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jeudi 5 mai 2011

Géographie des conflits récents : quelques articles (2)


Voici une actualisation du billet "Géographie des conflits récents : quelques articles" (11 mai 2009) qui proposait une "revue des revues" sur la polémogéographie. De la même façon, il s'agit de proposer des articles récents sur la géographie des conflits armés et sur la conflictualités des territoires, et de mettre à disposition les liens et leurs résumés.


Evelyne Ritaine, "La barrière et le checkpoint  : mise en politique de l’asymétrie", Cultures & Conflits, n°73, pp. 15-33.
En considérant tous les murs de séparation contemporains (frontières blindées, lignes de cessez-le-feu outrepassées, séparations urbaines, gated communities) comme des gestes comparables (processus de blindage d’une limite territorialisée, destinés à contrôler la circulation des personnes), que peut-on apprendre de leur sens politique dans le contexte de la globalisation ? Le blindage contemporain de la limite territorialisée apparaît comme une réponse asymétrique à la perception d’un péril asymétrique. En se préoccupant d’« enfermer dehors » les indésirables, c’est-à-dire de prévenir un danger asymétrique, cette politique du Mur crée un espace public asymétrique. Asymétrique par le pouvoir de décision de la séparation que s’arroge l’une des parties, la plus puissante, tandis que l’autre est séparée de fait. Asymétrique par le pouvoir de contrôle qui se déploie ainsi, incarné par une lourde technologie militaro-policière, dans le triage des personnes - de leurs statuts. Asymétrique par le pouvoir de catégoriser qui vient légitimer la séparation, en définissant un espace de la sécurité et un espace du risque, un statut de reconnaissance et un statut de suspicion, une liberté de circulation et une limitation de la liberté de circulation, une reconnaissance de la dignité et une imposition de l’humiliation.


La commune d’Anjar (5000 hab.) se situe en position frontalière dans la plaine de la Békaa, sur la route Beyrouth - Damas ; elle fut le siège du centre de commandement des Forces syriennes au Liban de 1984 à 2005. Née en 1939 d’un camp de réfugiés chrétiens arméniens originaires du sandjak d’Alexandrette, la bourgade est le siège d’un conflit d’appropriation foncière depuis la fin des années 1990. Ce conflit oppose la municipalité et les instances islamiques (awqaf) de Barr Elias à propos de la propriété d’une colline. Ce litige montre la transcription au sol des frictions communautaires et des stratégies identitaires, avec pour corollaires l’élaboration d’une frontière locale et un conflit de mémoire, celle du lieu disputé. La gestion de ce conflit est révélatrice de la complexité du jeu politique libanais et des relations syro-libanaises.


Les associations féminines arabes en Israël entretiennent des relations diverses avec leurs homologues des Territoires palestiniens. Basés sur des solidarités nationales, des coopérations professionnelles et/ou une assistance humanitaire croissante, les contacts entre Palestiniens des deux côtés de la Ligne verte sont en constante reconfiguration. Cet article se propose d’étudier les rapports transfrontaliers entre populations palestiniennes d’Israël et des Territoires occupés à l’aune de leur mobilisation féminine. En étudiant les liens qui se sont tissés entre associations de femmes dans les espaces israélo-palestiniens, cette recherche permet de comprendre les réajustements de la solidarité interpalestinienne. Si le déclenchement en 2000 de la seconde Intifada a renforcé les citoyens arabes dans leur affirmation d’une identité palestinienne, les enjeux immédiats de leur mobilisation sociale et politique restent ancrés dans les frontières de l’Etat israélien. De la même manière, la détérioration de la situation humanitaire dans les Territoires palestiniens conditionne la localisation des répertoires d’action des organisations civiles. Ainsi, quand bien même certains mouvements nationalistes et islamiques arabes défendraient l’idée d’une mobilisation palestinienne transfrontalière, les réalités et les priorités locales limitent, pour l’heure, toute concrétisation d’envergure.


La frontière en géographie est un concept polysémique. Outre son acception courante qui qualifie les lignes qui découpent l’espace terrestre en entités politiques étatiques, le géographe se doit d’analyser toutes les formes de limites, discontinuités et autre césures qui divisent l’espace humanisé. Le Proche-Orient, région multiculturelle et pluricommunautaire, offre un terrain passionnant à l’étude des phénomènes socioculturels et à leurs effets spatiaux. A partir de l’exemple druze en Syrie, nous montrerons comment une frontière sociale, celle construite par le groupe lui-même, a généré un territoire communautaire délimité par des frontières spatiales bien démarquées et comment ces dernières ont servi de base à la construction de frontières politiques dès lors que les stratégies des Etats successifs au pouvoir en Syrie ont convergé avec la construction socio-spatiale produite par la communauté druze.




Oumar Sy, "La transhumance transfrontalière, source de conflits au Ferlo (Sénégal)", Mappemonde, n°98, n°2/2010.
Il existe une importante mobilité pastorale transfrontalière au Ferlo (Sénégal) en provenance du Mali et de la Mauritanie voisins. Des enquêtes ont été menées entre 2000 et 2006 dans vingt zones de forages représentant les différentes zones agro-écologiques du Ferlo (y compris la zone fluvio-lacustre). L’analyse de l’usage des ressources pastorales par les transhumants, dans un contexte de rareté, permet de montrer quels sont les risques de conflits se profilant — entre acteurs locaux et étrangers — si des mesures d’encadrement de cette forme de transhumance ne sont pas mises en œuvre.



Paul David Régnier, "Un géographe au service des conflits : plaidoyer pour une géographie hors les murs", Tracés, hors-série n°10, 2010, pp. 174-186.
À partir d’une expérience dans les armées, impliquant le recours généralisé aux systèmes d’information géographique, l’auteur fait le plaidoyer d’un investissement des géographes dans le secteur privé, dans les institutions politiques et plus généralement dans le champ social.


Cet entretien vise, à partir de l’expérience de terrain de Marc Lavergne, à montrer le lien entre les pillages et les massacres opérés depuis 2003 dans les villagesdu Darfour par les milices tribales janja wid, et les projets du gou vernement soudanais enmatière de recompositionsocioethnique de cette région, en vue de faciliter une exploitation économique de type colonial. Derrière les pillages opérés au niveau local se profile ainsi une gestion par le pouvoir central du territoire et de la population sous son contrôle qui peut être assimilée à un piratage des ressources à son profit exclusif.


Pierre Jacquemot, "Ressources minérales, armes et violences dans les Kivus (RDC)", Hérodote, n°134, n°2009/3, pp. 38-62.
Le lien causal direct entre le commerce des minerais et les conflits persistants dans lesdeux provinces du Kivu et en Ituri, en République démocratique du Congo, est avéré depuis la publication de plusieurs rapports internationaux. L’exploitation et le trafic du coltan, de l’étain et de l’or, contrôlés par les groupes militaires et un entrelacs d’intermédiaires aux ramifications internationales, nourrissent les achats d’armes et entretiennent les tensions, dans une économie certes frauduleuse mais très organisée. De 1994 à 2008, les répercussions ont été tragiques : déplacements forcés des populations, violences contre les femmes, enrôlement des enfants, bouleversements des équilibres sociaux, pertes écologiques.


Jérôme Tubiana, "Lire entre les lignes d’un conflit. Fractures locales et actions internationales au cœur du Darfour", Afrique contemporaine, n°232, n°2009/4, pp. 75-95.
L’aide humanitaire au Darfour s’est essentiellement concentrée dans les camps qui abritent quelque 2,5 millions de déplacés non arabes. Cependant, certaines des organisations d’aide présentes sur le terrain ont tenté d’atteindre l’ensemble des communautés touchées par le conflit, y compris des communautés arabes souvent considérées en bloc comme responsables des crimes commis au cours de la guerre. Au-delà d’un meilleur équilibre dans la distribution de l’aide, l’idée est de la mettre à contribution au profit de tentatives de réconciliation locales, de plus en plus nombreuses depuis qu’en mai 2006, la signature partielle de l’accord de paix d’Abuja a provoqué l’enlisement du processus de paix global. Cet article évoque les premiers pas d’une ONG ayant tenté d’appliquer cette approche au sud du massif du Jebel Marra, cœur géographique et historique du Darfour, et bastion de la rébellion. L’analyse révèle des décalages importants entre les réalités du terrain et les grilles de lecture les plus répandues du conflit, montrant en particulier que l’opposition générale entre des agriculteurs « africains » détenteurs de terres et des pasteurs arabes sans terres est à nuancer. Cette réévaluation du contexte ne peut qu’obliger les acteurs internationaux à s’interroger sur leurs choix : comment leur intervention peut-elle être équilibrée en faveur des différents groupes sans valider des déséquilibres issus du conflit, à commencer par l’occupation des terres des déplacés ?


