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mercredi 29 février 2012

Afghan Rage : retours sur l'émission de France 24 (Adam Baczko)

Le 27 février 2012, France 24 a consacré deux émissions sur la question des Corans brûlés en Afghanistan et de ses conséquences, l'une en français : "Afghanistan, Irak, Libye : peut-on imposer la démocratie ?", et l'autre en anglais "Afghan Rage" (voir les vidéos de ces deux émissions à la fin du billet). Adam Baczko (doctorant à l'EHESS et à l'IRSEM), l'un des intervenants de l'émission "Afghan Rage", revient sur les arguments qu'il a présentés lors de cette émission, et nous donne son point de vue, à partir de son expérience de terrain en Afghanistan, sur l'insurrection taliban. Voir également le précédent billet d'Adam Baczko sur ce blog "La "guerre de guérilla" n'existe pas" (11 mai 2010).

"Présence des groupes talibans en Afghanistan"
Source : Carte de Laura Margueritte, publiée dans Constance de Bonnaventure,
"Afghanistan au plus près du pouvoir", Carto, n°7, septembre/octobre 2011.


jeudi 24 novembre 2011

Les espaces de la mort au Kosovo : des territoires de conflit


Le cimetière orthodoxe de Mušutište dans la municipalité
de Suharekë/Suva Reka dans le sud du Kosovo

Source : "Cimetières profanés au Kosovo :
les morts ne reposent pas en paix
", Le Courrier des Balkans,
Serbeze Haxhiaj, 21 novembre 2011.
"Au Kosovo même les cimetières reflètent les divisions et le conflit inter-ethnique. Dans presque toutes les villes, l'image de cimetières profanés, surtout orthodoxes, met en évidence les haines entre communautés albanaise et serbe" (Serbeze Haxhiaj, "Cimetières profanés au Kosovo : les morts ne reposent pas en paix", Le Courrier des Balkans, traduit par Belgzim Kamberi, 21 novembre 2011). "Après la Bosnie, le Kosovo est le pays du monde où l’on profane le plus les cimetières. À l’entrée de la ville divisée de Mitrovica, des policiers du Kosovo assurent la sécurité d’une famille serbe venue de Niš pour récupérer la dépouille d’un fils mort d’un cancer en 1995".

Dans cet article pour Le Courrier du Kosovo (une partie du Courrier des Balkans - un remarquable site de veille, de traduction et d'écriture d'articles de journalistes sur les Balkans - consacrée au Kosovo), Serbeze Haxhiaj revient sur la question des espaces de la mort au Kosovo, et tout particulièrement sur trois points :
- la profanation des cimetières comme mise en scène de la haine intercommunautaire,
- les pogroms de mars 2004 qui ont relevé de l'urbicide, par la destruction du patrimoine de "l'Autre" pour marquer dans le paysage et dans les esprits son rejet,
- l'impossible entretien et rénovation des cimetières qui deviennent ainsi des ruines marquant dans le paysage la poursuite de la guerre par d'autres moyens, c'est-à-dire par l'utilisation de la symbolique des lieux pour ancrer la haine dans les esprits et la peur de "l'Autre" dans les pratiques spatiales.
Cet article revient sur plusieurs problématiques dont il a déjà été question dans les lignes du blog "Géographie de la ville en guerre" concernant le Kosovo et les espaces de la mort, et permet d'ouvrir ce billet présentant une sélection de liens permettant de revenir sur la chronologie des (non-)reconnaissances de l'indépendance du Kosovo, et sur la question des espaces de la mort comme géosymboles de l'affrontement intercommunautaire.



