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mercredi 29 février 2012

Afghan Rage : retours sur l'émission de France 24 (Adam Baczko)

Le 27 février 2012, France 24 a consacré deux émissions sur la question des Corans brûlés en Afghanistan et de ses conséquences, l'une en français : "Afghanistan, Irak, Libye : peut-on imposer la démocratie ?", et l'autre en anglais "Afghan Rage" (voir les vidéos de ces deux émissions à la fin du billet). Adam Baczko (doctorant à l'EHESS et à l'IRSEM), l'un des intervenants de l'émission "Afghan Rage", revient sur les arguments qu'il a présentés lors de cette émission, et nous donne son point de vue, à partir de son expérience de terrain en Afghanistan, sur l'insurrection taliban. Voir également le précédent billet d'Adam Baczko sur ce blog "La "guerre de guérilla" n'existe pas" (11 mai 2010).

"Présence des groupes talibans en Afghanistan"
Source : Carte de Laura Margueritte, publiée dans Constance de Bonnaventure,
"Afghanistan au plus près du pouvoir", Carto, n°7, septembre/octobre 2011.


mercredi 30 juin 2010

Géographie de Bagdad (2) : Bagdad, une ville en guerre



Voici un entretien réalisé par Sylvain Kahn pour le blog Globe, en complément de l'émission Planète Terre sur France Culture. L'entretien a été réalisé à la veille de l'émission consacrée à "Géographie de Bagdad" le mercredi 30 juin 2010 avec pour invité Hosham Dawod (à réécouter en ligne).


Sylvain Kahn m'a proposé de parler de "Bagdad, ville en guerre", autour de 4 questions :


1/ Quelles sont les caractéristiques géographiques d’une « ville en guerre » ? Les retrouve-t-on à Bagdad ?

2/ La comparaison avec Mitrovica, Sarajevo et Beyrouth, vos terrains d’étude, est-elle pertinente pour comprendre Bagdad ?

3/ Les attentats terroristes, depuis sept ans, redessinent-ils la morphologie urbaine de Bagdad ?

4/ Comment voyez-vous l’avenir de Bagdad ?


A lire sur le blog de Planète Terre (Sylvain Kahn) -->


Géographie de Bagdad (1) : Bagdad, une ville morcelée

L'émission Planète Terre sera consacrée ce mercredi 30 juin 2010 à la "Géographie de Bagdad", avec pour invité Hosham Dawod (ingénieur de recherches au Centre d’études interdisciplinaires des faits religieux (CEIFR) du CNRS, il a notamment co-écrit avec Hamit Bozarslan, La société irakienne. Identité, pouvoir et violence, Karthala, 2003 ; et dirigé l'ouvrage Tribus et pouvoirs en terre d'Islam, Armand Colin, 1970). L'émission peut être podcastée, ou écoutée en ligne pendant un mois sur le site de France Culture.

A lire sur le blog de Sylvain Kahn, Globe, un passionnant billet sur "Bagdad, ville morcelée", qui revient sur les processus de fragmentations dans la ville de Bagdad, renforcées par la présence de murs, par la violence, mais surtout par la peur. Le billet est illustrée de cartes et de reportages passionnants !


Source : Le Monde, 11 avril 2007.
Publié dans "Bagdad, ville morcelée", Sylvain Kahn, Globe,30 juin 2010.



mardi 11 mai 2010

La "guerre de guérilla" n'existe pas (Adam Baczko)


Pour cause de rédaction de thèse, le blog Géographie de la ville en guerre est moins alimenté (à grand regret !) ces derniers temps. L'occasion toute trouvée pour accueillir des billets venant de chercheurs, de praticiens et d'étudiants sur les questions de guerre et de ville. Pour inaugurer cette série, voici une contribution d'Adam Baczko qui pose un regard critique sur le concept de "guerre de guérilla". Qu'il soit remercié de sa participation !


Adam Baczko est étudiant à l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales - Paris) et jeune chercheur de l'IRSEM (Institut de recherche stratégique de l'Ecole militaire). Après avoir rédigé un mémoire sur la guerre civile au Sierra Leone au Département de War Studies du King's College London, il s’intéresse plus particulièrement aux questions de stratégies irrégulières, notamment à la manière dont les guérillas et les milices résolvent les contradictions entre leurs cultures stratégiques particulières et les exigences objectives de la guerre qu’examine la théorie stratégique.


"La multiplication des articles, blogs, ouvrages et discussions traitant de la "guerre de guérilla" (ou tout autre utilisation du mot "guérilla" comme un type distinct de guerre) appelle à faire le point sur ce terme. Son utilisation de manière interchangeable avec d’autres concepts diverses montre à quel point le phénomène qu’il décrit est souvent flou pour ceux qui l’emploient. Voici une liste indicative et non exhaustive de concepts souvent utilisés comme synonyme de "guerre de guérilla" :
- Conflit de basse intensité
- Petite guerre
- Guerre non conventionnelle
- Guerre irrégulière
- Violence politique
- Guerre populaire
- Guerre civile
- Guerre interne
- Guerre de partisan
- Insurrection
- Guerre limitée

Le manque de rigueur conceptuel devient gênant quand il devient le moyen de digressions usant des différences de sens pour mettre sous une même étiquette des guerres qui ne se ressemblent pas.

