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mercredi 10 juillet 2013

La guerre, la ville et l'économie (2)

Suite à la présentation de la communication "La ville, la guerre et l'économie" (voir la présentation power-point) lors du colloque Guerre et économie (organisé par le Club Participation & Progrès, l'Alliance géostratégique et l'Ecole de Guerre Economique le 1er juillet 2011 à l'Ecole militaire, Paris), voici le texte paru dans l'ouvrage Guerre et économie : de l'économie de guerre à la guerre économique, qui réunit les actes de ce colloque.

Lire l'avant-propos et découvrir le sommaire de l'ouvrage.



Premières lignes du chapitres :

« La guerre, la ville et l’économie » est un titre qui fait un « clin d’œil » au célèbre ouvrage de Jean-Louis Dufour : La guerre, la ville et le soldat. Questionner le lien entre guerre et économie au prisme du cas particulier des villes en guerre permet de procéder à un changement d’échelles : si de nombreux travaux analysent les liens entre guerre et économie à l’échelle de l’Etat qui finance la guerre (en particulier dans le cas des opérations extérieures menées par des Etats engagés au nom de leur Etat ou dans des coalitions, notamment onusiennes ou otaniennes), ou à l’échelle des entreprises impliquées dans l’effort de guerre ou à l’échelle mondiale (pour notamment mettre en exergue les rapports de pouvoir entre les différents Etats), cet article se propose de présenter les conséquences de la guerre sur l’économie urbaine à l’échelle locale.  S’appuyer sur une approche géographique permet de compléter les approches économiques et juridiques, dans la mesure où elle met en exergue les impacts des destructions et d’une géographie de la peur qui se construit dans la ville et tend à faire disparaître l’urbanité, c’est- à-dire le vivre-la-ville, celle-ci étant alors conçue comme un lieu d’échanges, de rencontres et de proximités. 

On distinguera trois types d’interrelations entre guerre et économie dans la ville en guerre. Tout d’abord, les destructions dans la ville provoquent des dysfonctionnements urbains très lourds : il s’agit là de questionner l’économie urbaine dans la guerre, c’est-à-dire la manière dont l’économie urbaine est affectée par la géographie des combats, qui dessine des zones- refuges et des zones-cibles, produisant une injustice spatiale profondément ancrée dans la ville. De plus, il est nécessaire de questionner le financement de la guerre au prisme de ces spatialités : la violence produit des fragmentations urbaines, qui sont (ré)activées, créées, apaisées ou renforcées par les acteurs de l’économie urbaine de guerre. Ainsi, l’échelle de la ville ne peut suffire à comprendre tous les enjeux des liens guerre/économie : on s’attachera, à l’échelle du quartier, à montrer l’émergence de quartiers-territoires comme producteurs de plusieurs économies fragmentées dans la ville, qui mettent à mal le processus de pacification dans l’immédiat après-guerre. Enfin, la question de la reconstruction permet de dépasser le temps des combats, et de questionner l’économie urbaine en guerre, dans la mesure où celle-ci reste affectée, voire « formatée », par les conflictualités qui persistent dans la ville.

Distinguer économie urbaine dans la guerre, économie urbaine de guerre et économie urbaine en guerre, consiste à mettre en avant les spatialités et les temporalités des acteurs et des habitants dans les villes en guerre : comment la géographie des combats s’ancre dans le (dys)fonctionnement économique de la ville au point d’être un enjeu prioritaire des processus de réconciliation et de pacification dans l’immédiat après-guerre ? On postule, dans cet article, que les tensions sociales de l’immédiat avant-guerre, de la guerre et de l’immédiat après-guerre sont des facteurs aggravants, utilisés et déformés par les acteurs de la guerre, des conflictualités qui déchirent les villes en guerre.

Cliquez sur l'image pour accéder à l'article


Références complètes : Tratnjek, Bénédicte, 2013, "La guerre, la ville et l'économie", dans Kempf, Olivier (dir.), Guerre et économie : de l'économie de guerre à la guerre économique, L'Harmattan, collection Défense, Paris, pp. 93-121.

Ce document a été déposé en ligne sur le site des archives ouvertes Hal : http://halshs.archives-ouvertes.fr/SHS/halshs-00843045/fr/
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mercredi 10 avril 2013

Belfast, ville-mur : sélection biblio/sitographique

Reprenant ici le titre d'un article du Monde du 10 avril 2013 (merci à Florent de Saint-Victor de me l'avoir signalée !) qui revient sur le 15e anniversaire des Accords du Vendredi saint (10 avril 1998 : voir à ce propos l'article de Zouhaïr Abassi, 2011, "L'Accord du Vendredi saint de 1998 et l'approche consociationnelle", Etudes irlandaises, vol. 36, n°2/2011, pp. 73-84), ce billet propose une sélection biblio/sitographique (comme habituellement, non exhaustive).

Les peacelines construites à Belfast
Source : Florine Ballif et Stéphane Rosière, 2009, "Le défi des « teichopolitiques ». Analyser la fermeture contemporaine des territoires", L'Espace géographique, vol. 38, n°3/2009, pp. 193-206.




lundi 3 décembre 2012

"Guerre aux migrants. Le livre noir de Ceuta et Melilla" (Emmanuel Blanchard, Anne-Sophie Wender)

Migreurop, Emmanuel Blanchard et Anne-Sophie Wender (dir.), 2007, Guerre aux migrants. Le livre de Ceuta et Melilla, Editions Syllepse, Paris, 234 p.

"Les enclaves espagnoles, Ceuta et Melilla, reviennent très souvent sous les feux de l’actualité médiatique, dès lors qu’il est question d’immigration illégale. Dans les médias ces derniers mois, l’expression de « guerre aux migrants », très contestée il y a quelques années, est régulièrement évoquée : naufrages en mer Méditerranée, camps d’enfermement d’étrangers en Turquie aux frontières de l’Europe... Revenant sur le fantasme spatial d’une « invasion » de l’Europe par les migrants clandestins (bien que la réalité des migrations - forcées ou « choisies » - soit principalement des flux de proche en proche), le réseau Migreurop proposait en 2008 un ouvrage ouvertement militant sur la dizaine de migrants abattus alors qu’ils tentaient de pénétrer dans les enclaves espagnoles à la frontière avec le Maroc à l’automne 2005. Dès l’introduction, les auteurs du réseau Migreurop reviennent sur le titre : « guerre aux migrants » et situent leur propos : « jusqu’à l’automne 2005 et les événements de Ceuta et Melilla relatés dans cet ouvrage, le réseau Migreurop s’était abstenu, dans ses prises de positions publiques, de parler de ‘guerre aux migrants’ pour désigner les politiques de répression et de dissuasion de l’immigration. [...] A trop vouloir éviter les pièges de l’exagération et de l’emphase militante, nous avions oublié que le bellicisme envers les migrants, s’il laisse de rares traces verbales dans des discours institutionnels oscillant entre économisme et humanitarisme, est une réalité concrète pour l’immense majorité des habitants du Sud qui souhaitent faire valoir leur droit à quitter leur propre pays » (pp. 7-8). L’actualité médiatique nécessite de revenir sur la genèse de cette expression et sur les publications de certains collectifs, tels le réseau Migreurop, qui en ont défendu la pertinence."




