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mardi 17 août 2010

Anthropologie et émeutes urbaines (2)


On avait précédemment présenté le blog Anthropologie du présent dans lequel Alain Bertho (professeur d'anthropologie à l'université Paris 8) propose une base documentaire très détaillée concernant les émeutes dans le monde (alimenté tous les jours, il recense toutes les émeutes dans les journaux francophones, anglophones et hispanophones). Cet anthropologue est également auteur d'un important ouvrage : Le Temps des émeutes (Bayard, 2009), dans lequel il s'interroge sur "le sens profond et peut-être commun de ces émeutes qui éclatent aux quatre coins de la planète, au sein de pays et de régimes politiques radicalement différents et selon des modes de protestation semblables". Il y montre que l'émeute n'est pas un phénomène nouveau, mais c'est la modernité des émeutes actuelles qui change la donne. Si les émeutes d'octobre-novembre 2005 ont surpris l'opinion publique (Alain Bertho discute d'ailleurs "le silence et le bruit" qui existent autour de l'émeute comme phénomène de violence, rappelant combien la construction du monde passe également par les média, et l'actualité telle qu'ils donne à la voir : voir le billet "Les médias, la violence, l'événement et le haut-lieu"), l'émeute n'est pas nouvelle en soi. Sa mondialisation et sa prolifération, mais également la multiplicité des raisons invoquées ("soulèvement anti-gouvernemental, émeute d'après match, refus d'installation d'un aéroport, colère contre l'incurie de l'Administration ou en raison de l'annulation d'un concert, mobilisation contre le péage d'un pont, l'expropriation des terres, la mise en place d'une ligne de TGV, l'émission de faux diplômes universitaires ou la mort d'une star du cinéma") questionnent.


Gégraphie des émeutes dans le monde (janvier 2007-mai 2009)
Carte réalisée par Alain Bertho.
Voir les cartes qu'il a produites sur l'extension des émeutes dans le monde :



Pour découvrir cet ouvrage et les travaux de l'anthropologue Alain Bertho, voir son blog Anthropologie du présent et quelques-unes de ses interventions à des colloques :

Alain Bertho, "L'émeute comme récit non discursif et production
d'image en résonance", conférence Récits collectifs et nouvelles écritures visuelles,
Montréal, 2-3 juin 2010.



Alain Bertho : "Les émeutes, un phénomène mondial ?"
Entretien pour l'IRIS, 19 avril 2010.



vendredi 15 janvier 2010

Port-au-Prince, géographie d'une ville vulnérable : la catastrophe et la ville



Le récent séisme dans la ville de Port-au-Prince questionne non seulement sur la question des risques, mais également celle de la vulnérabilité des villes face aux catastrophes, non seulement en terme de dégâts matériels, mais également en termes d'acceptabilité au vu de ces dégâts. On avait déjà abordé ces questions dans un billet intitulé "La ville vulnérable : risques et images du risque à Port-au-Prince", suite à l'effondrement d'une école dans la commune de Pétion-Ville, dans la localité des Nérettes, le 7 novembre 2008. Ces quelques éléments sur les vulnérabilités de la ville avait mis en exergue l'interaction entre les sociétés et leur environnement au prisme du risque comme construit social (voir les différentes définitions du risque en géographie).

Le choix d'avoir développé ces réflexions à partir du cas de la ville de Port-au-Prince n'était pas seulement le fait d'un événement médiatisé (l'effondrement de l'école avait provoqué la mort de plus de 90 personnes), mais avant tout parce que Port-au-Prince est synptômatique des vulnérabilités urbaines : capitale d'un pays pauvre en proie à des déchirements violents (voir le billet "Port-au-Prince : la capitale d'un pays sous tension"), Port-au-Prince est une ville-enjeu dans les affrontements politiques et sociaux qui menacent l'équilibre fragile obtenu par le déploiement d'une opération militaire des Nations Unies, la MINUSTAH. "Port-au-Prince est alors en proie à un double mouvement de violences : d'une part, des violences politiques (visant le renversement du gouvernement), d'autre part des violences "ordinaires" (selon la définition de Jérôme Tadié) à travers une guerre de gangs. La principale mission de la MINUSTAH est alors d'enrayer ce cercle vicieux de la violence, afin d'instaurer un climat serein et d'établir un processus durable de stabilisation du pays" (extrait du billet sur "La situation en Haïti").





Le facteur catastrophe du séisme survenu le 12 janvier 2010 ne suffit pas à expliquer l'étendue des dégâts dans la capitale haïtienne. La pauvreté de la ville est l'un des facteurs déterminants, et explique la géographie des destructions dans la ville aux lendemains de la catastrophe. D'une part, du fait de la pauvreté des habitants. Ainsi, la croissance urbaine dans ce pays pauvre s'est doublée d'un afflux de populations que les autorités ne parvenaient pas à gérer, notamment en termes d'habitat. L'entassement de très nombreux habitants dans les bidonvilles (risques sociaux), pour beaucoup construits dans des zones insalubres (risques sanitaires), a fortement accentué la vulnérabilité de la ville face à ce séisme : les habitations des bidonvilles (qu'elles soient en dur ou non) sont non seulement construites avec des matériaux inadaptés aux risques sismiques importants de l'île, mais également elles sont établies sur des zones où le sol est particulièrement meuble, et donc renforce les dégâts lors de catastrophes sismiques (même lors de séismes à l'amplitude bien plus restreinte).