Frédéric Grare, "Baloutchistan : fin de partie ?", Hérodote, n°139, n°2010/4, pp. 99-122.
Depuis décembre 2005, le Baloutchistan, province la plus étendue mais la moins peuplée du Pakistan, est ravagé par un conflit ethnonationaliste, le cinquième depuis l’indépendance du pays. Cette situation trouve sa source immédiate dans le refus du régime de Pervez Musharraf de satisfaire les demandes baloutches en matière de développement économique et d’autonomie politique. Ses racines profondes sont cependant à rechercher dans la persistance d’un nationalisme baloutche qui connut son plein développement après la partition du sous-continent indien en 1947. Il témoigne également du caractère incomplet du processus d’intégration nationale au Pakistan. Régimes civils et militaires ont tous été incapables d’unir les populations du pays dans un vouloir politique commun. L’avenir de la province rebelle reste incertain mais le conflit en cours a peu de chances de lui apporter l’indépendance espérée. Le nationalisme baloutche a toutefois peu de chances de disparaître, en dépit de l’affaiblissement des organisations politiques qui le font vivre. À moyen terme, le risque repose dans l’érosion parallèle des structures de l’État fédéral et des structures tribales traditionnelles. Le vide politique qui pourrait en résulter pourrait être rempli par les éléments les plus radicaux de la société pakistanaise, affaiblissant un peu plus, un État déjà fragile.


Voir également d'autres articles en ligne parmi ceux déjà signalés :



samedi 28 août 2010

Quelques sites de géographie : blogs, épistémologie, énergies, géopolitique, revues


François Arnal, professeur d'histoire-géographie et auteur de deux blogs "Histoire-Géo" et"Géofac", multiple les supports qui permettent à tous de disposer de documents, de réflexions et de liens pour approfondir toute analyse en géographie. Il avait déjà mis en ligne de nombreux podcasts de géographie sur "Géopodcast" (avec notamment l'émission de radio Planète Terre). Il utilise désormais un outil très intéressant : "Pearltrees", qui propose aux utilisateurs de créer des arbres avec leurs pages Internet préférées, et ainsi de relier des blogs et des sites (les "perles") aux thématiques communes. Vous pouvez retrouver tous les liens sur sa page Pearltrees (ou le retrouver sous le nom "Franz42" ou en tapant dans le moteur de recherche "géographie"). D'autres contributeurs proposent des liens vers des sites/blogs de géographie, et beaucoup s'intéressent à la question de la guerre. L'outil mérite le détour.






Voici quelques-uns des thèmes qu'il partage donc sur la géographie :
- Des blogs en géographie,
- Epistémologie de la géographie,
- Energies,
- Développement durable
- Cartographie,
- Patrimoine,
- Géopolitique,
- Paysage et géographie,
- Revues de géographie...

A découvrir de toute urgence !


Merci à lui pour ce travail qui aidera sans conteste tous ceux qui voudraient approfondir leur connaissance de la géographie, et découvrir tous les sites qui existent sur cette approche !

vendredi 20 août 2010

Journée mondiale de l'aide humanitaire : une revue à (re)découvrir


On apprend sur le passionnant blog Planète Vivante que ce 19 août 2010 est célébrée la 2ème Journée mondiale de l'aide humanitaire, établie par l'ONU. Un rapport de l'Oxfam France a d'ailleurs été publié ce vendredi 19 août 2010 : ce Baromètre de la protection des civils 2010 (2ème édition) montre l'inégalité des populations face à l'aide humanitaire : l'inégale converture médiatique des conflits a des conséquences directes sur l'implication politique des institutions nationales et internationales, et sur la protection et la possible intervention des acteurs humanitaires dans des pays en guerre.




L'occasion de présenter la revue Humanitaire. Enjeux, pratiques, débats. Lancée en 2000, elle est désormais disponible en ligne. "Humanitaire est une revue trimestrielle de débat et de réflexion dans laquelle dialoguent acteurs, chercheurs et observateurs de l’ensemble de la sphère humanitaire française et internationale. Elle est éditée et financée par l’association française Médecins du Monde qui met ainsi ce lieu de débat à la disposition de ceux que la question humanitaire intéresse". La revue propose des numéros thématiques ("L'humanitaire à venir ?", "Faut-il "désoccidentaliser" l'humanitaire ?", "Les ONG, nouvelles gardiennes des Conventions de Genève ?", "La Corne de l'Afrique sous surveillance humanitaire", "Fictions humanitaires", "Comment intervenir au Proche et Moyen-Orient ?", "L'Europe humanitaire en question(s)", "Zoé l'équation fatale"), dans lesquels on retrouve également des articles varia (rubriques "Retour sur", "Actualités") et des notes de lecture. On remarquera notamment les articles de Pierre Salignon sur "Le massacre de Srebrenica", de François Grünewald sur "L'aide humanitaire en Somalie : gérer l'insécurité", de Cynthia Glock sur le "Déploiement de l'EUFOR au Tchad : un espoir pour le Darfour et ses réfugiés ?", le compte-rendu d'une table-ronde sur "La Corne de l'Afrique : une zone à géopolitique variable", mais également beaucoup d'autres sur l'Irak, sur le Soudan, sur la question des réfugiés, de l'éthique humanitaire... On appréciera, dans la version Internet de la revue, deux autres rubriques : "Regard de photographe" (qui propose des reportages photographiques commentés sur l'action humanitaire) et "La rubrique à Brax" (caricatures).



A voir tout particulièrement : le reportage de Laurent Hazgui intitulé "Sur la route des conflits gelés" (25 septembre 2009, n°22).

"L’explosion du bloc soviétique a enfanté de « confettis » de territoires où la vie semble s’être arrêtée le 26 décembre 1991. Parmi ceux-ci, trois entités séparatistes ont connu la guerre à la déclaration de leur indépendance : la Transnistrie (en Moldavie), l’Ossétie du sud (en Géorgie) et le Nagorno-Karabagh (en Azerbaïdjan). La presqu’île de Crimée (au sud de l’Ukraine) connaît de fortes tensions liées aux velléités de rattachement à la Russie exprimées par l’importante communauté russe. Depuis, ces petits États de fait, non reconnus par la communauté internationale, ont en commun d’entretenir la menace d’un conflit militaire et de dégager une atmosphère que résume parfaitement l’expression « conflits gelés » qu’on leur a accolée : cette menace diffuse fige autant les hommes que les mentalités ou les paysages. À des degrés de visibilité divers, la Russie se sert (géo)stratégiquement de ces territoires « tampons » pour garder sa sphère d’influence politique et économique sur plusieurs États ex-soviétiques (Moldavie, Ukraine, Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan). Reportage réalisé par Laurent Hazgui à l’automne 2008".






samedi 19 juin 2010

"Géopolitiques d'Afghanistan" (Géotratégiques n°27)



Le dernier numéro de la revue Géostratégiques est consacré aux "Géopolitiques d'Afghanistan" (n°27, 2e trimestre 2010). Il s'agit, selon la ligne éditoriale de cette revue (papier et en ligne), d'articles généralement courts (bien que certains articles soient de réels approfondissements, tels celui sur l'échec soviétique en Afghanistan ou celui sur la géopolitique des populations dans ce pays) qui analysent dans un numéro thématique divers aspects de la géopolitique d'un pays ou d'une région. Ainsi, le numéro revient autant sur les enjeux stratégiques et militaires (à noter 2 articles sur la question du renseignement), les problématiques autour du peuplement, l'histoire récente, les réseaux de solidarité internes et transnationaux, les acteurs en jeu (locaux et extérieurs), les relations avec les pays voisins et avec les pays intervenant militairement dans le pays...

