaques entre 1991 et 2005, mais que tous ces actes de piraterie n'ont pas été des réussites, et n'ont pas toujours abouti. On assiste à un doublement de tels actes depuis 2004-2005, mais il n'en reste pas moins que la piraterie maritime n'est pas la menace qui fait le plus grand nombre de victimes, en comparaison à d'autres formes de violences. La piraterie maritime accompagne les vagues de mondialisation, selon une équation que l'on simplifie volontairement ici :
mondialisation = multiplication des échanges = recrudescence des actes de piraterie maritime


Les hauts-lieux de la piraterie maritime s'explique à la fois par les caractéristiques maritimes (voies de passage obligées où les navires sont plus nombreux et les encerclements plus faciles à mettre en place) et par les caractéristiques terrestres (les pirates vivant et s'organisant sur terre pour mener des actions ponctuelles et rapides sur mer : les "zones grises" et les Etats défaillis sont donc des points d'ancrage particulièrement prisés, non seulement pour les facilités d'action, mais également pour les facilités de "recrutement" face à la misère de populations qui s'estiment lésées, voire volées de leurs ressources).


Mais la piraterie maritime et la construction médiatique de cette menace répond également à une mythification de l'image du pirate. Alain Miossec a d'ailleurs rappelé dans la table-ronde "Pirates à l'horizon : une scorie des océans mondialisés ?" (dont la vidéo sera rapidement en ligne sur le site des Actes du FIG) la fascination autour du pirate des mers (beaucoup moins développée pour le pirate des airs, à quelques exceptions de science fiction telles que le dessin animé Albator). La mythification de ce "gentil voyou", de ce "pauvre type sympathique" est bien traduite par la place du pirate des mers dans le cinéma (Pirate des Caraïbes) et les dessins animés (même dans le monde manichéen de Peter Pan de Walt Disney, le "méchant" pirate et ses acolytes maladroits sont mis en scène avec un regard bienveillant).


Eric Frécon a également démontré combien la piraterie maritime est également surmédiatisée au vu de sa réalité tant en termes quantitatifs qu'en termes de pertes économiques. En 2008, par exemple, il y a eu 293 actes de pirateries, dont seulement 34 % ont été des "réussites" (pour les attaquants bien évidemment !). Il ne s'agit pas là de dire que la piraterie maritime est une menace qu'il ne faut pas prendre en compte, mais de montrer les intérêts à une surmédiatisation de cette menace, entre fascination face à ces guérilleros des mers (qui, avec seulement une petite embarcation, peuvent prendre d'assaut d'énormes navires) et redéfinition en cours pour les armées des objectifs prioritaires.

Power-point réalisé par Eric Frécon
présenté lors de sa conférence "Pavillon noir sur l'Asie du Sud-est"
(vendredi 2 octobre 2009 - FIG)


La table-ronde "Pirates à l'horizon : une scorie des océans mondialisés ?", notamment l'intervention du géographe Alain Miossec qui est revenu sur un historique des pirates des mers et sur les réalités de leur conditions de vie, très éloignées des images lttéraires et cinématographiques qui "formatent" notre imaginaire sur la piraterie (par exemple, le personnage de Barbe-Noire), a bien montré que la piraterie maritime, malgré la prégnance de la menace, faisait appel à un sentiment d'indulgence ou de sympathie né de cette mythification.


Mais cette imagerie n'est pas seulement utilisée pour les "guerriers des mers". On retrouve également l'utilisation de tout un folklore qui recourt à toutes formes d'arts (bande dessinée, chansons populaires, poèmes...) autour de l'image du guerrier (celui-ci terrestre) défenseur du territoire dans les pays issus de l'ex-Yougoslavie. C'est ce que montre avec pertinence l'ouvrage récemment traduit en français d'Ivan Colovic : Le Bordel des guerriers. Folklore, politique et guerre (Editions Non-Lieu, Paris, 2009, 204 p.). On est là plus dans le mythe de Robin des Bois, défenseur des opprimés, mais également dans l'utilisation de toute une imagerie du mythe du défenseur du territoire et de l'identité. Ces "guerriers des terres" sont ainsi récupérés dans la construction identitaire à des fins politiques, justifiant la mythification des criminels de guerre, comme défenseurs des "vraies" valeurs, des "bonnes gens", sur un territoire approprié et identifié comme "mon" territoire (et pas celui de "l'Autre", ce "criminel" qui usurpe "mes" terres !). De la terre à la mer, les contes pour enfants, la culture populaire, les Arts sont utilisés pour "formater" notre conception du monde.



