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Affichage des articles dont le libellé est violences. Afficher tous les articles
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samedi 9 novembre 2013

Journée d'études : "Europe et Barbarie, passé-présent"

Le vendredi 15 novembre 2013, le Centre d'histoire de Sciences Po organise une journée d'études intitulée "Europe et Barbarie, passé-présent" (salle de conférences, rez-de-chaussée, 56 rue Jacob, Paris 6ème arrondissement, entrée libre).



lundi 28 octobre 2013

"Violence et Bande dessinée" (ENS-Lyon, 6 novembre 2013)


Le mercredi 6 novembre 2013, le laboratoire junior Sciences Dessinées organise sa troisième journée d’études : après la science et la ville, cette journée interrogera  “Violence et bande dessinée“, à l’ENS de Lyon (amphithéâtre Descartes, métro Debourg, entrée libre, 9h30-17h30).

La journée “Violence et bande dessinée” se déroulera en deux temps :
  • une matinée consacrée à des interventions d’universitaires et de chercheurs sur la question de “L’hyperviolence, du choc à la suggestion“
  • une après-midi sous forme de grand entretien avec Kris, notamment auteur de Notre Mère la Guerre (avec Maël), Coupures irlandaises, et Un homme est mort.

affiche bd et violence 2

Toutes les informations : carnet du Laboratoire junior Sciences Dessinées (ENS-Lyon).


jeudi 4 avril 2013

Le regard des sciences sociales sur les crimes de masse

Extraite de l'excellente Online Encyclopedia of Mass Violence (base de données électronique sur les genocide studies, c'est-à-dire sur les études sur les massacres et les génocides du XXe siècle), cette vidéo présente un dialogue entre Hamit Bozarslan (directeur d'études à l'EHESS, spécialiste de la question kurde) et Jacques Sémelin (directeur de recherche au CERI, spécialiste des crimes de masse, notamment auteur de Purifier et détruire. Usages politiques des massacres et génocides), animé par Christian Lequesne (directeur de recherche à Science Po Paris, directeur du CERI).





Quelques références biblio/sitographiques sur les massacres de masse :

Des sites et des revues :

Des articles :

Des ouvrages :
  • Jacques Sémelin, 2005, Purifier et détruire : usages politiques des massacres et génocides, Le Seuil, collection La Couleur des idées, Paris, 485 p.
  • Stéphane Rosière, 2006, Le nettoyage ethnique. Terreur et peuplement, Ellipses, Paris, 297 p.
  • Jacques Sémelin, Claire Andrieu et Sarah Gensburger (dir.), 2008, La résistance aux génocides. De la pluralité des actes de sauvetage, Presses de Sciences Po, collection Académique, Paris, 550 p.

Des entretiens :

Des émissions de radio :
Ne sont indiquées ici que des émissions disponibles à la ré-écoute. Jacques Sémelin, notamment, est intervenu dans plusieurs émissions très intéressantes sur France Culture ("Massacres et génocides : les usages politiques de l'horreur" en 2006, "Comprendre l'inacceptable" et "Guerres civiles" en 2005) qui peuvent être retrouvées dans les centres de consultation de l'INA (voir le site de l'Inathèque).

samedi 8 septembre 2012

Le viol comme arme de guerre : éléments pour une approche spatiale

Ces dernières années, de nombreux travaux se sont intéressés à la question de la géographie du genre et de la sexualité d'une part (avec des géographes tels qu'Yves Raibaud, Guy Di Méo, Nadine Cattan, Marianne Blidon... Voir notamment le numéro "Masculin/féminin : questions pour la géographie", L'Information géographique, vol. 76, n°2012/2 ; et le dossier des Cafés géographiques : "Géographie du genre, géographie de la sexualité"), et à celle de la géographie des violences d'autre part (avec les travaux de géographes tels que Jérôme Tadié, de Guy Mercier, Stéphane Rosière... Voir notamment le numéro "Géographies de la violence", Cahiers de géographie du Québec, vol. 53, n°150, décembre 2009 ; et le numéro "Modifications coercitives du peuplement", L'Information géographique, vol. 71, n°2007/1). Les apports de ces travaux sont nombreux, et il est possible de les croiser pour aborder la question du genre face à la guerre, par l'approche spatiale. Les questionnements ainsi soulevés sont nombreux : vivre la guerre en tant qu'homme/femme, modifications des pratiques spatiales dans la guerre en tant que groupe social vulnérable... Parmi les interrogations possibles, voici quelques éléments d'esquisse d'une géographie du viol comme arme de guerre.


