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mardi 8 mars 2016

Retours sur la notion d'urbicide

Depuis les attentats à Paris en janvier et novembre 2015, la notion d'urbicide a connu un nouveau "succès" en étant employée dans plusieurs articles (notamment dans la presse), sans nécessairement en préciser les contours. Cette notion peut être critiquée, dès lors qu'elle est employée sans la définir et qu'elle prend des contours trop englobants. Il ne s'agit pas de signifier tout type de destruction dans la ville : la ville comme espace-cible dans la guerre, la violence et les attentats est une réalité ancienne et multiple. Les villes détruites à des fins militaires (telles que les villes rasées lors de la Seconde Guerre mondiale) n'entrent, par exemple, pas dans la catégorie "urbicide". L'urbicide est une destruction de la ville pour la ville, c'est-à-dire une destruction volontaire d'un espace parce qu'il est l'espace de détestation, parce qu'il est appréhendé comme un espace de l'"impureté". En ce sens, l'urbicide est une idéologie spatiale qui se construit par la haine de la ville comme espace "impur" où émergent des formes d'habiter qui sont détestées. C'est donc un terme qui ne peut être employé pour décrire toutes formes de violences et guerres dans les villes. Ce billet entreprend donc de donner quelques petites références bibliographiques et mises au point épistémologiques (loin d'être exhaustives) pour mieux cerner l'emploi (et les abus) du terme d'urbicide.

Le mot a été utilisé comme une notion, pas nécessairement définie, dès 1987, par Marshall Berman, comme le remarque la géographe Aurélie Delage dans son article sur les violences dans le Bronx (Delage, Aurélie, 2016, "Le Bronx, des flammes aux fleurs : combattre les inégalités socio-spatiales et environnementales au coeur de la ville globale ?", Géoconfluences, dossier "États-Unis : espaces de la puissance, espaces en crises", 15 janvier 2016). Mais, le terme n'a pas alors connu un grand succès, d'autant qu'il relève d'une approche très contestée qui fait de l'urbicide la destruction de la ville. Ce manque de "succès" du néologisme s'explique peut-être par l'absence d'une clarification sur son emploi. Plus généralement, on constate que, pour désigner des violences urbaines, l'emploi de ce néologisme peut paraître sans apport : pourquoi un néologisme pour une réalité ancienne, c'est-à-dire pour dire "les destructions dans les villes détruites lors de guerres, violences urbaines, etc." ? Mais l'emploi ancien du terme est à noter.
=> Berman, Marshall, 1987, "Among The Ruins", News Internationalist, n°178, décembre 1987.

Le mot est, par la suite, devenu un concept sous la plume de Bogdan Bogdanović (architecte et ancien maire de Belgrade) et plus généralement du collectif Warchitecture (rarement cité, mais en fait c'est au sein de ce collectif que Bogdan Bogdanović a réfléchi au concept, même s'il est vrai que ce sont les textes de Bogdanović - en français - qui l'ont "popularisé" : mais si on doit donner une origine plus précise, c'est le collectif Architecture tout autant que Bogdan Bogdanović). C'est dans le contexte des guerres de décomposition de la Yougoslavie que ce concept prend donc de l'ampleur, dans la littérature francophone : Xavier Bougarel (s'il n'emploie pas le terme) rappelle, par exemple, combien s'opposent, en Bosnie-Herzégovine, deux idéologies spatiales : l'une urbaine, l'autre rurale (Bougarel, Xavier, 1996, Bosnie.. Anatomie d'un conflit, La Découverte, Paris). La détestation de la ville par les nationalismes qui ont réémergé dans cet espace post-yougoslave à la mort de Tito s'appuie ainsi sur une détestation de la ville comme espace de rencontres intercommunautaires, magnifiant une vie villageoise fondée sur l'entre-soi communautaire.
=> Bogdanović, Bogdan, 1993, "Murder of a City", The New York Review of Books, vol. 40, n°10/1993.
=>  Warchitecture, 1994, Urbicide – Sarajevo. Sarajevo, une ville blessée, catalogue d’exposition.
=> Bogdanović, Bogdan, 1993, « L’urbicide ritualisé », dans Véronique Nahoum-Grappe (dir.), 1993, Vukovar, Sarajevo… La guerre en ex-Yougoslavie, Paris : Editions Esprit, pp. 33-37.
=> François Chaplin, 1997, Une haine monumentale. Essai sur la destruction des villes en ex-Yougoslavie, Descartes & Cie, Paris.
=> Tratnjek, Bénédicte, 2012, "La destruction du « vivre ensemble » à Sarajevo : penser la guerre par le prisme de l’urbicide", Lettre de l'IRSEM, n°5/2012.

L'urbicide dans Sarajevo : de la haine de "l'Autre" à la haine de l'urbanité
Source : Tratnjek, Bénédicte, 2012, "(Re)construire la ville comme lieu d'interface dans l'immédiat après-guerre : destruction de l'urbanité et symbolique des lieux dans la ville en guerre", Colloque La ville comme lieu d'interface, 9e Colloque de la Relève VRM, Montréal, 17-18 mai 2012.


