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mardi 8 mars 2016

Retours sur la notion d'urbicide

Depuis les attentats à Paris en janvier et novembre 2015, la notion d'urbicide a connu un nouveau "succès" en étant employée dans plusieurs articles (notamment dans la presse), sans nécessairement en préciser les contours. Cette notion peut être critiquée, dès lors qu'elle est employée sans la définir et qu'elle prend des contours trop englobants. Il ne s'agit pas de signifier tout type de destruction dans la ville : la ville comme espace-cible dans la guerre, la violence et les attentats est une réalité ancienne et multiple. Les villes détruites à des fins militaires (telles que les villes rasées lors de la Seconde Guerre mondiale) n'entrent, par exemple, pas dans la catégorie "urbicide". L'urbicide est une destruction de la ville pour la ville, c'est-à-dire une destruction volontaire d'un espace parce qu'il est l'espace de détestation, parce qu'il est appréhendé comme un espace de l'"impureté". En ce sens, l'urbicide est une idéologie spatiale qui se construit par la haine de la ville comme espace "impur" où émergent des formes d'habiter qui sont détestées. C'est donc un terme qui ne peut être employé pour décrire toutes formes de violences et guerres dans les villes. Ce billet entreprend donc de donner quelques petites références bibliographiques et mises au point épistémologiques (loin d'être exhaustives) pour mieux cerner l'emploi (et les abus) du terme d'urbicide.

Le mot a été utilisé comme une notion, pas nécessairement définie, dès 1987, par Marshall Berman, comme le remarque la géographe Aurélie Delage dans son article sur les violences dans le Bronx (Delage, Aurélie, 2016, "Le Bronx, des flammes aux fleurs : combattre les inégalités socio-spatiales et environnementales au coeur de la ville globale ?", Géoconfluences, dossier "États-Unis : espaces de la puissance, espaces en crises", 15 janvier 2016). Mais, le terme n'a pas alors connu un grand succès, d'autant qu'il relève d'une approche très contestée qui fait de l'urbicide la destruction de la ville. Ce manque de "succès" du néologisme s'explique peut-être par l'absence d'une clarification sur son emploi. Plus généralement, on constate que, pour désigner des violences urbaines, l'emploi de ce néologisme peut paraître sans apport : pourquoi un néologisme pour une réalité ancienne, c'est-à-dire pour dire "les destructions dans les villes détruites lors de guerres, violences urbaines, etc." ? Mais l'emploi ancien du terme est à noter.
=> Berman, Marshall, 1987, "Among The Ruins", News Internationalist, n°178, décembre 1987.

Le mot est, par la suite, devenu un concept sous la plume de Bogdan Bogdanović (architecte et ancien maire de Belgrade) et plus généralement du collectif Warchitecture (rarement cité, mais en fait c'est au sein de ce collectif que Bogdan Bogdanović a réfléchi au concept, même s'il est vrai que ce sont les textes de Bogdanović - en français - qui l'ont "popularisé" : mais si on doit donner une origine plus précise, c'est le collectif Architecture tout autant que Bogdan Bogdanović). C'est dans le contexte des guerres de décomposition de la Yougoslavie que ce concept prend donc de l'ampleur, dans la littérature francophone : Xavier Bougarel (s'il n'emploie pas le terme) rappelle, par exemple, combien s'opposent, en Bosnie-Herzégovine, deux idéologies spatiales : l'une urbaine, l'autre rurale (Bougarel, Xavier, 1996, Bosnie.. Anatomie d'un conflit, La Découverte, Paris). La détestation de la ville par les nationalismes qui ont réémergé dans cet espace post-yougoslave à la mort de Tito s'appuie ainsi sur une détestation de la ville comme espace de rencontres intercommunautaires, magnifiant une vie villageoise fondée sur l'entre-soi communautaire.
=> Bogdanović, Bogdan, 1993, "Murder of a City", The New York Review of Books, vol. 40, n°10/1993.
=>  Warchitecture, 1994, Urbicide – Sarajevo. Sarajevo, une ville blessée, catalogue d’exposition.
=> Bogdanović, Bogdan, 1993, « L’urbicide ritualisé », dans Véronique Nahoum-Grappe (dir.), 1993, Vukovar, Sarajevo… La guerre en ex-Yougoslavie, Paris : Editions Esprit, pp. 33-37.
=> François Chaplin, 1997, Une haine monumentale. Essai sur la destruction des villes en ex-Yougoslavie, Descartes & Cie, Paris.
=> Tratnjek, Bénédicte, 2012, "La destruction du « vivre ensemble » à Sarajevo : penser la guerre par le prisme de l’urbicide", Lettre de l'IRSEM, n°5/2012.

L'urbicide dans Sarajevo : de la haine de "l'Autre" à la haine de l'urbanité
Source : Tratnjek, Bénédicte, 2012, "(Re)construire la ville comme lieu d'interface dans l'immédiat après-guerre : destruction de l'urbanité et symbolique des lieux dans la ville en guerre", Colloque La ville comme lieu d'interface, 9e Colloque de la Relève VRM, Montréal, 17-18 mai 2012.