Résumé :
Si la question des viols comme arme de guerre est souvent analysée au prisme des blessures psychologiques pour les victimes, on se propose de les interroger par l’approche spatiale : les viols de masse sont des modalités dans le combat et dans l’ancrage de la guerre par-delà le temps des combats. Les viols systématisés participent de la « purification » des territoires, et sont un enjeu dans le processus de pacification et de (ré)conciliation des populations.


Références de l'article :
Bénédicte Tratnjek, 2012, "Le viol comme arme de guerre et la « géographie de la peur ». Violences extrêmes et inscription de la haine dans les territoires du quotidien", Revue Défense Nationale, rubrique Tribunes, n°249, 7 septembre 2012, en ligne : http://www.defnat.com/site_fr/tribune/fs-article.php?ctribune=305


Quelques liens :

Des études de cas :

Le viol comme tactique du "nettoyage territorial" dans la guerre

Source : Tratnjek, Bénédicte, 2012, "Le viol comme arme de guerre et la "géographie de la peur" : violences extrêmes et inscription de la haine dans les territoires du quotidien", Revue Défense Nationale,
rubrique Tribunes, n°249, 7 septembre 2012.
Carte réalisée à partir de : Vincent Moriniaux, "Le viol comme tactique de guerre : une réalité mondiale",
publiée dans Angela Monzoni-Deroche, 2005, "Le viol comme tactique de guerre", Dossier de plaidoyer,
Secours catholique, Caritas France, p. 22.

 

jeudi 10 mai 2012

(Re)construire la ville comme lieu d’interface dans l’immédiat après-guerre : destruction de l’urbanité et symbolique des lieux dans la ville en guerre

Voici le texte de préparation pour le 9e Colloque de la Relève VRM (Réseau Villes Régions Monde) des 17 et 18 mai à Montréal : "La ville comme lieu d'interface". L'ensemble des textes de préparation est disponible sur le site du Réseau VRM et dans les liens du billet précédent consacré à ce colloque (partie "programme"). L'intervantion sera consacrée à la question de la ville en guerre comme objet géographique permettant de questionner la ville comme lieu d'interface.


Résumé de l'intervention :
"Les villes en guerre sont un « laboratoire » pour la recherche sur la symbolique des lieux, sur le marquage de l’espace et sur la construction d’espaces géosymboliques. En effet, par la destruction de lieux-cibles dans la ville, certains acteurs en armes ne visent pas des avantages militaires, mais la destruction de l’urbanité, c’est-à-dire de la ville comme espace de rencontres et comme lieu d’interface pour les populations « brassées » dans un même espace de vie. Au prisme de l’urbicide (néologisme proposé par Bogdan Bogdanovic pour décrire le meurtre de la ville) et des modifications coercitives du peuplement, l’analyse de la ville en guerre interroge les espaces de rencontre dans la ville (lieux-cibles des acteurs en armes cherchant à « purifier » les villes selon des « nettoyages urbains » qui visent à produire une géographie de la différenciation par fragmentation de la ville en guerre en quartiers-territoires) : visés et détruits par les belligérants, ils permettent de mettre en exergue ce qui construit la ville comme lieu d’interface. S’appuyant sur des recherches empiriques menées dans les villes d’Abidjan, de Beyrouth, de Mitrovica et de Sarajevo, cette communication se propose d’interroger la question des échelles de la ville comme interface, au prisme de la destruction de l’urbanité. En questionnant les spatialités et les discours spatiaux produits par ces acteurs de la haine et de l’homogénéisation dans la ville, il s’agit d’interroger les lieux et les espaces géosymboliques qui, détruits, inscrivent la guerre et la disparition du vivre ensemble dans la ville par-delà le temps des combats armés, et de fait d’interroger ce qui fait lieu d’interface dans la ville. Cette approche par la médiance spatiale permet ainsi de mettre en exergue la reconstruction non comme un défi économique, mais comme un véritable enjeu social : la pacification des territoires ne peut faire l’économie de la compréhension de ce qui fait de la ville un espace de rencontres et d’échanges."