A lire en ligne sur la piraterie maritime :



Revues à lire :



samedi 13 juin 2009

Guerre et fragmentation urbaine (Elisabeth Dorier-Apprill)


Dans la série des "documents fondamentaux" pour comprendre les liens entre guerre et ville, ce texte de la géographe Elisabeth Dorier-Apprill est à la fois clair, précis et concis. Extrait de l'ouvrage collectif Vies citadines, qui propose une analyse de la ville par-delà les spécificités locales et régionales, et pose de multiples pistes de réflexion très stimulantes.

Cliquez sur le texte pour l'agrandir !


Parmi les références citées dans l'article, 2 sont disponibles sur Internet :


Pour aller plus loin sur l'ouvrage Vies citadines :

  • Le site "Citadinité" créé pour présenter ce projet (mené par une équipe de chercheurs, le projet a abouti à un réel ouvrage collectif : les chapitres ne sont pas une accumulation d'articles rédigés par des auteurs différents, mais sont tous écrits à plusieurs mains et relus par tous les auteurs).
  • Les notes de lecture dans les Cafés géo et Géocarrefour sur cet ouvrage.
  • Le compte-rendu du Café géo du 30 octobre 2007 : "Une nouvelle géographie des villes", avec pour invitées 5 des 15 auteurs de l'ouvrage : Elisabeth Dorier-Apprill, Sophie Didier, Sophie Lehman-Frisch, Bénédicte Florin et Florence Bouillon.

vendredi 12 juin 2009

La sécurité alimentaire vue par Frédéric Landy


Frédéric Landy est maître de conférences en géographie à l'Université Paris 10, spécialiste de l'Inde. Il a travaillé tout particulièrement sur la question de la sécurité alimentaire dans son ouvrage Un milliard à nourrir. Grain, territoires et politique en Inde (Belin, collection Mappemonde, 2006). Pour Le Mensuel de l'Université, il revient sur le concept de sécurité alimentaire (vidéo publiée le 5 mai 2009).

A lire également sur les travaux de Frédéric Landy et la question de l'alimentation en Inde :

dimanche 7 juin 2009

Les déplacés à Mogadiscio


La reprise des combats à Mogadiscio depuis février 2009 (tout particulièrement depuis le 7 mai) repose la question des déplacés à l'intérieur de la ville, alors même que la question des camps de déplacés datant des affrontements des années 1990 pose toujours de nombreux problèmes de gestion dans la capitale.
"Face à la recrudescence des combats à Mogadiscio, le président somalien Cheikh Charif Ahmed a exhorté lundi [25 mai 2009] la communauté internationale à l'aider à repousser les milices islamistes qui comptent des centaines de combattants étrangers dans leurs rangs. Le regain de violences a fait quelque 200 morts ce mois-ci à Mogadiscio, où les combats ont contraint plus de 60.000 habitants à fuir" (photographie de Mohamed Dahir pour AFP, publiée avec ce comentaire dans Le Figaro Magazine du 27 mai 2009)



Quelques points sur la situation en Somalie :