Sous la plume de Bogdanović, l'urbicide doit être ritualisé, d'où l'importance du paysage  (que l'on entend comme la dimension sensible de l'espace) dans la mise en scène de la destruction (notamment par le prisme de l'espace médiatique). Il s'agit à la fois de rendre visible la destruction, mais aussi d'affecter les pratiques spatiales : en produisant des émotions (la peur, la colère) par la destruction, c'est l'urbanité qui se retrouve affectée, voire détruite dans le cas de succès de cette stratégie.
=> Tratnjek, Bénédicte, 2010, « Les paysages urbains en guerre : géosymboles, territorialités et représentations », dans Nicolás Ortega Cantero, Jacobo García Álvarez y Manuel Mollá Ruiz-Gómez (dir.), 2010, Lenguajes y visiones del paisaje y del territorio (Langages et visions du paysage et du territoire), UAM Ediciones, Madrid, pp. 187-199.
=> Tratnjek, Bénédicte, 2009, "Le paysage-spectacle dans la guerre : L'urbicide, une mise en scène de la haine dans la ville", communication aux Secondes Journées Doctorales en Paysage, Blois, décembre 2009.

Le concept ainsi forgé a été, en France, fortement emprunt de lien avec son étymologie (urbi = ville, -cide = meurtre). Le meurtre de la ville ne fait donc pas de la ville un espace-support où se déroulent les combats, mais un espace-cible, l'espace qui doit être détruit pour ce qu'il est, ce qu'il représente, ce qu'il produit. Si l'on retient comme définition de la ville comme espace de mixité, de proximité et d'échanges maximum, le meurtre de la ville a pour objectif la destruction de l'urbanité, c'est-à-dire l'essence même de la ville, ce qui fait d'elle cet espace de mixité, de proximité et d'échanges. Il s'agit donc d'une détestation d'un espace précis - la ville - qui amène à son destruction volontaire (par différents moyens). D'autres néologismes ont pu être créés, comme celui de mémoricide, reprenant la destruction de la mémoire parce que ce qu'elle représente et transmet est détesté. Le géographe Stéphane Rosière note la prolifération des néologismes en -cide depuis l'utilisation du concept de "génocide" (forgé sur le terme genos = le peuple) sur lequel va être forgé le concept d'urbicide. L'urbicide est, dans cette perspective, l'une des modalités de modifications coercitives du peuplement.
=> Rosière, Stéphane, 2007, "La modification coercitive du peuplement", L'Information géographique, vol. 71, n°1/2007, pp. 7-26.
=> Tratnjek, Bénédicte, 2014, "Mémoricides dans les espaces post-yougoslaves : de la destruction de la mémoire à la ré-écriture d'une mémoire excluante", dans Cattanéo, Grégory (dir.), 2014, Guerre, mémoire, identité, Nuvis, Paris, pp. 215-238.



Cette approche est surtout révélatrice des emplois en langue française. Néanmoins, dans la recherche anglo-saxonne (principalement aux Etats-Unis), le concept a connu, depuis les années 2000, un fort succès, selon 2 axes :

1/ Un emploi a posteriori pour décrire la destruction dans les villes libanaises qui tient de la haine de la ville pour son urbanité.
=> Ramadan, Adam, 2009, « Destroying Nahr el-Bared: Sovereignty and urbicide in the space of exception », Political Geography, vol. 28, n°3, pp. 153-163.
=> Fregonese, Sara, 2009, « The urbicide of Beirut? Geopolitics and the built environment in the Lebanese civil war (1975-1976) », Political Geography, vol. 28, n°5, juin 2009, pp. 309-318.
=> Verdeil, Éric, 2009, "Urbicides au Liban", carnet de recherches Rumor, 19 octobre 2009.

2/ Une extension épistémologique très importante, urbi perdant son unique lien avec la ville, pour devenir plus englobant. Le terme tend à désigner, sous certaines plumes, la destruction de l'espace pour et par la haine de l'espace considéré (qui n'est plus nécessairement la ville). L'auteur principal et chef de file d'un grand dynamisme sur ces questions est le géographe Stephen Graham (dès le début des années 2000).
=> Graham, Stephen, 2003, "Lessons in Urbicide", New Left Review, vol. 19, pp. 63-77, en ligne : http://newleftreview.org/II/19/stephen-graham-lessons-in-urbicide
=> Coward, Martin, 2009, Urbicide. The politics of urban destructions, New York : Rutledge.
=> Bevan, Robert, 2006, The Destruction of Memory. Architecture at War, Londres : Reaktion Books.
=> Graham, Stephen (dir.), Cities, War and Terrorism. Toward an Urban Geopolitics, Blackwell Publishing, Oxford.
=> Graham, Stephen, 2011, Cities Under Siege. The New Military Urbanism, Verso (attention à la traduction française, qui est en fait une traduction de quelques chapitres, sans explication des retraits - qui sont autant d'enchaînements réflexifs qui manquent dans la traduction française)
=> plus globalement : toutes les publications de Stephen Graham http://www.ncl.ac.uk/apl/staff/profile/stevegraham.html#publications