Le Kosovo fin 2011 :
un contexte conflictuel

L'été et l'automne 2011 ont été marqués par des affrontements entre les Serbes et les Albanais du Kosovo à propos de l'appropriation et du contrôle des points de passage entre la Serbie centrale et le Nord du Kosovo (voir le dossier du Courrier des Balkans : "Le nord du Kosovo : une zone toujours sous haute tension"). C'est la question de la légitimité et du statut de cette ligne politique qui s'est ainsi retrouvée au coeur de ces affrontements : s'agit-il aujourd'hui d'une frontière internationale entre deux Etats ou d'une limite administrative à l'intérieur d'un même Etat ? Si, en France, la question de l'indépendance du Kosovo semble "résolue" (tout du moins n'est plus remise en question, y compris dans le non-usage des guillemets pour décrire l' "Etat" du Kosovo et ses "frontières"), il s'agit là d'une prise de position politique qui est loin de faire l'unanimité sur la scène internationale. Et aujourd'hui encore, le Kosovo tente de faire valoir son indépendance, tant sa reconnaissance est plongée dans un imbroglio diplomatique : un tiers des Etats membres des Nations unies a refusé de reconnaître l'indépendance du Kosovo, parmi lesquels des "poids lourds" de la diplomatie internationale (la Russie, la Chine), mais aussi des Etats membres de l'Union européenne (parmi lesquels l'Espagne), ne permettant pas là de dépasser le problème juridique de la reconnaissance du Kosovo par la communauté internationale en en faisant une question européenne. Si progressivement plusieurs Etats qui ne s'étaient pas prononcés sur la question du statut du Kosovo ont rejoint le groupe de ceux qui reconnaissent l'indépendance, cela ne change que peu le rapport de forces qui se joue sur la scène diplomatique. A l'intérieur du Kosovo, cela implique des tensions entre le Nord et le reste du Kosovo, y compris au sein de la communauté serbe, entre les habitants du Nord où cette communauté est nettement majoritaire, et ceux des enclaves serbes. Au sein de la communauté albanaise, la question de la présence des Serbes au Kosovo divise également, entre des partis modérés qui prônent l'intégration de cette communauté (et des petites minorités) dans un Kosovo "kosovar", et ceux qui oeuvrent pour le rejet de la communauté serbe et la construction d'un Kosovo albanais. L'imbroglio diplomatique permet aux deux positions d'exister : celle d'un Kosovo indépendant, et celle d'un Kosovo intégré à la Serbie, et tend à fragmenter ce territoire en deux.




Pour faire le point sur le Kosovo :
des dossiers du Courrier des Balkans


Pour faire le point sur l'indépendance du Kosovo :
quelques billets de Géographie de la ville en guerre

Des articles de presse :

Des analyses en ligne : avant l'indépendance

Des analyses en ligne : après l'indépendance





Les cimetières et l'urbicide :
une mise en scène du rejet de "l'Autre"



Les cimetières du Kosovo sont devenus des espaces géosymboliques de la dispute territoriale entre les deux communautés serbe et albanaise, mais aussi du rejet de "l'Autre", y compris des "petits peuples" (voir, à ce propos, "Petits peuples et minorités nationales", Cahier du Courrier des Balkans, n°6, 2008). On entend géosymbole au sens que lui donnait le géographe Joël Bonnemaison : "Le géosymbole, expression de la culture et de la mémoire d'un peuple, peut se définir comme un lieu, un itinéraire, une construction, une étendue qui, pour des raisons religieuses, culturelles ou politiques, prend aux yeux des groupes ethniques une dimension symbolique qui les ancre dans une identité « héritée »" (Joël Bonnemaison, 1996, Les fondements géographiques d'une identité : l'archipel du Vanuatu. Essai de géographie culturelle, Livre 1 : Gens de pirogue et gens de la terre, ORSTOM Editions, Paris, 460 p.).