D'autre part, la pauvreté même de l'Etat doit être soulignée : ce ne sont pas seulement les habitations des quartiers pauvres et des bidonvilles qui se sont effondrées, mais bien l'ensemble des infrastructures de la ville. Ainsi, même les infrastructures officielles, telles que le palais présidentiel (les photographies aériennes ci-dessus montrent ce quartier avant et après le séisme. Voir également une photographie du palais présidentiel, derrière la statue du Marron inconnu, symbolisant la fin de l'esclavagisme) sont construites sans précaution des mesures de protection anti-sismique (l'exemple de l'école effondrée en novembre 2008 montre que même des bâtiments publics pouvaient ne même pas tenir compte des normes officielles en termes de réglementation des constructions : voir l'article consacré à cet événement sur le blog Planète Vivante : "Haïti, une fois encore n'est pas épargnée"). De plus, cette dimension se transfère également sur le système éducatif : contrairement à des pays comme le Japon (où des séismes d'une amplitude similaire, qui investissent certes en termes d'infrastructures mais également en termes de formation des populations à la gestion du risque. Il ne s'agit pas de dire que seuls les aspects économiques et sociaux sont responsables de l'étendue des dégâts (bien évidemment la magnitude du séisme et la localisation de l'épicentre sont des facteurs déterminants dans la compréhension des destructions liées à la catastrophe : voir la partie consacrée aux séismes dans les fiches techniques du blog Planète Vivante animé par la géographe Marie-Sophie Bock-Digne), mais de montrer que le risque sismique, alors qu'il est partiellement géré dans les pays développés (systèmes de surveillance performants ; plans de prévention des risques ; équipements adaptés tels que les constructions anti-sismiques ; systèmes d’alerte efficaces ; secours coordonnés et adaptés ; campagnes d’information et de sensibilisation ; forte réglementation des sites classés dangereux), est subi dans les pays pauvres.

Mais la vulnérabilité ne s'exprime pas seulement à l'échelle du pays, ou même d'une ville. Les enjeux de cette approche par les risques sont multiscalaires, et mettent en scène une profonde injustice spatiale (voir notamment les problématiques abordées dans la revue Justice spatiale). Au-delà de l'aspect aléa, les quartiers sont inégalement touchés non seulement par le séisme lui-même, mais également par l'aide humanitaire et sociale qui en découle. Les enjeux de la reconstructions après une catastrophe sont aussi l'occasion d'une mise en scène de l'inégalité de la distribution de l'aide, notamment en termes de reconstruction (les quartiers centraux sont souvent très médiatisés, comme le montre le choix des images par les média sur cette catastrophe, avec une grande focalisation sur les bâtiments centraux : certes, l'aspect sensationnel recherché par les média est plus démonstratif dans l'effondrement de très grands bâtiments, mais également cette focalisation démontre un choix dans les priorités à venir dans le processus de reconstruction : on retrouve là les mêmes risques sociaux abordés dans le cas des reconstructions des villes dans l'immédiat après-guerre, liés à un processus de reconstruction inégalitaire : voir le billet "Les risques de la reconstruction").

Ces risques sociaux de l'immédiat après-catastrophe sont également liés à la question de la distribution de l'aide en termes de vivres, de médicaments et de soins, d'eau potable... Entre la question de l'accessibilité de certains quartiers (du fait de l'effondrement d'infrastructures vitales pour l'accès aux quartiers ou de l'entassement des ruines sur les voies d'accès) et l'inégale mise en priorité de certains quartiers vis-à-vis d'autres, la ville de l'immédiat après-catastrophe est, elle aussi, particulièrement vulnérable : risques alimentaires pour une très grande partie de la population (le manque d'accessibilité pour les avions faisant parvenir l'aide internationale prive la population d'une aide alimentaire plus que nécessaire dans une ville où tous les réseaux de distribution et les centres de stockage ont été détruits ou sont bloqués en termes d'accessibilité), risques sanitaires également (non seulement au vu du manque de soins, du manque de personnels médicaux face à l'ampleur de la catastrophe, du manque de médicaments, mais aussi en termes d'insalubrité dans de nombreuses zones détruites, de problèmes respiratoires au vu du nuage de fumée dégagé par l'effondrement des bâtiments, et des problèmes médicaux liés au manque d'eau potable et d'alimentation. Le bilan de la catastrophe ne se limite donc pas aux seuls morts dans les effondrements.

Par conséquent, comprendre les dimensions spatiales d'une ville qui vient de subir une catastrophe est nécessaire, non seulement pour rendre l'aide humanitaire efficace (les densités de population dans tel ou tel quartier permettent par exemple de procéder à une distribution d'eau, de vivres et de médicaments équilibrée et adaptée aux besoins : voir l'excellent billet sur "L'utilité des images satellites et de la cartographie pour les interventions humanitaires" sur le blog Planète Vivante). Mais l'approche spatiale est aussi un mode de réflexion opératoire pour saisir les risques dans le long terme, notamment en termes de frustrations sociales (personnes restant en attente de retour dans des habitats sécurisés et salubres, personnes déplacées dans des camps de fortune, quartiers défavorisés par l'aide humanitaire et la progression de la reconstruction...) et de détournements politiques de ces frustrations dans le processus de reconstruction de la ville.




