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lundi 23 septembre 2013

Aya de Yopougon : Représenter l'espace urbain dans la bande dessinée

Voici quelques billets réalisés dans le cadre de ma participation au Laboratoire junior Sciences Dessinées (ENS de Lyon) autour de la bande dessinée (presque incontournable cet été, lors du lancement de cette série de billets, du fait de son adaptation cinématographique) Aya de Yopougon.

Le choix d'exploiter dans cette série de billets un corpus restreint (une seule oeuvre, qui plus est limitée aux trois premiers albums), ne doit pas tromper sur la démarche : cet approfondissement s'inscrit dans une recherche plus générale sur les liens Ville/Bande dessinée qui a donné lieu à une journée d'études le 18 septembre 2013 à l'ENS de Lyon sur "Ville et Bande dessinée". Explorer Aya de Yopougon permet ici de s'interroger sur les liens entre la géographie et la bande dessinée : la bande dessinée peut-elle être un matériau de recherche pour penser les représentations de l'espace ? La bande dessinée nous permet-elle de mieux comprendre ce qui fait sens dans l'habiter ?, etc.

Si l'histoire s'est emparée de la question du lien Histoire/Bande dessinée assez tôt, la question reste plus récente pour les géographes. On citera tout de même la thèse de doctorat en géographie de Julien Champigny : L'espace dans la bande dessinée, soutenue en 2010 (un prochain billet fera le point sur les références biblio/sitographiques et les grands axes de réflexion autour du lien Géographie/Bande dessinée sur le carnet Sciences Dessinées). La série de billets aborde donc la bande dessinée Aya de Yopougon sous le prisme de la géographie.

"Cette bande dessinée est située dans le temps et dans l'espace : les années 1970 sont celles du “miracle ivoirien” et de l’émergence, notamment à Abidjan qui polarise les activités et le peuplement ivoiriens, d’une classe moyenne. Dans le temps, l’histoire se situe donc dans une période de prospérité économique à l’échelle de la Côte d’Ivoire. Dans l’espace, elle se situe à l’échelle du quartier : c’est par le prisme des territoires du quotidien d’Aya, jeune femme de 19 ans, que Marguerite Abouet propose de faire découvrir la ville dans laquelle elle a grandi. Cette échelle est déjà un repère pour le lecteur : la bande dessinée propose une géographie intime et subjective d’Abidjan. Le choix du quartier dans lequel se déroule l’histoire n’est pas neutre, lui non plus. Yopougon est non seulement un quartier à forte identité (notamment pour ses célèbres “maquis”, des restaurants populaires en plein air, qui ont un très important rôle dans la sociabilisation et la rencontre), mais aussi un quartier en pleine évolution dans les années 1970. C’est enfin un quartier qui est un haut-lieu du “miracle ivoirien”, que dépeint la bande dessinée en montrant les contrastes derrière le développement économique." (extrait du billet introductif).

Pour poursuivre la lecture : SÉRIE AYA DE YOPOUGON
A noter que cette série n'est pas achevée : il reste d'autres billets à venir (notamment sur les territoires de la fête, de la drague et de la nuit).

Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, 2005, Aya de Yopougon, tome 1, planche 15.



mercredi 23 janvier 2013

"Quel(s) avenir(s) pour les villes dans le monde au XXIe siècle ?"

La saison des cours publics de l'Université Rennes 2 propose, pour la saison 2012-2013, un cycle de conférence consacré à "La Ville Demain. Villes et défis urbains dans le monde au XXIe siècle" jusqu'au 8 avril 2013 (voir le programme). Pour la séance inaugurale de ce cycle du 1er octobre 2012, l'IAUR (Institut d'aménagement et d'urbanisme de Rennes) a invité le philosophe de l'urbain Thierry Paquot qui revient sur cette "urbanisation (qui) ne crée pas nécessairement des villes au sens où nous, Européens, nous l'entendons habituellement".