Références de l'article : Bénédicte Tratnjek, "Guerre aux migrants. Le livre de Ceuta et Melilla (Emmanuel Blanchard, Anne-Sophie Wender)", Les Cafés géographiques, rubrique "Des Livres", 2 décembre 2012.


mardi 4 septembre 2012

Des murs et des hommes (CulturesMonde, France Culture)

Extraits de l'ouvrage Guerre et Spray
(Bansky, 1ère édition en 2005,
en anglais sous le titre Wall and Piece).
En juin 2012, l'émission Culturesmonde sur France Culture a consacré trois volets à la question des murs-frontières :
- le mur-frontière Etats-Unis/Mexique,
- les frontières emmurées de l'Union européenne (enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, frontière Grèce/Turquie),
- les murs produits par des conflits ou pour éviter des conflits (Irlande du Nord, Cisjordanie, Cachemire).
Dans ces trois émissions, il est donc question des deux aspects de la construction de murs-frontières :
- les murs contre l'immigration,
- les murs de séparation entre des populations à l'intérieur d'un territoire, voire d'une ville.

Voici les trois émissions disponibles à la (ré)écoute. L'occasion de signaler le billet biblio/sitographique proposant sur ce blog des éléments pour aller plus loin : "Murs et frontières" : une sitographie. Voir également les billets sur les murs et les frontières (ainsi que les billets sur Belfast et l'Irlande du Nord, Israël et la Palestine, qui proposent tous des éléments biblio/sitographiques complémentaires).




dimanche 19 août 2012

Retours sur "Bunker Cities" : compléments bibliographiques sur les "gated communities"

Le documentaire "Bunker Cities" proposé dans le billet précédent constitue une introduction à la question des ségrégations/fragmentations urbaines par les murs. La question ne peut être abordée en quelques minutes seulement, tant les représentations de l'(in)sécurité doivent être nuancées et confrontées les unes aux autres. A propos des "gated communities", nombreux sont les chercheurs à avoir proposé des réflexions riches qui, par-delà ce phénomène d'enclavement choisi, interrogent la condition urbaine. Voici quelques ressources pour dépasser le documentaire et à avoir une idée plus complète de ce que les "gated communities" nous apprennent de la ville et de notre habiter.

A noter : La littérature scientifique sur les "gated communities" est bien plus vaste que celle présentée ici, qui favorise les ressources accessibles en ligne, parce qu'accessibles au plus grand nombre. Mais chacun des articles et ouvrages cités ici se réfèrent à des biblio/sitographies bien plus complètes qu'il ne faut pas manquer de consulter.




"Bunker Cities" (documentaire)

La question des murs dans la ville a été au centre d'un documentaire proposé par la chaîne LCP le 12 juin 2012, reprenant le documentaire de Paul Moreira déjà diffusé sur Arte en 2011. Le documentaire interroge à travers le prisme des murs les différentes formes de ségrégations urbaines : ségrégation choisie à travers le phénomène des "gated communities" à Rio de Janeiro et à Toulouse, et ségrégation subie à travers le cas des murs de séparation à Bagdad.


Si le documentaire est annoncé par un discours dramatisant, il est plus nuancé, montrant par exemple les différentes représentations du règlement intérieur d'une "communauté fermée" à Toulouse où Paulette et Christine décrivent ce "club med tous les jours", par des mots bien différents, confrontant le besoin sécuritaire de l'une, et l'étouffement de l'autre quant à une sécurité qui devient contrôle des modes de vie, des jeux des enfants et des mobilités intérieures.

Ce documentaire est intéressant parce que non seulement il parle des murs dans la ville, mais aussi il donne à voir les exemples "emblématiques", ceux qu'affectionnent les médias parce qu'ils sont "parlants", de ce type de murs :
- Toulouse et le quartier du Mirail,
- Rio de Janeiro et la ségrégation gated communities vs favelas,
- Bagdad et les murs de séparation construits par l'armée étatsuniennes entre les quartiers identitaires.

mercredi 14 mars 2012

Atelier : "Les frontières du XXIe siècle"

Signalé sur l'incontournable blog Enigmur qui propose une veille attentive sur "le thème des murs contemporains, dans leur fonction de séparation et de contrôle (frontières blindées, camps de rétention, urbanisme défensif, etc.)", le deuxième atelier sur "Les frontières du XXIe siècle" organisé par Stéphane Rosière, Nicola Maï et Cédric Parizot les 22 et 23 mars 2012 à l'Institut d'études avancées d'Aix-Marseille (2 place Le Verrier, Marseille) aura pour thème : "Matérialisation/Dématérialisation des frontières". En voici le programme et les résumés des intervenants. Cet atelier poursuit, en le complétant, le colloque "Frontières mobiles".

mercredi 25 janvier 2012

Vidéo : "Le conflit nord-irlandais et l’espace urbain. L’exemple des peacelines de Belfast" (Florine Ballif)

Voici la vidéo de la conférence "Le conflit nord-irlandais et l'espace urbain. L'exemple des peacelines de Belfast" donnée par Florine Ballif (maître de conférences à l'Institut d'urbanisme de Paris) le 29 mars 2011 dans le cadre du séminaire Conflits et territoires (organisé par Agroparistech et l'INRA).





Présentation par l'organisateur :
"Au-delà de leurs conséquences en terme de déplacement de population et de mise en place de barricades ou de systèmes défensifs, les guerres civiles ont des effets sur les espaces urbains : elles organisent les territoires de manière durable. Le cas de Belfast est marqué par la construction de murs de sécurité (appelés peacelines), édifiés par l’armée, puis par la police, pour maintenir l'ordre. Après les accords de paix de 1998 leur nombre augmente, même s'ils sont d'une ampleur moindre, mais leur signification change, parallèlement à l'installation d'un gouvernement local.