A lire sur la question :

* Le blog Planète Vivante qui consacre de nombreux billets sur la géographie des risques, parmi les quels on retrouvera notamment l'excellent billet sur la "Localisation des zones touchées par le séisme à Port-au-Prince (Haïti) 15 janvier 2010" (on reviendra sur la question des conséquences spatiales de cette catastrophe dans un prochain billet) ;

* Le blog L'humanitaire dans tous ses Etats dans lequel on retrouvera de nombreux billets sur la question de l'aide humanitaire déclenchée suite au séisme du 12 janvier 2010 à Port-au-Prince. Ces billets permettent notamment de prendre conscience de la diversité de l'aide nécessaire, depuis l'eau potable, les vivres et les médicaments, en passant par le ramassage des cadavres (pour des raisons sanitaires évidentes), l'aide pour fournir un toit aux survivants...



lundi 31 août 2009

L'émission "Nonobstant" avec Sylvie Brunel


La géographe Sylvie Brunel (professeur à l'Université Paris-Sorbonne) est invitée demain de 17h00 à 17h50 sur France Inter pour l'émission de radio "Nonobstant" présentée par Yves Calvi. Spécialiste de la question de l'alimentation dans le monde, elle travaille particulièrement sur les cas de famines, mais également sur les questions humanitaires et sur la mondialisation.


L'occasion de (ré)écouter d'anciennes émissions qui concernent les thématiques abordées dans ce blog :
  • l'émission du 16 juin 2009, avec Pierre Servent, journaliste spécialiste des questions de défense, notamment auteur des Guerres modernes racontées aux civils... et aux militaires (2009),
  • l'émission du 3 juin 2009, avec Antoine Sfeir, politologue et journaliste, directeur des Cahiers de l'Orient, grand spécialiste des questions moyen-orientales,
  • et l'émission du 19 février 2008, avec Gérard Chaliand, spécialiste des questions de sciences politiques, géopolitique et stratégie, auteur de nombreux ouvrages sur la question des guérillas.



dimanche 5 juillet 2009

Colloque "L'Europe, le monde et l'alimentation"


Conseillée par les Cafés géo , la 15ème université d'été de l'innovation rurale aura pour thème "L’Europe et le Monde. De crises en déprises.... L’alimentation à couteaux tirés" (des 5, 6 et 7 août 2009, aux Controverses de Marciac, dans le Gers), intéressera sans aucun doute tous ceux qui se questionnent sur les risques alimentaires, en tant que réalité, mais également en tant que discours. En voici le programme. Pour s'inscrire, téléchargez le formulaire. Voici la présentation faite par les organisateurs (avec de nombreux liens vers des analyses sur la question alimentaire) :



A l’échelle du Monde, la sécurité alimentaire et les équilibres nutritionnels, déjà fragiles, subissent de plein fouet l’actuelle crise financière et économique, ainsi que l’ont dramatiquement révélé, en 2008, les émeutes de la faim dans près d’une quarantaine de pays. Fait nouveau, les pays industrialisés connaissent eux aussi d’inquiétants phénomènes de malnutrition.A qui la faute ? Comment y voir clair dans les arguments avancés ici et là ? Que faut-il faire et à quelles échelles peut-on agir au plus vite ? Un rendez-vous exceptionnel ouvert à tous (agriculteurs, citoyens, associatifs, enseignants, chercheurs, élus...)au coeur du Gers et du festival Jazz In Marciac, avec notamment Edgard Pisani, Pierre Moscovici, Philippe Chalmin, Bertrand Hervieu, et de nombreuses personnalités étrangères. Organisé par la Mission Agrobiosciences et la Communauté de Communes "Bastides et Vallons du Gers".


Un lieu unique d’échanges et de réflexion collective
Entre sous-nutrition et obésité, ce début du 21ème siècle laisse comme une crampe à l’estomac. Inadaptation de l’offre, production insuffisante, carences des mécanismes de régulation, concurrence des agrocarburants, déséquilibres en termes d’accès aux denrées, diminution des ressources naturelles, déstructuration des agricultures locales... Les controverses se multiplient pour désigner les inconciliables, les coupables, les pas capables. Autant d’aspects que souhaite éclairer et mettre en débat ces Controverses de Marciac, organisées par la Mission Agrobiosciences et la Communauté de Communes Bastides et Vallons du Gers. Un lieu unique en France pour confronter, durant trois jours, les points de vue des meilleurs spécialistes français étrangers, non pas conçu sous la forme d’un colloque restreint entre "experts", mais pensé comme un moment d’échanges et de construction collective entre agriculteurs, citoyens, responsables associatifs, industriels, chercheurs, enseignants, élus et pouvoirs publics... En présence de Martin Malvy, ancien ministre, Président de la Région Midi-Pyrénées.