Mon ex-professeur de théorie stratégique, MLR Smith, au département de War Studies au King’s College London nous enseignait, avec raison, ce que Harry Summers a dit avec sa pédagogie habituelle : "A war is a war is a war is a war" ("une guerre est une guerre est une guerre est une guerre"). Si la "guerre de guérilla" est si difficile à définir, c’est qu’elle n’existe pas conceptuellement. La plupart des éléments distinctifs de cet ensemble de guerres dites "irrégulières" ou "non conventionnelles" sont des éléments qui sont présents dans les guerres dites "régulières" et "conventionnelles". L’embuscade est une tactique fréquente dans les "guerres conventionnelles", tandis l’intensité du feu comme le nombre de victime ne sont ni plus bas, ni plus petits, ni plus limités dans ces "guerres de guérillas". De plus, nombreuses sont ces "guerres non-conventionnelles" dont la résolution finale se décide sur des champs de bataille étrangement "conventionnels". Ainsi, la guerre civile en Angola dans les années quatre-vingt se conclut lors d’une bataille de blindés à Cuito-Cuanavale comme la décolonisation indochinoise qui se termine à Dien Bien Phu dans une bataille de tranchées, précédée d’une préparation d’artillerie en bonne et due forme. La plupart des éléments de définition d’une typologie des "guerres de guérilla" cèdent devant un examen approfondi.

Reste l’argument de Stathis Kalyvas dans The logic of violence in civil war, de loin le plus solide : l’absence de front. En effet, les témoignages et les théoriciens qui décrivent cette fluidité des lignes démarcations abondent. On observe néanmoins les mêmes symptômes dans les batailles "conventionnelles". Jamais les fronts ne suivent les superbes cartes d’état-major, qui sont des synthèses de la situation, des tentatives de résumer la situation stratégique de leur armée pour prendre plus efficacement des décisions. Au milieu du bruit et de la fureur de la bataille, les individus perdent leurs repères spatiaux. A l’inverse, les locaux dans les "guerres irrégulières" savent fréquemment qui contrôle quoi, qui est avec qui. Bien qu’elle soit un critère puissant de compréhension d’un certain nombre de guerres, l’absence de front ne suffit pas à distinguer guerres "régulières" et "irrégulières".

En fait, la prégnance actuelle de la distinction régulier/irrégulier s’appuie principalement sur une opposition des images idéal-typiques de la Seconde Guerre mondiale et de certaines guerres de décolonisations qui marquèrent les esprits occidentaux, en particulier l’Algérie et la Malaisie. Elle permet de différencier les guerres que nous comprenons de celles que nous ne comprenons pas. D’une part est l’évidence pour nous du caractère industriel de la guerre moderne, de l’importance de la mobilisation des ressources, de la technique et des compétences ; de l’autre se dévoile notre oubli des passions, de la ténacité et de la ruse. Ces guerres nous désorientent car le vainqueur a été le plus tenace indépendamment de sa force. Ce que révèle ce flou conceptuel dans l'usage du terme de "guérilla", c’est qu’à l’articulation des logiques de raisons et de passions qui gouvernent la guerre se trouve la volonté.

Or, si un paradigme permet d’appréhender le rôle de la volonté et de l’articuler avec celui de la force, c’est bien celui de Clausewitz. En effet il se construit sur une double définition de la guerre comme duel (où la volonté est première) et comme phénomène de nature politique articulée autour d’une "sainte trinité", raison, probabilité/chance et passion. Cette dualité de la nature de la guerre et ces trois moteurs de l’escalade et de la désescalade de la violence sont tous particulièrement observables dans ces guerres dites irrégulières ; ces guerres mêmes que Keegan et Van Creveld, tant cités, désignaient comme non-clausewitziennes. La diversité des guerres n’infirme pas le cadre conceptuel que créa Clausewitz. Au contraire, il confirme que la guerre est un caméléon ; la forme change, la bête reste la même.

Par contre, la guérilla en tant que concept prend tout son sens dès lors qu’elle est comprise comme une stratégie (ou un mouvement qui fait usage d’une telle stratégie). La guérilla est une des manière de penser l’affrontement armé, autrement dit la bataille, le moyen de la stratégie, en se basant sur l’évitement par la dispersion et la dissimulation. Comme moyen du politique, la guérilla est un des modèles d’allocations des ressources disponibles. Elle est une des réponses possibles à la question du comment faire pour vaincre à terme en partant de ma situation stratégique actuelle. C'est-à-dire que, comme toute stratégie, la guérilla est un rapport au temps et à l’espace. Elle se base sur une utilisation de la géographie pour repousser l’affrontement décisif présent en situation d’infériorité pour créer les conditions d’une supériorité dans le futur. Mao parlait de troquer l’espace pour gagner du temps, du temps pour mobiliser des ressources, des ressources pour construire une capacité militaire, une capacité militaire pour vaincre décisivement à terme. Ce sont bien des batailles qui closent la guerre civile chinoise, la guerre de décolonisation indochinoise où la guerre de procuration entre le Nord Vietnam et le Sud-Vietnam.

La logique de la guérilla, on le voit, s’inscrit dans les logiques étiquetées comme conventionnelles. Elle n’est pas une fin en soit. Bien sûr, parfois nul besoin de vaincre l’ennemi ; il s’effondre de lui-même tel le gouvernement cubain face à Castro ; ou il choisit la retraite stratégique à la manière du gouvernement français qui rappelle le contingent d’Algérie. A l’inverse, certaines guérillas se révèlent incapables de construire une force de combat capable de vaincre, tels ces moudjahidin afghans qui ont la prétention d’affirmer qu’ils ont vaincu l’URSS alors qu’il leur fallut pas moins de trois ans pour abattre le faible régime de Najibullah. Un mélange des deux aboutit à ces situations troubles, prolongés, que nous comprenons si peu ; ainsi au Sierra Leone où dix ans de guerres furent la conséquence de l’incompétence stratégique de tous les acteurs engagés. Mais une guérilla compétente qui fait face à un adversaire tenace devra en finir sur le champ de bataille. C’est ce que Mao avait parfaitement compris : la guérilla n'est pas un type de guerre particulier ; c'est une des stratégies à mettre en œuvre dans la guerre.