La politisation de la décision de construire des murs est la marque d'un conflit urbain qui se poursuit en termes de lutte pour les ressources publiques. Cette dimension est très importante pour le logement social, dont les gestionnaires sont contraints par les murs, qui dessinent une territorialité difficile à modifier. Les murs sont intégrés aux aménagements des ensembles d’habitat social lors des opérations de rénovation urbaine. Cela rend plus difficile leur démolition, d'autant plus que les populations souhaitent leur maintien pour des raisons de sécurité, en dépit de l'arrêt de la lutte armée."


mardi 8 novembre 2011

Géographie des "Peacelines" à Belfast (Florine Ballif)


Les travaux de Florine Ballif (maître de conférences à l'Institut d'urbanisme de Paris) concernent la question des murs, des frontières et de la sécurité/insécurité. Son approche confronte à la fois l'urbanisme et la science politique. Elle a principalement travaillé sur Belfast (voir les billets du blog "Géographie de la ville en guerre" sur Belfast), ville à laquelle elle a consacré une thèse en urbanisme intitulée Les peacelines de Belfast. Du maintien de l'ordre à l'aménagement urbain (1965-2002) (soutenue en 2006).


"Cette thèse se propose d’étudier le processus de cloisonnement urbain à l’œuvre à Belfast depuis le début des désordres civils jusqu’à la période contemporaine. En 1969, une peaceline - un « mur de paix » - est érigée par l’armée après de graves émeutes intercommunautaires. D’autres murs seront construits ultérieurement dans le but de prévenir les affrontements. Ces structures mises en place dans l’urgence se sont pérennisées et elles deviennent un élément de la politique de maintien de l’ordre. Elles divisent durablement l’espace urbain. (...)
A Belfast, (...) le mur résulte d’un conflit intra-étatique. Dans la capitale d’Irlande du Nord, deux communautés s’opposent, aux religions différentes, protestante et catholique, aux identités nationales conflictuelles, britannique et irlandaise, et aux aspirations politiques divergentes, unioniste et nationaliste1. Depuis 1969, cette opposition a pris la forme d’une guerre civile. Les « Troubles » désignent les émeutes intercommunautaires et le terrorisme des milices paramilitaires. Les émeutes, les attentats à la bombe et les assassinats, impliquant des civils ou des forces de l’ordre, ont fait plus de 3000 morts en trente ans. Ce conflit « de faible intensité » a des incidences fortes sur les espaces ruraux et urbains. Les populations en mésentente organisent leur mise à distance réciproque. Belfast est modelée par la ségrégation communautaire. Plus de la moitié de la population de Belfast vit dans des zones homogènes à plus de 90 %, même s’il existe des quartiers mixtes. La division territoriale est complexe. La partie Est de la ville, protestante, enserre quelques enclaves nationalistes, tandis qu’à l’Ouest, quartiers catholiques et quartiers protestants se font face. A cause de la violence continue, le processus de repli résidentiel s’est amplifié et l’espace urbain a été de plus en plus cloisonné. Les «Troubles» ont pris fin officiellement en août 1994, lors du cessez-le-feu de l’IRA, suivi de la trêve des factions protestantes en octobre de la même année. Des tractations officieuses entre les milices paramilitaires ont permis la tenue de pourparlers mutli-partites qui ont abouti à des accords de paix, signés en avril 1998 et ratifiés par référendum en juin suivant.
Le cas de Belfast est singulier, car la fermeture des espaces urbains en raison du conflit est partielle. Les peacelines sont situées dans les quartiers ouvriers relativement proches du centre de Belfast. J’avais eu l’occasion de me rendre à Belfast au printemps 1995, quelques mois après les cessez-le-feu des milices paramilitaires, pour un tournoi universitaire d’escrime, alors que j’étudiais à Dublin dans le cadre d’un échange Erasmus. Avec mon équipe, nous étions cantonnés à l’espace du tournoi, près de l’université : un Bed & Breakfast, un gymnase et un pub. Cependant, j’ai pu visiter le centre ville proche, espace de commerces et de bureaux, désert le dimanche. De ce voyage éclair, je n’ai vu de la ville que des espaces centraux banals, hors des signes visibles de tout conflit. Lors de ma première enquête de terrain, en décembre 1997, en cherchant les « murs de paix », je me suis promenée dans les quartiers ouvriers de Belfast. Le paysage urbain était composé de petites maisons mitoyennes en brique, alignées le long de rues en damier, ou groupées en impasses dans les lotissements rénovés. Mon premier étonnement était lié à la difficulté d’apercevoir les peacelines. Hormis la structure imposante de béton dans Cupar Way, ils n’étaient pas reconnaissables immédiatement en tant que dispositifs de sécurité. De plus, ils étaient disséminés dans les quartiers ouvriers de la ville et la séparation qu’ils opéraient était discontinue. Les murs, érigés entre les jardinets des pavillons en briques, laissent parfois les rues adjacentes libres de tout obstacle. La discontinuité du cloisonnement urbain m’a interrogée sur la signification de ces murs. 
En outre, la fin officielle des hostilités ne coïncide pas avec la démolition des peacelines. Quelques mois après les accords de paix, un nouveau mur de sécurité était construit dans Belfast- Nord. Cette situation, à première vue, est due au décalage entre le processus politique de normalisation des rapports sociaux et les soubresauts de violence sur le terrain. En effet, le processus de paix se poursuit, bien que le conflit n’ait pas entièrement cessé. Les factions les plus radicales ont rompu la trêve et les émeutes intercommunautaires sont encore fréquentes. Cela légitime la construction de murs et justifie de ne pas les détruire. Il peut exister aussi un décalage entre la paix prévue par les accords et des solutions pratiques adaptées à la situation antérieure qui constituent encore un cadre de référence pour l’action publique. Il y aurait ainsi un phénomène de routine des solutions d’ordre public qui perdureraient alors même que le contexte a changé. Enfin, on peut également postuler qu’il existe un décalage entre processus spatiaux et sociaux. Les murs de sécurité subsistent même lorsque les conditions qui ont prévalu à leur réalisation ont disparu. La durée des objets matériels peut être supérieure aux conditions sociales et politiques qui les ont créés. Mais alors, leurs fonctions et leur signification changent. L’objet peut ainsi survivre à ses conditions de production, mais il peut être transformé ou réinvesti par un usage nouveau. Les murs de sécurité à Belfast ne sont pas démolis malgré le processus de paix. Ils sont incorporés à l’espace ordinaire et souvent enjolivés. Que signifie la pérennisation des murs malgré le retour de la paix civile ? Est-ce que leur fonction change ? Sont-ils toujours destinés à séparer ? J’ai voulu étudier la logique de leur construction, les étudier en tant que processus social de constitution de la ville en conflit. Il s’agissait de comprendre le processus de cloisonnement de la ville. Quelles sont les violences en cause ? Quel est le processus de décision qui aboutit à la construction des murs et qui décide ? Comment est déterminé leur tracé ? Que signifie leur perméabilité ?"
Source : Extraits de l'introduction de la thèse de Florine Ballif, pp. 15-17.