Mercredi 5 août 2009 : Entre pénuries et abondances
LE MATIN : 10h00-13h00
  • Ouverture Jean-Claude Flamant, Président de la Mission Agrobiosciences.
  • Crise financière, crise alimentaire : le retour du protectionnisme ? Par Jean-Luc Gréau, économiste, auteur notamment de "La Trahison des économistes" (Ed.Gallimard, 2008) et de "L’avenir du capitalisme" (Gallimard, 2005).
  • Radiographie d’une crise alimentaire mondiale Par Philippe Chalmin, Professeur d’histoire économique à l’université Paris-Dauphine. Auteur de "Le Monde a faim" aux Editions Bourin (2009).
  • Petite histoire de la faim Par Jean-Luc Mayaud, Professeur d’histoire contemporaine, Université de Lyon 2 Louis Lumière.
  • Regard prospectif sur la crise économique actuelle et la sécurité alimentaire Par Lucien Bourgeois, économiste, membre du Conseil Economique et Social.
  • « A la recherche des équilibres perdus » A l’heure des inégalités sociales, sanitaires et alimentaires, a-t-on déjà connu l’équilibre ?Avec Jean-Louis Rastoin, économiste, Professeur à Supagro Montpellier. Directeur de l’UMR « Marchés, organisations, institutions et stratégies d’acteurs » (Moïsa).
  • Relecture de la matinée, sous l’angle de la malnutrition Yves Martin-Prével, épidémiologiste, chercheur à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) dans l’Unité Mixte de Recherche NUTRIPASS « Prévention des malnutritions et de pathologies associées ».

Débat avec la salle.
Déjeuner

L’APRES-MIDI : 15h00-18h00 : Quatre Controverses

  • Les agrocarburants coupables des crises de la faim ? Aurélie Trouvé, Docteur en sciences économiques, co-présidente d’Attac France Et Pierre Cuypers, Président de la Chambre d’Agriculture de Seine-et-Marne, Président de l’association nationale pour le développement des carburants agricoles (ADECA)
  • Moins consommer de viande : une injonction de riche ? Dialogue entre Jean-Marie Guilloux, Mission Agrobiosciences et Patrick Denoux, Professeur de psychologie interculturelle, Université Jules Verne (Amiens).
  • A-t-on vraiment besoin des OGM pour nourrir le Monde ? Marion Desquilbet, économiste INRA, Ecole d’Economie de Toulouse
  • Malthus avait-il raison : sommes-nous trop nombreux sur la planète ? Par Jean-Marc Boussard, agronome et économiste INRA, ESR MONA.

Intervention-réaction de Guy Paillotin, , Secrétaire perpétuel de l’Académie d’agriculture de France, ancien président de l’Inra

Ponctuation Par Marc Gauchée, essayiste

Débat avec la salle

La Dimension culturelle de la crise Par Patrick Denoux, Professeur de psychologie interculturelle. Université Jules Verne. Amiens

Relecture de la journée ,Par Edgard Pisani, ancien Ministre de l’Agriculture ; ancien Commissaire européen.


Jeudi 6 Août 2009 : Quelles protections face à la crise ?
LE MATIN : 10h00-13h00

  • Relance à partir des débats de la veille Par Gilles Fumey, géographe, enseignant à l’Université Paris IV Sorbonne, animateur du réseau des cafés géographiques, auteur de « Géopolitique de l’alimentation » (Ed. Sciences Humaines, 2008)
  • Quatre forums d’échanges autour des controverses de la veille, avec l’ensemble des participants.
  • Restitutions des forums par Aurélie Trouvé ; Pierre Cuypers ; Patrick Denoux ; Marion Desquilbet ; Jean-Marc Boussard.
  • Réactions de la salle
  • Ponctuation Par Marc Gauchée, essayiste

Déjeuner


L’APRES-MIDI : 15h00-18h00

  • Industries, distributeurs, ONG... Les régulateurs privés en questions. Gilles Allaire, économiste, directeur de recherche Inra
  • Les limites d’un nouveau modèle de gouvernance Nord/Sud. Eve Fouilleux, chercheur en sciences politiques au Cnrs (Centre d’Etudes Politiques de l’Europe Latine) et chercheur associée au Cirad.
  • Intervention-réaction d’Henry Rouillé d’Orfeuil, CIRAD, ancien Président de Coordination SUD, Coordination nationale des ONG françaises de solidarité internationale.
  • Débat
  • Réaction et débat entre quatre personnalités européennes Jan Mulder, député européen Pays-Bas ; Stéphane Le Foll, député européen France ; Jean-Luc Bennhamias, député européen France ; Marie-Hélène Aubert, ex-députée européen France.
  • Grand témoin tout au long de la journée Martin Malvy, ancien Ministre, Président de la Région Midi-Pyrénées
  • Apéritif. Jumelage des Controverses de Marciac (France) avec la Magyar Agrarakadémia (Hongrie). Par István Fehér, ancien Secrétaire d’Etat à l’Agriculture et au développement rural (Hongrie), et Csaba Tabajdi(sous réserve), Député Européen et ancien Secrétaire d’Etat à l’Agriculture (Hongrie)