La guérilla n’est donc pas un type de guerre, c’est une stratégie. Confondre la nature de la guerre et la stratégie d’un acteur c’est s’enlever les moyens de décrire ce qui se passe. Et analyser sans pouvoir décrire, c’est prendre le risque de jargonner sans expliquer. Je terminerai en citant la phrase de mon professeur de théorie stratégique qui finissait son article "Guerilla in the Mist" dont ce billet s’inspire en disant : "In this respect, they [such labels] may not tell you much about strategy, but they do tell you a great deal about strategists" ("D’ailleurs, ils [de telles étiquettes] ne vous disent peut-être pas beaucoup sur la stratégie, mais ils en disent long sur les stratégistes")."



samedi 9 mai 2009

L'immédiat après-guerre à Grozny (vu depuis la Russie)


La Tchétchénie a longtemps été perçue comme "le bourbier russe". Haut-lieu de la contestation interne face au renouveau de la puissance russe (on consultera, à cet égard, les billets du blog collectif Alliance géostratégique, dont le thème du mois est consacré à "la Russie, puissance résurgente", mai 2009), la ville de Grozny n'est pas seulement en proie au défi de la reconstruction : c'est également un enjeu politique très important pour la Russie. Quelques éléments de réflexion (qui mériteraient d'être plus longuement développés) sur la question de la Tchétchénie et de la puissance en Russie.



La Tchétchénie : une remise en cause de la puissance russe ?

Le schéma ci-contre représente les différents facteurs associés "traditionnellement" à la question de la puissance :
1/ territoire
2/ population
3/poids militaire et économique
4/ rayonnement culturel.




Une remise en cause de la souveraineté étatique sur le territoire russe

La rebellion tchétchène s'appuie sur des revendications séparatistes. Depuis 15 ans, la Tchétchénie est en proie aux guerres et à la guérilla. Pourtant, la remise en cause de la souveraineté russe sur ce territoire n'a pas été l'objet d'une intervention de la communauté internationale. Certes, l'action militaire de la Russie en Tchétchénie a souvent été condamnée, mais l'action de la communauté internationale s'est limitée à ces condamnations. La Russie reste une puissance politique, militaire et diplomatique qui pèse sur la scène internationale, au point qu'aucune intervention militaire n'a jamais été envisagée. La Russie, malgré un poids moins important que celui de l'URSS, pèse encore sur la scène internationale, suffisamment pour que ces "affaires" internes restent de son seul ressort.

La question de la Tchétchénie pose à la fois celle du contrôle du territoire et celle de la question des nationalités. Nénamoins, le cas de la Tchétchénie cache le rétablissement d'une stabilité et d'une souveraineté étatiques sur la plus grande partie du territoire, au tournant des années 2000. Le seul cas de la Tchécthénie n'a pas réussi à remettre en cause le contrôle territorial dans le reste de la Russie. Il semble donc qu'il y ait des foyers de tension, des sortes de "poches" où se développent des contestations, sans que celles-ci ne puissent s'étendre sur le reste du territoire, ou même dans les régions voisines, qui pourtant sont confrontées au même problème de nationalités : "dans le reste du Nord Caucase, la peur d'être entraînés dans un tel conflit, le rejet de l'islamisme radical, l'acceptation de la présence russe (notamment par les non-musulmans), de même que le mépris affiché par les Tchétchènes envers ceux qui acceptaient sans résister la domination russe ont suffi, jusqu'ici, pour que les peuples voisins ne s'engagent pas dans ce gouffre" (Jean Radvanyi et Gérard Wild, "La Russie entre deux mondes", Documentation photographique, n°8045, 2005, pp. 30-31). Il ne faut pas, cependant, sous-estimer la situation en Tchétchénie, comme dans le reste du Nord-Caucase : la région est extrêmement pauvre, le chômage y atteint des taux records, les conditions de vie sont déplorables (taux de mortalité infantile très élevé, état sanitaire très dégradé), autant de sources de tensions sociales qui pèsent sur la stabilité de cette région.