Si les études de cas du géographe Stephen Graham sont très portées sur la ville, les ouvrages qu'ils dirigent accueillent des contributions qui élargissent très nettement le concept d'urbicide à toute destruction de l'espace par/pour la haine de cet espace (même chez Stephen Graham dans le cas des Territoires palestiniens). Cette approche a parfois été très contestée en France, où l'on préfère distinguer :
  • l'urbicide pour la ville,
  • le spatiocide pour d'autres types d'espaces.
On note ainsi un emploi, certes discret, du terme de "spaciocide", dans le contexte des privations d'espaces (qui ne se réduisent pas au mur, mais englobent une multitudes de dispositifs spatiaux) dans les Territoires Palestiniens (tout particulièrement chez le sociologue Sari Hanafi qui utilise le terme sous la forme "spatio-cide", distinguant ainsi bien les deux racines).
=> Hanafi, Sari, 2004, "Spatio-cide, réfugiés, crise de l'État-nation", Multitudes, n°18, pp. 187-196. 
=> Lévy, Jacques, 2008, "Topologie furtive", EspacesTemps.net, rubrique "Objets", 28 février 2008.
=> Hanafi, Sari, 2009, "Territoires palestiniens : le "spatio-cide", une politique coloniale", Grotius, 25 septembre 2009.



Pour conclure, l'urbicide est donc la destruction de la ville non pour le bâti mais pour son identité et son essence (ce qui fait que la ville produit un habiter spécifique, espace de rencontres et de mixité maximales), c'est-à-dire destruction de l'urbanité, dans laquelle la ville n'est pas un espace-scène ou un espace-support, mais l'objet de la destruction, pour laquelle la destruction du paysage est mise en scène.



vendredi 28 février 2014

Meilleurs voeux de Mostar : La bande dessinée, la ville et les espaces de la nostalgie

Source : Frano Petruša, 2012, Meilleurs voeux de Mostar,
Dargaud, extrait de la planche 1
.
Voici quelques billets réalisés dans le cadre de ma participation au Laboratoire junior Sciences Dessinées (ENS de Lyon) autour de la bande dessinée Meilleurs voeux de Mostar de Frano Petruša (Dargaud, 2012).

Beaucoup d'angles auraient pu permettre d'aborder cette bande dessinée, qui fait de la ville de Mostar (devenue "célèbre" par la destruction de son pont le 9 novembre 1993 - le 20ème anniversaire de cette destruction a été l'occasion de lancer cette série de billets) bien plus qu'un espace-décor (que l'on oublierait et qui ne serait qu'un "prétexte" à l'histoire). Le lecteur y découvre le retour de Frano Petruša dans la ville de son adolescence, 20 ans après son départ.

"La bande dessinée propose un voyage dans Mostar par la nostalgie : le lecteur y suit le parcours de Frano Petruša, qui, au gré de son errance dans la ville de son adolescence, se souvient d’événements à la fois anodins et marquants. Cette lecture permet ainsi au lecteur de découvrir “la ville du pont” du temps du “Vieux pont” (le pont de Mostar se nomme le Stari Most, “le Vieux pont” : le pont reconstruit est souvent appelé, avec raillerie parfois, le “nouveau Vieux pont”) sous le prisme d’un regard naïf, celui d’un adolescent qui se préoccupe plus d’amitiés et d’amourettes, de basketball et de bagarres, que des événements politiques qui vont signer la fin de la Yougoslavie. Pourtant, ce regard naïf montre bien les paradoxes de cet espace de vie marqué par le multiculturalisme, entre tolérance et incompréhension, entre solidarités et rejet." (billet introductif de la série).


Pour poursuivre la lecture : SÉRIE "MEILLEURS VOEUX DE MOSTAR"

lundi 17 février 2014

Des symboles dans la ville : Vučko, la mascotte des Jeux olympiques d'hiver de 1984 à Sarajevo