La première peaceline de Belfast dans Cupar Way
Source : Florine Ballif et Stéphane Rosière, 
"Le défi des « teichopolitiques ». Analyser la fermeture contemporaine des territoires", L'espace géographique, vol. 38, n°3, n°2009/3, 2009, p. 200.




Ces travaux analysent tout autant le processus de construction de ces "murs de la paix" (dont le nom est déjà un symbole et un paradoxe, puisqu'il présuppose que la paix ne peut se faire que dans la distance matérielle et symbolique entre deux populations), les acteurs de la décision de ces aménagements urbains de guerre, leur ancrage dans le paysage urbain et dans les pratiques spatiales, leur valeur symbolique et politique, etc. Ces travaux montrent bien combien la guerre s'inscrit dans les espaces urbains, remodèle les pratiques spatiales, les rapports sociaux et les enjeux politiques, dans un temps long. Cette territorialisation des conflictualités produit des identités excluantes, qui sont à leur tour porteuses de conflictualités.






QUELQUES RESSOURCES EN LIGNE :


Voici quelques ressources en ligne pour découvrir (par ordre chronologique) les travaux de Florine Ballif sur Belfast et sur les murs. Cette liste n'est bien évidemment pas exhaustive.




Belfast :


- ARTICLE : "Belfast : vers un urbanisme de paix ? Les recompositions spatiales au sortir de la guerre civile", Annales de la recherche urbaine, n°91, 2001, pp. 53-60.


- ARTICLE : "Les dynamiques urbaines contradictoires à Belfast : l'évolution des « interfaces »", Hommes et Terres du Nord2004-2005, n°2004-2005/1, pp. 35-43.


- THÈSE : Les peacelines de Belfast. Du maintien de l'ordre à l'aménagement urbain (1965-2002), thèse en aménagement et en urbanisme, Université Paris XII, 2006.


- ARTICLE : "Les peacelines de Belfast, entre maintien de l'ordre et gestion urbaine", Cultures & Conflits2009, n°73, n°1/2009, pp. 73-83 (voir une note de lecture de ce numéro de Cultures & Conflits).


- ARTICLE : "La construction des murs de sécurité et l'évolution de la politique de maintien de l'ordre à Belfast", Cahiers du MIMMOC, n°5, 2009.


- COMPTE-RENDU : "Belfast et l’Irlande du Nord : entre Eire et Royaume-Uni", Géorizon, n°9, 2010, pp. 16-20, compte-rendu par Marie-Lise Abidi et Laurianne Guiguet-Bologne.


- VIDÉO : "Le conflit nord-irlandais et l'espace urbain. L'exemple des peacelines de Belfast", séminaire Conflits et territoires, Agro Paris Tech, 29 mars 2011 (voir l'ensemble des vidéos du séminaire Conflits et territoires).


Le compartimentage urbain : Peaceline, Torrens
Source : Florine Ballif
Les peacelines de Belfast. Du maintien de l'ordre à l'aménagement urbain (1965-2002),
thèse en urbanisme et aménagement, Université Paris XII, 2006, p. 372. 






Murs et frontières :


- avec Stéphane Rosière, "Le défi des « teichopolitiques ». Analyser la fermeture contemporaine des territoires", L'espace géographique, vol. 38, n°3, n°2009/3, 2009, pp. 193-206.


Planisphère des frontières "fermées", état des lieux
Source : Florine Ballif et Stéphane Rosière, 
"Le défi des « teichopolitiques ». Analyser la fermeture contemporaine des territoires", L'espace géographique, vol. 38, n°3, n°2009/3, 2009, p. 198.





vendredi 16 septembre 2011

Frontières mobiles : quelques réflexions après le colloque BRIT XI


Les XIe Rencontres du réseau BRIT (Border Regions in Transition) ont réuni à Genève et Grenoble les 6-9 septembre 2011 de nombreux intervenants et discutants autour de la question des "Frontières mobiles" (voir le programme). Une question originale, tant la frontière paraît a priori être figée dans l'espace, bien qu'elle soit malléable dans le temps. Or, l'approche mobilitaire ne questionne pas seulement le mouvement dans le temps long (où l'histoire des frontières est bien évidemment faite de déplacements bien connus) : elle appréhende également des mobilités "ordinaires", ancrées dans le quotidien. Ce n'est donc pas seulement la frontière juridique qui était questionnée dans ce colloque, mais aussi les frontières vécues, les frontières revendiquées, les disputes frontalières.