La Tchétchénie peut réellement être considérée comme la "mauvaise conscience russe" (expression de Jean Radvanyi et Gérard Wild, "La Russie entre deux mondes", Documentation photographique, n°8045, 2005, pp. 30-31), ce qui donne plus de poids à l'arrêt des opérations dites anti-terroristes menées en Tchétchénie annoncé le 16 avril 2009 : si les Russes s'opposent en grande majorité à l'indépendance de la Tchétchénie, la guerre n'est pas la solution la plus adéquate à envisager pour l'opinion publique. De plus, il s'agit la d'un important "coup de force" diplomatique pour la Russie, qui ne pourra plus s'entendre contester son action en Tchétchénie sur la scène internationale. Enfin, la lassitude face à la pérennité du conflit se fait sentir également du côté de la grande majorité de la population tchétchène : "la population du Caucase semble, comme en Tchétchénie, aspirer aujourd'hui à la paix et à une vie normale" (Michel Nazet, La Russie et ses marges : nouvel empire ?, Ellipses, collection CQFD, Paris, 2007, p. 158). La politique menée par le gouvernement de Moscou va pouvoir s'appuyer sur la profonde division qui affecte depuis quelques années la société tchétchène : "si une large partie de la population n'aspire plus qu'au retour à la paix, fût-ce dans le cadre de l'autonomie imposée par Moscou, de nombreux jeunes rejoignent les groupes armés de la résistance, partisans d'un islamisme radical, jusque dans les actions terroristes les plus insupportables" (Jean Radvanyi et Gérard Wild, "La Russie entre deux mondes", Documentation photographique, n°8045, 2005, pp. 30-31). Un contexte favorable pour mettre fin à cet "embourbement", et une décision politique interne (tant vis-à-vis de la population tchétchène que de l'opinion publique dans le reste de la Russie) et extérieure (vis-à-vis de la communauté internationale et du poids diplomatique résurgent de la Russie). On est donc passé de l'échec en 1994 d'une démonstration de la puissance russe (avec la Première guerre de Tchétchénie) à un renouveau de la puissance russe sur plusieurs plans, à la fois à l'intérieur du pays (malgré le fait que les 2 guerres de Tchétchénie soient considérées comme des échecs militaires face à cet "embourbement", la Tchétchénie n'a pas obtenir l'indépendance souhaitée par les "rebelles") et à l'extérieur du pays (la puissance d'un Etat est aussi liée à son rayonnement culturel, et la situation en Tchétchénie "entâchait" celui de la Russie).



La question des frontières en Russie : entre sécurisation et coopération

La question de la Tchétchénie, en tant que région où des mouvements séparatistes remettent en cause l'intégrité du territoire russe, pose la question des frontières. Si l'attention concernant ce problème est souvent focalisée sur la région du Caucase (entre un Nord-Caucase où la question des nationalités est très prégnante et un Sud-Caucase indépendant qui est entré dans un "rapport de force" avec le gouvernement de Moscou), elle ne peut résumer la totalité de la problématique. Bien évidemment, le redécoupage issu de l'implosion de l'URSS a entraîné un "reformatage" des frontières : en 1991, la Russie fut ainsi ramenée à ses frontières de 1683 sans l'Ukraine orientale, mettant ainsi fin à 3 siècles d'expansion territoriale (l'expasion maximale fut atteinte en 1953, au moment de la mort de Staline). Cette région met parfaitement en exergue le rôle très symbolique de la frontière pour les Etats issus de l'URSS et récemment indépendants, et ainsi leur volonté de consolider leur existence et la souveraineté de l'Etat nouvellement créé. D'où un renforcement de ces nouvelles frontières (autrefois des limites administratives au sein de l'URSS, devenues de véritables lignes politiques, avec une forte valeur juridique), qui se traduit parfois par leur matérialisation (avec des postes de contrôle visibles de loin, par exemple). Dans ces régions (Caucase, Pays Baltes, Ukraine et Asie centrale), la frontière a un rôle hautement politisé (qui prend parfois bien plus d'importance que les bénéfices d'échanges économiques).

Néanmoins, la question de la frontière pour la Russie ne se limite pas à ces exemples, mais s'ils en font partie intégrante. Toutes les frontières de la Russie (environ 13.000 km) n'ont pas la même "fonction" : si certaines sont l'objet de tensions, la coopération se développe également sur d'autres frontières, notamment dans la partie asiatique de la Russie. La "valeur" de la frontière prend une signification toute particulière en fonction de son origine (issue ou non de la "perte territoriale" suite à la décomposition de l'URSS), et ce autant du point de vue russe que du point de vue de l'Etat voisin (nouvellement indépendant ou non).







Texte : Les éléments de la puissance russe (cliquer dessus pour agrandir)

Extrait de Pascal Marchand, Atlas géopolitique de la Russie. Puissance d'hier, puissance de demain ?, Autrement, collection Atlas/Monde, Paris, 2007, 80 pages.





Ce billet fait suite à deux autres billets sur la Tchétchénie et l'arrêt des opérations militaires russes :

- "Guerre et guérillas urbaines en Tchétchénie", billet du 17 avril 2009.
- "L'immédiat après-guerre à Grozny (vu depuis la Tchétchénie)", billet du 8 mai 2009.



vendredi 8 mai 2009

L'immédiat après-guerre à Grozny (vu depuis la Tchétchénie)


Le jeudi 16 avril 2009, la Russie a annoncé la fin de la guerre en Tchétchénie (voir le billet "Guerre et guérilla urbaines en Tchétchénie" du 17 avril 2009), avec l'arrêt des opérations dites "anti-terroristes". Ce qui met fin -du moins en théorie - à 10 ans de conflit. Moins d'un mois après cette annonce, on peut se demander ce que représente cet "après-guerre" pour la Tchétchénie, en quoi cela affecte les habitants de la ville de Grozny. Bien évidemment, l'arrêt des combats entre les forces armées russes et les forces dites "rebelles" tchétchènes. Mais aussi tous les défis de la reconstruction. Et force est de constater qu'après 15 ans de conflits (entre guerres et guérillas urbaines), la destruction du bâti n'est pas le seul défi qui se pose (voir François Nodé-Langlois, "Drôle d'après-guerre en Tchétchénie", Le Figaro, 4 mai 2009).