Sous la plume de Bogdanović, l'urbicide doit être ritualisé, d'où l'importance du paysage  (que l'on entend comme la dimension sensible de l'espace) dans la mise en scène de la destruction (notamment par le prisme de l'espace médiatique). Il s'agit à la fois de rendre visible la destruction, mais aussi d'affecter les pratiques spatiales : en produisant des émotions (la peur, la colère) par la destruction, c'est l'urbanité qui se retrouve affectée, voire détruite dans le cas de succès de cette stratégie.
=> Tratnjek, Bénédicte, 2010, « Les paysages urbains en guerre : géosymboles, territorialités et représentations », dans Nicolás Ortega Cantero, Jacobo García Álvarez y Manuel Mollá Ruiz-Gómez (dir.), 2010, Lenguajes y visiones del paisaje y del territorio (Langages et visions du paysage et du territoire), UAM Ediciones, Madrid, pp. 187-199.
=> Tratnjek, Bénédicte, 2009, "Le paysage-spectacle dans la guerre : L'urbicide, une mise en scène de la haine dans la ville", communication aux Secondes Journées Doctorales en Paysage, Blois, décembre 2009.

Le concept ainsi forgé a été, en France, fortement emprunt de lien avec son étymologie (urbi = ville, -cide = meurtre). Le meurtre de la ville ne fait donc pas de la ville un espace-support où se déroulent les combats, mais un espace-cible, l'espace qui doit être détruit pour ce qu'il est, ce qu'il représente, ce qu'il produit. Si l'on retient comme définition de la ville comme espace de mixité, de proximité et d'échanges maximum, le meurtre de la ville a pour objectif la destruction de l'urbanité, c'est-à-dire l'essence même de la ville, ce qui fait d'elle cet espace de mixité, de proximité et d'échanges. Il s'agit donc d'une détestation d'un espace précis - la ville - qui amène à son destruction volontaire (par différents moyens). D'autres néologismes ont pu être créés, comme celui de mémoricide, reprenant la destruction de la mémoire parce que ce qu'elle représente et transmet est détesté. Le géographe Stéphane Rosière note la prolifération des néologismes en -cide depuis l'utilisation du concept de "génocide" (forgé sur le terme genos = le peuple) sur lequel va être forgé le concept d'urbicide. L'urbicide est, dans cette perspective, l'une des modalités de modifications coercitives du peuplement.
=> Rosière, Stéphane, 2007, "La modification coercitive du peuplement", L'Information géographique, vol. 71, n°1/2007, pp. 7-26.
=> Tratnjek, Bénédicte, 2014, "Mémoricides dans les espaces post-yougoslaves : de la destruction de la mémoire à la ré-écriture d'une mémoire excluante", dans Cattanéo, Grégory (dir.), 2014, Guerre, mémoire, identité, Nuvis, Paris, pp. 215-238.



Cette approche est surtout révélatrice des emplois en langue française. Néanmoins, dans la recherche anglo-saxonne (principalement aux Etats-Unis), le concept a connu, depuis les années 2000, un fort succès, selon 2 axes :

1/ Un emploi a posteriori pour décrire la destruction dans les villes libanaises qui tient de la haine de la ville pour son urbanité.
=> Ramadan, Adam, 2009, « Destroying Nahr el-Bared: Sovereignty and urbicide in the space of exception », Political Geography, vol. 28, n°3, pp. 153-163.
=> Fregonese, Sara, 2009, « The urbicide of Beirut? Geopolitics and the built environment in the Lebanese civil war (1975-1976) », Political Geography, vol. 28, n°5, juin 2009, pp. 309-318.
=> Verdeil, Éric, 2009, "Urbicides au Liban", carnet de recherches Rumor, 19 octobre 2009.

2/ Une extension épistémologique très importante, urbi perdant son unique lien avec la ville, pour devenir plus englobant. Le terme tend à désigner, sous certaines plumes, la destruction de l'espace pour et par la haine de l'espace considéré (qui n'est plus nécessairement la ville). L'auteur principal et chef de file d'un grand dynamisme sur ces questions est le géographe Stephen Graham (dès le début des années 2000).
=> Graham, Stephen, 2003, "Lessons in Urbicide", New Left Review, vol. 19, pp. 63-77, en ligne : http://newleftreview.org/II/19/stephen-graham-lessons-in-urbicide
=> Coward, Martin, 2009, Urbicide. The politics of urban destructions, New York : Rutledge.
=> Bevan, Robert, 2006, The Destruction of Memory. Architecture at War, Londres : Reaktion Books.
=> Graham, Stephen (dir.), Cities, War and Terrorism. Toward an Urban Geopolitics, Blackwell Publishing, Oxford.
=> Graham, Stephen, 2011, Cities Under Siege. The New Military Urbanism, Verso (attention à la traduction française, qui est en fait une traduction de quelques chapitres, sans explication des retraits - qui sont autant d'enchaînements réflexifs qui manquent dans la traduction française)
=> plus globalement : toutes les publications de Stephen Graham http://www.ncl.ac.uk/apl/staff/profile/stevegraham.html#publications