Présentation du colloque par les organisateurs :
Bien que leur mort, ainsi que celle des territoires, ait été annoncée au début des années 1990, les frontières constituent toujours une réalité prégnante. Elles sont marquées toutefois par les processus constants de déterritorialisation-reterritorialisation et d’ouverture / fermeture (« debordering-rebordering ») qui les sélectionnent, les re-hiérarchisent mais aussi qui les rendent plus diverses dans leurs formes et leurs matérialisations. Ainsi, l’inscription spatiale de la frontière est de plus en plus difficile à définir, ce qui constituera le cœur du questionnement de notre colloque. Différentes tendances sont en effet à l’œuvre, qui produisent des frontières plus mouvantes,  plus ouvertes ou plus floues. 
Tout d’abord la frontière fixe, dans sa forme la plus classique, s’avère toujours sujette à une certaine mobilité lorsqu’elle se cale sur des discontinuités naturelles dont la forme peut évoluer. Il en va ainsi des thalwegs qui fluctuent avec les évolutions des cours d’eau. Le changement climatique peut aussi être responsable de changement topographique avec la fonte de glaciers sur lesquels des frontières ont été établies, obligeant à revoir une frontière dépendant de la localisation d’un sommet, d’un col ou d’une ligne de partage des eaux. 
Mais la notion de frontière mobile prend toute sa dimension si l'on considère que les fonctions frontalières tendent à dépasser la localisation sur les limites établies des aires de souveraineté nationale, pour être repoussées, projetées, multipliées ou diffusées dans l’espace. La fonction de contrôle peut notamment être disséminée à travers le territoire national, et non plus fixée à la seule entrée de celui-ci. Il en va ainsi des frontières biométriques, numériques ou « intelligentes ». Les frontières s’organisent conjointement de plus en plus en réseau, ce qui a fait émerger l’idée de frontières réticulaires, se situant aux nœuds de communication. Que ce soit dans les aéroports, les gares, ou suivant des équipes mobiles de douaniers, les migrations et les transactions sont contrôlées par des « frontières mobiles ». 
Pour certains auteurs, ces dynamiques tendent à effacer la frontière, là où pour d’autres la logique réticulaire qui supplanterait celle du territoire créerait de nouvelles frontières, se trouvant loin du territoire national et ses limites administratives : elles sont projetées. On peut alors relier ce nouveau type de frontières au phénomène d’extraterritorialité. 
Il semble essentiel de se demander ce qu’il advient des régions frontalières dans ce contexte : certaines peuvent se trouver soulagées des contraintes imposées anciennement par la frontière, mais d’autres peuvent perdre les avantages comparatifs induits par ces frontières. De nouvelles dynamiques voient le jour, où la frontière tend à être repoussée, où la ligne de frontière est transformée en zone d’échanges ou de projet. Les zones frontalières jouent donc sur la frontière, la repoussant au gré de leurs besoins. 
Enfin, les nombreux espaces et territoires éphémères qui voient le jour dans un contexte postmoderne apportent une dimension supplémentaire à la notion de mobilité des frontières. Fronts agricoles, appropriations éphémères de l’espace public, autant de rapports de pouvoir au sein de la société tendant à créer des frontières toujours plus mobiles. 
Le colloque sera donc d’abord consacré aux frontières embarquées et individualisées, aux frontières projetées, aux frontières fluctuantes et aux frontières éphémères, mais il pourrait apparaître assez cynique de s’interroger sur la seule dissolution de la frontière alors que notre époque atteste d’une multiplication des frontières physiques solides, telles que les murs. C’est pourquoi nous souhaitons également accueillir des participations qui analysent le lien entre la transformation des fonctions des frontières et l’émergence de nouveaux murs, ne se contentant pas de considérer ces formes comme des résurgences d’anciens réflexes militaires de fortification du territoire national : les murs eux-mêmes peuvent être mobiles, toute visée expansionniste servant à justifier leur déplacement.

Extraits de l'argumentaire de l'appel à contribution, qui posait de nombreux éléments de réflexion sur ce que l'on peut entendre par "Frontières mobiles", et qui a servi de support de travail aux différents intervenants.




Quelques éléments de réflexion sur les "frontières mobiles"

Le colloque réunissait des interventions en français et en anglais. Ce qui a permis de (re-)questionner les différentes approches de la frontière d'une langue à l'autre. De nombreux travaux rappellent, en effet, que dans la recherche en sciences humaines, sociales et politiques, traduire n'est pas une seule question de transcription, dans la mesure où chaque notion et chaque concept impliquent des sous-entendus inhérents à l'épistémologie de chaque discipline pensée dans une langue. Par exemple, si paysage et landscape sont équivalents dans le langage courant, les géographes français et les géographes anglo-saxons ne sous-entendent pas tout à fait la même chose quand les premiers parlent de paysage et les seconds de landscape, dans la mesure où ces deux concepts portent avec eux un "bagage" épistémologique qui est sous-entendu (à ce propos, voir la réflexion de la philosophe Barbara Cassin, qui a dirigé le Vocabulaire Européen des philosophes. Dictionnaire des intraduisibles, sur l'existence d'une géographie du sens des mots : "Dire le monde en plusieurs langues", Cafés géographiques, 25 novembre 2008).

Concernant la frontière, il est bien connu que derrière le concept unique en français, se cachent deux concepts en anglais : border et frontier.La frontière-ligne (border) et la frontière-zone (frontier) sont deux dispositifs spatiaux distincts dans la littérature anglo-saxonne, tandis que le concept de frontière est englobant dans la littérature francophone. 

C'est un des axes permettant de discuter cette notion de "frontières mobiles" : si l'on considère la frontière-zone, c'est-à-dire non seulement le tracé frontalier, mais aussi l'ensemble du dispositif spatial qui dans une zone structurée par ce tracé fait frontière , on peut questionner cette approche de la frontière par les mobilités.

Par exemple, si l'on prend le cas de la frontière internationale entre Etats-Unis et Mexique, la frontière-ligne - border - est une ligne politique structurant une bande frontalière de part et d'autre de cet axe, dans laquelle sont déployés des stratégies de contrôle de l'espace : les Border Patrol du côté étatsunien participent, par leur quadrillage de leur espace, à créer une frontière-zone, c'est-à-dire un espace structuré par l'effet-frontière. Mais cette zone est mouvante, dans la mesure où elle dépend des évolutions de ce marquage de l'espace (marquage à la fois sécuritaire et symbolique).


Les "frontières mobiles" et la ville en guerre : frontières vécues, murs et ponts

Ces constats furent le point de départ pour la réflexion sur la pertinence d'interroger les "frontières mobiles" dans la ville en guerre. Plusieurs intervenants ont appréhendé cette question par l'échelle intraurbaine, notamment dans le cas de l'après-guerre (le géographe Bernard Reitel a ainsi proposé une analyse sur la resémantisation des traces du Mur de Berlin, c'est-à-dire sur une nouvelle mise en langage de ces traces dans la ville, avec un effort récent de patrimonialisation du Mur, inégalement réparti dans la ville, qui tend non seulement à produire un tourisme de mémoire, mais aussi à réinventer la mémoire dans la ville par la mise en visibilité sélective des traces du Mur. D'autres interventions ont porté sur des villes en conflit, telles qu'Hébron (intervention de Brigitte Piquard), ville divisée située dans le Sud de la Cisjordanie (voir également Chloé Yvroux, 2009, "L'impact du contexte géopolitique sur "l'habiter" des populations d'Hébron-Al Khalil (Cisjordanie)", L'espace géographique, n°2009/3, pp. 222-232).

La question des murs, que ce soit les murs matérialisant une frontière internationale (par exemple, l'intervention d'Alexandra Novosseloff sur l'exemple coréen) ou les murs à l'intérieur d'un territoire nationale (avec plusieurs interventions sur la "barrière de sécurité" de Cisjordanie) ont permis de croiser les approches disciplinaires : géographie, science politique et information/communication ont pu ainsi dialoguer sur la question des perceptions et des représentations (par les habitants, par les acteurs de ces aménagements, par les médias) des murs. Des débats ont aussi eu lieu autour de la terminologie à employer : dans le cas des murs, pour continuer sur cet exemple, faut-il parler de frontières matérialisées, de murs frontaliers, de barrières frontalières ?