Grozny, un espace de vie : la reconstruction vue par les Tchétchènes
Le paysage socioculturel de la Tchétchénie a été profondément bouleversé par les différentes périodes de guerre et de guérilla, depuis 1994. Les évolutions dépongraphiques témoignent parfaitement de ces évolutions, avec lesquelles doivent composer aujourd'hui les acteurs de la reconstruction (entendue au sens large, et pas seulement pour la question du bâti, bien que celle-ci soit, sans contestation, une priorité !). Tout d'abord, les deux guerres (Première guerre de Tchétchénie en 1994-1996 et Deuxième guerre de Tchétchénie depuis 1999) ont bien évidemment eu de forts impacts sur les taux de natalité et de mortalité pour la population tchétchène. Si ces conséquences sont difficiles à évaluer en termes de chiffres, elles n'en sont pas moins réelles et pèsent aujourd'hui dans l'effort de reconstruction. Autre point : les déplacés/réfugiés qui ont fui les combats. Avec le départ de la plus grande majorité des non-Tchétchènes, et tout particulièrement à Grozny (en 1994, la Tchétchénie était peuplée d'environ 1,3 million d'habitants dont 53 % de Tchétchènes, 12 % d'Ingouches et 29 % de Russes). Ces populations ne reviendront pas en Tchétchénie, et constituent une perte à la fois en termes de diversité socioculturelle, mais également en termes économiques (en ce qui concerne la population russe qui vivait en Tchétchénie, son départ représente la perte d'une part importante de l'intelligentsia et des investisseurs économiques). De plus, la Deuxième guerre de Tchétchénie s'est rapidement transformée en guérilla urbaine : les rebelles tchétchènes s'appuyaient sur leur mobilité, leur rapidité d'action, leur parfaite connaissance du terrain, le soutien de la population locale... Le conflit entre rebelles tchétchènes et forces armées russes s'ancrant dans le temps et dans la ville de Grozny, beaucoup des habitants de cette ville l'ont quitté temporairement (au moins aux plus forts moments des affrontements) pour se réfugier dans les montagnes de la Tchétchénie. De ce fait, la ville de Grozny ne doit pas seulement faire face aux innombrables destructions dans la ville, elle a également fonctionné "au ralenti" d'un point de vue économique, et fait face aujourd'hui à une situation désastreuse, alors même que les investissements pour la reconstruction devraient être massifs. Première question : celle des logements. Comme dans toute ville de l'immédiat après-guerre, la ville de Grozny ne possède pas assez de logements pour accueillir toute sa population, entre ceux restés sur place et ceux revenant des montagnes. La destruction des logements cache un autre problème : celui des "scouats" et de la propriété des biens immobiliers. Pendant la guerre, les habitants restés dans Grozny ont dû, pour beaucoup, abandonné leur propre logement (soit détruit entièrement ou partiellement, soit parce que situé dans une zone occupée par les combattants), et se sont parfois installés dans d'autres logements, laissés vacants par des habitants ayant fui la ville. La question de la propriété et du droit au logement dans les villes de l'immédiat après-guerre est un problème social crucial, trop souvent oublié, mais pourtant source d'importantes tensions entre les habitants. A qui appartient le droit d'habiter dans tel ou tel logement ? Les anciens occupants (propriétaires ou locataires) ou les "nouveaux" occupants ? Cette situation est d'autant plus crisogène que le nombre de logements détruits est important.



Source : "L'enfer de Grozny (1994-2000)", Les cahiers du RETEX, CDEF-DREX, 2006, p. 47.

"Comme le montre le schéma ci-dessus, les Tchétchènes bloquèrent toutes les portes et fenêtres des premiers étages des bâtiments, rendant quasi-impossibles l’accès et le déplacement dans un immeuble. Pendant qu’ils essayaient de grimper sur des échelles ou de forcer les portes, les soldats russes devinrent la cible des tireurs tchétchènes positionnés dans les étages supérieurs".



Bien évidemment, les problèmes de cet immédiat après-guerre sont également économiques : coût de la reconstruction des logements et des infrastructures, réhabilitation d'une économie durable, éducation à rebâtir pour former la jeunesse tchétchène... "La reconstruction de Grozny, rasée comme Stalingrad, est spectaculaire et ne se limite pas au centre-ville. Il faut désormais vraiment chercher pour trouver des façades criblées d'impacts. Les murs recouverts de plaques de tôle colorée pour masquer les plaies alternent avec les immeubles neufs. Sur l'avenue Poutine, une Pizza House voisine avec une Sushi House et une boutique de prêt-à-porter Elite Fashion. Ramzan vient d'inaugurer un nouveau Parlement et un nouveau théâtre. Même un parc de loisirs aquatique est en construction" (Fabrice Nodé-Langlois, "Drôle d'après-guerre en Tchétchénie", Le Figaro, 4 mai 2009). Derrière des images d'une apparente "modernisation" avec l'apparition de cybercafés, le rétablissement de l'électricité, les gens se promenant dans la rue avec un téléphone portable à la main... les défis restent encore nombreux. Se pose encore la question de l'alimentation en eau potable dans de nombreux logements. Le chômage était estimé à 70 % en 2008 (voir Fabrice Nodé-Langlois, "La Tchétchénie peine à soigner ses blessures", Le Figaro, 25 février 2008), et il faut aujourd'hui redonner des emplois, rétablir l'industrie, renforcer le pouvoir d'achat. Le poids économique et social des guerres se lit aussi à travers le nombre important d'orphelins (estimés à 30.000), d'invalides (19.000), de malades (face au manque de soins et à la destruction des infrastructures médicales)...