Il y a tout juste 30 ans, le 7 février 1984, étaient lancés les Jeux olympiques d'hiver de Sarajevo. Avec eux naissaient la mascotte, le loup Vučko. Alors que s'ouvrent les Jeux olympiques d'hiver de Sotchi (voir Kurt Scharr, Ernst Steinicke et Axel Borsdorf, 2012, "Sotchi/Сочи 2014 : des Jeux Olympiques d’hiver entre haute montagne et littoral", Revue de géographie alpine, vol. 100, n°4/2012) pour lesquels nombre de commentateurs et de chercheurs ont insisté sur le grand rôle géopolitique d'un tel méga-événement sportif* et que les manifestations gagnent en ampleur dans les rues sarajéviennes (voir le dossier "Bosnie-Herzégovine : la révolte sociale gagne tout le pays", Le Courrier des Balkans et le suivi minute par minute proposé par les journalistes du Courrier des Balkans depuis Sarajevo et Tuzla), cet anniversaire passe relativement inaperçu. Dans la médiatisation des manifestations en Bosnie-Herzégovine (assez faible dans les médias, au vu d'une actualité internationale très chargée, même si ces événements mériteraient tout de même une grande attention), quelques allusions aux Jeux olympiques de 1984. "Ces manifestations, qui avaient lieu pour la troisième journée d'affilée, sont d'une ampleur sans précédent dans l'ex-république yougoslave qui, il y a trente ans jour pour jour, accueillait les Jeux olympiques d'hiver" ("Bosnie : le siège de la présidence à Sarajevo incendié par des protestataires", Le Monde, 7 février 2014). Au lendemain de cet anniversaire, peu de médias semblent, en France, avoir proposé un article sur les 30 ans des J.O. de Sarajevo, qui, en leur tour, avaient eux aussi montré l'importance géopolitique des méga-événements sportifs ("Sarajevo 1984 : trente ans et une guerre plus tard", Le Monde, 8 février 2014, article mis en ligne dans le dossier "Sotchi 2014"). D'autres médias vont préférer des titres bien racoleurs pour parler des manifestations (tels que Le Républicain Lorrain qui titre "Bosnie, tiers-monde au coeur de l'Europe", 9 février 2014, oubliant le sens même de l'expression "tiers-monde" ; "J.O. Rétro : 30 après, Sarajevo pleure la fraternité perdue", France Ouest, 5 février 2014 ; "Sarajevo : les vestiges des jeux olympiques de 1984", L'Express, 5 février 2014). Entre relatif silence médiatique et racolage de certains titres autour des manifestations, l'occasion ici de rappeler ce qu'ont représenté les Jeux olympiques d'hiver de 1984 à Sarajevo, tant dans l'aménagement urbain que dans la géopolitique mondiale, et leurs poids dans les mémoires et dans la ville aujourd'hui.

* Sans prétendre à l'exhaustivité, voir notamment :
- Yann Roche, "Géopolitique des Jeux olympiques : les enjeux de Sotchi", L'actualité, 29 janvier 2014.
- Alla Lebedeva, "Sotchi, ville olympique", L'actualité, 30 janvier 2014.
- Aurélie Allain, "Jeux de Sotchi : antiterrorisme ou dérive sécuritaire ?", L'actualité, 31 janvier 2014.
- Elisabeth Vallet, "Des Jeux olympiques d'hiver... sous les Tropiques", L'actualité, 3 février 2014.
- Aurélie Allain, "Sotchi : au coeur de la poudrière du Nord-Caucase", L'actualité, 4 février 2014.
- Régis Genté, "J.O. Russie, Poutine, Caucase, Sotchi... Que signifient ces mots ?", entretien réalisé par Pierre Verluise, Diploweb, 6 février 2014.
- Emission : "JO de Sotchi : le monde du sport doit-il se taire ?", Du Grain à moudre, France Culture, 5 septembre 2013.



samedi 9 novembre 2013

Carte postale ancienne de Stari Most (Mostar) : Les cartes postales sont-elles des « lieux de mémoire » ? (2)

Suite à la panne du site des Cafés géographiques (toutes les archives seront progressivement remises en ligne), voici l'intégralité d'un texte publié le 19 février 2013 sur le pont de Mostar. Cet article est republié à l'occasion de la célébration (très discrète dans les médias) du 20ème anniversaire de la destruction du pont de Mostar, le 9 novembre 1993.


Source de l'article : Tratnjek, Bénédicte, 2013, "Carte postale ancienne de Stari Most (Mostar) : Les cartes postales sont-elles des « lieux de mémoire » ?", Cafés géographiques, rubrique Cartes postales du monde, 19 février 2013, en ligne : http://cafe-geo.net/article.php3?id_article=2640





Carte postale ancienne de Stari Most (Mostar) :
Les cartes postales sont-elles des « lieux de mémoire » ?

Carte postale ancienne. Yougoslavie, 1951.
Source : Site Les ponts et leurs représentations en philatélie, page « Pont de Mostar ».


Cette carte postale a été envoyée, comme en témoignent le timbre et l’oblitération, en 1951. L’Etat émetteur de ce timbre est alors la Yougoslavie. Stari Most (le « Vieux pont » de Mostar, qui a donné son nom à la ville) est alors un haut-lieu de la Yougoslavie titiste[1] : haut-lieu de tourisme, ce pont en arche de pierre érigé sous la période ottomane (1566) est aussi un lieu polarisant un espace géosymbolique fondé sur l’entente entre les populations « yougoslaves » [2]. Stari Most, haut-lieu de la yougoslavité ? La carte postale, lieu de mémoire d’une yougoslavité disparue ?