La question des "frontières mobiles" fut donc particulièrement motivante pour les intervenants, parce qu'elle invitait à se positionner sur ce qui n'est pas intuitif : la frontière dans ses mouvements. Le cas du Sahara occidental (discuté par Karine Bennafla) peut faire ici école, tant cette frontière est mouvante dans son tracé, mais reste néanmoins une discontinuité spatiale ancrée dans les pratiques spatiales (voir aussi Luis Martinez, 2011, "Frontières et nationalisme autour du Sahara occidental", Ceriscope).

La question de la matérialité et de la visibilité des murs a elle aussi été posée : voir le mur suffit-il à faire la frontière ? On retrouve là un des questionnements sur le pont : voir le passage suffit-il à produire une continuité spatiale ? On avait, en écho à l'ouvrage d'Alexandra Novosseloff et de Franck Neisse, Des murs entre les hommes, discuter du pont-frontière dans les villes de Mitrovica et de Mostar (voir "Des ponts entre les hommes : les paradoxes de géosymboles dans les villes en guerre", Cafés géographiques, rubrique Vox geographi, 12 décembre 2009). Le pont a d'ailleurs été discuté et a entraîné des échanges sur la frontière-coupure/frontière-couture, entre discontinuité et dynamique spatiale (voir les articles de ce blog sur le pont).



Quelques retours du colloque Frontières mobiles (BRIT XI)

On peut retrouver des éléments des discussions (notamment un suivi de l'intervention du géographe Michel Foucher sur les frontières africaines) sur twitter (hashtag #BRITxi), notamment sur les comptes Geopolitics2012 et VilleEnGuerreDifférentes publications devraient être mises en place (numéros de revues thématiques, actes en ligne...), on en reparlera prochainement sur ce blog.

La prochaine rencontre du réseau BRIT aura certainement lieu à Fukuoka en novembre 2012. Elle sera certainement l'occasion de nouvelles discussions passionnantes autour du thème de la frontière, trop souvent annoncé comme "bien connu", mais qui pose pourtant aujourd'hui de nombreuses questions renouvelées.



Pour aller plus loin sur les frontières :

Des définitions de la frontière et des espaces frontaliers :
  • Bernard Reitel, "Frontière", Hypergéo.
  • Bernard Reitel et Patricia Zander, "Espace frontalier", Hypergéo.
  • Bernard Reitel et Patricia Zander, "Ville frontalière", Hypergéo.
  • Groupe Frontière, Chritiane Arbaret-Schulz, Antoine Beyer, Jean-Luc Piermay, Bernard Reitel, Catherine Selimanovski, Christophe Sohn et Patricia Zander, "La frontière, un objet spatial en mutation", EspacesTemps.net, rubrique Textuel, 29 octobre 2004.
  • Jacques Lévy, "Frontière", EspacesTemps.net, rubrique Il paraît, 29 octobre 2004. 


Sitographie sélective :


Bibliographie sélective :

Des revues en ligne :

Des ouvrages récents :
  • Michel Foucher, 2008, L'obsession des frontières, Perrin, Paris.
  • Hélène Velasco-Graciet et Christian Bouquet (dir.), 2005, Tropisme des frontières. Approche pluridisciplinaire, L'Harmattan, collection Géographie et cultures, Paris, tome 1.
  • Hélène Velasco-Graciet et Christian Bouquet (dir.), 2006, Regards géopolitiques sur les frontières, L'Harmattan, collection Géographie et cultures, Paris, tome 2. 
  • Patrick Picouet et Jean-Pierre Renard, 2007, Les frontières mondiales. origines et dynamiques, Editions du Temps, collection Une géographie, Paris.
  • Alexandra Novosseloff et Franck Neisse, 2007, Des murs entre les hommes, La Documentation française, Paris (voir un compte-rendu de lecture).
  • Georges Banu, 2010, Des murs... au Mur, Gründ, Paris (voir un compte-rendu de lecture).


jeudi 21 juillet 2011

Géographie, ville et guerre : des articles à signaler (1)


Voici une sélection bibliographique (non exhaustive !) reprenant des articles publiés récemment (début 2011) dans des revues papier concernant les centres d'intérêt de ce blog (concernant les articles publiés dans des revues en ligne, on se reportera aux billets "Géographie des conflits récents : quelques articles" du 19 mai 2009 et "Géographie des conflits récents : quelques articles (2)" du 5 mai 2011). Des articles à (re)découvrir, notamment dans le cadre de la préparation de la question "Géographie des conflits" au programme des concours de l'enseignement, mais aussi pour tous qui s'intéressent aux situations conflictuelles de par le monde. Les résumés/introductions et les présentations des auteurs proposés sont ceux des articles ou des revues concernés.



La guerre et la ville

- Saskia Sassen, 2011, "L'urbanisation de défis globaux. Le cas des guerres asymétriques", Géographie Economie Société, vol. 13, n°1/2011, pp. 11-25 (en accès restreint).
"Cet essai repose sur l'idée que les villes rendent visibles les limites de la supériorité de la puissance militaire. Elles constituent des régimes faibles, qui peuvent contester, sans toutefois pouvoir renverser le pouvoir supérieur. L'étude des guerres asymétriques permet d'explorer les contradictions émergeant de l'urbanisation et de montrer que dans certaines circonstances, une puissance militaire supérieure peut trouver ses limites lorsque la guerre devient urbaine, ce qui rend l'impuissance complexe plutôt que simple. Cet article s'intéresse aux cas de Mubai et de Gaza, deux exemples permettant de comprendre l'immense variabilité de la guerre lorsqu'elle s'urbanise, et par là même le caractère protéiforme de la guerre asymétrique. Pour finir, une discussion est conduite sur les tendances les plus globales qui émergent en filigrane des cas présentés, telles que le repositionnement du territoire, de l'autorité et des droits."

Un article qui intéressera tous les lecteurs se préoccupant de la ville en guerre, de la guerre asymétrique, des modalités d'intervention dans le cas des guerres urbaines, et de la ville en général. Par l'une des plus grandes spécialistes en études urbaines (notamment connue pour le concept de "ville globale"). Voir également le site de Saskia Sassen.


- Yakov Semenov, 2011, "Comment j'ai pris le palais de Kaboul", interview, Guerres & Histoire, n°1, mars 2011, pp. 6-12.
"Le récit inédit de l'assaut qui a démarré en 1979 l'interminable conflit afghan. Comment, dans la confusion et le chaos, le groupe Zenit a rempli sa mission, à un contre quarante".

Yakov Semenov était colonel du KGB au moment de la prise du palais de Kaboul pour les forces soviétiques en 1979.

On retrouvera, par ailleurs, sur la page facebook de la revue Guerres & Histoire -accessible sans compte facebook-, la vidéo de cette interview réalisée lors de la conférence de presse du lancement de Guerres & Histoire, le 23 mars 2011, au Cercle National des Armées.