Derrière le bilan très positif de la reconstruction du bâti, on peut voir un discours : l'immédiat après-guerre est toujours un enjeu humanitaire et social, mais les enjeux politiques ne sont jamais loin ! Pour les acteurs politiques (officiels ou officieux), la reconstruction d'une ville est un moyen d'obtenir le soutien de la population, particulièrement difficile dans les lendemains d'une guerre qui laisse une situation socioéconomique désastreuse. Pour détourner la célèbre phrase du stratège Clausewitz, on pourrait dire que la politique dans l'après-guerre est le prolongement de la guerre par d'autres moyens. Il s'agit pour les "vainqueurs" de gagner et surtout de garder le soutien de la population afin d'asseoir leur pouvoir et la stabilité. Il s'agit pour les "vaincus", ou tout du moins pour les partisans de la reprise des combats, de convaincre la population de l'illégitimité du pouvoir en place, en insistant sur son incapacité à résoudre tous les problèmes du quotidien, qui se font nombreux et pressants. Le soutien de la population n'est pas seulement un enjeu dans la guérilla urbaine (on sait combien il est primordial pour les guérilleros agissant dans les zones urbaines), c'est également un enjeu pour la durabilité de la stabilisation dans l'immédiat après-guerre.



A lire :


jeudi 30 avril 2009

"La ville sous le feu" : le thème du mois de l'AGS


Le thème du mois de l'Alliance géostratégique, blog réunissant les contributeurs de divers blogs consacrés aux questions de défense et de relations internationales, était consacré à "la ville sous le feu". L'occasion de voir des billets sur différentes lectures de "la ville sous le feu" et d'élargir les points de vue !

vendredi 17 avril 2009

Guerre et guérilla urbaines en Tchétchénie


La Russie a annoncé ce jeudi 16 avril 2009 sa décision de cesser les opérations dites "anti-terroristes" en Tchétchénie, qui ont marqué les interventions de l'armée russe sur ce territoire séparatiste depuis presque 10 ans (fin de la 2ème guerre de Tchétchénie début 2000). "De tous les problèmes graves ayant affecté le territoire de la Fédération de Russie depuis son accession à la souveraineté, seule la revendication de l'indépendance tchétchène a provoqué un conflit armé. Ce conflit perdure et s'envenime, malgré toutes les protestations officielles et l'apparente "régularisation" en cours" (Denis Eckert, 2004, Le monde russe, Hachette supérieur, collection Carré géographie, Paris, pp. 56-57).

Le 2 novembre 1991, la Tchétchénie auto-proclame son indépendance, qui n'est pas reconnue par le gouvernement russe. Très rapidement, l'Ingouchie se sépare de la Tchétchénie (4 juin 1992), territoire jugé rebelle par les autorités russes. Vont suivre 2 guerres : la 1ère guerre débute en 1994 et se termine par l'accord de paix de Khassaviourt en août 1996. La 2ème guerre de Tchétchénie débute le 7 août 1999 avec l'arrivée des troupes russes pour repousser un groupe d’extrémistes islamistes venus de Tchétchénie, se réclamant du wahhabisme, conduits par les chefs de guerre Bassaïev et Khatab, qui se sont emparés de quatre villages au sud du Daghestan. La guerre durera jusqu'en 2000, avec le retrait général des rebelles tchétchènes hors de Grozny le 1er février. Dès lors, le conflit s'enlise dans une guérilla urbaine (Voir une chronologie très détaillée jusqu'en 2007 sur le site de La Documentation française).



L'autoproclamation de l'indépendance par les Tchétchènes n'ayant été reconnue ni par les autorités russes, ni par les acteurs de la scène internationale, la Tchétchénie est officiellement l'un des 89 sujets de la Fédération de Russie. Elle se situe dans la partie orientale du Nord-Caucase, à la frontière avec la Géorgie et à proximité des autres Etats nouvellement indépendants du Sud-Caucase. Territoire de 15.600 km², sa "population était estimée en 1995 à 904.000 habitants, dont 337.000 urbains, et en 1998 à 796.000, dont 267.400 urbains. Un recensement effectué par les organisations internationales en pleine guerre (été 2000) donne 734.000 personnes, y compris celles qui sont réfugiées en Ingouchie" (Roger BRUNET, 2001, La Russie, dictionnaire géographique, CNRS-Libergéo - La Documentation française, Paris, p. 374). Ces chiffres sont très parlants et montrent bien l'impact de ces guerres sur la société tchétchène. Il est difficile d'estimer le nombre de morts (les estimations sont très partiales), le nombre de blessés, le nombre d'orphelins, le nombre de déplacés/réfugiés... Malgré l'absente de chiffres, les transformations de la société tchétchène sont évidentes : "en 1991, la population de Tchétchénie était, tout d'abord, pluriethnique. Dans la plaine, la moitié des habitants de la capitale, ainsi que d'autres villes (Goudermès, Argoun, Novogrozny...), étaient russes, cosaques, ukrainiens, juifs, ingouches, par opposition aux piémonts ou aux montagnes, peuplés presque exclusivement de Tchétchènes. La société tchétchène était fortement soviétisée et modernisée, comme l'attestent la sécularisation, l'alphabétisation massive, l'industrialisation, l'urbanisation, la place importante des femmes dans la vie publique" (Comité Tchétchénie, 2003, La Tchétchénie, dix clés pour comprendre, La Découverte, Paris, pp. 85-86). Les guerres de Tchétchénie et la poursuite du conflit sous la forme d'une guérilla urbaine sur la société tchétchène ont totalement transformé le paysage socioculturel de ce territoire : un dépeuplement , mais également une "tchétchénisation" de la population (c'est-à-dire une homogénéisation communautaire du fait du départ massif des populations autres que tchétchènes) et une transformation du mode de vie (avec un départ massif des populations urbaines tchétchènes vers les piémonts et les montagnes, une économie dévastée et une importante paupérisation de la population).