A noter que le lien vers l'édito semble, pour l'heure, corrompu, mais le problème sera certainement résolu rapidement.



Sommaire du n°27 :


dimanche 10 janvier 2010

La paix par l'éducation ? De la carte au discours


Le magazine Diplomatie publie dans son n°42 (janvier/février 2010) une carte du taux d’alphabétisation dans le monde, rappelant combien l’accès à l’éducation reste profondément inégalitaire, que ce soit à l’échelle mondiale ou à l’échelle locale. Ce type de cartes est bien connu : on le retrouve d’ailleurs dans les manuels du secondaire, dans de nombreuses cartothèques sur Internet (telles que celle de La documentation française, de l’atelier cartographique de Sciences Po ou du site Population Data…) ou dans les sites des grandes organisations internationales (telles que l’UNICEF). Des cartes qui sont souvent mises en avant pour leurs vertus pédagogiques et démonstratives. L’originalité ne vient pas, dans cette brève proposée par le magazine Diplomatie, de la carte, mais bien du titre et du texte qui l’accompagnent. Si la carte de l’(an)alphabétisation est "habituellement" associée à l’idée d’inégal développement, ici la carte est utilisée pour un autre type de discours (voir le billet sur la carte-discours) : "la paix par l’éducation".

Le choix de cartographier le contraste entre alphabétisme et analphabétisme dans cette carte (marqué par l’utilisation d’un dégradé de couleurs allant du vert au rouge, ancrant ainsi l’effet contraste dans le sentiment qu’évoque cette carte au lecteur de l’article qui l’accompagne) prône déjà pour une mise en exergue des bienfaits de l’éducation (qu’il ne s’agit bien évidemment pas ici de remettre en cause !). Quelques mots accompagnent le texte et sont mis en valeur par le jeu de mise en forme de la page : "Faire de l’éducation une force qui réunit les peuples, les nations et les cultures pour construire un monde en paix et un avenir durable". C'est le message envoyé par l'United World Colleges (UWC) par le biais de cette carte et du commentaire qui lui est associé, présentant l'action de ce mouvement associatif qui se donne pour objectif de mener chaque année 1.500 jeunes de provenance diverse au baccalauréat international.

Le "challenge" tel qu'il est appelé par l'UWC permet avant tout de mettre en exergue la superposition possible entre les cartes de l'analphabétisme et celles des conflits dans le monde, en permettant au lecteur de l'article d'immédiatement faire coïncider mentalement les zones de fort analphabétisation et les zones de forte violence. Une carte est donc un discours non seulement pour les messages qu'elle véhicule elle-même, mais également parce qu'elle fait appel à tout un imaginaire spatial auquel les lecteurs vont être confrontés au regard de cette carte.

Bien évidemment, savoi lire, écrire, compter et avoir accéder à une éducation permettant la formulation et la structuration de ses idées est nécessaire pour contrôler non seulement son quotidien (dans l'accès au marché du travail, dans les contacts avec les commerces ou les diverses institutions, dans l'accès aux ressources juridiques...), mais aussi de mieux comprendre les enjeux électoraux au-delà des arguments démagogiques de certains candidats politiques.

Pourtant, la carte et le discours qui l'accompagne gênent : seules les vertus de l'éducation sont mises ici en valeur. Cependant, la carte occulte certaines zones de conflits (latents ou ouverts, médiatisés ou oubliés) : la région du Caucase, les Balkans et l'Asie centrale sont, par exemple, figurées dans les zones alphabétisées de 95 à 100 %. Est-ce réellement le cas pour la Tchétchénie, le Kosovo ou l'Afghanistan ? Bien évidemment, une carte de la répartition de l'alphabétisation par pays ne laisse pas la place aux disparités internes. Mais, le cas de l'Afghanistan questionne (que ce soit à l'échelle locale ou à l'échelle nationale), après quelques vingt ans de conflits quasiment incessants...

De plus, d'autres points doivent être soulevés, comme le montre le cas de l'Asie centrale. Un Etat comme le Turkménistan n'est certes pas en guerre : pourtant, si le lien entre éducation et paix semble être établi par cette carte-discours, il est nécessaire d'interroger les formes d'éducation et de paix. Parce que l'éducation dirigée et contrôlée sert aussi à la dictature (le cas de la ré-écriture de l'histoire personnelle du Turkmenbashi, ancien dirigeant à vie du Turkménistan, devenu Père de la Nation, héros, mythe incontournable, fondateur et élément indétrônable de l'Etat, est éloquent !).

L'éducation, par exemple par le biais des mythifications et des falsifications de l'histoire ou des utilisations détournées des concepts géographiques, mais aussi au prisme de l'enseignement de la langue ou par les manques volontaires créés dans le système éducatif, peut également être une incitation à la haine : on ne compte plus les manuels d'histoire prônant pour la légitimité d'un peuple sur un territoire approprié et identitaire, couplés de manuels de géographie aux cartes tronquées et détournées (pour l'exemple, le chapitre n°8 de l'ouvrage de Michel Sivignon, Les Balkans. Une géopolitique de la violence, confronte 2 cartes de la Bosnie-Herzégovine extraites l'une d'un manuel scolaire distribué en Fédération Bosno-Croate, et l'autre d'un manuel scolaire de la Republika Srpska : la vision ainsi enseignée aux jeunes enfants de leur territoire montre bien à quel point l'éducation peut aussi être un outil de rejet de "l'Autre". Voir également le dossier du Courrier des Balkans sur l' "Education : des manuels scolaires qui sèment la haine ?").

La paix par l'éducation, certes ! Mais cette approche ne doit pas faire l'économie d'une réfléxion sur les méfaits d'une éducation contrôlée et falsifiée, source de nombreux points de tension : parce que l'éducation peut elle aussi permettre de contrôler les masses et de les "formater" pour qu'elles acceptent un discours haineux. Au coeur des préoccupations de la violence éducative (dont la reconnaissance par les organisations internationales est très récente et reste pour l'heure très discrète : voir, par exemple, le Café géo sur "Géographie de la violence éducative, un tour du monde des châtiments corporels infligés aux enfants" avec Olivier Maurel, ainsi que le rapport proposé par l'Observatoire de la Violence Education Ordinaire OVEO sur la "Géographie de la violence éducative ordinaire par continents et par pays") non seulement au prisme de violences physiques qui pourraient être reçues, mais également par le biais d'une violence faite à l'esprit critique des enfants, ce sujet aux enjeux spatiaux et temporels mérite l'attention, ne serait-ce que pour sensibiliser les enfants qui ont accès aux vertus de l'éducation sur l'intérêt qu'ils peuvent en tirer, au-delà d'une bonne note !


=> L’idée n’était pas ici de mettre en cause l’action ou l'idéal de l’association UWC ou la mise en avant du nécessaire besoin d'éducation pour contrer la violence et la guerre (ni même l'article qui se propose seulement de présenter, par le biais d'une illustration sous forme de carte, l'action d'UWC), mais avant tout de montrer que si l’on dénonce souvent l’utilisation propagandiste de la carte (dans le cas des guerres ou plus encore dans celui des dictatures), la carte-discours est toujours une réalité en soi, dans la mesure où elle ne peut être comprise dans sa totalité sans connaître les intentionnalités de son auteur et/ou commanditaire (même dans les cas où ce message a des vertus pédagogiques, ces intentions doivent être prises en compte).




Ces quelques commentaires sur la carte-discours et la place de l'éducation dans la gestion des conflits sont issus de la lecture de l'article : "La paix par l'éducation", Diplomatie magazine, n°42, janvier/février 2010, p. 13.


lundi 14 décembre 2009

"Les pouvoirs dans la ville" (L'espace politique n°8)


Le dernier numéro de la revue L'espace politique (n°8, 2009/2), sous la direction de Céline Vacchiani-Marcuzzo et Catherine Fournet-Guérin, est consacré à la thématique "Les pouvoirs dans la ville".