A noter concernant cette nouvelle revue, Guerres & Histoire, que l'on appréciera tout particulièrement le choix éditorial d'intégrer des encadrés "L'avis de Guerres & Histoire" ainsi que la présence de nombreuses cartes illustrant le déroulement des guerres ou des batailles. Voir des notes de lecture concernant le n°1 et le n°2, proposées par Stéphane Mantoux sur son blog Historicoblog (3).


- Infographie : Pierre Grumberg, 2011, "Les villes souterraines du Viêt-công", Guerres & Histoire, n°2, juin 2011, pp. 82-83.
"« Personne n'a démontré plus d'habileté à cacher ses installations que le Viêt-công, une organisation de taupes humaines ». Dans la bouche du général William Westmoreland, commandant en chef de l'armée américaine au Viêt Nam, il s'agit bien d'un compliment. Il n'est pas immérité : les communistes vietnamiens ont creusé - de la guerre contre la France à la fin des années 1940 jusqu'à la victoire finale en 1975 - un immense réseau souterrain abritant caches d'armes et de nourriture, cuisines, infirmeries, dortoirs, salles de classe, postes de commandement et même cinémas. Le complexe de Cu Chi, à 40 km au nord-ouest de Saigon, équivaut par sa taille au métro parisien : plus de 200 km de galeries étendues sur plus de 100 km2, capables d'abriter jusqu'à 16 000 clandestins. C'est de là que sortira l'offensive du Têt contre Saigon, en 1968. Le réseau possède même ses sorties au milieu du camp retranché de la 25e division US chargée de sa destruction !"




Géographie électorale et tensions politico-sociales

 - Caroline Ronsin, 2011, "Tensions postcoloniales au Nigeria", Carto, n°6 (sommaire), juillet/août 2011, pp. 28-29.
"Au mois d'avril 2011, trois élections se sont succédées au Nigeria : le Sénat et le Parlement ont été renouvelés, le président sortant, Goodluck Jonathan, réélu et les gouverneurs de 26 des 36 Etats fédérés réélus ou remplacés".

A noter que la revue Carto, qui fête son premier anniversaire, propose de très nombreux articles, tout aussi riches les uns que les autres, et que sa lecture, au fil des numéros, est toujours plus agréable. On pourra consulter certaines cartes et certains extraits d'articles sur le blog de la revue.


- Caroline Ronsin, 2011, "Réveil burkinabé ?", Carto, n°6, juillet/août 2011, p. 32.
"Quelques mois après les élections présidentielles du 21 novembre 2010 qui ont vu la troisième réélection de Blaise Compaoré avec 81 % des voix, un mouvement de contestation sans précédent secoue le Burkina Faso. Militaires, étudiants et professeurs font valoir leurs revendications respectives dans les rues des principales villes du « pays des hommes intègres ».


- Caroline Ronsin, 2011, "Vers une normalisation politique en Ouganda ?", Carto, n°5 (sommaire), mai/juin 2011, p. 29.
"Les récentes élections en Ouganda font espérer la poursuite de la démocratisation, bien qu'elle reste fragile dans un pays longtemps déchiré par les conflits."




- Julien Arnoult, 2011, "Indépendance du Kosovo : des lendemains difficiles", Carto, n°4 (sommaire), mars/avril 2011, pp. 28-29.

"Après trois ans d'indépendance, le Kosovo a connu en décembre 2010 sa première grande secousse politique avec le renouvellement anticipé de son Parlement. Le quatrième scrutin législatif du jeune Etat souligne davantage ses difficultés internes, ternissant un bilan relativement meilleur au niveau international."


- Frank Tétart, 2011, "Deux présidents pour la Côte d'Ivoire", Carto, n°4, mars/avril 2011, pp. 32-33.
"Loin de sortir le pays d'une décennie de conflit et de crise, les élections présidentielles qui se sont tenues à la fin de l'année 2010 n'ont rien réglé. Bien au contraire, le président sortant, Laurent Gbagbo, en contestant les résultats, cantonne son rival Alassane Ouattara, pourtant reconnu vainqueur à l'issue du scrutin et soutenu par la communauté internationale, à la marginalisation. Cette situation accroît les risques d'affrontements et de déclenchement d'un nouveau conflit."


- Caroline Ronsin, 2011, "Instabilités au Yémen, Carto, n°4, mars/avril 2011, p. 46.
"Dans un contexte politique dégradé par la perspective des élections législatives prévues en 2011, la révolution tunisienne a provoqué une vague de manifestations à Sanaa. Craignant l'extension des protestations, le président Ali Abdallah Saleh, au pouvoir du pays réunifié depuis 1990, a finalement renoncé à faire amender la Constitution pour pouvoir se représenter aux présidentielles de 2013 et à proposer son fils pour lui succéder."






Géographie des conflits

- Tigrane Yégavian, 2011, "Le chaudron syrien", Carto, n°6, juillet/août 2011, p. 50.
"Après trois mois de révoltes et de répression, le régime des Assad a atteint un point de non-retour qui le place devant un dilemme : réformer ou se saborder. Le dixième anniversaire de l'arrivée à la présidence de Bachar al-Assad sera-t-il le dernier ?"


- Marc Lavergne, 2011, "Egypte : les lendemains incertains de la révolution", Diplomatie magazine, n°51 (sommaire), juillet/août 2011, pp. 24-27.
"La "révolution du 25 janvier" est née d'une apsiration générale au changement. A partir d'une volonté de mettre fin aux exactions et à la corruption de la police, un régime installé fermement depuis trente ans - si l'on se limite à l'ère Mourabak - a été ébranlé et son chef mis à l'écart."


- Carte : reliefweb et OCHA, 2011, "République démocratique du Congo : Insécurité et déplacement (au 26 mai 2011)", Diplomatie magazine, n°51, juillet/août 2011, p. 17.
"Les besoins humanitaires restent élevés en raison des conflits armés et de l'insécurité généralisée. Le nombre de personnes déplacées s'élèverait à 1,7 million. Des millions vivent dans la peur et dépendent de l'aide humanitaire pour leur survie."