Si les études de cas du géographe Stephen Graham sont très portées sur la ville, les ouvrages qu'ils dirigent accueillent des contributions qui élargissent très nettement le concept d'urbicide à toute destruction de l'espace par/pour la haine de cet espace (même chez Stephen Graham dans le cas des Territoires palestiniens). Cette approche a parfois été très contestée en France, où l'on préfère distinguer :
  • l'urbicide pour la ville,
  • le spatiocide pour d'autres types d'espaces.
On note ainsi un emploi, certes discret, du terme de "spaciocide", dans le contexte des privations d'espaces (qui ne se réduisent pas au mur, mais englobent une multitudes de dispositifs spatiaux) dans les Territoires Palestiniens (tout particulièrement chez le sociologue Sari Hanafi qui utilise le terme sous la forme "spatio-cide", distinguant ainsi bien les deux racines).
=> Hanafi, Sari, 2004, "Spatio-cide, réfugiés, crise de l'État-nation", Multitudes, n°18, pp. 187-196. 
=> Lévy, Jacques, 2008, "Topologie furtive", EspacesTemps.net, rubrique "Objets", 28 février 2008.
=> Hanafi, Sari, 2009, "Territoires palestiniens : le "spatio-cide", une politique coloniale", Grotius, 25 septembre 2009.



Pour conclure, l'urbicide est donc la destruction de la ville non pour le bâti mais pour son identité et son essence (ce qui fait que la ville produit un habiter spécifique, espace de rencontres et de mixité maximales), c'est-à-dire destruction de l'urbanité, dans laquelle la ville n'est pas un espace-scène ou un espace-support, mais l'objet de la destruction, pour laquelle la destruction du paysage est mise en scène.



mardi 12 novembre 2013

La ville, nouveau champ de bataille (Demain la ville)

Voici le lien vers l'un entretien réalisé par le site Demain la ville, par téléphone, autour de la question de "La ville, nouveau champ de bataille". Cet entretien s'inscrit dans un cycle de publications de textes sur la ville, l'urbain, l'urbanité, parmi lesquels on notera des textes tels que "La ville dans les films de science-fiction", "Exode urbain : qui sont les néo-ruraux ?", "La ville nourricière et ses paradoxes", "L'espace public est un gymnase comme les autres"… Le site Demain la ville propose ainsi des textes courts autour de la ville d'aujourd'hui et surtout de la ville en train de construire aujourd'hui pour penser les villes du futur. L'imaginaire et les représentations de l'espace sont au coeur de nombreux textes.

Concernant les villes en guerre, l'entretien a été l'occasion de s'interroger sur le 11 septembre comme "événement spatial" qui a renforcé l'imaginaire de la ville vulnérable, du poids de l'urbanisation dans la conflictualité actuelle et future (qui ne signifie pas la disparition des "champs de bataille" non-urbains, le cas de l'Afghanistan étant parlant pour montrer que si les villes sont les espaces de l'urgence humanitaire, les espaces de l'intervention militaire se situent dans les montagnes moins densément peuplées, qui peuvent servir d'espaces-sanctuaires dans la guerre), et les "modèles" de villes en guerre (on postule que le découpage classique de "modèles" de villes par aires géographiques n'est pas suffisamment pertinent pour penser ce qui se joue dans les villes, mais surtout dans les pratiques spatiales et l'ancrage invisible de la guerre dans l'urbanité).


--> "La ville, nouveau champ de bataille", entretien avec Bénédicte Tratnjek, Demain la ville, 8 novembre 2013.


lundi 16 septembre 2013

La ville sert-elle d'abord à faire la guerre ? (Planète Terre, France Culture)

Le podcast et le lien pour la ré-écoute de la dernière émission de Planète terre (France Culture, animée par Syvlain Kahn, 11 septembre 2013), "La ville sert-elle d'abord à faire la guerre ?" sont disponibles sur le site de France Culture.



Le titre de cette émission fait un clin d'œil assumé à la célèbre formule d'Yves Lacoste : "La géographie, ça sert, d'abord, à faire la guerre" évoquant le titre de son ouvrage de 1976 qui, s'il évoquait non pas la méthode géopolitique telle que proposée par Yves Lacoste mais était un plaidoyer pour un retour d'une géographie active et engagée qui saurait non seulement se réapproprier les questions politiques (et pas seulement dans une perspective d'affrontements armés, l'ouvrage insistant tout particulièrement sur le rôle du géographe dans l'aménagement du territoire ou sur l'importance de la géographie scolaire), mais aussi d'affirmer dans son utilité sociale (à ce propos, voir Yann Calbérac et Aurélie Delage (dir.), 2010, "A quoi sert la géographie ?", Tracés, hors-série n°10).

L'émission elle-même, partant de la commémoration des attentats du 11 septembre, revient sur la question de la géographie de la guerre urbaine et de la ville en guerre. Voici quelques liens vers des ressources citées dans l'émission (et quelques autres qui n'ont eu le temps d'être évoquées) :




POUR (RÉ)ÉCOUTER L'ÉMISSION :
"La ville sert-elle d'abord à faire la guerre ?"
Planète Terre, France Culture, 11 septembre 2013.



mercredi 10 juillet 2013

La guerre, la ville et l'économie (2)

Suite à la présentation de la communication "La ville, la guerre et l'économie" (voir la présentation power-point) lors du colloque Guerre et économie (organisé par le Club Participation & Progrès, l'Alliance géostratégique et l'Ecole de Guerre Economique le 1er juillet 2011 à l'Ecole militaire, Paris), voici le texte paru dans l'ouvrage Guerre et économie : de l'économie de guerre à la guerre économique, qui réunit les actes de ce colloque.