Il s'agissait dans ce numéro de "traiter de la question des pouvoirs dans la ville dans une optique épistémologique d’une part (la ville constitue-t-elle une échelle d’action réellement pertinente dans les logiques de pouvoir, ou bien plutôt une simple échelle d’analyse ?), et à partir d’études de cas exemplaires d’autre part. Ils pourront s’intéresser aux acteurs dans la géopolitique de la ville, dans une perspective multiscalaire : pouvoirs nationaux voire supranationaux (cas de l’Union européenne), pouvoirs locaux, institutionnels ou informels, publics ou privés (rôle par exemple des grandes entreprises du BTP ou des cabinets d’architectes internationaux), réseaux d’influence (NIMBY, …). L’étude de paysages urbains du pouvoir (théâtralisation du pouvoir, modelage de l’espace urbain valorisant des espaces naturels, géopolitique des transports urbains…) fait également partie des dimensions attendues dans ce numéro". Les résumés proposés ici sont ceux des auteurs des articles.


Catherine Fournet-Guérin et Céline Vacchiani-Marcuzzo : "Les pouvoirs dans la ville"
Edito proposé par les deux coordinatrices du numéro qui présente les enjeux d'une analyse spatiale des pouvoirs dans la ville : "La ville constitue ainsi un objet essentiel dans l’approche politique de l’espace. Pourtant elle occupe une place relativement récente, mais croissante, dans la géographie politique contemporaine alors qu’elle constitue un véritable laboratoire d’expériences à travers les pouvoirs, souvent anciens, qu’elle concentre et ceux, plus récents, qu’elle génère".


"En fonction de leur poids démographique et économique, les villes jouent un rôle politique plus ou moins important, de l’échelle locale et régionale à l’échelle nationale et internationale. Cette compétition des villes n’est évidemment qu’un aspect de la géopolitique urbaine qui se développe sous de multiples formes au sein des agglomérations, en particulier dans cette dialectique des territoires et des pouvoirs entre les municipalités qui les composent.
Jeu des acteurs, rapports de force et luttes de pouvoir, enjeux et conflits de localisation et d’aménagement sont les termes de l’analyse géopolitique de l’espace urbain. Celle-ci peut se définir par quatre images : celle du théâtre et de la mise en scène, celle du champ de bataille où les acteurs déploient leurs stratégies, celle de l’entreprise de construction dans laquelle l’agglomération apparaît comme un édifice géopolitique et celle du chantier de rénovation qu’est la réforme territoriale.
En plus d’être une géographie des acteurs, des enjeux et des conflits de territoires, la géopolitique urbaine est une géographie de la représentation, c’est-à-dire de la perception et de l’image de la ville, tout comme une géographie des modes de désignation et de répartition des représentants des citoyens dans la cité.
Si la géopolitique urbaine ne dit pas toujours son nom, elle est bien présente en ordre dispersé dans les publications géographiques. D’essence éminemment critique, elle ne peut rester indifférente aux réalités vécues par les citoyens et aux luttes urbaines dans lesquelles ils sont engagés. De plus, les lieux de la contestation constituent des sources fécondes de connaissance du terrain et du rôle des acteurs. Force de remise en cause du système politique qui gère et aménage le cadre de vie dans les villes et les agglomérations, la géopolitique urbaine est aussi une force de proposition".



"Cet article s’intéresse à Achgabat et Astana, respectivement capitales du Turkménistan et du Kazakhstan. Ces deux études de cas permettent de recenser les instruments à disposition pour analyser les rapports entre espace (objet de la géographie) et pouvoir (objet de la science politique). Dans chacune des deux villes, le chef d’Etat se fait architecte et urbaniste ; son influence sur les projets d’aménagement est considérable. Dans le même temps, l’espace urbain y sert d’outil pour mettre en scène le pouvoir présidentiel : la figure du souverain est glorifiée par nombre de monuments et le discours venant légitimer le régime s’appuie sur une architecture identitaire. Etudiant l’urbanisme autoritaire centrasiatique dans sa double dimension – production de l’espace et mise en scène du pouvoir – les auteurs proposent une grille de lecture pour analyser le pouvoir dans la ville. En incitant science politique et géographie à adopter une démarche commune et à envisager d’autres cas et échelles d’analyse, cet article plaide pour une étroite collaboration entre les deux disciplines. Par cet enrichissement mutuel, la science politique pourrait investir l’espace des sociétés, tandis que la géographie se doterait d’outils pour examiner les acteurs qui font la ville et les représentations qu’ils produisent".


"Ces dernières années, des réflexions critiques émanant d’intellectuels ont émergé sur la question du droit à la ville et sur la façon dont ce droit peut s’exprimer. Comme les discours concernant les droits prennent de plus en plus d’importance, les groupes de population, tels les migrants, déjà exclus de la participation à la vie sociale, économique et politique de la ville, s’affirment de plus en plus et deviennent très exigeants sur la question de leur intégration. Dans le processus de franchissement des frontières comme dans celui de la définition et de la revendication des droits, des luttes sociales et politiques existent sur l'appropriation des espaces par les migrants. La citoyenneté n'est pas toujours automatique et, inévitablement, des discriminations raciales, ethniques ou encore religieuses apparaissent. Cet article examine les épreuves et les tribulations de migrants internationaux dans la municipalité de eThekwini (néotoponyme de Durban). Il fait valoir qu’en raison de leur situation illégale, les migrants à Durban sont soumis à des niveaux élevés d'exploitation, subissent la xénophobie et mènent une existence précaire. A Durban, l'autorité locale ne s’est pas encore engagée de manière constructive pour résoudre les problèmes des migrants et des réfugiés, et la réponse politique est allée d'une négligence bénigne à une hostilité active. La quasi totalité des principaux textes politiques émanant de la municipalité d’eThekwini ne font aucune référence aux migrants. Ceux-ci survivent ainsi grâce au soutien des organisations religieuses, des ONG et des réseaux informels. Toute discussion sur les droits de l'homme et sur l’occupation de l'espace soulève inévitablement des questions d'éthique, de moralité et de justice sociale. L'expérience des migrants à Durban et dans d'autres lieux d'Afrique du Sud accrédite l’idée que la question des droits de l'homme n’est envisagée que d’un point de vue purement rhétorique et qu’elle révèle un manque de volonté politique pour la rendre opérationnelle en termes d’avancées réelles".


"Quelques mois après l’élargissement de l’espace Schengen à la Pologne en décembre 2007, cet article analyse l’effet de l’ouverture de la frontière germano-polonaise sur les relations transfrontalières au sein de la ville-doublon de Francfort-sur-l’Oder/Słubice. Les dernières barrières politiques tombées, il montre que d’autres obstacles entravent encore une coopération plus approfondie entre les deux rives. Notre analyse géopolitique s’appuie sur une enquête de terrain menée dans la ville-doublon, portant notamment sur les barrières culturelles et le vécu des habitants en relation avec la frontière".


"Cet article s’inscrit dans le renouveau de la littérature sur la gentrification en étudiant le rôle des politiques publiques dans le processus de gentrification à Paris intra-muros. L’approche choisie se garde d’être seulement technique pour proposer une analyse critique de cette question et dévoiler les enjeux politiques de l’action publique telle qu’elle y est menée aujourd’hui. Une fois présentés les acteurs, les facteurs et les dynamiques spatiales de la gentrification depuis les années 1980, l’article s’intéresse plus particulièrement aux politiques publiques menées depuis le passage à gauche de la municipalité en 2001. Face à l’ambiguïté plus ou moins entretenue par les pouvoirs publics quant aux objectifs et aux destinataires de leur action, il s’agit de clarifier les enjeux et les effets de différentes politiques – logement, espaces publics, culture – en mettant en évidence leur cohérence dans l’accompagnement de la gentrification. Nous verrons que le renouveau de l’action publique promu par la nouvelle municipalité n’est pas en mesure d’arrêter le processus de gentrification dans l’habitat et contribue au contraire à l’accompagner par l’aménagement des espaces publics et la politique culturelle".