Vendredi 7 Août 2009 : Tabler sur le politique ?
LE MATIN : 10h00-13h00

  • Grands Témoins relanceurs « Quelles questions posées au politique et au débat public en regard de ces deux journées ? », Par Bertrand Hervieu, sociologue, Secrétaire général du Centre International des Hautes Etudes Agronomiques Méditerranéennes Alberto Massot-Marti, Direction générale des Etudes, Commission Agriculture du Parlement Européen. Et Tomas Garcia Azcarate, chef d’Unité à la DG Agri, Commission européenne.
  • Vu de la Hongrie Par István Fehér, ancien Secrétaire d’Etat à l’Agriculture et au développement rural, et Csaba Tabajdi (sous réserve), Député Européen et ancien Secrétaire d’Etat à l’Agriculture.
  • Vu des Pays-Bas Par Jan Mulder, député européen Pays-Bas
  • Vu de l’Allemagne Par Martin Nissen, Premier Conseiller de l’Ambassade d’Allemagne à Paris, délégué aux Affaires agricoles et Protection des consommateurs.
  • Vu de la France Par Philippe Martin, député, Président du Conseil Général du Gers (pressenti).
  • Vu de Belgique Par Marc Tarabella, ministre belge de la jeunesse, de l’enseignement de promotion sociale et de la formation (sous réserve).
  • Grands Témoins conclusifs Pierre Moscovici, Député du Doubs, ancien ministre délégué aux Affaires Européennes, ancien Député européen. Hervé Lejeune, Sous-directeur général de la FAO (sous réserve)Michel Barnier, Ministre de l’Agriculture et de la Pêche (sous réserve).
  • Déjeuner


L’APRES-MIDI : 15h00-16h00
La Conversation. Retour sur ces controverses et pistes de sujets pour 2010.


vendredi 12 juin 2009

La sécurité alimentaire vue par Frédéric Landy


Frédéric Landy est maître de conférences en géographie à l'Université Paris 10, spécialiste de l'Inde. Il a travaillé tout particulièrement sur la question de la sécurité alimentaire dans son ouvrage Un milliard à nourrir. Grain, territoires et politique en Inde (Belin, collection Mappemonde, 2006). Pour Le Mensuel de l'Université, il revient sur le concept de sécurité alimentaire (vidéo publiée le 5 mai 2009).

A lire également sur les travaux de Frédéric Landy et la question de l'alimentation en Inde :

lundi 30 mars 2009

Nourrir 9 milliards d'hommes


L'émission Planète Terre du mercredi 29 avril 2009 (14h00-14h30 sur France Culture) sera consacrée à la question "Nourrir 9 milliards d'êtres humains" avec pour invitée Marion Guillou (Présidente Directrice Générale de l’Institut National de la Recherche Agronomique - Inra). Une question au coeur des programmes de géographie du secondaire, et une des questions des concours CAPES-agrégation. Mais également, une question qui recoupe l'actualité, autour des émeutes de la faim, du problème de l'effondrement des prix des céréales, des inégalités sociosptatiales dans les pays du Nord comme dans les pays du Sud, de la notion d'arme alimentaire...



Sur la question sur ce blog :

mercredi 18 mars 2009

Problèmes urbains


Etant quelque peu occupée à mes recherches dans la ville de Mitrovica, je tenais à signaler des billets postés dans 2 blogs de géographie des plus intéressants, qui mettent en valeur des problématiques qui affectent directement les villes en guerre, les villes de l'immédiat après-guerre, mais également de nombreuses autres villes de par le monde, qui, face à une urbanisation galopante, doivent faire face à des problèmes de gestion de plus en plus accrus et de plus en plus diversifiés : la répartition inégale (et inégalitaire) des ressources en eau ("L’eau : des tensions transfontalières aux conflits intra-urbains" dans le blog Planète Vivante, 17 mars 2009), les conséquences d'une urbanisation galopante dans les villes africaines ("L’Afrique et l’explosion urbaine", sur le blog Géo trouve tout, 17 mars 2009), et les liens entre exode rural et émeutes de la faim ("Exode rural et faim", Géo trouve tout, 18 mars 2009).


mercredi 14 janvier 2009

Emission "Alimentation, développement et santé"


L'émission Planète Terre de ce mercredi 14 janvier 2009 était consacrée au sujet "Alimentation, développement et santé : une géographie engagée", avec pour invités Jan Bitoun (géographe à l’Université fédérale de Pernambouc, Récife, Brésil), Françoise Plet (professeur de géographie, Université Paris 8 Saint-Denis) et Magda Zanoni (écologue, Maître de conférences, Université Paris 7 Denis Diderot). Cette émission peut être réécoutée pendant un mois environ, et devrait intéresser particulièrement les étudiants de classes préparatoires travaillant sur la question de l'environnement et de la santé, et les agrégatifs avec la question " Nourrir les hommes".