Lire l'avant-propos et découvrir le sommaire de l'ouvrage.



Premières lignes du chapitres :

« La guerre, la ville et l’économie » est un titre qui fait un « clin d’œil » au célèbre ouvrage de Jean-Louis Dufour : La guerre, la ville et le soldat. Questionner le lien entre guerre et économie au prisme du cas particulier des villes en guerre permet de procéder à un changement d’échelles : si de nombreux travaux analysent les liens entre guerre et économie à l’échelle de l’Etat qui finance la guerre (en particulier dans le cas des opérations extérieures menées par des Etats engagés au nom de leur Etat ou dans des coalitions, notamment onusiennes ou otaniennes), ou à l’échelle des entreprises impliquées dans l’effort de guerre ou à l’échelle mondiale (pour notamment mettre en exergue les rapports de pouvoir entre les différents Etats), cet article se propose de présenter les conséquences de la guerre sur l’économie urbaine à l’échelle locale.  S’appuyer sur une approche géographique permet de compléter les approches économiques et juridiques, dans la mesure où elle met en exergue les impacts des destructions et d’une géographie de la peur qui se construit dans la ville et tend à faire disparaître l’urbanité, c’est- à-dire le vivre-la-ville, celle-ci étant alors conçue comme un lieu d’échanges, de rencontres et de proximités. 

On distinguera trois types d’interrelations entre guerre et économie dans la ville en guerre. Tout d’abord, les destructions dans la ville provoquent des dysfonctionnements urbains très lourds : il s’agit là de questionner l’économie urbaine dans la guerre, c’est-à-dire la manière dont l’économie urbaine est affectée par la géographie des combats, qui dessine des zones- refuges et des zones-cibles, produisant une injustice spatiale profondément ancrée dans la ville. De plus, il est nécessaire de questionner le financement de la guerre au prisme de ces spatialités : la violence produit des fragmentations urbaines, qui sont (ré)activées, créées, apaisées ou renforcées par les acteurs de l’économie urbaine de guerre. Ainsi, l’échelle de la ville ne peut suffire à comprendre tous les enjeux des liens guerre/économie : on s’attachera, à l’échelle du quartier, à montrer l’émergence de quartiers-territoires comme producteurs de plusieurs économies fragmentées dans la ville, qui mettent à mal le processus de pacification dans l’immédiat après-guerre. Enfin, la question de la reconstruction permet de dépasser le temps des combats, et de questionner l’économie urbaine en guerre, dans la mesure où celle-ci reste affectée, voire « formatée », par les conflictualités qui persistent dans la ville.

Distinguer économie urbaine dans la guerre, économie urbaine de guerre et économie urbaine en guerre, consiste à mettre en avant les spatialités et les temporalités des acteurs et des habitants dans les villes en guerre : comment la géographie des combats s’ancre dans le (dys)fonctionnement économique de la ville au point d’être un enjeu prioritaire des processus de réconciliation et de pacification dans l’immédiat après-guerre ? On postule, dans cet article, que les tensions sociales de l’immédiat avant-guerre, de la guerre et de l’immédiat après-guerre sont des facteurs aggravants, utilisés et déformés par les acteurs de la guerre, des conflictualités qui déchirent les villes en guerre.

Cliquez sur l'image pour accéder à l'article


Références complètes : Tratnjek, Bénédicte, 2013, "La guerre, la ville et l'économie", dans Kempf, Olivier (dir.), Guerre et économie : de l'économie de guerre à la guerre économique, L'Harmattan, collection Défense, Paris, pp. 93-121.

Ce document a été déposé en ligne sur le site des archives ouvertes Hal : http://halshs.archives-ouvertes.fr/SHS/halshs-00843045/fr/
--> Pour citer ce chapitre, merci de se référer à la pagination de la version originale.


vendredi 12 avril 2013

Colloque : "Face à la guerre : combattants et non combattants dans les conflits contemporains"

Le trinôme académique de Grenoble (Education nationale et IHEDN-Défense) propose, en partenariat avec Grenoble Ecole de Management et la 27e Brigade d'Infanterie de Montagne (27 BIM), le colloque le vendredi 24 mai 2013 : "Face à la guerre : combattants et non combattants dans les conflits contemporains" (au grand auditorium de Grenoble Ecole de Management, 12 rue Pierre Sémard, Grenoble).