9 novembre 1993 : La destruction du pont de Mostar, un géosymbole dans la guerre

Dans l'imaginaire collectif, la date du 9 novembre est immédiatement associée à la destruction (heureuse) du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989. 4 ans plus, une autre destruction (malheureuse) marquera tous les médias : celle de Stari Most, le "Vieux pont" de Mostar (la "ville du pont"). Si, depuis, le "Vieux pont" a été reconstruit, l'ancrage spatial de la guerre se laisse toujours entrevoir dans cette ville-symbole :
"Le 9 novembre 1993, les milices croates du HVO détruisaient le vieux Pont, symbole de la ville de Mostar. Vingt ans plus tard, certaines rues de cette ville toujours divisée portent encore les noms des dirigeants fascistes de l'Etat indépendant croate (NDH) des oustachis". ("Bosnie-Herzégovine : il y a vingt ans, la destruction du Vieux pont de Mostar", Le Courrier des Balkans, 9 novembre 2013).

Bien moins mis en avant dans la presse que la commémoration du 20ème anniversaire du déclenchement du siège de Sarajevo le 6 avril 2012, cette commémoration a été somme toute très sommaire, les autorités locales ne se déplaçant pas. Seuls quelques Mostaris ont sauté depuis le pont pour se jeter dans la rivière Neretva (les plongeons depuis le Vieux pont étaient, avant sa destruction, à la fois un "attrape-touristes" - les plongeurs attendant que les touristes aient déposé de l'argent pour sauter ou plonger -, et une "tradition" qui faisait de ceux qui osaient le grand plongeon des "héros" de la ville). Alors que l'ancien du quartier du Vieux pont de la vieille ville de Mostar est classé patrimoine mondial de l'Unesco et que la destruction de Stari Most avait été particulièrement couverte par les médias il y a 20 ans, cette absence de commémoration et de médiatisation ne doit pas faire oublier le poids de la symbolique des lieux qui se joue sur le pont et dans toute la ville de Mostar.

dimanche 5 mai 2013

Le projet "Skopje 2014" (1) : la (re)construction de la mémoire comme mémoricide ?

Voir le dossier "Macédoine : Skopje 2014, kitsch
nationaliste et foire aux antiquités
",
Le Courrier des Balkans.
Les espaces et les spatialités de la mémoire ont déjà été abordés dans des billets sur les territoires éphémères de la commémoration et le stade olympique de Sarajevo, la reconstruction au Liban, les statues géantes bouddhiques de Bâmiyân, ou encore par l'analyse d'une carte postale ancienne du pont de Mostar. La question de la destruction des espaces de mémoire est double, comme on en avait discuté dans l'article "Les lieux de mémoire dans les villes en guerre : un enjeu de la pacification des territoires" pour Diploweb (31 octobre 2011) : la destruction et la (re)construction comme violences symboliques.

Le "mémoricide" est un néologisme créé à partir du terme génocide en substituant genos (le peuple) par la mémoire, et en gardant -cide (le meurtre). On notera qu'il existe deux usages (peu répandus l'un comme l'autre) du terme : le premier est particulièrement centré sur la guerre de Vendée, et a été utilisé par décrire, pour les tenants de cette thèse, le rôle du politique dans l'écriture des "vainqueurs" et des "victimes" dans la mémoire collective. C'est l'acte et la volonté politiques qui sont au coeur de l'utilisation de ce terme dans ce concept. On pourrait l'étendre à l'analyse de la destruction de la mémoire d'une guerre et de son déroulement par l'histoire telle que l'écrivent (notamment par le biais des manuels scolaires) les politiques.

Le second usage, que l'on peut dater des guerres de décomposition de la Yougoslavie (tout particulièrement pour les guerres de Croatie et de Bosnie-Herzégovine), a été formalisé pour décrire la destruction des bibliothèques comme lieu où la mémoire est entreposée (notamment dans l'article de Vesna Blazina, 1996, "Mémoricide ou la purification culturelle : la guerre contre les bibliothèques de Croatie et de Bosnie-Herzégovine", Documentation et bibliothèques, vol. 42, pp. 149-164). On peut l'élargir à la destruction de tous les espaces qui font mémoire par la guerre, dès lors que ces espaces sont des cibles choisies et pensées pour détruire la mémoire. La question de la destruction des mausolées et des manuscrits à Tombouctou dans la guerre actuelle au Mali participe de ces mémoricides.