- Azita Bathaïe, 2011, "Les relations familiales à distance. Ethnographies des migrations afghanes", Autrepart, n°57-58, n°2011/1-2, pp. 59-75 (en accès restreint).
"Cet article questionne les échanges et interrelations entre les membres d'une famille afghane, à travers le parcours migratoire d'un père au pakistan et en Iran, puis celui de son fils, vingt ans plus tard, vers l'Europe. Le premier s'appuie sur le "savoir-circuler" de ses germains et de ses amis, tandis que le second construit ses réseaux au gré des rencontres sur sa route. L'article expose les différentes étapes qui amèront le fils à interrompre ou à reprendre les liens avec sa famille restée en Iran. L'analyse de ses itinéraires rend compte du vécu des relations à distance entre les membres de la famille. A la seconde génération, il apparaît que le cycle de vie de la fratrie est intimement lié à la circulation de celui qui migre. Le fils absent peut participer pleinement à l'organisation d'un mariage, jouer un rôle crucial dans la gestion des conflits intergénérationnels, et va jusqu'à intervenir sur le choix matrimonial de sa soeur en favorisant la modification des pratiques."

A ce propos, on se reportera à l'ouvrage incontournable sur les migrations afghanes liées aux différentes guerres qui ont déchiré le pays : Alessandro Monsutti, 2004, Guerres et migrations. Réseaux sociaux et stratégies économiques des Hazaras d'Afghanistan, Editions de l'Institut d'ethnologie, Neuchâtel, 364 p.


- Julien Arnoult, 2011, "Kaboul parie sur ses mines pour se développer", Carto, n°5, mai/juin 2011, p. 32.
"Longtemps Etat tampon perdu entre plusieurs empires, l'Afghanistan est aujourd'hui à la croisée des chemins, notamment grâce à ses richesses minières et à sa proximité géographique avec de grands pays émergents. Si la sécurité s'est améliorée par endroits, il lui reste tout à bâtir pour acquérir un rôle de transit."


- Dossier : Pierre Blanc, 2011, "Etat palestinien : une réalité en 2011 ?", Carto, n°5, mai/juin 2011, pp. 10-20.
"Alors que la contestation arabe appelle à une refondation des Etats enkystés par une longue période d'autoritarisme et d'impéritie, l'année 2011 pourrait être celle de la fondation de l'Etat palestinien après plusieurs décennies de déni d'existence."


- Myriam Hamache, 2011, "Timor oriental : une difficile transition", Carto, n°5, mai/juin 2011, pp. 34-35.
"Pays d'Asie du Sud-Est environ 36 fois plus petit que la France, le Timor oriental (ou Timor Leste) a accédé à l'indépendance le 20 mai 2002, en prenant le nom officiel de Timor Loros'ae dans la langue nationale, le tétoum. Neuf ans plus tard, la situation sécuritaire, politique et humanitaire du pays reste précaire."


- Caroline Ronsin, 2011, "Le Sahara occidental : un conflit enlisé", Carto, n°4, mars/avril 2011, p. 31.
"Le 8 novembre 2010, à la veille de la reprise des négociations sous l'égide des Nations unies, le démantèlement par les autorités marocaines du camp de contestataires sahraouis de Gdeim Izit, près d'El-Ayoun, a de nouveau renforcé le pessimisme quant à la résolution du conflit du Sahara occidental."




- Dossier : "Trafics : géopolitique de l'illicite", Diplomatie magazine, n°50 (sommaire), mars/avril 2011, pp. 36-46.
- Mickaël R. Roudaut, "Géopolitique de l'illicite. La nouvelle main invisible", pp. 38-46.
- Maggy Lee, "Comment la définition de la traite des êtres humains oriente les réponses des Etats", pp. 47-48.
- Jean-Charles Antoine, "Le trafic d'armes dans les banlieues françaises. Causes profondes et enjeux d'une géopolitique interne française", pp. 49-52.
- Atlas : Thomas Delage, "Géopolitique des trafics illicites", pp. 53-58.


- Dossier : "Le Grand Baloutchistan", Diplomatie magazine, n°50, mars/avril 2011, pp. 59-70.
- Tableau de bord : "Le Balouchistan, au coeur des enjeux stratégiques", p. 60 (à retrouver sur le blog de Diplomatie magazine).
- Vincent Eiffing, "Le "Grand Balouchistan : quelle valeur géostratégique ?", pp. 61-64 (voir un extrait de ce texte sur le blog de Diplomatie magazine, ainsi que le blog de Vincent Eiffing : Chroniques persanes).
- Stéphane A. Dudoignon, "Le Sistan-Balouchistan. Un défi intérieur pour Téhéran", pp. 65-67.
- Nadège Reynolds, 2011, "Balouchistan. Une région dans la tourmente", pp. 68-70.


Le Grand Balouchistan au coeur des enjeux stratégiques
Diplomatie magazine, n°50, mars/avril 2011, p. 60.





Géographie de l'enfermement et des frontières

A propos de la "géographie de l'enfermement", on se reportera à la liste de blogs et de sites proposée dans la colonne gauche du blog, ainsi qu'aux différents billets du site sur cette question.


- Fabien Dany, 2011, "Un mur aux confins de l'Union européenne", Carto, n°6, juillet/août 2011, p. 27.
"Le printemps arabe et les vagues de migrants débarquant par bateau en Italie ont occulté le projet de "mur" à la frontière entre la Grèce et la Turquie, représentatif des mesures restrictives prises par l'Union européenne face aux migrations irrégulières".


- Caroline Ronsin, 2011, "Naissance du « Sud-Soudan »", Carto, n°6, juillet/août 2011, p. 33.
"Dix-huit ans après l'Erythrée, un nouvel Etat apparaît sur la carte de l'Afrique. Le 9 juillet 2011, le Sud-Soudan accède officiellement à l'indépendance. Il naît des cendres de deux guerres civiles, remettant en question les frontières héritées de la colonisation européenne".

A ce propos, on se reportera notamment au billet "Le Sud-Soudan vu par les géographes" du 13 juin 2011 et au dossier des Cafés géographiques : "Soudan(s)".


- Myriam Hamache, 2011, "Frontières litigieuses en Thaïlande", Carto, n°5, mai/juin 2011, p. 33.
" Au centre de la péninsule Indochinoise, la Thaïlande partage ses frontières avec quatre Etats : la Birmanie, le Laos, le Cambodge et la Malaisie. Depuis quelques mois, le pays connaît une intensification des violences dans les régions frontalières avec la Malaisie et à la frontière avec le Cambodge."

A ce propos, on se reportera à la carte "Thaïlande/Cambodge : le contentieux territorial du temple de Preah Vihea" publiée par le Ceriscope (9 juin 2011).




- Photographies satellites : UNITAR/UNOSAT, 2011, "Situation à Ras Ajdir, à la frontière entre la Tunisie et la Libye, le 3 mars 2011", Diplomatie magazine, n°50, mars/avril 2011, pp. 14-15.

Photographies satellites accompagnées d'un texte : "La situation en Libye. Comment l'UNOSAT aide à la décision" par Olivier Van Damme et Lars Bromley.