Programme du colloque :
(voir également le programme sous format pdf)


9h00 : Accueil du public

9h30 : Allocutions de bienvenue
- Olivier Audéoud (recteur de l'Académie de Grenoble)
- Général Benoît Houssay (commandant la 27e Brigade d'Infanterie de Montagne)
- Renaud Pras (président de l'association IHEDN Dauphiné-Savoie)

Présentation de la journée
Catherine Biaggi (inspectrice générale de l'Eduction nationale)

10h00 : Conférence introductive : L'EXPÉRIENCE COMBATTANTE AU REGARD DES CONFLITS DU XXe SIÈCLE
Olivier Wieviorka (historien, professeur à l'Ecole Normale Supérieure de Cachan, rédacteur en chef de la revue Vongtième siècle)



COMBATTANTS ET NON COMBATTANTS DANS LA GUERRE

10h30 : 1er débat
Modérateur : Colonel Yann Kervizic (adjoint au Général commandant de la 27e BIM)


L'EXPÉRIENCE COMBATTANTE
Commander au feu
Capitaine Pierre Malavaux (13e Bataillon de Chasseurs Alpins, Chambéry)

Gérer les traumatismes psychologiques du combattant
Docteur Thierry Bruge Ansel (médecin chef des services à l'hôpital d'instruction des armées Desgenettes)

Echanges avec l'auditoire


VILLES ET POPULATIONS EN GUERRE
Beyrouth : au coeur de la guerre civile
Bénédicte Tratnjek (chercheuse, enseignante et doctorante en géographie, Université Blaise Pascal à Clermont-Ferrand, IRSEM)

Sarajevo : vivre dans une ville assiégée
Henry Jacolin (ambassadeur de France en Bosnie-Herzégovine 1993-1995)


COUVRIR LA GUERRE : ÊTRE CORRESPONDANT DE GUERRE AU SEIN DES CONFLITS
Didier François (grand reporter à Europe I)

Echanges avec l'auditoire


Pause déjeuner libre


SORTIR DE LA GUERRE

14h15 : 2e débat
Modérateurs :
Catherine Biaggi (inspectrice générale de l'Education nationale)
Kevin Sutton (professeur agrégé au département de géographie de l'Université de Savoie)


DES OPÉRATIONS DE GUERRE AU MAINTIEN DE LA PAIX
L'engagement de la France dans une opération internationale
Général Antoine Noguier (chef du cabinet militaire du ministre de la Défense)

Echanges avec l'auditoire


RECONSTRUIRE L'ÉTAT ET L'ÉCONOMIE
Refonder l'Etat et garantir l'efficacité économique de la reconstruction
Hervé Hutin (PRAG, docteur en économie à l'Université de Savoie)
et Frédéric Turpin (professeur des Universités en histoire à l'Université de Savoie)


RECOMPOSER LES ÉQUILIBRES GÉOPOLITIQUES RÉGIONAUX
Circulations et territoires en Afrique de l'Ouest, un enjeu dans les conflits
Jean-Fabien Steck (maître de conférences au département de géographie de l'Université de paris Ouest-Nanterre)

La politique étrangère turque au Moyen-Orient : néo-ottomanisme ou nouvelle approche stratégique ?
Jean Marcou (professeur de droit public à l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble)

Echanges avec la salle


Conclusions du colloque : HISTOIRE ET MÉMOIRES DES CONFLITS CONTEMPORAINS
Olivier Wieviorka (historien, professeur à l'Ecole Normale Supérieure de Cachan, rédacteur en chef de la revue Vingtième siècle)

17h15 : Fin du colloque


mercredi 10 avril 2013

Belfast, ville-mur : sélection biblio/sitographique

Reprenant ici le titre d'un article du Monde du 10 avril 2013 (merci à Florent de Saint-Victor de me l'avoir signalée !) qui revient sur le 15e anniversaire des Accords du Vendredi saint (10 avril 1998 : voir à ce propos l'article de Zouhaïr Abassi, 2011, "L'Accord du Vendredi saint de 1998 et l'approche consociationnelle", Etudes irlandaises, vol. 36, n°2/2011, pp. 73-84), ce billet propose une sélection biblio/sitographique (comme habituellement, non exhaustive).

Les peacelines construites à Belfast
Source : Florine Ballif et Stéphane Rosière, 2009, "Le défi des « teichopolitiques ». Analyser la fermeture contemporaine des territoires", L'Espace géographique, vol. 38, n°3/2009, pp. 193-206.




jeudi 18 octobre 2012

Le paysage-spectacle dans la guerre : de la haine de l’espace au paysage en guerre (FIG 2012, Café cartographique)

Photos et montage : Jasmine Salachas,
Cafés cartographiques, 13 octobre 2012.
Le café cartographique du samedi 13 octobre 2012 au Festival international de géographie (FIG 2012) qui était consacré aux "Facettes du paysage" (actes à venir sur le site du CNDP) a été l'occasion d'intervenir sur "Le paysage-spectacle dans la guerre : de la haine de l'espace au paysage en guerre". En voici le diaporama présenté et discuté autour de la question de l'urbicide, de la théâtralisation des lieux de combats, de l'utilisation de l'espace médiatique pour mettre en scène des idéologies spatiales par la violence... Et si derrière les aléas de la géographie des combats se cachait une volonté de détruire des lieux choisis pour leur symbolique ? A retrouver également les documents préparatoires publiés sur la page de ce café cartographique.


vendredi 13 avril 2012

Dossier : "Avril 1992 - avril 2012 : il y a vingt ans commençait le siège de Sarajevo" (Le Courrier des Balkans)