Source du texte : TRATNJEK, Bénédicte, 2012, "(Re)construire la ville comme lieu d'interface dans l'immédiat après-guerre : destruction de l'urbanité et symbolique des lieux dans la ville en guerre", La ville comme lieu d'interface, 9e Colloque de la Relève VRM, 17-18 mai 2012, Montréal, 5 p. + 2 figures, en ligne :
http://www.vrm.ca/documents/Releve9_Tratnjek.pdf

(Ne pas reproduire sans demande et citation explicite, y compris les figures)







La ville comme lieu d'interface (9e Colloque de la Relève VRM)

Le Réseau VRM (Villes Régions Monde) organise son 9e Colloque de la Relève VRM les 17 et 18 mai 2012 à Montréal (INRS - Institut national de la recherche scientifique, salle 2109, 2ème étage , 385 rue Sherbrooke Est, métro Sherbrooke) autour de la question de "La ville comme lieu d'interface". 14 jeunes chercheurs seront réunis autour de spécialistes des études urbaines pour discuter des villes comme lieux d'échanges et d'interactions. La conférence d'ouverture sera prononcée par le géographe Christian Grataloup : "Des rides sur le portrait du monde". Parallèlement à ce colloque, sera exposé le travail du photographe Yves Arcand dans une exposition intitulée : "Ordre et paysage urbain".


samedi 14 avril 2012

Photographies : "20 ans après : La guerre en Bosnie-Herzégovine en photographies" (Time)

Suite des billets sur les 20 ans du début de la guerre de Bosnie-Herzégovine et du début du siège de Sarajevo (avril 1992) avec un reportage photographique revenant sur la guerre et ses quotidiennetés.

Le Time (l'un des principaux magazines d'information hebdomadaires étatsuniens) propose, sur son site Internet, un reportage photographique avec une sélection de 13 photographies prises pendant la guerre en Bosnie-Herzégovine (1992-1995).

Massimo Calabresi (l'un des contributeurs du blog Battleland du Time, qui a couvert les guerres de Croatie, de Bosnie-Herzégovine et du Kosovo de 1995 à 1999 pour le Time) a demandé à chacun des photographes de commenter sa photographie et le contexte dans lequel elle a été prise. Ces photographies nous plongent dans les hauts-lieux de la violence, des massacres de masse, de l'enfermement dans des camps et des nettoyages ethniques.



mercredi 29 février 2012

Afghan Rage : retours sur l'émission de France 24 (Adam Baczko)

Le 27 février 2012, France 24 a consacré deux émissions sur la question des Corans brûlés en Afghanistan et de ses conséquences, l'une en français : "Afghanistan, Irak, Libye : peut-on imposer la démocratie ?", et l'autre en anglais "Afghan Rage" (voir les vidéos de ces deux émissions à la fin du billet). Adam Baczko (doctorant à l'EHESS et à l'IRSEM), l'un des intervenants de l'émission "Afghan Rage", revient sur les arguments qu'il a présentés lors de cette émission, et nous donne son point de vue, à partir de son expérience de terrain en Afghanistan, sur l'insurrection taliban. Voir également le précédent billet d'Adam Baczko sur ce blog "La "guerre de guérilla" n'existe pas" (11 mai 2010).

"Présence des groupes talibans en Afghanistan"
Source : Carte de Laura Margueritte, publiée dans Constance de Bonnaventure,
"Afghanistan au plus près du pouvoir", Carto, n°7, septembre/octobre 2011.


vendredi 24 février 2012

Deux événements sur le viol comme arme de guerre

Deux événements se tiennent parallèlement sur la question du viol comme arme et tactique de guerre. Le premier est une exposition qui se tient à la Sorbonne (Paris) et le second une conférence à Sarajevo. Ces deux événements ne sont pas sans rappeler l'importance des violences sexuelles, non seulement comme traumatismes personnels, mais aussi comme enjeu dans l'immédiat après-guerre. L'habiter et les pratiques spatiales des victimes sont profondément affectés par ces actes : par-delà le temps des violences, le viol s'inscrit durablement dans les territoires du quotidien. Dans cette perspective, le viol systématisé participe de la "modification coercitive du peuplement".

La Chair de la guerre, une histoire de femmes (Yvelyne Wood)

jeudi 12 janvier 2012

Des violences post-électorales à la bataille d'Abidjan : géographie du conflit ivoirien de 2010-2011

Voici l'affiche de la conférence-débat du jeudi 19 janvier 2012 organisée par l'Association des Géographes de Savoie et le département de géographie de l'Université de Savoie à Chambéry (Amphithéâtre Decottignies, Rue Marcoz, Présidence de l'Université de Savoie-Chambéry).