"Les pratiques néolibérales sont la nouvelle orthodoxie en matière de gestion urbaine par les autorités municipales (« gouvernance urbaine »). Elles imposent des limites à la participation citoyenne et à des formes plus démocratiques d’engagement dans la ville, en particulier lorsque ces dernières remettent en question les discours officiels selon lesquels les villes s’efforcent d’être des espaces compétitifs dans l’économie mondialisée. Cet article présente une approche théorique de ces limites suivant deux propositions connexes. La première postule l’adoption d’une configuration post-politique par la gouvernance urbaine. La deuxième, reflétant en cela une telle configuration, avance que « l’esprit d’entreprise en milieu urbain » se définit désormais par un nouveau genre de politique, le « néo-populisme urbain ». Contre l’impératif consistant à créer la ville compétitive, le néo-populisme se définit par l’élaboration d’une politique du consensus, dont l’effet est de marginaliser les contestations et les dissensions".


"Ce texte traite de la construction du pouvoir collectif en milieu urbain dans une perspective de développement durable. Celle-ci requiert l’émergence d’une capacité d’action collective à partir d’un ensemble d’entités territoriales – ici les communes – regroupées dans un espace commun - ici les territoires de projet. L’étude de la communauté de communes Volvic Sources et Volcans dans l’aire métropolitaine clermontoise met en évidence deux phases dans ce processus – l’établissement de la compatibilité entre les entités, puis l’établissement d’une interdépendance – qui se distinguent par leur mode de territorialisation : fragmentation, puis réinvention du territoire. Il ressort que ce processus engendre paradoxalement une forme de détachement territorial qui s’explique par les inégalités territoriales de pouvoir. L’efficience des territoires de projet comme outil de développement durable sera alors discutée. Nous suggérons que l’approche territoriale du développement durable s’accompagne d’une prise en compte des inégalités territoriales de pouvoir qui pourrait donner lieu à une ingénierie territoriale politique".


Le prochain numéro de la revue L'espace politique, sous la direction de Gérard Dussouy, sera consacré aux "Théories de la géopolitique" (parution en 2010).



lundi 23 novembre 2009

Une géographie de la piraterie maritime


Le dernier numéro de la revue de géographie Echogéo, qui vient d'être publié en ligne, propose un dossier sur la piraterie maritime (Echogéo, rubrique Sur le champ, n°10, spetembre 2009/novembre 2009). On y retrouvera notamment Eric Frécon qui était intervenu au Festival international de géographie 2009 sur le cas de la piraterie maritime en Asie du Sud-Est. Voir également, sur ce blog, le billet du 8 octobre 2009 sur les "Guerriers et pirates : mythes et réalités" (avec de nombreux liens).



Au programme de ce numéro de la revue Echogéo :

Une préface très illustrée de Christian Ménard (député du Finistère, secrétaire à la Commission de la Défense Nationale et des Forces Armées et auteur du Rapport d’information sur la piraterie maritime) qui revient sur les grandes zones actuelles de la piraterie maritime ;

"La lutte contre la piraterie au large de la Somalie. De l'action nationale à l'action européenne (2008-2009)" par le vice-amiral Gérard Valin qui propose une réflexion sur les modalités d'intervention des forces armées dans le Golfe d'Aden ;

"Piracy around the Horn of Africa" de Joshua Ho, qui revient sur le cas particulier de l'Etat failli en Somalie et développe le contexte du développement de la piraterie aux larges de ses côtes, tout en analysant les divers acteurs de la lutte ;

Un témoignage de Gilles Bonavita (capitaine de vaisseau de réserve et attaché de défense français à Singapour de 2005 à 2008) sur "Le rôle des sociétés de sécurité privées dans la sécurisation du détroit de Malacca (2000-2008)" ;

Un article d'Eric Frécon analysant les liens entre la situation socioéconomique dans les villes portuaires et l' "engagement" dans la piraterie sur mer dans le détroit de Malacca, pourtant souvent montré comme un "modèle" de sécurisation face aux actes de piraterie : "Du détroit de Malacca jusqu’à sa périphérie. Le pirate des villes et le pirate des champs face au retour de l’Etat indonésien";

"La lutte internationale contre la piraterie au large de la Somalie depuis 2008. Quels intérêts pour les nations participantes ?" par Alban Sciascia qui poursuit ainsi la réflexion du vice-amiral Valin en prenant en compte tous les acteurs participant à la lutte contre la piraterie maritime au large des côtes somaliennes et en analysant les enjeux et les lieux de la sécurisation des mers ;

Hugues Eudeline propose, quant à lui, une réflexion sur les liens entre "Terrorisme maritime et piraterie d’aujourd’hui. Les risques d’une collusion contre-nature" : les pirates ne sont pas des terroristes, et ce sont même des acteurs qui s'affrontent tant dans leurs intentionnalités que dans leurs actions pour le contrôle des espaces maritimes :

Des témoignages croisés recueillis par la revue Echogéo sur la question de la "Lutte contre la piraterie : faut-il faire appel aux sociétés de sécurité privées ?", avec le point de vue d'un armateur français, et le point de vue de David Hornus (directeur de Risksgroup) ;

Un entretien entre l'Amiral Laurent Mérer (qui avait lui aussi participé au FIG 2009 dans une table-ronde consacrée à la piraterie maritime) et Eric Frécon à propos du roman Moi, Osmane, pirate somalien écrit par l'Amiral Mérer (éditions Koutoubia, Paris, 2009, 120 p.).

Et enfin, des notices bibliographiques réalisées par la revue, qui permettront de mieux aborder des recherches en bibliothèque pour tous ceux qui voudraient "fouiller" la question de la piraterie maritime.


vendredi 9 octobre 2009

Des nouvelles de la géographie


La GéoGraphie :

Le n°6 de la nouvelle formule de La GéoGraphie est en vente dans les kiosques, et portent sur "Le monde en musiques". En plus des rubriques habituelles (IGN, Société de Géographie, les Nouvelles), on y retrouvera donc des textes sur la musique, sur les manières dont elle se déploie dans l'espace, sur ses migrations, sur ses hauts-lieux, sur son ancrage identitaire...
  • "Nos régions en quête d'images" (Nicolas Vernot)
  • "IGN : Le Top 4 des agglomérations françaises : Lille, Lyon, Marseille, Paris" (Bernard Bèzes et Brice Gruet)
  • "A l'écoute des territoires" (Claire Guiu)
  • "Berlin, capitale musicale" (Boris Grésillon)
  • "Les grands brassages de la musique" (Yves Raibaud)
  • "Les villes ont une couleur sonore" (Jean-François Augoyard)
  • "Les territoires en chantant" (Yoann Couix)
  • "Musiques en fête, fête des territoires" (Guy Di Méo et Marie Pendanx)
  • "L'imaginaire des sons" (Henry Torgue)
  • "La danse en archipel : les bals en France" (Dominique Crozat)
  • "Composer avec l'espace" (Pierre-Alain Jaffrennou)
  • "Les instruments chantent le monde" (Gilles Fumey)
  • "Pour que survivent les musiques traditionnelles"
  • "Lieux de musique en ville" (Denis Laborde)
  • "La musique en sa Cité parisienne" (Claire Guiu)
  • "Les Rolling Stones en tournées (Philippe Bourdeau)
  • "La musique tisse sa Toile" (Gilles Fumey)
  • "Le chaman" (Rodolphe de Koninck)
  • "Il y a 142... à la Société de Géographie" (Gérard Joly)
  • "Les Nouvelles de La GéoGraphie"
A l'occasion de ce nouveau numéro, le blog de la revue fait peau neuve et annonce des changements. A propos du lien entre géographie et musique, on retrouvera également un texte de Claire Guiu : "Espaces sonores, lieux et territoires musicaux : les géographes à l'écoute" (Les Cafés géo, rubrique Vox geographi, 16 novembre 2007), et les comptes-rendus des cafés géo : "La world musique" avec Yann Richard, "Les territoires de l'opéra" avec Frédéric Lamantia, et "Géographie de la danse et du bal" avec Joëlle Dalègre, Maurice Garden et Pascal Dibie.



Les prochains cafés géo :

  • "Quand les géographes se prennent au jeu : espace et jeux vidéo", avec Emmanuel Guardiola, Samuel Rufat et Hovig Ter Minassian, le mercredi 14 octobre 2009, à 18h00, au café de la Cloche à Lyon.