Pour les francophones, Le Courrier des Balkans est une exceptionnelle source d'informations sur les Balkans, avec la traduction de nombreux articles choisis de la presse balkanique et la production d'articles par les correspondants de l'équipe du Courrier des Balkans dans les différents pays de l'espace balkanique. Pour les 20 ans du début du siège de Sarajevo, Le Courrier des Balkans propose un dossier ouvert le 2 avril 2012, compilant des articles (20 articles à l'heure actuelle) sur le déroulement du siège de Sarajevo et sur les cérémonies de commémoration dans la ville. Si certains articles ne sont accessibles qu'aux seuls abonnés (il est possible de s'abonner pour 14 jours ou pour un an : voir les conditions de vente), une grande partie est accessible à tous, notamment de nombreux articles sur la vie dans la ville de Sarajevo assiégée. Voici les liens et les résumés des premiers articles proposés dans le dossier "Avril 1992 - avril 2012 : il y a vingt ans commençait le siège de Sarajevo".



dimanche 8 avril 2012

Miss Sarajevo (U2 / Pavarotti)

Déjà connu pour l'un de leurs plus grands succès sur le massacre du Bogside à Derry/Londonderry lors du "Bloody Sunday" (dimanche 30 janvier 1972) : Sunday Bloody Sunday, le groupe U2 reprend la thématique de la ville en guerre dans sa chanson Miss Sarajevo interprétée avec Luciano Pavarotti. Si Sunday Bloody Sunday est une chanson sur en mémoire aux victimes, Miss Sarajevo aborde le quotidien dans une ville en guerre. Dans cette série de billets revenant sur le 20ème anniversaire du début du siège de Sarajevo, voici la vidéo de la chanson Miss Sarajevo, accompagnant un documentaire sur la vie dans la ville en guerre.



vendredi 6 avril 2012

"Les villes dans la guerre" (Les Cafés géographiques)

6 avril 1992 : la Communauté européenne reconnaît l'indépendance de la Bosnie-Herzégovine, et la guerre de Bosnie-Herzégovine commence. Après le reportage "Sarajevo : 20 ans après la guerre de Bosnie" proposé par Euronews et le documentaire "Les forces françaises dans la guerre de Bosnie" proposé par l'ECPAD, voici le compte-rendu du café géographique de Paris du 26 octobre 2010 sur "Les villes dans la guerre", avec Henry Jacolin, premier ambassadeur de France en Bosnie-Herzégovine, qui est arrivé en poste en pleine guerre, suite à la reconnaissance par la France de l'indépendance de ce pays. Ce café géographique a été l'occasion de discuter, autour du siège de Sarajevo, de la ville en guerre comme espace de combats, mais aussi comme espace de (sur)vie.


Les impacts de l'urbicide dans la ville de Sarajevo : "une haine monumentale"
Réalisation : Bénédicte Tratnjek, d'après Xavier Bougarel, 1996, Bosnie : anatomie d'un conflit, La Découverte ; et Warchitecture, 1994, Urbicide Sarajevo, Association Architects Das-Sabir.
Source : Henry Jacolin et Bénédicte Tratnjek, "Les villes dans la guerre", Les Cafés géographiques, rubrique Des cafés, 26 octobre 2010, compte-rendu par Sophie Latour et Bénédicte Tratnjek.


Extrait du compte-rendu :
"La vie quotidienne durant le siège était dangereuse et tous les moyens ont été utilisés pour terroriser la population. Les canons tiraient des obus avec une précision remarquable. L’ambassade de France n’a pas été épargnée et a été visée en réaction à la décision du président Jacques Chirac en août 1995 de créer une « force de réaction rapide ». Les lieux de rencontre, comme les marchés, les commerces (plus particulièrement les boulangeries) ont été visés par des tirs de mortiers. Les massacres de Markale sont particulièrement frappants par la volonté assumée des belligérants de faire des victimes à une heure où de nombreux Sarajéviens se rendaient sur ce marché pour y acheter de quoi survivre : ils ont fait respectivement 68 morts en février 1994 et 37 morts en août 1995. Enfin, les snipers disposaient d’angles de tirs leur permettant d’avoir dans leur visée tous les ponts en enfilade. Cette terreur était amplifiée par le fait que les tirs pouvaient survenir à n’importe quel moment. Face à cette situation, les habitants ont appris à connaître et à gérer ces lieux du danger. Les angles de tirs étaient connus de tous au mètre près ; les carrefours étaient recouverts de bâches, on y empilait des conteneurs. La rue étant soumise à un danger permanent, les habitants utilisaient des trous entre les cours des immeubles pour circuler."




Source de l'article : Henry Jacolin et Bénédicte Tratnjek, 2010, "Les villes dans la guerre", Les Cafés géographiques, rubrique Des cafés, 26 octobre 2010, compte-rendu par Sophie Latour et Bénédicte Tratnjek.


mercredi 14 mars 2012

"Cities Under Siege" (Stephen Graham)