"Les images de Grozny parlent d'elles-mêmes : des quartiers rasés par les bombes ; des maisons éventrées où quelques appartements non calcinés demeurent occupés ; une vie chaotique pour les habitants soumis aux pressions des autorités tchétchènes et de l'armée russe omniprésente. Et, tout aussi injustifiables, d'autres images se superposent : celles de multiples attentats, à Moscou ou ailleurs ; celles, surtout, d'une école prise en otage le jour de la rentrée, à Beslan, en Ossétie du Nord, le 1er septembre 2004" (Jean RADVJANI et Gérard WILD, 2005, La Russie entre deux mondes, La Documentation photographique, n°8045, La Documentation française, Paris, p. 30).

La société russe toute entière est affectée par l'enlisement du conflit tchétchène. Les différents attentats et prises d'otage ont eu pour principal impact la montée de la xénophobie, déjà prégnante, mais fortement renforcée par la prise d'otages par un commando tchétchène dans un théâtre russe le 23 octobre 2002. Cet événement a profondément modifié la perception de la guerre de Tchétchénie dans la société russe : "avant la tragédie de Nord-Ost [du nom de la comédie musicale qui se jouait ce jour-là], l'opinion, lassée par la poursuite de la guerre, se déclarait à 60 % en faveur de négociations, tandis que 30 % y restaient opposés. Mais les partisans des négociations sont surtout préoccupés par les lourdes pertes dans les rangs russes, et n'adhèrent pas nécessairement au projet indépendantiste tchétchène. La prise d'otages à Moscou, qui s'est produite au moment où les négociations apparaissent envisageables, a retourné l'opinion : après son dénouement, seules 16 % des personnes interrogées sont restées en faveur de négociations, 30 % pour des négociations accompagnées d'actions militaires, et 25 % pour un règlement par la force" (Comité Tchétchénie, 2003, La Tchétchénie, dix clés pour comprendre, La Découverte, Paris, p. 80). Bien évidemment, la Tchétchénie est également un défi multiscalaire pour le pouvoir russe : remise en cause de la souveraineté russe et de la légitimité du gouvernement en Tchétchénie, mais également risque de diffusion des velléités séparatistes s'opposant au pouvoir russe dans d'autres régions du Nord-Caucase, problème de sécurisation des frontières entre la Tchétchénie et le Sud-Caucase où les républiques nouvellement indépendantes s'opposent régulièrement au pouvoir russe... "Les problèmes du Caucase-Nord intéressent la Fédération de Russie à trois titres au moins : l'avenir du fédéralisme russe, la question de la montée du danger islamiste, les enjeux du développement" (Michel NAZET, 2007, La Russie et ses marges : nouvel empire ?, Ellipses, collection CQFD, Paris, p. 156).














A lire en ligne :


Quelques éléments bibliographiques :

  • Isabelle FACON, 2007, "Un nouvel aplomb sur la scène internationale ? Une nouvelle doctrinemilitaire pour une nouvelle Russie", revue internationale et stratégique, n°68, n°2007/4, pp. 143-151.

  • Isabelle FACON, 2000, "L'armée russe et la seconde guerre de Tchétchénie", Le Courrier des pays de l'Est, n°124, avril 2000, pp. 27-48.

  • Denis ECKERT, 2004, "La Tchétchénie", Le monde russe, Hachette supérieur, collection Carré géographie, Paris, pp. 56-63.

  • Comité Tchétchénie, 2003, La Tchétchénie, dix clés pour comprendre, La Découverte, Paris, 128 pages.

  • Romain YAKEMTCHOUK, 2006, Le conflit de Tchétchénie, L'Harmattan, Paris, 152 pages.

  • Michel NAZET, 2007, "La Russie et "l'étranger de l'intérieur" ou le domino tchétchène", La Russie et ses marges : nouvel empire ?, Ellipses, collection CQFD, Paris, pp. 145-161.

  • Jean RADVJANI et Gérard WILD, 2005, "La Tchétchénie, mauvaise conscience de la Russie", La Russie entre deux mondes, La Documentation photographique, n°8045, La Documentation française, Paris, pp. 30-31.

  • Olga VENDINA, Vitali BELOZEROV et Andrew GUSTAFSON, 2007, "The wars in Chechnya and Their Effects on Neighboring Regions", Eurasian Geography and Economics, vol. 48, n°2, pp. 178-201 (traduit et publié sous le titre "Les guerres de Tchétchénie et leur impact régional" dans Denis ECKERT, 2007, La Russie, Hachette supérieur, collection Recueils pour les concours, Paris, pp. 41-65)


A voir en ligne :



jeudi 9 avril 2009

Guérilla urbaine ?


Petit arrêt sur les mots qui ont accompagné les images de violences à l'occasion du 60e Sommet de l'OTAN dans la ville de Strasbourg. Le sommet est terminé, les violences ont cessé et les médias nous (re)présentent l'heure du bilan. Et là, une expression, "guérilla urbaine", employée dans tous les médias, pose quand même quelques questions !

Quelques exemples pris parmi des journaux français :
  • "300 interpellations après les scènes de "guérilla urbaine" à Strasbourg" (Libération, 9 avril 2009)
  • "Après la "guérilla urbaine", les questions" (TF1, 9 avril 2009)
  • "Questions après la "guérilla urbaine" de Strasbourg" (L'Express, 9 avril 2009)
  • "A Strasbourg, succès politique et guérilla urbaine" (Le Parisien, 5 avril 2009)
  • "Anti-OTAN : première guérilla urbaine à Strasbourg" (L'Alsace, 3 avril 2009)


A noter que certains (mais pas tous !) médias emploient bien les guillemets pour l'expression "guérilla urbaine", tandis que les autres sites de diffusion d'une certaine information (msn, yahoo...), eux, ne se préoccupent certainement pas de cette distinction.