  • "Aux champs... la ville, la vraie ?", avec Mathieu Lersteau et José Serrano, le mardi 20 octobre 2009, à 20h30, au Centre social du Sanitas à Tours.

  • "Réforme administrative et nouveaux territoires de France", avec Jean-Marie Miossec, le mardi 20 octobre 2009, à 20h00, au Café Riche, à Montpellier.

  • "(Géo)politique de l'eau : La Turquie pourra-t-elle assécher ses voisins ?", avec Pierre Gentelle, le mercredi 21 octobre 2009, à 18h30, au Nuovo Caffè Milano à Strasbourg.

  • "L'Europe et la misère du monde : mobilités, politiques migratoires en débats" avec Olivier Clochard, le mardi 27 octobre 2009, à 20h00, au Café de Flore à Paris.

  • "Etre Genevois quand les frontières vacillent", avec Bernard Debarbieux", le jeudi 29 octobre 2009, à 18h00, au Café du Marché à Genève.

  • "Les limites de l'Europe" avec Thibault Courcelle, le mercredi 4 novembre 2009, à 18h30, au café Papagayo à Toulouse.



Festival international de géographie 2010 :

L'annonce officielle a été faite dimanche, lors de la cérémonie de clôture de la 20ème édition du FIG : le thème du FIG 2010 sera "la forêt" et le pays invité sera la Russie.


dimanche 2 août 2009

"Justice spatiale" : naissance d'une nouvelle revue


La nouvelle revue Justice spatiale, disponible en ligne, lance son premier numéro. L'avis de naissance, écrit par Frédéric Dufaux, Philippe Gervais-Lambony, Sonia Lehman-Frisch et Sophie Moreau présente cette revue, qui, à compter de 2 numéros par an, aura pour objectif d'analyser les (in)égalités sociales au prime de la dimension spatiale. Les textes sont tous accessibles en français et en anglais.



Le 1er numéro est ainsi consacré à "Espace et justice" :


Présentation de la revue par ses responsables :

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C'est certainement par le mot « bienvenue » que nous avons envie d'ouvrir ce premier numéro de la revue "justice spatiale spatial justice". Bienvenue aux lecteurs, bienvenue aux auteurs, bienvenue aux débats. Le contexte international, le contexte français (social mais aussi universitaire), nous donnent envie d'offrir ici un espace d'expression et d'échange sur des sujets qui nous tiennent à cœur. La création de la revue scientifique "justice spatiale spatial justice", repose en effet sur une conviction : l'espace est une dimension fondamentale des sociétés humaines qui le produisent, la justice sociale s'y déploie. Ainsi, la compréhension des interactions entre espace et société est essentielle à celle des injustices sociales et à la réflexion sur les politiques territoriales visant à les réduire.

Initiée et animée principalement par des géographes, la revue "justice spatiale spatial justice" accueille les travaux, les débats et les controverses autour du concept de justice spatiale en se fondant sur des rencontres avec des regards disciplinaires de sciences sociales et humaines différents (aménagement, urbanisme, sociologie urbaine, histoire, philosophie, sciences politiques...). Le projet de cette revue électronique internationale est née du désir de poursuivre et d'élargir les débats engagés lors du colloque « Justice et injustice spatiales » (www.justice-spatiale-2008.org), qui s'est tenu en mars 2008 à l'Université Paris-Ouest Nanterre La Défense (c'est-à-dire là où enseigna Henri Lefebvre et ce n'est en rien une coïncidence car nous affirmons ici les liens entre le concept de justice spatial et ceux de « production de l'espace » et de « droit à la ville »). Les discussions lors de ce colloque ont montré le besoin de poursuivre la réflexion sur les relations entre justice et espace, par-delà les frontières disciplinaires, linguistiques et culturelles. C'est à partir de quelques textes présentés lors de ce colloque, qui éclairent les différentes dimensions du concept de justice spatiale et ouvrent bien des débats sur sa définition, qu'a été élaboré ce premier numéro, et nous tenons à en remercier ici les auteurs : Lisa Brawley, Bernard Bret, Mustafa Dikec, Susan Fainstein, Peter Marcuse, Edward Soja. Les prochains numéros de la revue seront thématiques, le premier appel à contribution est lancé dans le présent numéro sur des questions liées à l'accès aux ressources.

La justice spatiale a une importance majeure puisqu'elle constitue la toile de fond de la plupart des politiques d'action sur les territoires. Pourtant, la diversité des définitions de la « justice » (et des possibles « contrats sociaux » qui les légitiment) est grande et les objectifs poursuivis sont divers, voire contradictoires. Il paraît donc urgent d'éclairer le concept de justice spatiale, encore peu questionné (notamment en géographie, depuis les travaux de la géographie radicale anglophone des années 1970-1980), tant elle s'est imposée comme une apparente évidence.

On peut considérer que les conceptions de la justice oscillent entre deux pôles, l'un centré sur les questions de redistribution, l'autre sur les questions de procédures de prise de décision. C'est pourquoi aujourd'hui la thématique de la justice spatiale présente à nos yeux une importance nouvelle pour les sciences sociales et pour la géographie, outre qu'elle soulève des questions cruciales sur l'utilité sociale de ces disciplines, parce qu'elle est fédératrice. En effet, selon l'approche adoptée, soit l'on est conduit à se poser des questions sur des distributions spatiales (de biens, de services, de personnes...) parce que l'on choisit une définition de la justice fondée sur une évaluation des « résultats », soit l'on est conduit à se poser des questions de représentations de l'espace, d'identités (territoriales ou non), de pratiques, parce ce que l'on fait le choix de réfléchir sur la dimension procédurale de la justice. En d'autres termes, se trouvent à la fois mobilisées des approches quantitatives et qualitatives. Cette convergence se fait à travers une réflexion sur les modalités de la prise de décision politique et sur les politiques conduites pour assurer de meilleures distributions spatiales. Le caractère potentiellement fédérateur du concept de justice spatiale va encore au-delà puisqu'il nécessite de mobiliser aussi pleinement les études environnementales. On est très proche en effet de la notion de « justice environnementale » est apparue dans les années 1970-1980 dans les villes nord-américaines, pour dénoncer les recouvrements spatiaux entre les formes de discrimination raciale et d'exclusion socio-économique, les pollutions industrielles et la vulnérabilité face aux risques naturels. L'émergence de la notion de développement durable a aussi favorisé une réflexion sur l'équité environnementale. Elle interroge notre rapport ontologique au monde, et la possibilité d'une politique juste articulée autour des besoins de l'humanité, présents et futurs, locaux et globaux, et de nouveaux modes de gouvernance. Enfin, est-il besoin de souligner que le concept de justice spatiale questionne aussi toutes les échelles d'étude, du global au local ?

Dans un état d'esprit pluridisciplinaire, la revue "justice spatiale spatial justice" est conçue pour promouvoir les débats entre auteurs et lecteurs. Elle vise aussi à faire mieux communiquer les univers scientifiques anglophones et francophones, d'où le choix du bilinguisme complet. Le support électronique permet par ailleurs de combiner - dans un même discours - texte, images et sons et d'innover en termes de formes. Enfin la revue fonctionne grâce à un ample réseau international qui assure la lecture et l'évaluation des textes soumis en vue de garantir un haut niveau scientifique. Nous attendons beaucoup de la combinaison du bilinguisme intégral et de l'appui sur un réseau scientifique (comité scientifique, comité de rédaction, correspondants) reconnu au niveau mondial. Notre objectif est clair et ambitieux, à la mesure de l'importance du sujet : faire que "justice spatiale spatial justice" s'affirme rapidement comme une revue scientifique internationale de référence sur la thématique.