Voici la vidéo d'une intervention (en anglais) du géographe Stephen Graham, qui a notamment écrit Cities Under Siege: The New Military Urbanism (Verso, Londres, 2010, 402 p.) et dirigé l'ouvrage Cities, War and Terrorism. Towards an Urban Geopolitics (Blackwell Publishing, 2004, 384 p.) dans lequel il signe les chapitres "Cities as Strategic Sites: Place Annihilation and Urban Geopolitics" et "Constructing Urbicide by Buldozer in the Occupied Territories". Cette conférence a eu lieu le 7 juin 2010 à la New Academic Building. Pour poursuivre cette vidéo, retrouvez également en fin de billet une sélection bibliographique sur les travaux de Stephen Graham, incontournables pour penser les liens guerre/ville au prisme de la militarisation croissante de l'urbanisme. Par son approche spatiale des conflictualités urbaines et des aménagements de l'espace public pour établir un urbanisme de contrôle, c'est avant tout une réflexion sur la ville, l'urbanité et l'habiter que propose Stephen Graham à travers ses différentes publications. Son analyse des dispositifs sécuritaires dans les villes dépasse en effet le contexte particulier de la guerre, et l'on retrouve là la tentation d'un urbanisme de contrôle qui avait déjà régi l'urbanisme dit "hygiéniste" (depuis les aménagements haussmanniens dans les villes françaises, notamment Paris et Lyon, jusqu'aux urbanismes communistes, depuis les aménagements des villes de l'ex-URSS par Staline ou l'urbanisme titiste dans les périphéries des villes ex-yougoslaves). 



mardi 14 février 2012

La ville : un "espace symbole", enjeu de la pacification des territoires

Pourquoi la ville ? La ville : un "espace symbole", enjeu de la pacification des territoires. Si la ville n’est pas un « nouvel » espace de conflits tant sa présence marque l’histoire des guerres, les modalités d’interventions militaires sont profondément affectées par l’ampleur de l’urbanisation dans le monde, par les transformations de l’éthique militaire (les Armées dites « occidentales » ne « rasent » plus les villes pour en prendre le contrôle et se donnent pour objectif de protéger les civils), par la technologisation des Armées, et par la profusion d’acteurs informels aux intentionnalités diversifiées (milices, mercenaires, réseaux criminels…).
 
Voici un papier publié dans Armées d'aujourd'hui (n°367, février 2012, pp. 24-25) sur la ville dans la guerre comme espace symbole, la géographie de la peur qui s'inscrit durablement dans les territoires du quotidien et l'efficacité géographique de l'urbicide.


mercredi 25 janvier 2012

Vidéo : "Le conflit nord-irlandais et l’espace urbain. L’exemple des peacelines de Belfast" (Florine Ballif)

Voici la vidéo de la conférence "Le conflit nord-irlandais et l'espace urbain. L'exemple des peacelines de Belfast" donnée par Florine Ballif (maître de conférences à l'Institut d'urbanisme de Paris) le 29 mars 2011 dans le cadre du séminaire Conflits et territoires (organisé par Agroparistech et l'INRA).





Présentation par l'organisateur :
"Au-delà de leurs conséquences en terme de déplacement de population et de mise en place de barricades ou de systèmes défensifs, les guerres civiles ont des effets sur les espaces urbains : elles organisent les territoires de manière durable. Le cas de Belfast est marqué par la construction de murs de sécurité (appelés peacelines), édifiés par l’armée, puis par la police, pour maintenir l'ordre. Après les accords de paix de 1998 leur nombre augmente, même s'ils sont d'une ampleur moindre, mais leur signification change, parallèlement à l'installation d'un gouvernement local.

La politisation de la décision de construire des murs est la marque d'un conflit urbain qui se poursuit en termes de lutte pour les ressources publiques. Cette dimension est très importante pour le logement social, dont les gestionnaires sont contraints par les murs, qui dessinent une territorialité difficile à modifier. Les murs sont intégrés aux aménagements des ensembles d’habitat social lors des opérations de rénovation urbaine. Cela rend plus difficile leur démolition, d'autant plus que les populations souhaitent leur maintien pour des raisons de sécurité, en dépit de l'arrêt de la lutte armée."


samedi 7 janvier 2012

Sarajevo : l'âme d'une ville se cache aussi dans ses lieux ordinaires

Voici le courrier des lecteurs publié dans le n°4 de la revue Guerres & Histoire, en réponse à l'article "Sarajevo 1993, les snipers dans le viseur" (entretien réalisé par Pierre Grumberg avec le Colonel Michel Goya : voir des extraits dans le billet "Géographie vécue : Sarajevo et la lutte anti-sniper par le Colonel Goya"). Il revient sur la représentation de la ville en guerre perçue par les militaires qui y sont déployés et sur les intentionnalités des acteurs de la guerre quant à la destruction choisie des lieux "ordinaires", détournement du "génie des lieux", pour produire un paysage de la haine.