Dans ces deux acceptions, les mémoricides sont entendus par la destruction. Mais l'approche par la destruction est-elle suffisante pour appréhender l'ensemble des mémoricides ? Ou, tout du moins, les seules destructions matérielles sont-elles suffisantes pour appréhender l'ensemble des destructions ? Pour le géographe Vincent Veschambre, qui reprend notamment les travaux sur les "Traces-mémoires" de Patrick Chamoiseau, les destructions et les démolitions ne sont pas les seuls processus qui permettent, par le marquage de l'espace, d'inscrire une signification politique dans l'espace qui peut aboutir à une violence symbolique, par la domination de celui qui s'approprie le territoire, qui lui permet de l'aménager, de le "modeler" : "de même que toute domination repose sur un travail symbolique de légitimation, toute forme d'appropriation de l'espace passe par la production (et/ou la destruction) de signes afin de rappeler quel est le pouvoir qui s'exprime et dans le même temps de le légitimer. Le marquage de l'espace correspond de ce point de vue à ce que l'on pourrait appeler dimension spatiale de la violence symbolique, dans le sens défini par Pierre Bourdieu" (Vincent Veschambre, 2004, "Appropriation et marquage symbolique de l'espace : quelques éléments de réflexion", Travaux et documents de l'ESO, n°21, p. 74).

Dans l'article "Les lieux de mémoire dans les villes en guerre : un enjeu de la pacification des territoires", on montrait que la (re)construction pouvait être une destruction : dans les cas des villes en guerre où des lieux de mémoire sont érigés dans la période post-conflit, ceux-ci peuvent être porteur non pas de la mémoire - au sens où Pierre Nora analysait les lieux de mémoire, par le prisme du cadre français, comme participant à la construction et à l'éducation à l'idée et l'identité nationales (voir notamment le compte rendu du café géographique du 29 janvier 2013 "Lieux de mémoire en Europe, lieux de mémoire de l'Europe"), mais d'une mémoire excluante, qui participe des "nettoyages territoriaux" en matérialisant la géographie du vivre-séparé et en territorialisant des identités qui entrent en concurrence pour l'appropriation de l'espace.

A suivre : une série de billets proposant quelques réflexions géographiques sur les conflictualités concernant le projet Skopje 2014 :

1/ Skopje 2014 : géographie d'un conflit d'aménagement
2/ La (re)construction comme violence symbolique ? Quelques pistes de réflexion pour une géographie de la pacification des territoires



"Macédoine : Skopje 2014, kitsch nationaliste et foire aux antiquités"
Dossier du Courrier des Balkans, source incontestable pour comprendre ce conflit mémoriel.
Les photographies de cette série de billets renvoie (en cliquant dessus) à des articles du Courrier des Balkans.


mercredi 20 février 2013

Carte postale ancienne de Stari Most (Mostar) : Les cartes postales sont-elles des « lieux de mémoire » ?

Carte postale ancienne de Stari Most (Mostar) : Les cartes postales sont-elles des « lieux de mémoire » ?


"Cette carte postale a été envoyée, comme en témoignent le timbre et l’oblitération, en 1951. L’Etat émetteur de ce timbre est alors la Yougoslavie. Stari Most (le « Vieux pont » de Mostar, qui a donné son nom à la ville) est alors un haut-lieu de la Yougoslavie titiste 1 : haut-lieu de tourisme, ce pont en arche de pierre érigé sous la période ottomane (1566) est aussi un lieu polarisant un espace géosymbolique fondé sur l’entente entre les populations « yougoslaves » 2. Stari Most, haut-lieu de la yougoslavité ? La carte postale, lieu de mémoire d’une yougoslavité disparue ? (...)"




Source de l'article : Tratnjek, Bénédicte, 2013, "Carte postale ancienne de Stari Most (Mostar) : Les cartes postales sont-elles des « lieux de mémoire » ?", Cafés géographiques, rubrique Cartes postales du monde, 19 février 2013, en ligne : http://cafe-geo.net/article.php3?id_article=2640


mercredi 13 février 2013

Séminaire : "Voisinages balkaniques : les enjeux démographiques et territoriaux" (12 mars 2013, Paris)

Le CIST (Collège International des Sciences du Territoire) organise un séminaire sur les "Voisinages balkaniques : enjeux démographiques et territoriaux" dans le cadre des travaux de l'axe "Régionalisation dans le monde", le 12 mars 2013 à l'Université Paris Diderot (bâtiment Olympe de Gouges, rue Albert Einstein, Paris 13ème arrondissement), en collaboration avec le réseau Demobalk. Les langues de travail seront le français et l'anglais (pas de traduction).


Problématiques du séminaire :
"Quelles mobilités avec l'Union européenne, quel rôle des Balkans occidentaux dans les migrations vers l'Europe ? Comment les mobilités recomposent-elles le territoire ex-yougoslave ?"


Inscription au séminaire :
La salle ayant un nombre de places limitées, il est nécessaire de s'inscrire par le formulaire en ligne sur le site du GIS CIST.