Le pays est plongé dans une guerre civile depuis 1988. L'Etat est d'ailleurs contesté dans deux régions séparatistes : le Somaliland (au Nord-Ouest, dont la grande ville est Hargeisa) et le Punland (au Nord-Est, avec pour grande ville Bossaso). Les deux régions ont fait sécession, mais leur indépendance n'est abssolument pas reconnue. Toujours est-il que cette situation remet en cause la souveraineté du gouvernement dans les 2/3 de sa superficie environ. De plus, les contestations sont aussi internes à la région du Sud, comme en témoigne l'incessant état de guerre dans la ville de Mogadiscio. Comme le titre le géographe Alain Gascon, en jouant sur le double sens des mots, la Somalie est "en mauvais Etat" (Alain Gascon, "La Somalie en mauvais État", EchoGéo, Rubrique Sur le vif 2008). La contestation, voire l'absolue remise en cause, de l'intégrité des autorités officielles en Somalie ont ainsi permis l'émergence de "zones grises", c'est-à-dire "des zones - et des populations - exclues du réseau mondial de l'autorité politique, de l'économie d'échange, de l'information et qui se structurent selon leurs propres lois, atteignant un haut degré d'autonomie et d'opacité" (Pascal Boniface, "Les Terrae incognitae ou zones grises", dans Pascal Boniface (dir.), Atlas des relations internationales, Hatier, Paris, 2003, pp. 60-61). Les zones grises sont donc des zones de non-droit, ou plus précisément, d'un autre droit, dans lequel la souveraineté de l'Etat est totalement remise en cause au point de devenir inexistante, et qui sont aux mains d'acteurs qui ne répondent qu'à leurs propres lois : en général, des milices et/ou des réseaux criminels.




"Somalie, le chaos" - Envoyé spécial - France 2.



Combats et déplacés à Mogadiscio :

La reprise des combats fait suite à une période de violences continues dans la ville de Mogadiscio. On peut ainsi qualifier la ville de "chaotique", dans la mesure où aucun retour à la paix n'a pu se faire depuis maintenant plus de 20 ans.

La question des déplacés s'est déjà posée dans les années 1990, comme le démontre parfaitement Marc-Antoine Pérouse de Montclos : "Les raisons d'une attraction urbaine en temps de guerre. On peut donc se demander pourquoi des déplacés continuent de venir sur Mogadiscio. Le fait que les ressources de la prédation se trouvent en ville a pu constituer un premier élément d'explication. Puis, une fois la ville pillée, la débrouille, la contrebande et la focalisation de l'aide humanitaire sur la capitale ont pu compensé le manque à gagner. Des trafics de toutes sortes ont alimenté les flux commerciaux. [...] La logistique humanitaire aussi a joué un rôle essentiel dans l'attraction urbaine, ceci expliquant d'ailleurs le gonflement des chiffres de 1992 quant au nombre de déplacés. [...] A l'échelle du pays, la concentration de l'opération Restore Hope sur Mogadiscio a privilégié la ville au détriment des campagnes, à tel point que des experts favorables à la fédéralisation de la Somalie ont proposé un déménagement de la capitale une fois la paix rétablie" (Marc-Antoine Pérouse de Montclos, Villes en guerre en Somalie : Mogadiscio et Hargeisa, Les dossiers du CEPED, n°59, Centre français sur la population et le développement, Pars, avril 2000, pp. 23-24). Marc-Antoine Pérouse de Montclos estime à 201 le nombre de camps de déplacés installés à l'intérieur de la ville de Mogadiscio en 1997 (voir la carte, op. cit., p. 29). Si les médias s'intéressent ces derniers jours à la question des déplacés, suite à la recrudescence des combats, cette question n'est donc pas une nouveauté. Dans de tels camps, l'aide humanitaire s'est restreinte au fur et à mesure du temps : fortement mise à contribution pendant l'opération Restore Hope, elle est devenue très difficile à mettre en place d'une part pour le degré de dangerosité de la ville (d'autant plus intense pour les différents réseaux humanitaires que la ville de Mogadiscio a été laissée à son propre sort, avec l'arrêt d'opérations militaires internationales pour tenter de ramener la paix en Somalie, suite à l'échec de la "bataille de Mogadiscio", les 3 et 4 octobre 1993, mis en scène dans le film de Ridley Scott La chute du faucon noir datant de 2001) ; d'autre part pour le désintérêt progressif des contributeurs financiers pour le cas des déplacés de guerre à Mogadiscio, la Somalie à mesure que celle-ci disparaissait des intérêts médiatiques (voir le billet "Les médias, la violence, l'événement et le haut-lieu" du 8 avril 2009).