Michel GOYA, "Sarajevo 1993, les snipers dans le viseur",
entretien réalisé par Pierre GRUMBERG, Guerres & Histoire, n°3, 2011, pp. 6-13.

vendredi 6 janvier 2012

Géographie vécue : Sarajevo et la lutte anti-sniper par le Colonel Goya


Quelques jours avant d'être à ses côtés pour le Forum de l'IRSEM sur les "Nouveaux espaces conflictuels" du 10 janvier 2012 autour du sujet : "De la guerre urbaine à la ville en guerre" (Ecole militaire, amphithéâtre De Bourcet, 12h30-14h00), voici quelques extraits d'un témoignage du Colonel Michel Goya (directeur du domaine "Nouveaux conflits" à l'Institut de recherche stratégique de l'Ecole militaire - IRSEM, auteur de nombreux ouvrages sur le fait militaire parmi lesquels Res militaris. De l'emploi des forces armées au XXIe siècle (Economica, 2010) et Irak. Les armées du chaos (Economica, 2008), et animateur du blog La voie de l'épée) sur la lutte anti-snipers menée à Sarajevo. C'est incontestablement l'un des observateurs les plus avertis de la "guerre urbaine". De Sarajevo à Kaboul, son expérience de terrain l'a amené à se confronter à la réalité de cet enjeu stratégique, tactique et doctrinal majeur pour le XXIe siècle.

lundi 26 décembre 2011

De la guerre urbaine à la ville en guerre (RDV de l'IRSEM - 10 janvier)

De la guerre urbaine à la ville en guerre



mardi 10 janvier 2012, 12h30-14h00, Amphithéâtre De Bourcet, Ecole militaire
(attention changement d'amphithéâtre)



Intervenants :



«  Nous avions le sentiment désagréable d’être exposés à une menace permanente. Il y avait bien sûr les snipers, qui surveillaient toute la ville (notamment la grande artère centrale qu’on appelait « Sniper Alley »), raison pour laquelle tout le monde vivait caché. Il y avait aussi les obus : 120 mm de mortiers, 100 mm des chars T-55, 122 mm de l’artillerie lourde… La ville en recevait 300 à 400 par jour, tirés au hasard, du harcèlement pur et simple » (Michel Goya, 2011, « Sarajevo 19993, les snipers dans le viseur », Guerres & Histoire, n°3, pp. 6-13). Le témoignage du colonel Michel Goya montre bien le vécu des militaires français déployés à Sarajevo en 1993 pour la lutte anti-snipers. Pourtant, des analyses a posterio ont montré que le harcèlement par tirs sur la ville de Sarajevo ne relevait pas d’une volonté d’anéantissement de la ville, les Serbes de Bosnie-Herzégovine ayant pour projet de faire de la ville la capitale d’un Etat serbe de Bosnie-Herzégovine. La destruction des hauts-lieux comme celle des lieux « ordinaires » avaient pour objectif de détruire non la ville comme espace de vie, mais l’urbanité comme vivre ensemble. Les acteurs en armes utilisent la ville comme un espace-scène dans lequel la destruction/(re)construction des lieux et la territorialisation de et par la violence leur permet de rendre visible leur message politique.

La destruction des espaces de rencontre relèvent de nettoyages territoriaux qui impactent sur la ville non seulement comme espace de combats, mais aussi comme espace de vie et comme espace discursif. A Kosovska Mitrovica/Mitrovicë, les espaces de la mort ne correspondent pas avec les espaces des vivants. A Beyrouth, le Hezbollah s’est fait urbaniste dans des quartiers de la banlieue sud, devenus des foyers de contestation et de radicalisation politiques. A Kaboul, les friches urbaines accueillent de très nombreux déplacés/réfugiés de guerre provoquant surdensification, paupérisation et taudification. A Abidjan, les quartiers d'Abobo et de Yopougon ont été des fiefs politiques pour les deux candidats du second tour des élections présidentiels, tandis que les habitants d'autres quartiers, comme Treichville, ont vécu différemment ces affrontements. A Mostar, la reconstruction du Vieux Pont n’a pas empêché l’homogénéisation de deux quartiers-territoires qui se font face. A Sarajevo, la « bosniaquisation » de la ville se traduit dans la construction d'un vivre sans "l'Autre". La ville en guerre se construit autant comme un théâtre d’opérations que comme un géosymbole.

La recherche stratégique et doctrinale a intégré la question de la « guerre urbaine » et des « interventions militaires en zone urbaine », en pensant la ville comme un espace unique à plusieurs échelles : à l’échelle du monde, à l’échelle du pays ou à l’échelle de la ville, la « zone urbaine » est pensée comme une « zone de zones », stable dans l’espace et dans le temps, où l’intervention armée est complexifiée par la présence de la population et par les trois dimensions (sol, sous-sol, hauteurs des bâtiments). Si ces aspects techniques de l’intervention militaire sont bien « acquis » et nécessaires, il n’en reste pas moins qu’à Bagdad ou Kaboul, les armées sont « embourbées » dans une (im)possible gestion de crise. On postule que les processus politiques doivent être intégrés dans une manière de (re)penser l’espace urbain. En déplaçant le paradigme de la « guerre urbaine », on cherche à établir comment penser la (re)construction et la (ré)conciliation des populations dans des espaces politiques en transition. Cette approche par le local et le micro-local vise à replacer la population, mais aussi les belligérants, les réseaux criminels comme acteurs déstabilisateurs et les acteurs de la paix (militaires, humanitaires, médias…) au cœur de la réflexion : ce constat vise à produire une réintégration des spatialités dans la compréhension des processus politiques de (dé)stabilisation, dans les processus sociaux de fragmentations urbaines, et dans la construction d’une « nouvelle » urbanité dans l’après-guerre. Comprendre la symbolique des lieux et la territorialisation de et par la violence est aujourd’hui un enjeu de la pacification des territoires dans les « bourbiers urbains ».