Résumé par Sylvain Kahn:
"Pour célébrer son 40° anniversaire, l’université Paris 8 Vincennes Saint Denis a notamment choisi de consacrer un colloque international au grand géographe brésilien Josué de Castro [du 15 au 17 janvier 2009, à l'Université Paris 8, Saint-Denis. Voir le programme]. Cette manifestation, qui s’ouvre demain et dure trois jours, est organisée par le département de géographie. Josué de Castro, qui aurait eu 100 ans cette année, compte parmi les grandes figures intellectuelles engagées dans le Centre Universitaire expérimental de Vincennes dès sa création en 1969. Médecin, professeur de géographie à Recife, on lui doit dans les années 50 une œuvre plurielle : il est l’auteur d’une géographie de la faim traduite dans 25 langues, il est l’inventeur du programme scolaire d’alimentation du Nordeste – ce quart nord-est archi inégalitaire et pauvre du Brésil ; il fut aussi le second directeur de la FAO, l’agence des Nations Unis pour l’alimentation et l’agriculture et député fédéral du Pernambouc. Le coup d’Etat de 1964 contraint à l’exil l’Ambassadeur du Brésil auprès de l’ONU qu’est alors Josué de Castro, qui s’installe à Paris. « Santé, développement, alimentation : la géographie engagée », c’est le sujet de Planète terre cette semaine".


jeudi 23 octobre 2008

Le blog "Développement & Sécurité alimentaire"


Boubacar Ba, docteur en géographie, tient un blog sur les liens entre déveoppement et sécurité alimentaire en Afrique noire. Il a présenté en septembre 2006 une thèse intitulée Etude géographique de l'agriculture en Afrique noire : Analyse des productions céréalières et des systèmes alimentaires au Sénégal. Par ailleurs, sur son blog sous-titre "Mon espace de liberté", il propose d'élargir cette analyse à l'ensemble des pays d'Afrique noire. A découvrir, notamment, des articles sur "L'alimentation : l'exemple chinois pour nourrir l'Afrique" ou "Sémantique de l'approche alimentaire et ses rapports aux territoires". Le blog ne fournit que peu d'articles, mais intéressera certainement tous ceux qui sont plongés dans la préparation du CAPES et de l'agrégation, et offre quelques pistes de réflexion sur la situation et les défis alimentaires en Afrique noire, ainsi que des développements détaillés sur le cas du Sénégal.

Le marché de Treichville à Abidjan
Crédits photographiques : TRATNJEK Bénédicte

lundi 13 octobre 2008

L'alimentation dans les villes en guerre : réflexions autour du cas de Kaboul


L'ONG Action contre la faim organise, ce mercredi 15 octobre 2008, une journée de mobilisation nationale, avec des manifestations à Paris et dans 19 villes de province. L'occasion ici de présenter rapidement la situation alimentaire dans des villes sous tension aux lendemains de guerres destructrices non seulement en termes d'infrastructures, mais également en termes de développement économique, de fonctionnement politique et de déstructuration des liens sociaux.

Les ONG et les militaires offent des analyses indispensables dans l'appréhension des besoins alimentaires, étant eux-mêmes des acteurs directement impliqués dans les problématiques de la sécurité alimentaire. L'occasion de signaler les travaux passionnants de Yann Braem, docteur en géographie, sur les relations entre ONG et militaires. Il a soutenu en décembre 2007 une thèse intitulée Relations humanitaires-militaires en Afghanistan et au Kosovo, qui porte sur les relations militaires–humanitaires et a pour objectif d’analyser leurs enjeux territoriaux au Kosovo et en Afghanistan. Deux hypothèses guident ces travaux : (1) les relations militaires – humanitaires correspondent à des mécanismes de gestion des territoires et des populations lors des opérations extérieures, des points de vue politiques et militaires ; (2) d’autre part, les terrains spécifiques exercent une influence multiforme sur ces relations et en constituent un facteur d’évolution majeur, tant sur le fond que sur la forme. Il est, entre autres, l'auteur d'un rapport sur "Les relations Armées-ONG, des relations de pouvoir ? Caractéristiques de la coopération civilo-militaire française : le cas du Kosovo" (Les Documents du C2SD, février 2004, n°61, Ministère de la Défense, 283 pages).


Pour en revenir à la question spécifique des crises alimentaires, il est d'ailleurs important de clarifier cette notion, et de distinguer :
  • "food sécurity" : définie par le géographe Jean-paul Charvet comme la "capacité de produire des quantités suffisantes de nourriture pour assurer l'alimentation d'une population donnée" (Historiens-Géographes, n°378, 2002). C'était la 1ère définition que l'on a donné à cette question de sécurité alimentaire. On ne prenait alors en compte que la question de la quantité de nourriture : cette notion calcule alors la sous-nutrition.

Source : Jean-Paul Charvet, "L'agriculture mondialisée", La Documentation photographique, n°8059, La Documentation française, Paris, septembre-octobre 2007, p. 19.




  • "food safe" : dans cette 2ème définition, la problématique n'est pas celle de la quantité : il ne suffit pas que les hommes aient suffisamment à manger en termes de quantité, mais qu'ils puissent accéder à suffisamment de nourriture à la fois en termes de quantité et de qualité (c'est-à-dire avoir une alimentation équilibrée apportant les différents besoins nutritionnels nécessaires au bon fonctionnement du corps humain). Cette notion calcule alors la malnutrition.


Source : Le Monde.fr, 29 septembre 2004.





Cette distinction conceptuelle n'est pas seulement un exercice intellectuel, mais reflète une véritable réalité, et "nous montre, en quelque sorte, la géographie de la « faim ordinaire », celle de la malnutrition chronique vécue au quotidien par 90 % de ceux qui souffrent de sous-alimentation. Peu spectaculaire, peu médiatisée, cette « faim ordinaire » reste, pour la plupart du temps, une faim invisible" (Christian Troubé, 2007, Les nouvelles famines. Des catastrophes pas si naturelles, Autrement, collection Frontières, Paris, p. 66).