Au final, les camps de déplacés, qui bénéificiaient d'une aide humanitaire très réduite, sont devenus des camps de "la débrouille" : " d'après les sondages de SCF en 1993, 52 % des déplacés se nourrissaient exclusivement de l'aide alimentaire, 90 % en dépendaient d'une manière ou d'une autre et 13 % touchaient une rétribution en nature de la part des ONG. A l'époque, on estimait qu'un tiers vivaient de la revente de leur ration et personne ne se plaignait d'insécurité dans les camps" (Marc-Antoine Pérouse de Monclos, op. cit., p. 24). Mais la dégradation de la situation dans les camps de déplacés a immédiatement suivi le départ de la plus grande partie des ONG : "accompagné d'une réduction drastique de l'aide humanitaire à partir de 1996, le départ des Américains et de l'ONU a bien sûr entraîné des changements majeurs à cet égard. Peu avant leur retrait, les organisations caritatives ont voulu se donner bonne conscience en tablant prématurément sur une stabilisation de la situation et ont tenté de faciliter un rapatriement des déplacés vers leur région d'origine, essentiellement la province de Bay : le Camp 124, la Kitchen 53, Asli et Jirde-Fish ont ainsi été vidés de leur population pour ces raisons. Plus simplement, bien des camps et des orphelinats ont fermé leurs portes faute de soutien extérieur, tels Shuke, Shureye, Eno, Anzilotti, Port Africa, Shandinle, Polygram, Urdo ou UNICEF dans le quartier de Hamar Jajab" (op. cit., p. 25). Pour les camps de déplacés qui ont "survécu" à cette période, on peut noter quelques points communs : une pérennisation du camp (qui est censé n'être qu'une solution temporaire), une dégradation des conditions de vie (notamment d'un point de vue sanitaire), une précarisation des sources d'approvisionnement permettant la survie des populations "encampées", une "professionalisation" des personnes habitant dans le camp (ne pouvant plus compter sur l'aide humanitaire, les déplacés - en principe enfermés dans le camp - ont ainsi nettement élargi leur espace pratiqué par des migrations pendulaires pour se rendre sur leur lieu de travail - ce qui est contraire aux logiques d'organisation d'un camp régulé par la communauté internationale ou par une ONG) et la prédominance de l'économie informelle (qui témoigne également d'une forte ouverture du camp vers l'extérîeur, avec des déplacements des personnes vivant dans le camp vers les zones commerciales, les zones d'échange informel... du reste de la ville de Mogadiscio). Les stratégies de survie face à la misère dans les camps de déplacés sont donc très diverses.

Aux périodes de combats (avec la pérennisation de l'état de guerre, on peut qualifier ces violences de structurelles tant elles s'inscrivent désormais dans les logiques sociospatiales d'organisation et de fonctionnement de la ville de Mogadiscio : on parlera même, pour reprendre le terme du géographe Jérôme Tadié, de "violences ordinaires"), se surajoutent des risques sociaux conjoncturels, qui amplifient ainsi le "chaos urbain". Ainsi, les émeutes de mai 2008 dans la capitale ont éclaté suite à des manifestations contre la hausse des prix des denrées alimentaires, que la police a tenté de disperser (voir sur le blog de l'anthropologue Alain Bertho : "Emeutes à Mogadiscio - mai 2008"). En plein coeur de la crise alimentaire de 2008, les "désordres" issus de l'incessante poursuite de la guerre et de l'émergence de zones échappant à l'autorité et au contrôle du pouvoir en place à l'intérieur même de la capitale ont été amplifiés par ce facteur conjoncturel. Aujourd'hui, la reprise des combats depuis février 2009, et tout particulièrement depuis le 7 mai, s'inscrit dans une logique de contestations et de violences qui témoignent du rejet le plus absolu de la part des chefs miliciens de l'autorité du gouvernement provisoire, mis en place fin 2006. Les médias "pointent" ces derniers jours sur la situation des nombreux déplacés de guerre - autant dans la ville de Mogadiscio elle-même (en provenance des quartiers Nord affectés par des combats particulièrement violents) qu'en provenance des autres régions de la Somalie. Pourtant, ces nouveaux déplacés ne posent pas la question d'un problème nouveau de gestion de l'afflux de population dans une ville soumise à un chaos généralisé et une remise en cause de la souveraineté des autorités officielles, mais réaffirment des problématiques déjà bien ancrées dans la ville depuis maintenant plus de 20 ans.




Quelques articles pour aller plus loin :


Et également : l'article "Somalie" dans l'excellent site Aménagement linguistique du monde tenu par Jacques Leclerc (chercheur à l'Université Laval à Québec).