A raison de deux numéros par an, la revue comprend aussi une section « Espace public » dans laquelle nous souhaitons accueillir de textes de débat, d'actualité, comme celui proposé dans ce premier numéro par Christine Chivallon sur les événements actuels en Guadeloupe et des regards croisés (lectures confrontées de textes fondateurs sur la "justice spatiale spatial justice" par un auteur francophone et un auteur anglophone).
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Références de ce texte :
Frédéric Dufaux Philippe Gervais-Lambony Sonia Lehman-Frisch Sophie Moreau«n°01. Avis de naissance», [«n°01. Birth Announcement»]
justice spatiale spatial justice n° 01 septembre september 2009 http://www.jssj.org/


mercredi 1 avril 2009

"Moyen-Orient : conflits et mobilités dans un espace mondialisé"


A lire dans la revue Echogéo (n°8, Mars/mai 2009, Rubrique Sur le Champ) un dossier intitulé "Moyen-Orient : conflits et mobilités dans un espace mondialisé".



William Berthomière : Avant-propos : "Le changement dans la continuité…"


Cyril Roussel : "La frontière communautaire entre druzes et sunnites en Syrie : Une fragmentation socio-spatiale instrumentée par le pouvoir politique "



Agnès Deboulet et Marie-Antoinette Hily : "Les migrants de Beyrouth : Emplois à bon marché et zones refuges"

Mohamed Kamel Doraï : "L'exil irakien à Damas : Modes d'insertion urbaine et reconfiguration des réseaux migratoires"

Notices bibliographiques : Notices issues de la Bibliographie Géographique Internationale (base FRANCIS) pour la requête « Proche-Orient »


dimanche 15 mars 2009

La GéoGraphie n°5 : “Neige & glaces”


Quelques nouvelles depuis le Kosovo du monde de la géographie, avec la sortie du n°5 de la revue La GéoGraphie en kiosque le 24 mars 2009.



Au sommaire :
La neige, la nuit
Du « ski de minuit » à la « full moon », les nouvelles pratiques nocturnes.
Par Xavier Bernier.

L’apprentissage du grand froid
La neige, une affaire de nature ou de culture ? L’engouement des habitants riches du Golfe Persique pour les modes de vie occidentaux s’est paré de la neige malgré la violence du climat désertique. À Dubaï et dans les Emirats arabes unis se réinvente un nouveau rapport à la nature. Un défi. Mais aussi un pari risqué pour les partisans d’un développement durable, quelque peu malmené ici.
Par Philippe Boulanger.

La glace, sentinelle de notre planète
Entretien avec Claude Lorius, Directeur de recherches émérite au CNRS, membre de l’Académie des sciences, ancien président des Expéditions polaires françaises.
Par Gilles Fumey.

Ötzi, la momie des glaces, enfin élucidée
En 1991, le corps intact d’un homme fut découvert dans un glacier de l’Ötzal, à la frontière alpine entre l’Autriche et l’Italie. Qui était cet individu et quelle fut la cause de sa mort ? Voici les résultats d’une longue enquête qui mobilisa de nombreux chercheurs européens et américains.
Par Jean-Pierre Mohen.

Google en quête d’énergie et de froid
Google, Yahoo !, Microsoft et d’autres construisent d’énormes centres de données. Besoins vitaux de surfaces, mais surtout d’électricité bon marché.
Par Anouch Seydtaghia.

Les Inuit, peuple du froid
Les Inuit sont, pour les Occidentaux, les peuples du froid vivant dans la neige. Or, c’est la glace qui est leur principal repère. Et s’ils accèdent au confort, ils n’ont pas baissé les bras pour faire entendre leur voix.
Par Béatrice Collignon.

La présence d’une absence
Ou comment le Mont Blanc prend son temps pour trouver sa place dans les cartes des Alpes…
Par Brice Gruet.

L’autre « toit du monde »
Le Chimborazo, volcan de l’Équateur situé à l’extrémité du demi-grand axe de l’ellipsoïde, est plus éloigné du centre de la Terre que l’Everest, d’altitude pourtant supérieure.

Un éphémère cristallin. L’architecture de glace, hier et aujourd’hui
Étonnante fascination pour la glace, dont témoignent ces architectures destinées à ne pas durer. Et si, pour votre prochain voyage, vous dormiez dans un hôtel de glace ?
Par Brice Gruet.

À la fraîche, à la glace !
Le plaisir de manger de la glace est ancien. Mais sur l’île Saint-Louis à Paris, au chevet de la cathédrale Notre-Dame, les touristes et les îliens s’en donnent à coeur joie. Le frais n’a pas de prix pour les gourmands
Par Jean-Robert Pitte.

Les stations de luxe de l’arc alpin
Les Alpes ont assuré leur développement touristique en pariant sur le prestige des stations de luxe qui, depuis le XIXe siècle, attirent une clientèle internationale. Leurs points forts : l’accessibilité, l’accueil, et, bien sûr, la qualité du domaine skiable.
Par Henri Rougier.

Désir de neige
Fatalité dans les villes, félicité dans les montagnes ou les hautes latitudes, la neige se forge une image avec nos contraintes. Les Québécois furent parmi les premiers à vendre l’hiver aux touristes, en ville comme dans les campagnes, sur les lacs gelés ou les vastes horizons du bouclier canadien. Mais cette image positive a été construite par des écrivains géographes dont Luc Bureau est l’un des plus célèbres de la Belle Province.
Par Luc Bureau.

Les pôles ont chaud
Petite géopolitique des hautes latitudes.
Par Gilles Fumey.

De la recherche fondamentale à la protection de la planète
En plein débat sur le réchauffement climatique, la nouvelle année polaire internationale oriente les recherches scientifiques vers les grands enjeux environnementaux. L’évolution des activités du Laboratoire de glaciologie et géophysique de l’environnement de Grenoble reflète bien cette mutation : en plus de l’étude de l’écoulement des glaciers et des climats du passé, ses recherches visent aussi à répondre aux demandes pressantes de prévision climatique.
Par Danielle Van Santen.

Images polaires sur plaques de verre. Campagnes du duc d’Orléans
En 2003, le musée des Confluences, alors Muséum d’Histoire naturelle de Lyon, fait l’acquisition d’un lot de soixante-quinze objets auprès de Michel Goudal, spécialiste des pôles. Cet ancien directeur des musées de l’Arctique à Mazères-sur-Salat et Tournay, explorateur et chercheur, a rassemblé une importante collection d’objets réunis au cours des quarante-cinq expéditions qu’il a réalisées dans le Grand Nord. Avec cet ensemble, le musée enrichit ses collections d’une série de vingt-cinq positifs sur plaques de verre destinés à la projection et portant la mention, « Expédition arctique du duc d’Orléans ».
Par Marie-Paule Imberti et Marion Trannoy.

Il y a 153 ans à la Société de géographie
Notre revue est riche de près de 200 ans d’histoire ! Une mine d’explorations toutes plus exceptionnelles les unes que les autres.
Par Gérard Joly.

Et comme toujours les Nouvelles de La GéoGraphie.


mercredi 29 octobre 2008

Balkanofonik : les 10 ans du Courrier des Balkans


Pour tous ceux qui s'intéressent aux Balkans, le travail du Courrier des Balkans, revue électronique présentant la traduction de très nombreux articles de la presse balkanique, n'est certainement pas passé inaperçu. Le Courrier des Balkans organise et soutient également de très nombreuses manifestations, de la promotion de la culture balkanique (expositions, concerts...) à des rencontres entre chercheurs et intéressés (conférences, apéro-débats...). Aujourd'hui, le Courrier des Balkans fête ses 10 ans et organise pour l'occasion les "Balkanofonik" au studio de l'Ermitage le samedi 29 novembre 2008 (Paris 20ème arrondissement). Au programme : la diffusion du film A qui est cette chanson ? d'Adela Peeva (Bulgarie, 2005) et un concert. A signaler également : un apéro-débat "Quoi de neuf dans les Balkans" à Quimperlé (Bretagne) le vendredi 14 novembre 2008, animé par Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin, auteurs de Comprendre les Balkans. Histoire, sociétés, perspectives (Editions Non lieu, Paris, 2008 pour la 2ème édition mise à jour, 1ère édition 2007, 352 pages). L'occasion surtout de parler du Courrier des Balkans, une source d'informations inestimable pour tous ceux s'intéressant aux Balkans !

mardi 7 octobre 2008

"Guerres et conflits" : les revues



Le thème du FIG "Guerres et conflits : la planète sous tension" a inspiré 2 revues parues ce mois-ci : Diplomatie (n°34) et La GéoGraphie (n°4).