D'ailleurs, le sous-titre de cet ouvrage "Des catastrophes pas si naturelles" renvoie à une autre distinction, celle qui existe entre famine et malnutrition. Les travaux de Sylvie Brunel replacent également la question de la crise alimentaire dans le cadre de la mondialisation. Notamment son article "La famine est en partie le fruit de la géopolitique" (dans Images économiques du monde 2005, Armand Colin, 2004), mais aussi dans ses nombreux ouvrages. Elle explique que les famines d'aujourd'hui sont devenues un outil de contrôle ou d'élimination de populations jugées comme indésirables. Elle met ainsi en place une différence entre les facteurs des famines et ceux de la malnutrition. "Entre famine et malnutrition existe une différence non de degrés, mais de nature : phénomène brutal, collectif et localisé, la famine ne s'explique pas par les mêmes causes que la malnutrition, ne frappe pas les mêmes personnes et ne résout pas de la même façon" (extrait de l'article cité précédemment). Elle en conclut que les famines actuelles "s'expliquent donc par la géopolitique, tandis que la malnutrition est le produit de la pauvreté". On retrouve ces phénomènes d'utilisation des ressources alimentaires comme arme au Darfour et en Somalie (où les camions d'aide alimentaire sont menacés d'être réquisitionnés par les rebelles et par la piraterie maritime). Aujourd'hui, selon les travaux du géographe Marc Lavergne sur le Soudan, le gouvernement soudanais exploite cette arme alimentaire au Darfour de la même façon qu'il l'avait fait dans les années 1990 pour les conflits dans les monts Noubas, interdit aux ONG d'intervenir pour apporter une aide alimentaire.

Ces définitions sont bien connues et sont souvent analysées sur la scène politique comme dans le cadre de la recherche universitaire à l'échelle mondiale. Mais la question "nourrir les hommes" ne se pose pas seulement dans le cadre de la mondialisation. Les enjeux de la reconstruction d'une ville après une guerre peuvent rapidement se diviser en 2 temporalités : survivre (s'alimenter, se loger, se protéger), puis vivre (se soigner, travailler, s'éduquer). Bien évidemment, se nourrir est une priorité, et il est impensable de concevoir la (ré)conciliation des populations avant que celles-ci n'aient pu accéder à des conditions de vie "acceptables" dans lesquelles elles pourront entrevoir d'accepter la présence de "l'Autre". L'échelle du quartier doit donc être prise en compte dans l'analyse des besoins alimentaires, afin de cartographier les zones sous tension à ce point de vue. A l'heure où les émeutes de la faim sont plus que jamais d'actualité (demain soir, mardi 14 octobre 2008, un documentaire de Patrice Barrat sur "Le début de la faim" sera d'ailleurs diffusé sur France 5), voici une BREVE présentation des enjeux alimentaires dans des villes sous tension aux lendemains de crises politiques et de guerres. La dégradation des services urbains, le dysfonctionnement du lien ville/campagne, la paupérisation de certains quartiers des villes sont des enjeux fondamentaux pour appréhender les besoins alimentaires des populations urbaines. Une géographie des risques dans ces villes doit être ainsi établie, puisqu'elles sont soumises à une forte vulnérabilité, et ce à plusieurs raisons :

  • risques agricoles et ruraux dans les zones d'influence de la ville (capacité des ruraux à utiliser des terres qui ont été soumises aux opérations militaires, problème de l'approvisionnement entre ces campagnes et les villes, notamment du fait de la destruction des infrastructures de transport, mais également de la destruction des liens commerciaux entre ville et campagne)

  • risques sociaux et économiques dans des villes qui doivent faire face aux enjeux de la reconstruction et à ses coûts, à la paupérisation accrue d'une partie de la population, à l'émergence d'un marché noir, à la criminalisation de certains espaces...

  • risques sanitaires avec le dysfonctionnement des services urbains, l'installation de populations néo-urbaines ou le repli de populations urbaines dans des zones insalubres...


Face à ces problématiques, chaque ville en guerre ou ville en conflit possède des caractéristiques qui lui sont propres et qui tiennent tant de la structure interne de la ville que de ses liens avec les zones d'approvisionnement alimentaire. Quelques éclairages sur la situation propre à Kaboul.




LA SITUATION ALIMENTAIRE A KABOUL :