Programme de la journée :
9h00 : accueil par Pierre Bekouche (Directeur du GIS CIST)

9h15 : Présentation de la journée par Emmanuelle Boulineau (maître de conférences en géographie à l'ENS-Lyon)

9h30 : Les Balkans occidentaux et l'Europe : les enjeux démographiques et territoriaux
Président de séance : Georges Prévélakis (professeur de géographie à l'Université Panthéon-Sorbonne)

9h30-10h30 : présentations par les chercheurs du réseau Demobalk

  • Byron Kotzamanis et Michail Agoratakis (professeurs à l'Université de Phassalie, Département d'aménagement du territoire et de développement régional, Volos, Grèce)
  • Ivan Marinkovic et Goran Penev (chercheurs au Centre de recherches démographiques, Institut des sciences sociales, Belgrade, Serbie)
  • Snjezana Mrdjen (professeur à l'Université de Zadar, département de géographie, Croatie)
10h30-11h00 : débat avec la salle

11h00 : pause café

11h15 : Points de vue d'acteurs sur l'enjeu balkanique
Président de séance : Jean-François Drevet (ancien fonctionnaire de la DC Regio)

11h15-11h45 : Pierre Mirel (directeur de la DG Elargissement, Commission européenne)
11h45-12h00 : Kristof Bender (directeur de l'European Stability Initiative)
12h00-12h30 : débat avec la salle

13h30 : Débat général : Quelles implications pour les recherches sur les Voisinages européens et la question des intégrations régionales ?

15h00 : Fin du séminaire



Quelques ressources pour préparer ce séminaire :


mardi 7 août 2012

Les espaces et les spatialités de la mémoire (2) : Le stade olympique de Sarajevo, copsatialité de deux mémoires

Affiche officielle des Jeux
olympiques d'hiver de
Sarajevo en 1984
Source : site du CIO.
Depuis quelques années déjà, les touristes réinvestissent la ville de Sarajevo. Parmi les lieux visités, le stade olympique, trace des Jeux olympiques d'hiver de 1984, premiers jeux dans un pays communiste, alors encore Yougoslavie, est un incontournable du tourisme en Bosnie-Herzégovine. Sur les traces de ce grand événement sportif qui célébrait l'entente en Yougoslavie et la réussite politique du "titisme" (mort en 1980, Tito fut l'un des principaux acteurs de la candidature de la ville de Sarajevo à ses Jeux), les touristes ne manquent pas de photographier Vučko, la mascotte des JO de 1984 devant une carte défraîchie des installations olympiques à un point de panorama donnant offrant une vue sur le stade olympique, ou d'en acheter la peluche, dont le succès est empreint de "yougonostalgie" (voir l'article de Jean-Arnault Dérens, "Balade en Yougonostalgie", Le Monde diplomatique, août 2012).

Ce tourisme retrouvé n'est pas neutre : "par leurs présences physiques, les touristes éclairent les lieux des lumières de leurs regards. Tous ne sont pas savants, pas plus qu'ils ne sont artistes ou érudits. Ils sont urbains et mobiles. Et la curiosité et l'intérêt qui les ont conduits là où ils sont, pour élire comme remarquables les lieux touristiques qu'ils fréquentent, se projettent sur eux et les modifient : la mémoire n'est pas seulement dite, elle est vue et, par ce fait, transmise. Les touristes, à leur manière, en sont donc aussi les producteurs" (Olivier Lazzarotti, 2011, Patrimoine et tourisme. Histoires, lieux, acteurs, enjeux, Belin, collection BelinSup Tourisme, Paris, p. 49). S'il n'est pas rare de voir d'anciens stades olympiques devenus lieux touristiques, celui de Sarajevo porte en lui des symboliques particulières : les destructions pendant le siège de Sarajevo (1992-1996) et le manque d'entretien des installations olympiques depuis le début des années 1990 n'en font pas un haut-lieu du tourisme "sportif".

Le lancement des J.O. d'été à Londres est l'occasion de questionner cette installation olympique devenue un haut-lieu mémoriel. Haut-lieu de mémoire pour la Bosnie-Herzégovine, pour l'ensemble des espaces post-yougoslaves, pour l'Europe, et même pour le monde : "- "avant d'apporter la torche à Londres, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a effectué jeudi (26 juillet 2012, la veille de la cérémonie d'ouverture des JO de Londres 2012) une course symbolique dans le stade olympique de Sarajevo, ville hôte des JO d'hiver de 1984. Brandissant une torche, Ban Ki-moon a couru aux côtés du marathonien Islam Djugum, qui avait continué à s'entraîner quotidiennement pendant la guerre de 1992-1995, mais la nuit pour échapper aux snipers. Le secrétaire général de l'ONU a déclaré qu'il porterait l'esprit de résilience et de réconciliation de Sarajevo à Londre, parce qu'il a vu une ville renaître de ses cendres et des ruines, une ville dont le pouls bat d'une "vraie vie"." ("Ban Ki-Moon court sur le stade olympique de Sarajevo", Le nouvel observateur, 26 juillet 2012).


mercredi 11 juillet 2012

Les espaces et les spatialités de la mémoire (1) : Introduction

11 juillet 1995 : massacre de Srebrenica (environ 8.000 morts en l'espace de quelques jours) qualifié de génocide par la justice internationale. 11 juilllet 2012 : commémoration du 17ème anniversaire de ce massacre, en plein procès de Ratko Mladic et de Radovan Karadzic (voir la page "L'arrestation de Karadzic : des documents pour comprendre" sur le site Géographie de la ville en guerre - au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie - TPIY).
Source : Sandrine Monllor, "Srebrenica : mémoire d'un massacre", Idéoz, 20 mars 2012.