Après un cadrage théorique sur les quatre grandes questions que posent la ville et l'urbanisation :
  • sur la question sociale et "l'apparition de classes sociales qui n'existaient pas auparavant, avec quelque chose qui n'existait pas non plus qu'on appelle la vie quotidienne, rythmée par du travail salarié, par des loisirs, par du temps de repos, etc.", notion nouvelle et urbaine,
  • sur la question urbaine qui est "celle de la localisation d'une population un peu flottante qui quitte les campagnes et qui doit s'installer pour justement épouser la question sociale" qui pose des questions de migrations, de transports, de ségrégations, etc.,
  • sur la question communicationnelle notamment autour de l'invention de la science des villes en revenant à la définition de l'urbanisme proposé par Idenfonso Cerda, redécouvert par Françoise Choay,
  • et sur la question environnementale et du développement durable confronté au réchauffement climatique et aux usages énergétiques, qui "confirme que nous sommes tous sur la même terre, qu'il n'y a plus de possibilité de s'isoler des catastrophes naturelles ou des catastrophes naturellement dominées par les êtres humains")
Thierry Paquot propose ensuite de distinguer cinq formes d'urbanisation planétaire (qui donnent lieu également à des hybridités par des mixités entre ces formes) qui "vont perdurer dans les dix/vingt/trente/quarante ans à venir" :
  • le bidonville ("la première forme quantitative, du moins démographique, d'urbanisation planétaire" qui "naît déjà au XIXe siècle" par taudification et surdensification de certaines parties de villes et rappelle le poids de la question sociale et la priorité de la question de la propriété du sol),
  • les mégapoles (qui posent "la question de la taille, la question démographique (qui) est une question taboue"),
  • les villes globales (que Saskia Sassen "définit comme une ville qui est dénationalisée", "qui n'est plus au diapason avec le pays où elle se trouve", qui est planétaire, qui "assure la globalisation économique à l'échelle mondiale"),
  • les enclaves sécurisées (les "villes avec une porte", qui est "le produit immobilier le plus commercialisé au monde", formes dans lesquelles "les murs sont à l'intérieur de la ville", "et surtout dans les têtes", "formes de ségrégation beaucoup plus fortes, puissantes, parce que considérées comme légitimes et comme évidentes"),
  • les petites et moyennes villes (dont il rappelle l'importance de ne "pas les sous-estimer ni les oublier, parce qu'elles jouent un rôle démographique important" mais qui se construisent "plus comme des petites villes-dortoirs : on y vit plutôt bien, mais on va travailler ailleurs, mais on va étudier ailleurs, mais on va correspondre ailleurs, mais on revient quand même dans cette petite ville"),
  • et l'urbain diffus, dernière catégorie, qui n'est pas une forme d'urbanisation, mais qui "est quelque chose qui vient envelopper ces cinq formes", qui "montre que l'on sort de la ville", ce que Thierry Paquot appelle "l'après-ville".


Quel(s) avenir(s) pour les villes
dans le monde au XXIe siècle ?



Présentation de la conférence :
"L’urbanisation, dorénavant planétaire, s’effectue selon diverses modalités, parfois avec des villes et souvent sans villes et même contre elles ! Après avoir rapidement décrit les cinq principales formes de l’urbanisation, Thierry Paquot examinera les tendances à l’œuvre ici ou là pour mieux circonscrire et évaluer leur(s) devenir(s). Il s’agit non seulement de saisir les ressorts de ces formes urbaines en cours de reconfiguration que d’étudier l’urbanisation des mœurs et les évolutions qui affecteront les modes de vie (rapport au territoire, temporalités, déplacements, etc.) et de gouvernance des citadins (citoyenneté à démocratie variable, concertation, citadinité…)."


Sources :
  • Programme des cours publics 2012-2013, Site de l'Université Rennes 2.
  • Archives multimédias pour le cycle 2012-2013, Site de l'Université Rennes 2.

Autres conférences disponibles à la (ré)écoute :

Conférences à venir :
  • "La ville en mouvement : ségrégation, mixité sociale et nouvelles formes urbaines" (Jean-Pierre Lévy, 4 février 2013)
  • "L'art dans la ville. De la provocation à la coopération" (Marion Holfeldt, 4 mars 2013)
  • "Vivre dans les cités géantes du Sud. L'exemple des métropoles d'Amérique latine" (Vincent Gouëset, 8 avril 2013)

mercredi 28 novembre 2012

Urbanités : un film de géographe (Jacques Lévy)

Le film du géographe Jacques Lévy, Urbanités, sera projeté en avant-première le cendredi 7 décembre 2012 à 18h30 à l'ENS de Lyon (Ecole Normale Supérieure, site ENS LSH, 15 parvis René Descartes, amphithéâtre Descartes, métro Debourg, Lyon).



Présentation sur le site de l'ENS :
"Nous aurons le plaisir d'accueillir Jacques Lévy pour une projection en avant-première d'Urbanités.

Inspiré par le dialogue intense avec Les Villes invisibles, texte d'Italo Calvino, le film explore le concept d'urbanité à travers l'observation des villes du Monde, tout particulièrement en Chine. Se voulant une contribution au renouveau du film scientifique, ce film est aussi un manifeste pour un nouveau type de langage cinématographique.

La projection sera suivie d'un débat avec le réalisateur.

Jacques Lévy est géographe et urbaniste, professeur à l'ÉPFL (Lausanne) où il dirige le laboratoire Chôros."


Source de l'information :
Site de l'ENS de Lyon.


D'autres films de géographes :
A retrouver sur le site de Doc2Géo (avec des films sur Cotonou, le Delta du Nil, Antanarivo, Dakar, la Bolivie, Vancouver, Vera Cruz, Aréquipa, Maracaïbo, Pékin, Deng, Kawah Ijen, Karakorum, Okinawa, l'Auvergne, Naussac, le canal de Bourgogne, Paris et son agglomération, la Normandie, la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, la Slovénie, la Catalogne/Corse/Portugal/Sardaigne, l'Australie).



Du passé faisons table rase... Pékin 2003


En attendant la projection-débat du film Urbanités de Jacques Lévy, voici le fil de Gaële Lavoué, déposé sur Doc2Géo, autour des rénovations urbaines à Pékin à l'occasion de la prépartion des J.O.

Présentation sur le site de Doc2Géo :
"Une rénovation urbaine radicale. Au prétexte des jeux olympiques, une partie du vieux Pékin est rasée. Habitants, administrateurs, architectes chinois et étrangers, explicitent cette politique".



Source du film :
Gaële Lavoué, "Du passé faisons table rase... Pékin 2003", Doc2Géo, 2011.