Le n°4 de La GéoGraphie : "Guerres et conflits. La planète en danger"

Avec un éditorial qui prend le contre-pied de la phrase célèbre d'Yves Lacoste "La guerre, c'est d'abord de la géographie !", la revue consacre 9 articles aux guerres et conflits de par le monde. Frédéric Lasserre (professeur de géographie à l'Université de Laval à Québec, et auteur de nombreux ouvrages sur la géopolitique de l'eau) présente ainsi un article consacré à "Se battre pour l'eau". Soulignant l'intérêt médiatique de plus en plus marqué pour les questions de partage de l'eau, il montre combien les représentations et les peurs quant à un avenir ancré dans de nombreuses "guerres de l'eau" ont des impacts sur les crises, qui sont le fruit d'un emboîtement de facteurs géopolitiques. Insistant sur les nombreux cas de coopération pour l'eau (bien plus nombreux que les tensions autour de la ressource hydrique), il montre combien une géographie de la peur du stress hydrique et du manque d'eau est un facteur catalysateur des conflits actuels.

Michel Lussault (professeur de géographie à l'Université de Tours), lui aussi, est amené à montrer le poids des médias et des images, mais cette fois dans le cadre de nos représentations du milieu urbain. Dans un article intitulé "L'assurance de la catastrophe", il revient sur le poids des perceptions et des nominations qui transforment les espaces parce qu'ils lui donnent un sens : "Partout, les mêmes images, filmées en général par un caméraman en déplacement, traversant le champ de ruines : des bâtiments béants, des places saccagées, des débris jonchant le sol, des véhicules en feu ou calcinés, des routes eventrées, des citadins traumatisés ou exténués, des traces de sang, des cadavres, des reliefs d'une vie quotidienne dévastée et des signes d'une débrouille généralisée afin de survivre". Une réflexion à ne pas manquer pour tous ceux qui s'intéressent aux guerres et guérillas urbaines, montrant le poids des images et des mots dans l'imaginaire collectif et dans la représentation d'un milieu urbain vulnérable et dangereux.

Christian Perret (maire de Saint-Dié-des-Vosges et fondateur du FIG) a répondu aux questions du géographe Gilles Fumey (maître de conférences en géographie à l'Université Paris-Sorbonne) à propos de "Peut-on parler de « guerre financière » ?". Le politique a alors été amené à montrer son intérêt en tant qu'homme d'action de la pensée géographique pour comprendre le monde actuel, notamment en ce qui concerne la question des matières premières, celle du poids des Etats-Unis, ou celle de la place des pays du Sud.

Les amoureux de l'histoire militaire, de la stratégie, de la géographie militaire et de la géohistoire seront ravis de trouver également un article sur "Napoléon, la stratégie du terrain" par Jacques-Olivier Boudon (professeur d'histoire à l'Université Paris-Sorbonne). L'article montre l'importance de la géographie pour Napoléon, tant dans la formation d'officiers géographes, dans ses consultations au cabinet de topographie, que dans l'importance qu'il apportaitt au choix du terrain dans la conception de la stratégie et à la connaissance du territoire.

Anne Giudicelli (créatrice de la structure de conseil Terrorisc, auteur de l'essai Le risque anti-terroriste) se questionne sur "Al-Qaida : la guerre des ondes ?". Analysant les réseaux immatériels de l'Internet et de la télévision satellite, elle pose dans son article des pistes de lecture sur les outils de propagande et les acteurs qui les contrôlent dans un monde mondialisé. Présentant ainsi "l'arme des médias" comme "une bombe à retardement", elle montre combien "très tôt, les groupes actifs dans la mouvance extrémiste ont compris les avantages à exploiter les extraordinaires potentialités des réseaux électroniques et des nouvelles technologies de l'information pour exporter l'idéologie radicale et oeuvrer dans l'ombre en toute impunité".

Pierre Pagney (professeur émérite en géographie de l'Université Paris-Sorbonne, auteur de Le climat, la bataille et la guerre : des conflits limités aux conflits planétaires) consacre un article au "Sale temps pour la guerre". Spécialiste de climatologie, il analyse le rôle du temps (avec une temporalité courte, contrairement au climat qui s'inscrit dans la durée), qui transforme alors le champ de bataille en quelques instants. Partant d'un constat simple : "le type de matériel expose les combattants différemment aux caprices du temps. Les chars sont très dépendants de l'état d'un sol boueux, englacé ou sec et ils sont repérables sur la neige. Cela vaut plus ou moins pour toutes les unités mécanisées qui sont toujours à l'épreuve du froid, de la chaleur et de la neige, voire de la poussière qui éprouve les moteurs. Pour les avions, la météo est l'une des conditions premières de l'action en guerre", il développe tout au long de son article les adaptations des armées au temps, l'importance de comprendre les phénomènes météorologiques et de les inclure dans la préparation de la guerre (et ce, de tout temps) et questionne l'impact de ces facteurs à l'heure des technologies actuelles - qui semblent à priori offrir la possibilité de s'affranchir du climat.

D'autres articles sont également à retrouver dans ce numéro, notamment "Visa pour l'image. Vingt ans de photojournalisme", présentant des photographies sur des zones de conflit présentées au festival international de photojournalisme de Perpignan. Egalement, Sylvain Kahn (professeur à Sciences Po Paris, et producteur de l'émission radio Planète Terre) propose une réflexion sur "La guerre de l'intelligence. Les campus dans la mêlée", où il présente la "guerre" à l'innovation entre les différents campus. Avec une introduction un peu provocatrice ("Les étudiants et chercheurs seraient-ils devenus des soldats dirigés par des recteurs métamorphosés en généraux et des présidents en chefs d'état-major ?"), son article pose la question de la place de la compétition entre les Universités au coeur de la mondialisation. Retrouvez également un article consacré au "Samouraï" par Deirdre Emmons (le Japon étant le pays invité au FIG 2008), un article de Jean-Robert Pitte intitulé "La chère est triste" consacré à une photographie du Japon appartenant à la Société de Géographie, un article présentant "Sir Richard Francis Burton, l'iconoclaste" par Philippe Guhur, un article de Sylvie Brunel "Etre géographe, c'est souffrir" dénonçant le peu de place de la géographie dans le secondaire. retrouvez également les rubriques consacrées aux expositions, aux ouvrages coups de coeur, à la gastronomie, au cinéma et à l'histoire de la Société de Géographie.




Le n°34 de Diplomatie : ""Guerres & paix. A quel prix ?"

Diplomatie
consacre un dossier du n°34 au thème du FIG avec 4 articles. Comme toujours, la revue est illustrée de figures (photographies, tableaux, graphiques, cartes...) particulièrement démonstratives, qui renforcent l'analyse.

L'entretien avec François Heisbourg (président de l'Institut international d'études stratégiques de Londres et membre de la Commission sur le Livre blanc de la Défense) intitulé "La connaissance au coeur d'une défense intelligente" est l'occasion de revenir sur les défis auxquels la France doit faire face aujourd'hui : coût des guerres, spécificités de l'économie de défense, de la place du renseignement et des enjeux du livre blanc.

Elisabeth Sköns (directrice du projet du SIPRI sur les dépenses militaires et la production d'armements) propose un article sur "Guerre & Paix : les coûts d'un choix". L'article présente les défis de l'économie légalisée de la guerre, ainsi que la criminalisation d'une partie de cette économie générée par la violence armée des groupes non conventionnels impliqués dans les conflits. Différenciant les coûts et les enjeux pour les différents acteurs, l'article montre que la guerre peut être rentable dans le cercle illégal de l'économie.

Le dossier est complété d'un article consacré à "La guerre vue par l'un de ses héros : Smedley Darlington Butler", et par un Atlas sur "La paix et la guerre : coûts et bénéfices selon le SIPRI yearbook 2008".


Le n°34 comporte également d'intéressantes analyses avec des dossiers sur :
  • France : Le Livre blanc de la Diplomatie
  • Géopolitique : Le Centre de crise du Quai d'Orsay
  • Stratégies : Europe de la Défense
  • Points chauds
  • ethnopolitique : La Mongolie

Des revues à se procurer !