Présentation de la conférence :
Si les élections présidentielles ivoiriennes de la fin 2010 ont été, dans les premiers temps, présentées par les médias comme un "succès" qui consolidait le processus dit de "réconciliation nationale", les lendemains du second tour ont donné tort à ses analyses : les violences post-électorales se sont rapidement transformées en guerre civile, du fait de la lutte entre les deux candidats au second tour, Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, chacun se déclarant vainqueur des urnes. Comment, par les cartes, est-il possible de comprendre la géographie de la violence qui est aujourd'hui un véritable enjeu dans le nouveau processus de "réconciliation nationale" ?

lundi 23 mai 2011

Construction d'identité nationale dans les Balkans (Jean-François Gossiaux)


Voici les vidéos d'un entretien avec l'ethnologue Jean-François Gossiaux sur la "Construction d'identité nationale dans les Balkans", mises en ligne sur le site des Archives audiovisuelles de la recherche. L'occasion d'approfondir, à l'échelle de l'ensemble des Balkans, la question de l'identité, du peuple, et plus largement de la conflictualité des territoires identitaires.

La question de la folklorisation des identités, de la différenciation dans des construits sociaux, culturels et politiques, et de la mythologisation d'un passé fantasmé, tronqué ou totalement ré-écrit a été l'objet d'un ouvrage passionnant, récemment traduit en français, qui donne à voir avec précision cette utilisation politique d'une différenciation encore prégnante dans les tensions actuelles (violences post-électorales en Albanie, projet de référendum d'auto-détermination en Republika Srpska, bat sur la partition du Kosovo...) : Ivan ČOLOVIĆ, 2009, Le Bordel des guerriers. Folklore, politique et guerre, Editions Non Lieu, collection La Petite Bibliothèque du Courrier des Balkans, Paris, 204 p. (voir un compte-rendu de lecture pour les Cafés géographiques).








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vendredi 18 mars 2011

Côte d'Ivoire : deux présidents pour un pays ? Retour sur la question de la partition du pays


Ce jeudi 17 mars 2011, 30 personnes sont décédées dans les combats violents qui se déroulés à Abidjan (voir le blog de l'anthropologue Alain Bertho, avec notamment un reportage de France 24). Depuis le mois de janvier 2011, les affrontements post-électoraux en Côte d'Ivoire se sont transformés en véritable guerre civile, opposant les partisans des deux candidats présidentiels, le président sortant Laurent Gbagbo et son opposant Alassane Ouattara. Ces élections, reportées pendant 5 ans, ont fait ressurgir la menace d'une partition, fragmentation politique qui s'est clairement exprimée dans les votes du second tour pour la présidentielle.

Si l'actualité médiatique a été occupée par d'autres événements (les révolutions urbaines dans le monde arabe, puis aujourd'hui le séisme au Japon), il ne faudrait pas s'y tromper : la situation en Côte d'Ivoire ne s'est pas calmée depuis les élections présidentielles, et s'est aggravée de jour en jour. Résultat d'une situation électorale qui a vu deux candidats se considérer légitimement vainqueur des élections (voir les billets "Elections en Côte d'Ivoire : les lieux de la politique et les lieux de la violence", "Côte d'Ivoire : des manifestations pour réclamer les résultats des élections aux violences d'après-résultats ?", et "Côte d'Ivoire : résultats invalidés et fermeture des frontières" : vous pouvez y retrouver des liens vers des articles scientifiques concernant le contexte sociopolitique et des articles de journaux éclairant la situation actuelle). Si les médias ne peuvent pas couvrir toute l'information partout dans le monde (voir le billet "Les médias, la violence, l'événement et le haut-lieu"), cela ne signifie pas la stabilisation de situations complexes, telles que celle que rencontre la Côte d'Ivoire aujourd'hui. Pourtant, l'amalgame entre absence d'informations sur une situation et absence d'actualité dans ce territoire est trop souvent franchi. Un rapide point sur les événements récents en Côte d'Ivoire.