L'ancrage spatial de la symbolique des lieux permet de comprendre la place des espaces de la mort dans cette rivalité intercommunautaire au Kosovo : en effet, si l'on prend le cas de la ville-symbole de Mitrovicë/Kosovska Mitrovica au Nord du Kosovo, "la géographie des morts et la géographie des vivants ne coïncident pas, les logiques de peuplement ayant totalement fait évoluer cette dernière, alors que les espaces de la mort sont figés" (Bénédicte Tratnjek, 2011, "Carte postale du cimetière serbe de Mitrovicë/Kosovska Mitrovica (Kosovo)", Les Cafés géographiques, rubrique Cartes postales du monde, 28 août 2011). Mitrovica est une ville-symbole à plusieurs titres : pour l'Ibar, comme rivière-frontière (voir Bénédicte Tratnjek, "Des ponts entre les hommes : les paradoxes de géosymboles dans les villes en guerre", Les Cafés géographiques, rubrique Vox geographi, 12 décembre 2009), pour "le" pont très médiatisé comme symbole des tensions du Kosovo, pour la répartition de sa population comme synthèse des problèmes du Kosovo. A ce titre, les espaces de la mort de cette ville sont eux aussi devenus des géosymboles de l'affrontement intercommunautaire. C'est justement la transformation, par l'utilisation de la symbolique des lieux, d'un espace "ordinaire" en haut-lieu de la dispute territoriale qui est en jeu dans les dégradations des tombes, dans le marquage spatial (notamment par des tags et des graffitis) et dans l'impossible rénovation des cimetières au Kosovo : "si le cimetière met en avant l’appartenance communautaire, il ne s’agissait pas, avant la guerre, d’un espace symbolique des revendications identitaires" (Bénédicte Tratnjek, "Les espaces de la mort à Mitrovica (Kosovo) : des géosymboles de la lutte identitaire", dans "Les espaces de la mort", Cahiers d'ADES, n°5, mars 2010, p. 108). Néanmoins, dans le contexte de l'immédiat après-guerre, "la sacralisation des cimetières repose ainsi sur un double mouvement : il s’agit à la fois de signifier son attachement à la communauté et de marquer le rejet de « l’Autre »" (op. cit., p. 110). Ainsi, "le cimetière est devenu de la sorte un marqueur spatial de l’appartenance communautaire" (op. cit., p. 111).


Cimetière serbe de Mitrovicë/Kosovoska Mitrovica
Source : Bénédicte Tratnjek, "Carte postale du cimetière serbe de Mitrovicë/Kosovska Mitrovica (Kosovo)",
Les Cafés géographiques, rubrique Cartes postales du monde, 28 août 2011.




Par-delà la seule ville-symbole de Mitrovica, les espaces de la mort sont tous devenus des hauts-lieux de la dispute intercommunautaire. Après le temps des pogroms contre ces territoires de l'identité de "l'Autre", c'est aujourd'hui l'impossible rénovation de ces cimetières qui est en jeu. La rivalité de pouvoirs entre un Kosovo indépendant (répondant alors à la souveraineté du gouvernement de Pristina) et un Kosovo appartenant à la Serbie (répondant à la souveraineté du gouvernement de Belgrade) produit des imbroglios juridiques : à qui appartiennent aujourd'hui les cimetières à rénover ? A la communauté ethnique qui y enterre ses morts ? A l'autorité localement reconnue (le gouvernement de Belgrade au Nord du Kosovo et celui de Pristina dans le reste de ce territoire) ? Et de fait qui doit payer la rénovation et l'entretien de ces cimetières ? C'est un des problèmes que pointe l'article de Serbeze Haxhiaj : "Les administrations municipales, qui ont les compétences pour la gestion des cimetières, ne montrent, semble-t-il, aucun intérêt pour l’entretien des cimetières orthodoxes. Certaines d’entre elles n’ont même pas de budget prévu, ce qui est pourtant contraire au cadre légal prévu par la Constitution. Dans un coin du cimetière orthodoxe ravagé de Peja/Peć, des employés tondent l’herbe. Un menu entretien qui ne cache pas la situation désastreuse du lieu : les plaques de marbre endommagées et éparpillées un peu partout. 
Arianit Dema, le maire-adjoint de Peja/Peć, assure qu’une entreprise est payée par la ville pour entretenir les cimetières. Mais pour lui, la restauration des cimetières est un « luxe ». « Ce n’est pas prévu dans le budget. On les a nettoyés cette année. Les cimetières musulmans sont aussi en mauvais état », ajoute-t-il. 

À Mitrovica, où les tensions inter-ethniques sont toujours très fortes, le représentant de la mairie, Rasim Veseli explique que 30.000 euros ont été alloués à l’entretien des cimetières. Mais seulement pour les cimetières musulmans des Albanais et des Bosniaques, précise-t-il. 
La seule mairie du Kosovo qui a programmé un financement pour les cimetières orthodoxes est la commune d’Obiliq/Obilić. 10.000 euros ont été budgétés pour leur entretien cette année. Le représentant de la commune, Nazif Shala explique qu’il était impossible d’entrer dans les cimetières à cause de l’herbe. 
Plus d’une décennie s’est écoulée depuis la guerre au Kosovo, qui a laissé derrière elle beaucoup de crimes et de haines. La propagande à des fins politiques et la haine de l’autre n’auront pas épargné les morts" (
Serbeze Haxhiaj, "Cimetières profanés au Kosovo : les morts ne reposent pas en paix", Le Courrier des Balkans, traduit par Belgzim Kamberi, 21 novembre 2011).