Ce 11 juillet 2012 est aussi l'occasion d'aborder la mémoire non par sa dimension politique et/ou psychologique, mais par l'approche géographique, en ouvrant un dossier sur "les espaces et les spatialités de la mémoire", principalement autour des commémorations du massacre de Srebrenica, mais aussi pour aborder quelques publications récentes (dont une à paraître en septembre 2012) qui mettent en exergue l'importance de penser la mémoire comme objet géographique.


lundi 4 juin 2012

Pourquoi (re)lire Michel Roux aujourd'hui ? Retours sur la journée d'étude « Lire et comprendre les Balkans » (5)

Pourquoi (re)lire Michel Roux aujourd'hui ?
Retours sur la journée d'étude
« Lire et comprendre les Balkans »
et remarques à partir du travail de terrain (5)

Michel Roux, les Balkans
et l'Union européenne



Toujours dans la série des billets sur la journée d'étude Les Balkans en 2011 : une région désormais stable ? (25 novembre 2011, ENS-Lyon) en hommage au géographe Michel Roux (voir les billets « Introduction », « Michel Roux : le géographe, le balkaniste et l'homme », « Michel Roux : une géographie des conflits » et « Michel Roux et la géographie des Etats post-communistes »), avec un billet sur les Balkans et l'Union européenne, autour des interventions qui ont abordé la question de l'intégration européenne pour les Etats issus de la décomposition de la Yougoslavie.

dimanche 3 juin 2012

Pourquoi (re)lire Michel Roux aujourd'hui ? Retours sur la journée d'étude « Lire et comprendre les Balkans » (4)

Pourquoi (re)lire Michel Roux aujourd'hui ?
Retours sur la journée d'étude
« Lire et comprendre les Balkans »
et remarques à partir du travail de terrain (4)

Michel Roux et la géographie
des Etats post-communistes


Suite des précédents billets (« Introduction », « Michel Roux : le géographe, le balkaniste et l'homme » et 
« Michel Roux : une géographie des conflits ») autour d'un aspect particulièrement intéressant des travaux de Michel Roux, autour de sa collaboration scientifique avec de nombreux chercheurs travaillant sur d'autres espaces post-communistes, dont l'expérience de terrain et la recherche ont permis la confrontation entre deux régimes, et l'analyse des permanences et mutations.

mercredi 30 mai 2012

Pourquoi (re)lire Michel Roux aujourd'hui ? Retours sur la journée d'étude « Lire et comprendre les Balkans » (2)


Pourquoi (re)lire Michel Roux aujourd'hui ?
Retour sur la journée d'étude
« Lire et comprendre les Balkans »
et remarques à partir du travail de terrain (2)


Michel Roux : le géographe,
le balkaniste et l'homme


Suite du billet introductif à cette série de billet autour de la journée d'étude Les Balkans en 2011 : une région désormais stable ? (25 novembre 2011, ENS-Lyon) en hommage au géographe Michel Roux (voir le billet introductif et le billet du 6 juin 2011 présentant une sito/bibliographie sélective des travaux de Michel Roux), avec un billet centré sur la question du travail de terrain, du choix de Michel Roux de travailler sur les espaces balkaniques bien avant la décomposition de la Yougoslavie et sur ses démarches de chercheur. Dans l'esprit de cette série de billets, il ne s'agit pas là de présenter un compte-rendu exhaustif de cette très riche journée d'étude, mais de prendre en compte certains points soulevés par les différents intervenants, et de proposer quelques remarques autour de ces questions.

Pourquoi (re)lire Michel Roux aujourd'hui ? Retours sur la journée d'étude « Lire et comprendre les Balkans » (1)



Pourquoi (re)lire Michel Roux aujourd'hui ?
Retours sur la journée d'étude
« Lire et comprendre les Balkans »
et remarques à partir du travail de terrain


Introduction


En attendant la publication des actes, voici quelques retours et réflexions sur la journée d'études Les Balkans en 2011 : une région désormais stable ? (25 novembre 2011, ENS-Lyon) en hommage au géographe Michel Roux (voir le billet du 6 juin 2011 : « Le regard d'un géographe sur les Balkans : Michel Roux » présentant une sito/bibliographie sélective des travaux de Michel Roux, tout particulièrement sur les espaces yougoslaves et post-yougoslaves), journée d'études qui fut à la fois une manière de rendre compte des travaux de Michel Roux, de sa liberté de pensée qui a été plusieurs fois soulignée, de ses apports en termes de faits, mais aussi de manière de penser les questions politiques par leurs spatialités, et de l'actualité de sa démarche, dans la perspective d'une relève de jeunes géographes qui ont lu ces travaux porteurs de nombreuses problématiques toujours actuelles, tant pour les études balkaniques que pour la géographie dans son ensemble.