Côte d'Ivoire : des espaces de la contestation électorale
aux espaces de la guerre

Le samedi 4 décembre 2010, les deux candidats du second tour aux élections présidentielles en Côte d'Ivoire, Laurent Gbagbo (président sortant) et Alassane Ouattara, ont tous deux prêté serment (au palais présidentiel d'Abidjan pour Laurent Gbagbo et par courrier pour Alassane Ouattara). Quelques semaines plus tard, la confusion politique règne toujours en Côte d'Ivoire, tandis que des violences éclatent à Abidjan, la principale ville du pays (attention, une fois encore, certains journaux parlent de cette ville comme de la "capitale" ivoirienne, ce qui est faux : si Abidjan est la première ville en termes démographiques et économiques et si elle possède d'importantes fonctions politiques, la capitale n'en est pas moins Yamoussoukro). Ces affrontements vont rapidement gagner l'ensemble du pays (pour exemple, à Duékoué le 3 janvier 2011 et le 5 janvier ; à Oumé le 4 janvier ; à Abengourou et Agnibilékrou le 24 janvier ; à Bondoukou le 1er février ; à Daoukro le 25 février ; ou encore à Gagnoa le 9 mars). De même, à l'échelle d'Abidjan, on observe une diffusion des affrontements entre les milices loyales aux deux candidats, depuis leurs "fiefs" (Yopougon pour Laurent Gbagbo, en périphérie ouest de l'agglomération abidjanaise ; et Abobo pour Alassane Ouattara au Nord de l'agglomération) vers des quartiers moins impliqués dans la vie politique. Pour ne donner qu'un exemple, observer dans le quartier de Treichville (voir par exemple les événements du 21 février), où le repli sur le quartier rythme le quotidien, des habitations brûlées et des violences extrêmes est particulièrement emblématique de la diffusion de la rivalité politique des "quartiers-territoires" (selon l'expression employée par la géographe Elisabeth Dorier-Apprill pour désigner les quartiers appropriés par les milices à Brazzaville lors des guerres civiles des années 1990) des deux candidats à l'ensemble de l'agglomération. Dès lors, la situation a dégénéré en véritable guerre civile, et ce dès le mois de février 2011.


L'expansion urbaine à Abidjan (1930-2000)
Source : Philippe Haeringer, Métropoles en mouvement, IRD.



Il est important de comprendre que le processus de diffusion des affrontements procède d'un changement de nature de ces derniers. Lorsque les manifestations et les violences étaient circonscrites dans des quartiers d'Abidjan ou des villes ivoiriennes qui se contruisent non seulement comme des fiefs électoraux pour tel ou tel candidat, mais surtout comme des territoires appropriés et sous contrôle des candidats et de leurs milices, les affrontements relevaient davantage de la rivalité de pouvoir entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara. Pour les deux candidats, il s'agissait de se voir conforter dans le poste de président, chacun s'appuyant sur des résultats "officiels" (les résultats proclamant Laurent Gbagbo vainqueur sont appuyés par une instance dont le manque total de neutralité était connu avant même les élections : voir le billet "Le conseil constitutionnel acquis à Gbagbo" sur le blog de Sonia Le Gouriellec, Good morning Afrika). Les deux candidats s'accusant mutuellement d'avoir "bourré les urnes" dans leurs fiefs électoraux respectifs, notamment par la mise en place d'un dispositif milicien empêchant l'accès aux bureaux de vote pour les individus susceptibles de voter contre le candidat auquel est affilié la milice. S'il est probable que les deux candidats est utilisé ce moyen, l'équilibre entre les "truquages" des résultats se sont certainement équilibrés. Pendant les premiers temps (décembre 2010/janvier 2011), les affrontements ont opposé les milices loyales aux deux candidats dans des espaces politiques très marqués politiquement, cherchant ainsi à obtenir la confirmation de leur candidat au poste de président. Néanmoins, cette situation politique instable ne pouvait perdurer, et a dégénéré en véritable guerre civile, les violences atteignant des espaces jusque-là calmes. Aujourd'hui, l'enjeu n'est plus tant de savoir quel candidat obtiendra ce poste, mais de savoir quelles seront les conséquences à court et moyen terme de ces affrontements. Les résultats électoraux mais aussi la géographie des combats depuis février 2011 redessinent, en effet, la partition de la Côte d'Ivoire telle qu'elle s'est construite après les avant-dernières élections présidentielles en 2000 (voir le passionnant article de Christian Bouquet sur Géoconfluences : "La crise ivoirienne en cartes"). Et la question principale qui se pose aujourd'hui est de savoir, qu'il s'agisse de Laurent Gbagbo ou d'Alassane Ouattara, si le futur président pourra contrôler l'ensemble de la Côte d'Ivoire. Et cet enjeu de souveraineté se pose à toutes les échelles : celle du pays (avec une fragmentation politique Nord/Sud) comme à l'échelle de l'agglomération abidjanaise (avec une fragmentation entre "quartiers-territoires" pro-Gbagbo et "quartiers-territoires" pro-Ouattara).