L'article est focalisé sur la question des cimetières serbes orthodoxes au Kosovo : mais il faut rappeler qu'ils ne sont pas les seuls à avoir été l'objet de pogroms intercommunautaires. C'est, par exemple, le cas des cimetières roms ou juifs du Kosovo, ce qui souligne "l'oubli" des "petits peuples" dans le traitement médiatique des Balkans, mais aussi dans le traitement politique de la gestion de crise (à ce propos, voir les écrits de Jean-Arnault Dérens : "Les 
 » oubliés des Balkans", Le Monde diplomatique, juillet 2003 ; "Temps amers pour les 
 »", Le Courrier des pays de l'Est, n°1052, n°2005/6, pp. 30-41 ; avec Laurent Geslin, Voyage au pays des Gorani, Editions Cartouche, collection Voyage au pays des..., 2010).


L'instrumentalisation des espaces de la mort s'est donc jouée en deux temps :
- l'utilisation symbolique des cimetières, transformés en hauts-lieux de l'identité, par leur dégradation et leur destruction, afin d'inscrire dans les paysages l'impossible vivre-ensemble : cette matérialisation de la dispute territoriale ne se joue pas seulement dans les espaces de la mort, mais elle s'ancre dans l'ensemble des lieux symboliques du quotidien, comme en témoigne l'utilisation des lieux de mémoire (Bénédicte Tratnjek, "Les lieux de mémoire dans la ville en guerre : un enjeu de la pacification des territoires", Diploweb, 31 octobre 2011).
- l'impossible processus de négociation autour de la rénovation des cimetières (pour les tombes détruites), mais aussi les difficultés (politiques et financières) inhérentes à l'entretien qui participent du marquage spatial de ces espaces de la mort, par les tags et les graffitis, qui en font des territoires identitaires : en bornant par des tags et des graffitis les seuils de ces espaces de la mort, et en les parsemant des symboles à l'intérieur, les acteurs de ces géonationalismes (que le géographe Amaël Cattaruzza définit comme "l'ancrage spatial et/ou territorial du nationalisme concrétisé dans l'espace politique ou projeté dans les représentations territoriales" : "Comprendre le référendum d'autodétermination monténégrin de 2006", Mappemonde, n°87, n°3-2007) produisent des territoires de la dispute intercommunautaire et du rejet de "l'Autre" dans les espaces du quotidien.
Ainsi, au Kosovo, "la guerre contre le patrimoine se poursuit" (Sava Janjic, "Kosovo : la guerre contre le patrimoine se poursuit", Le Courrier des Balkans, 14 octobre 2003, traduit par Persa Aligrudic), se surajoutant à d'autres enjeux symboliques tels que la dispute toponymique ou les tensions foncières.




Pour aller plus loin sur les espaces de la mort de Mitrovica :




Pour aller plus loin sur les cimetières du Kosovo :








lundi 28 mars 2011

Carte postale de la basilique de Yamoussoukro (Cafés géographiques)


Alors que l'actualité surchargée ces derniers temps a mis quelque peu de côté la situation en Côte d'Ivoire, celle-ci se dégrade quotidiennement. Le temps manquant un peu pour entretenir ce blog, voici néanmoins un texte sur un haut-lieu de la politique et de l'identité ivoiriennes : la basilique de Yamoussoukro.