Si les informations sélectives présentées dans les médias créent des vides et des pleins dans notre imaginaire collectif, le poids des mots qui accompagnent les informations "choisies" comme dignes de devenir des événements pèse également sur la construction de cet imaginaire. Ces mots donnent un sens (ou plutôt créent un sens ?) sur les événements.

Les violences, les incendies, les destructions dans la ville de Strasbourg par des manifestants anti-OTAN relèvent-ils de la guérilla urbaine ? Sait-on de quoi on parle quand on utilise de tels mots ? Les violences dans la ville de Strasbourg traduisent-elles les mêmes moyens, les mêmes intentionnalités et les mêmes revendications que des cas avérés de guérilla urbaine comme en Tchétchénie, pour ne citer qu'un exemple ? Certes, les violences dans la ville de Strasbourg ont été le fait de petits groupes, très mobiles. Mais peut-on parler réellement là de stratégie de harcèlement ? Avaient-elles réellement pour objectif de renverser l'OTAN ? A côté de l'expression "guérilla urbaine", on retrouve dans tous ces articles le mot "casseurs"... Est-on réellement dans le même degré de violences, et plus encore dans les mêmes objectifs d'utilisation de la violence ?

Toujours est-il que l'opinion publique est marquée par cet usage abusif de l'expression "guérilla urbaine" à chaque moment de violence urbaine avec message politique. Mais également que la réflexion et l'action se trouvent compliquées du fait de cet amalgame. Les mots ont un sens, et ce sens a un poids sur les représentations que nous avons du monde, de ces menaces, des "Autres"...

lundi 6 avril 2009

Attentats à la voiture piégée à Bagdad


Ce lundi 6 avril 2009, 6 voitures piégées ont explosé dans différents quartiers de Bagdad. (voir notamment L'Express du 6 avril 2009), notamment à Sadr City, un des quartiers les plus pauvres, quartier chiite devenu un des hauts-lieux de la violence dans l'Irak quotidien (voir le blog de Stéphane Taillat qui analyse avec précision les phénomènes d'insurrection et de contre-insurrection en Irak). Une actualité parmi tant d'autres ? Malgré le bilan humain (on dénombre 34 morts en début d'après-midi) et l'importance du message politique (qui répond à la fois au Sommet du G20, au Sommet de l'OTAN, et aux orientations actuelles prises par le nouveau Président des Etats-Unis), cette démonstration, cette mise en scène de revendications, semble passer au "second plan" dans l'actualité médiatique. Des violences "ordinaires" pour reprendre l'expression du géographe Jérôme Tadié ? Cela renvoie à notre façon de "recevoir" l'actualité. Si les médias nous "vendent" des informations, les transformant ainsi en événements, les médias ne peuvent "vendre" ces informations que si l'opinion publique s'y intéresse. Et les violences dans la ville de Bagdad, comme celles de la ville de Mitrovica et de son célèbre pont - de moins en moins célèbre ! - depuis quelques années, ou de nombreuses villes en guerre, semblent aujourd'hui perdre de leur intérêt médiatique. Le lien entre les médias et l'opinion publique est indiscutable quant à la conception d'un "événement" : l'aspect sensationnel (re)présenté (il s'agit à la fois d'une présentation de l'information, et d'une représentation en tant que mise en scène de l'information pour la transformer en événement) est, en partie, un construit médiatique et social : médiatique parce que la mise en scène en fait un événement (c'est-à-dire une information extraordinaire), et social parce que la mise en scène ne fonctionne que si l'opinion publique y "adhère". Alors, les violences à Bagdad : ordinaires ou extraordinaires ?



lundi 6 octobre 2008

L'émission "La ville vulnérable : guerre, guérilla et catastrophe"


A la suite des 2 cafés géo que Michel Lussault a animé pendant le FIG sur "La guérilla urbaine" (dont le compte-rendu est en cours pour le site des Cafés géo) vendredi soir et "Images de la guerre et de la catastrophe urbaines" dimanche matin, le voici sur les ondes radio ce mercredi 8 octobre 2008, dans l'émission Planète Terre, de 14h à 14h30, sur France Culture, pour nous parler de "La ville vulnérable : guerre, guérilla et catastrophe". Pour ceux qui ne pourront être au rendez-vous, l'émission peut être écoutée en ligne pendant quelques semaines.




L'occasion de présenter cette émission : Planète Terre, un des rares médias qui donnent une place si importante à l'analyse géographique. Animée par Sylvain Kahn tous les mercredis de 14h à 14h30 sur France Culture, le programme est toujours alléchant pour tout passionné de géographie, ou toute personne curieuse de comprendre le monde. L'émission du 15 octobre sera, par exemple, consacrée à la présentation des 2 atlas récents et passionnants tant dans les cartes qu'ils offrent aux lecteurs que dans l'analyse qui les entourent : l'Atlas du Liban et l'Atlas de Tel-Aviv (1908-2008), avec pour invités Eric Verdeil pour le Liban et Catherine Weill-Rochant pour Tel-Aviv. Retrouvez régulièrement le programme de l'émission ou ses archives (les émissions sont disponibles en ligne pendant un mois).