 
Deux présidents pour un pays,
ou pour deux pays ?


La partition de la Côte d'Ivoire : de quoi parle-t-on ?

Cette situation remonte à la crise de 2002, lors de la tentative de coup d'Etat contre le président Laurent Gbagbo. Mais ce coup d'Etat s'ancre lui-même dans une période de crises politiques succesives (voir une chronologie sur le site Géographie de la ville en guerre). Le 7 décembre 1993, Félix Houphouët-Boigny, président à vie de la Côte d'Ivoire depuis l'indépendance du pays, décède. Henri Konan Bédié achève son mandat et est élu président le 22 octobre 1995. Il est retourné par un coup d'Etat mené le 24 décembre 1999. Le général Gueï prend la tête provisoire du pays. De nouvelles élections présidentielles sont organisées à la fin de l'année 2000. Entre temps, le concept d'ivoirité fait son entrée dans la scène politique ivoirienne : il stipule que tout candidat à la présidentielle "doit être Ivoirien de père et de mère eux-mêmes Ivoiriens et qu'il ne doit pas s'être prévalu d'une autre nationalité", ce qui élimine Alassane Ouattara. Le 22 octobre 2000, Laurent Gbagbo est élu président de la Côte d'Ivoire. Ces élections mettent déjà en scène une division politique dans le pays (voir la carte des résultats de l'élection présidentielle du 22 octobre 2000 proposée par le géographe Christian Bouquet dans le billet "Côte d'Ivoire : résultats invalidés et fermeture des frontières"). Robert Gueï refuse de reconnaître les résultats de ces élections, et des manifestations contre sa tentative de rester au pouvoir ont lieu. En décembre 2000, lors des élections législatives (boycottées par le parti d'Alassane Ouattara), de nouveaux affrontements ont lieu dans les rues d'Abidjan. Après cette crise politique, un premier processus dit de "réconciliation nationale" va être entammé en 2001. Le 5 août 2002, un gouvernement va être formé réunissant tous les partis politiques. Pourtant, la tentative de coup d'Etat des 18 et 19 septembre 2002 contre Laurent Gbagbo va plonger la Côte d'Ivoire dans une nouvelle crise politique, qui va rapidement dégénéré en soulèvement armé. La partition de la Côte d'Ivoire va être la conséquence de ce conflit interne, puisque des "rebelles" (on met les guillemets pour rappeler que cette appelation correspond à un regard, celui des personnes condamnant leurs actes, tandis que les rebelles sont les héros des autres) vont s'emparer de la moitié Nord de la Côte d'Ivoire. Rapidement, des militaires français vont être déployés en Côte d'Ivoire (les premiers renforts arrivent le 22 septembre 2002) par le biais de l'opération Licorne sous commandement français (pour comprendre les enjeux et les engagements des militaires français dans cette force, voir "Enseignements de l'opération Licorne (septembre 2002-juillet 2004)", Cahier du RETEX, CDEF / DREX, juillet 2004). Parallèlement, face à la persistance de l'instabilité politique, une mission de l'ONU (qui implique également des militaires français, sous un autre mandat), l'ONUCI, va être également déployée (l'ONUCI est une mission de maintien de la paix, créée par la résolution 1528 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, adoptée le 27 février 2004, et placée sous le chapitre VII de la Charte des Nations Unies).


Source : Christian Bouquet, "La crise ivoirienne par les cartes",
Géoconfluences, 2007.