"21 mètres de hauteur, 30 mètres de profondeur, 7 hectares de marbre utilisé pour les constructions, une coupole de 60 mètres de hauteur... La première impression face à la basilique Notre-Dame-de-la-Paix de Yamoussoukro est celle du grandiose. Cette réplique de la basilique Saint-Pierre de Rome (célèbre pour son immense dôme) a été conçue comme un marqueur spatial du pouvoir de l’ancien président ivoirien Houphouët-Boigny, le premier à accéder à ce poste après l’indépendance du pays en 1960. S’étendant sur 12 hectares, la basilique a été construite dans une ville nouvelle, promue capitale sur le site du village du président. Au moment de ce transfert, l’activité politique a été déplacée depuis Abidjan, et le village prit rapidement le visage d’une ville de fonctionnaires. C’est dans ce contexte de la construction d’un Etat-nation dans un espace politique et identitaire marqué par la ligne de fractures entre deux aires confessionnelles, qu’a été lancé le projet de construction de la basilique (Houphouët-Boigny étant lui-même chrétien), la réplique à l’identique de Saint-Pierre, mais en nettement plus grand. La monumentalité doit s’inscrire dans la ville, symbolisant ainsi l’avènement d’un pouvoir nouveau. Mais, s’il se voit de loin, ce bâtiment imposant reste à distance du cœur de la ville. Et partout dans Yamoussoukro, le grandiose contraste avec l’inactivité, la vie « au ralenti » et le vide qui se sont installés dans cette ville-capitale."



Références du texte : Bénédicte Tratnjek, "Carte postale de la basilique de Yamoussoukro", Cafés géographiques, rubrique "Cartes postales du monde", 22 mars 2011, en ligne : http://www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=2160.


mercredi 4 novembre 2009

"Al-Qaida, l'Afghanistan et le Jihad global"


L'Institut de recherche stratégique de l'école militaire (IRSEM) inaugure sa création avec une série de séminaires consacrée aux "Guerres et religions" (l'année 2010-2011 sera à son tour consacrée aux liens entre la paix et la religion).

Le premier rendez-vous de la sécurité sera ainsi l'occasion d'entendre Jean-Pierre Filiu, professeur associé à Sciences Po au sein de la Chaire Moyen-Orient Méditerranée., auteur notamment de Mitterrand et la Palestine (Fayard, 2005), Les frontières du jihad (Fayard, 2006), Les neuf vies d'Al-Qaida (Fayard, 2009), et d'un ouvrage prochainement traduit en français Apocalypse dans l'islam (Presses de l'université de Californie). Il interviendra sur la question d' "Al-Qaida, l'Afganistan et le Jihad global", à l'Ecole militaire (amphithéâtre Lacoste), le 5 novembre 2009, de 18h15 à 19h45. L'entrée est libre, sur présentation d'une pièce d'identité.



vendredi 5 juin 2009

Planète terre : les émissions de juin 2009


A noter : les prochaines émissions de Planète Terre (l'émission de géographie présentée par Sylvain Kahn sur France Culture tous les mercredis de 14h00 à 14h30).


Mercredi 10 juin 2009 : "Une géographie de l'Iran à la veille des élections", avec Bernard Hourcade, géographe spécialiste de l'Iran, directeur de recherches au CNRS (Mondes iranien et indien), et notamment auteur de Iran : Identités nouvelles d'une République (Belin, coll. Asie plurielle, 2002, 223 p.), et co-auteur d'un Atlas de l'Iran (avec Hubert Mazurek, Mahmoud Taleghani, Mohammad-Hosseyn Papoli-Yazdi, La Documentation française / CNRS-Reclus, coll. Dynamiques du territoire, 1998, 192 p.).


Mercredi 17 juin 2009 : "Santé, croyances et éthique en Afrique", avec Jeanne-Marie Amat-Roze (géographe, professeur à l’Université de Paris 12 Créteil, spécialiste en géographie de la santé), Philippe Denis (professeur de l'histoire du christianisme à l'université du Natal en Afrique du Sud), et Elisabeth Dorier-Apprill (professeur de géographie à l'Université de Provence, spécialiste des questions urbaines, tout particulièrement sur les questions de santé dans les villes africaines, co-responsable du groupe "Urbanité & vies citadines")


Mercredi 1er juillet 2009 : "Les nouvelles géographies de la ville et des banlieues", avec Béatrice Giblin (professeur de géographie à l'Université Paris 8, spécialiste des questions de géopolitique, responsable de l'Institut Français de Géopolitique et de la revue Hérodote) et Michel Lussault (professeur de géographie à l'ENS-SHS à Lyon, spécialiste notamment des questions urbaines, qui travaille actuellement sur le concept de "ville vulnérable")




samedi 2 mai 2009

Les espaces de la mort à Mitrovica


Voici le power-point présenté lors de la 7ème journée de la géographie (organisée par l'Université Bordeaux III et l'Association DocGéo) le 7 avril 2009, dont le thème était "Les espaces de la mort, les morts dans l'espace".