La guerre "en soi" n'a duré que 29 jours : "des soldats se sont soulevés dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, simultanément à Abidjan et à Bouaké, et ont attaqué des objectifs ciblés (casernes, armureries, domiciles de responsables de la sécurité d'Etat). Mais, cette fois-ci, ils ont rencontré des résistances dans la capitale économique [Abidjan] où la gendarmerie est restée loyale, et ils ont dû se replier vers le nord dès la fin de la matinée. Les combats dans la ville auraient fait au moins 80 morts parmi les soldats gouvernementaux, mais également quelques victimes de plus grande notoriété : Emile Boga Doudou, ministre de l'Intérieur et homme fort du régime, abattu à son domicile, et surtout le général Robert Gueï, qui avait cherché à se réfugier dans la cathédrale d'Abidjan parce qu'il était inquiet pour sa sécurité, mais qui y avait été débusqué avant d'être tué d'une balle dans la tête. Son corps avait été abandonné dans l'herbe qui borde la lagune Ebrié, tandis que des "hommes en treillis" étaient retournés chez lui tuer son épouse, ainsi que quelques proches et domestiques. Plus chanceux, les deux autres leaders politiques s'étaient mis à l'abri à l'ambassade du Canada pour Henri Konan Bédié, et à l'ambassade d'Allemagne pour Alassane Ouattara. Ce dernier, physiquement menacé par des blindés qui étaient venus défoncer sa maison, devait ensuite être évacué dans des conditions très périlleuses vers l'ambassade de France. Politiquement, la confusion semblait à son comble, et la démocratie au plus mal. [...] En attendant le retour de Laurent Gbagbo, qui devait le jour même être reçu en audience par le Pape à Rome, le gouvernement réagissait en ratissant et en incendiant les quartiers précaires de la ville, supposés être des caches d'armes pour les mutins. Des milliers de pauvres gens, étrangers pour la plupart, faisaient de nouveau l'objet d'une "chasse aux Dioula" devenue dans ce pays une sorte de réflexe" (Christian Bouquet, 2008, Géopolitique de la Côte d'Ivoire. Le désespoir de Kourouma, Armand Colin, coll. Perspectives géopolitiques, Paris, 2ème édition, pp. 91-92 : voir un compte-rendu de lecture de la 1ère édition).

S'en est suivie une "paix armée". Par la suite, les affrontements entre les mouvements pro-Gbagbo et les mouvements dits "rebelles" furent indirects, chacun tentant d'une part d'asseoir son contrôle sur des territoires appropriés, d'autre part de prendre le contrôle des territoires de l'adversaire, là où une faiblesse dans le dispositif sécuritaire de l'ennemi semblait exister. "Les troupes loyalistes et rebelles ne s'affrontèrent jamais frontalement, mais les première stentèrent de reprendre Bouaké, tandis que les secondes firent mouvement vers le port stratégique de San pédro" (Christian Bouquet, "La crise ivoirienne en cartes", Géoconfluences, 4 juin 2007).

Le déploiement de la force Licorne (3.000 militaires français) figea la ligne de démarcation entre le Nord rebelle et le Sud loyaliste, par la mise en place d'un dispositif sécuritaire permettant de contrôler les déplacements des troupes de chacune des parties. Une ligne de non-franchissement fut mise en place, rapidement élargie pour devenir une "zone de confliance" contrôlée par l'Armée française, et séparant le pays en deux espaces politiques.

En octobre 2005, le mandat présidentiel de Laurent Gbagbo prit officiellement fin. Mais les élections présidentielles ont été reportées pendant 5 ans, le temps d'obtenir le désarmement (du moins partiel !) des différentes milices liées à des acteurs politiques et la réunification du pays, mais aussi le temps de préparer des élections. Par exemple, la tenue l'élections en 2009 a été reportée parce que les Ivoiriens ne disposaient pas encore de leurs cartes électorales : pour beaucoup, ils n'avaient pas de papiers officiels - telle qu'une carte d'identité, puisque le renouvellement de celles-ci était bloqué depuis des années par le gouvernement - qui leur auraient permis d'aller récupérer leur carte électorale (voir le billet de Sonia Le Gouriellec sur le processus électoral en Côte d'Ivoire d'après l'analyse d'une modélisation du blog Webthemic). Pendant ce temps, Laurent Gbagbo est resté au pouvoir, non en tant que président intérimaire, mais bien en tant que président. Les élections de 2010, redessinant dans la géographie électorale de la Côte d'Ivoire la fragmentation politique du pays, ont fait réémerger un risque de partition, accentué par l'annonce de deux résultats contradictoires donnant deux présidents à la Côte d'Ivoire.


De la géographie électorale à la géographie des combats : de nouveaux risques de partition de la Côte d'Ivoire ?