Mitrovica est une ville divisée par la ligne de fractures qui sépare les aires de peuplement majoritairement serbe au Nord du Kosovo et majoritairement albanais au Sud. Cette ville est devenue un géosymbole de la division et de la haine intercommunautaires qui déchire ce pays nouvellement indépendant. Haut-lieu de tensions, la ville de Mitrovica est régulièrement déchirée par de nouvelles violences. Si le pont Ouest est le géosymbole le plus médiatisé, les enjeux liés à l’identité, la mémoire des lieux et la lutte intercommunautaire ne se limitent pas à ce lieu. Les espaces de la mort sont souvent peu analysés dans cette perspective. Pourtant, ils recouvrent plusieurs problématiques tant par leur localisation que leur symbolique.


La guerre du Kosovo a entraîné des violences entre les communautés, particulièrement violentes dans la ville de Mitrovica. Le traitement des corps peut être analysé au regard de l’appartenance communauté et du lieu de la mort. Certains ont pu recevoir une sépulture en fonction du lieu où est intervenu leur décès, tandis que d’autres corps sont devenus de véritables armes dans lesquelles étaient cachées des mines. Dans l’immédiat après-guerre, on peut analyser la possibilité pour les familles d’enterrer ou non leurs proches comme un facteur supplémentaire de tensions entre les communautés. De plus, les lieux destinés à accueillir les morts sont devenus de véritables lieux de mémoire, destinés à montrer à « l’Autre » le poids des tensions encore existantes dans la ville.


Fruits de la longue histoire du peuplement, les autres lieux de la mort, notamment les cimetières, sont l’objet de pratiques spatiales qui vont à l’encontre de l’enfermement communautaire des populations de Mitrovica. Cette ville est divisée par la rivière Ibar, qui marque la limite entre des espaces clos : un quartier majoritairement serbe au Nord, un quartier quasi exclusivement albanais au Sud, et quelques poches de minorités. Traverser le pont, réel symbole de la division des communautés, n’est pas anodin : si le pont semble d’emblée être un lieu de l’échange et du passage par excellence, le pont de Mitrovica est devenu un point de tension, une frontière mentale, qu’il faut traverser pour atteindre les cimetières. Ce passage est devenu un symbole du rejet de « l’Autre ». On peut également analyser le recueil des familles dans les cimetières en termes de sécurité.


Les lieux d’enterrement ne concordent pas avec la répartition actuelle des populations, mais l’on assiste à une réappropriation de l’extrême-Nord de la ville par les Albanais. Les territorialisations de la ville sont donc affectées par des stratégies identitaires qui s’appuient à la fois sur une distanciation volontaire de « l’Autre » et sur la protection de lieux identifiés comme porteurs de l’identité communautaire. Les espaces de la mort prennent alors une autre perspective, dans la mesure où il ne s’agit plus de pouvoir se rendre dans ces lieux de recueillement, mais de les intégrer dans la lutte identitaire qui oppose les Serbes et les Albanais. La sacralisation des cimetières albanais entre dans les logiques d’appropriation de territoires dans la ville par les deux communautés majoritaires. Les lieux de la mort n’ont pas seulement pour fonction d’être le lieu de destination des morts, mais bouleversent les représentations quant à l’identité des territoires urbains. Les cimetières sont des lieux qui font partie des logiques de recomposition territoriale et identitaire de l’après-guerre.


vendredi 3 avril 2009

Les espaces de la mort et la mort dans l'espace


"Les espaces de la mort et la mort dans l'espace"
Septième journée de la géographie le mardi 7 avril 2009 à Bordeaux


Résumé :
"Pour la septième année consécutive, l’association Doc'Géo organise la Journée de la géographie. Cette journée d’étude, ouverte en priorité aux jeunes chercheurs, a une vocation pluridisciplinaire. Le thème proposé est celui des rapports entre mort et espace. L’objectif de cette journée est d’envisager la dimension spatiale de la mort, thématique riche de possibles analyses mais jusque là trop peu abordée dans les sciences humaines. Il s’agit d’amorcer, avec toutes les disciplines (géographie, sociologie, ethnologie, anthropologie, histoire, histoire de l’art, philosophie, médecine, biologie, éthologie…) une analyse des rapports entre mort et espace. Trois axes ont été retenus : statut des vivants et traitement spatial des défunts ; rapport des vivants à la mort et encadrement des espaces consacrés aux défunts ; les espaces de la mort, des symboles territoriaux et identitaires ?"