Aujourd'hui, l'ensemble du pays est affecté par de violents combats. De la géographie électorale à la géographie des combats, la fragmentation politique de la Côte d'Ivoire se redessine à travers ces affrontements armés et à travers le poids des résultats de l'élection présidentielle, et ce à plusieurs échelles. A l'échelle du pays, on observe une division Nord/Sud qui replonge la Côte d'Ivoire dans l'instabilité politique de la fin des années 1990 et du début des années 2000. Cette partition se confirme par le poids des milices affiliées aux deux candidats, les Patriotes de Laurent Gbagbo contrôlant majoritairement le Sud du pays, tandis que les milices nordistes sont loyales à Alassane Ouattara. A l'échelle d'Abidjan - qui, si elle n'est pas la capitale politique du pays, reste le principal pôle économique, le principal foyer de peuplement et le lieu où se prennent les décisions politiques (le transfert de la capitale vers Yamoussoukro, village du premier président de la Côte d'Ivoire indépendante, Houphouët-Boigny, étant un échec sur le plan du transfert des responsabilités politiques, beaucoup de ministères étant aujourd'hui à Abidjan, tout comme toutes les ambassades étrangères) -, la "guerre des quartiers" rend impossible le contrôle de l'ensemble de l'agglomération par l'un ou l'autre des deux candidats (Ouattara ne pourra contrôler Yopougon, tandis que Gbagbo sera dans l'incapacité d'asseoir sa souveraineté sur Abobo).

A noter que dès novembre 2010 (avant le second tour de l'élection présidentielle), la Commission Electorale Indépendante (CEI) avait distingué des "zones à risque qu'il faudra absolument couvrir" : la CEI a ainsi "fortement recommandé aux observateurs de se déployer dans certaines zones qui, après le 1er tour, ont été présentées comme des zone à forte perturbations. Il s’agit des zones forestières comme San Pédro, Tabou, Sassandra, Divo, Gagnoa, la région des Savanes, du Denguélé et le District d’Abidjan dans des quartiers comme Port Bouet, Abobo, Adjamé, Yopougon et les différentes cités universitaires". Il s'agissait alors des zones où les habitants risquaient de ne pas pouvoir se rendre librement aux bureaux de vote, en fonction de leur appartenance identitaire et politique. Cette géographie des risques électoraux correspond également à la géographie des contestations des résultats électoraux (dans la mesure où il s'agit de fiefs électoraux et miliciens de l'un ou l'autre des candidats) et aujourd'hui à la géographie des combats.

L'instabilité politique se traduit dans les territoires du quotidien : les affrontements armés créent une géographie de la peur et redessinent les équilibres sociaux et culturels. Les déplacements de populations consécutifs aux affrontements tendent à homogénéiser certaines villes ivoiriennes ou certains quartiers d'Abidjan (voir, à ce propos, l'entretien croisé entre l'historienne Véronique Tadjo et le sociologue Michel Galy réalisé par RFI le 16 mars). En effet, les populations se retrouvant en situation de minorité dans un quartier, une ville ou un espace rural, tendent à se déplacer, par peur des représailles des miliciens qui ont pris le contrôle de leur espace de vie. Dès lors, les populations pro-Gbagbo fuient le Nord de la Côte d'Ivoire ou un quartier comme Abobo à Abidjan ; tandis que les populations pro-Ouattara fuient le Sud du pays ou un quartier abidjanais tel que Yopougon. Plus encore, ces déplacements forcés sont le résultat d'une assimilation de l'identité à l'appartenance politique : des populations qui ne se sentiraient pas concernées par les rivalités de pouvoir entre les deux candidats se retrouvent ainsi assimilées à l'un ou l'autre en fonction de leur ethnie, qui les définit comme "nordistes" ou "sudistes". De fait, la crise ivoirienne provoque des flux importants de déplacés (à l'intérieur des frontières de la Côte d'Ivoire) et de réfugiés (vers l'extérieur du pays). L'insécurité grandissante provoque également des risques alimentaires et sanitaires très graves, les habitants s'enfermant de gré ou de force dans leur habitat, du fait des combats dans la rue et de la levée d'un couvre-feu (voir, à ce propos, les vidéos du 5 à 7 du CICR du 3 mars 2010 sur l' "Action humanitaire en milieu urbain : quels défis ?", sur le blog de Frédéric Joly).


==> Si l'actualité médiatique s'est quelque peu détournée de la Côte d'Ivoire, les combats qui  déchirent actuellement le pays renforcent le risque d'une instabilité politique et d'une grave crise sociale et humanitaire sur le long terme.