9h15 : Accueil des participants

9h30 : Ouverture de la journée par Patrick BAUDRY (Professeur de sociologie à l'université de Bordeaux 3, chercheur associé au LAIOS, CNRS)



Atelier 1- Statut des vivants et traitement spatial des défunts
Discutant - Maéva PAUPERT (ADES, CNRS, Pessac)

10h :
Hélène REVEILLAS ( Ausonius, Université Bordeaux 3) et Dominique CASTEX (PACEA, université Bordeaux 1)
"Quels espaces d'inhumation pour les malades? Traitement funéraire des décès en milieu hospitalier au Moyen Age et à l'époque moderne"

10h20 : Mathieu VIVAS (CESCM, Université de Poitiers/Ausonius, Université de Bordeaux 3
"Unité et marges de l'espace cimeterial chrétien au Moyen Age. Quelle gestion funéraire pour les corps privés de sépulture chrétienne? (Xème-XIVème siècles)"

10h40 : Elena TADDIA (Docteure ENS CERPHIC CNRS)
"L'infanticide, le corps mort de l'enfant et l'espace dans l'ancienne République de Gênes (XVIème-XVIIIème siècles)"

11h : Delphine RABIER (CESR, Université de Tours)
"Les espaces de la mort dans l'œuvre de Jérôme Bosch: des destinées pour l'au-delà"

11h20 : Discussions

12h : Déjeuner



Atelier 2- Rapport des vivants à la mort et encadrement des espaces consacrés aux défunts
Discutant - Emmanuelle PETIT (Université de Genève)

13h30 : Delphine BOYER-GARDNER (CESCM, Université de Poitiers et Université de Bordeaux 3)
"Espaces des morts et espaces des vivants dans les villes entre Antiquité tardive et Moyen Age. De la séparation à la superposition"

13h50 : Catherine ARMANET (Docteure en Géographie, Université Lille1)
"Etre incinéré et après? Le lieu de sépulture des adhérents d'associations crématistes"

14h10 : Julien BERNARD (ICoTEM, Université de Poitiers)
"Les lieux de travail des pompes funèbres"

14h30 : Discussions

15h10 : Pause



Atelier - 3 Les espaces de la mort, des symboles territoriaux et identitaires?
Discutant- Anthony GOREAU (ADES, CNRS, Pessac)

15h30 : Catherine GUEGUEN ( ENeC, Université-Sorbonne)
"Le rôle des morts dans la localisation et les actes sociaux des chinois aux Philippines"

15h50 : Bénédicte TRATNJEK ( ENeC, Université Paris-Sorbonne)
"Les espaces de la mort à Mitrovica (Kosovo) : des géosymboles de la lutte identitaire"

16h10 :
Discussions

17h-17h45 :
Conclusion par Pascale PHILIFERT (UMR LOUEST-Equipe Mosaiques, MCF, Université Paris Ouest Nanterre.)


jeudi 29 janvier 2009

"La religion dans les armées"


Dans le cadre du séminaire "La défense et son environnement social" organisé par le Centre de Sciences Sociales de la Défense (C2SD), la prochaine séance du mardi 3 février 2009 sera consacrée à "la religion dans les armées", avec pour invitée Catherine Withol de Wenden (directrice de recherche au CNRS, chercheur au CERI, spécialiste des relations entre les migrations et le politique) qui reviendra sur les conclusions de l'étude Les militaires issus de l'immigration (sous la direction de Catherine Withol de Wenden et de Christophe Bertossi, collection Les documents du C2SD, n°78, 2ème semestre 2005 - Voir également la synthèse). De 12h30 à 14h00, Ecole militaire, Amphithéâtre Suffren, Paris.