Kaboul a été affectée par plusieurs guerres et crises politiques successives depuis 1979. La population a donc dû faire face à 2 défis majeurs : 1/ se nourrir malgré la guerre, 2/ se nourrir après la guerre. Ces temporalités impliquent des stratégies individuelles et collectives différenciées. Dans les années 1970, la ville de Kaboul se modernisait, de façon inégale : le centre-ville voyait s'ériger de nombreux bâtiments marqués par les normes occidentales de modernité, tandis que les périphéries étaient délaissées par ce mouvement, et tendaient à poursuivre leur processus de marginalisation socio-spatiale. La ville a été, par la suite, un refuge lors de la guerre d'occupation entre 1979 et 1989 : si elle ne constituait pas une cible militaire à part entière, elle a été affectée indirectement par la guerre, avec l'arrivée massive de nombreux déplacés ruraux. La paupérisation des quartiers périphériques a été très rapide, d'autant plus que l'ensemble de la ville a été coupée de sa sphère d'influence, et donc de ses réseaux d'approvisionnement. La période suivante a été marquée d'une part par une guerre civile entre les anciens vainqueurs d'hier, qui se disputent alors le pouvoir. Principal foyer de la guerre civile, Kaboul est alors fuie par les populations. L'arrivée au pouvoir des Taliban est marquée, pour la ville de Kaboul, par une période de rejet de l'urbanité. Les destructions sont massives, la capitale doit faire face à de nombreux défis, alors même que le nouveau pouvoir voit en la ville un milieu hostile à leur pensée politique et idéologique. La priorité ne sera donc pas celle de la reconstruction d'une ville moderne et inclue dans des systèmes urbains régionaux. Cela contribue, bien évidemment, à isoler la ville vis-à-vis des réseaux d'approvisionnement alimentaire régionaux. La question de l'alimentation tend à rendre la ville de plus en plus vulnérable. Depuis 2001, la ville est entrée dans une nouvelle phase avec le déploiement d'une coalition internationale. Pour les militaires, l'enjeu du rétablissement des réseaux d'approvisionnement est double : d'une part, il s'agit d'aider le pays à retrouver des infrastructures de transport qui lui permettront de retrouver une dynamique de croissance économique, notamment via les échanges commerciaux avec les pays voisins ; d'autre part, il s'agit de diminuer les tensions inhérentes aux difficultés d'approvisionnement, afind e contrecarrer les éventuelles émeutes de la faim, mais aussi afin de permettre aux populations de rétablir des échanges pacifiques qui amèneront les différentes communautés (qu'elles soient culturelles, politiques ou sociales) à (ré)apprendre à concevoir la ville comme un espace de vie commun. (Bien évidemment, les militaires doivent également faire face à la question de leur propre approvisionnement, une problématique notamment abordée dans les travaux d'André Thiéblemont : "Expériences opérationnelles dans l'Armée de terre. Unités de combat en Bosnie (1992-1995), Les Documents du C2SD, n°42, 3 tomes, Ministère de la Défense, novembre 2001, notamment dans le tome II "Conditions de vie, pratiques tactiques, techniques et sociales, les sentiments", pp. 44-59. Retrouvez également un historique sur les rations de combat proposé par Isabelle Bal sur son blog sur l'Afghanistan).




La question est directement liée aux problématiques du développement durable, tant en termes économiques (avec le rétablissement d'une croissance économique à court, moyen et long terme) qu'en termes sociaux (avec le maintien de la paix à court terme, et l'établissement d'une paix durable à long terme). La ville de Kaboul a été profondément affectée par les différents mouvements de population, résultant d'une géographie du danger en pleine mutation à chaque événement politique. Ces déplacements de population correspondent à des stratégies de survie, et ont profondément modifié le paysage humain de la ville. Une intéressante typologie de la population de Kaboul est proposée dans l'article de Stephan Magnaldi et Jessica Patera : "Kaboul, de la destruction à la reconstruction" (dans François Grünewald et Eric Levron (dir.), 2004, Villes en guerre et guerres en ville. Pratiques humanitaires en question, Karthala, collection Pratiques humanitaires, Paris, pp. 69-106) : "La typologie qui peut être faite des habitants de Kaboul repose sur trois groupes principaux :

  • Les Kaboulis d'origine : ce sont ceux qui sont restés en Afghanistan, dans leur ville de Kaboul, au cours des années de guerre et de tensions ou ceux qui sont revenus d'exil en retrouvant leur habitation et statut. Les Kaboulis se caractérisent par une intégration urbaine classique ainsi que des pratiques socio-culturelles et des attitudes qui y sont attachées.
  • Les déplacés internes communément appelés « IDPs » : principalement d'origine rurale, cette catégorie de la population doit faire face à un processus d'intégration sociale difficile du fait de sa situation précaire et de son appartenance au monde rural. Les déplacés internes ont inévitablement fait l'expérience d'une marginalisation sociale et économique lorsqu'ils ont joint le processus d'intégration au monde urbain. Ils sont considérés par de nombreux acteurs humanitaires comme étant, à Kaboul, le groupe le plus vulnérable et le plus « invisible ».
  • Les anciens réfugiés issus des zones rurales : ce groupe a fait l'expérience des avantages de la vie en zone urbaine lors de l'exil. Il constitue un groupe intermédiaire entre les Kaboulis d'origine et les déplacés internes. Puisqu'ils appartiennent à la population de la capitale, leur expérience de la vie en ville les raproche des Kaboulis de souche. Leur disemblance avec les déplacés internes se marque par leur intégration au monde urbain, l'éducation et/ou la formation professionnelle qu'ils y ont reçues et les expériences professionnelles qu'ils ont acquises sur place. Cependant, les racines rurales encore récentes rapprochent les 2 groupes."

Il est intéressant de souligner combien les stratégies de déplacement et d'intégration de ces différents groupes sont impliquées par leur perception de la ville de Kaboul. Chacun possède alors une géographie mentale différenciée, qui permet de comprendre les processus de fragmentations socioculturelles au sein de la ville. Il serait bien trop restrictif de penser la ville en guerre seulement en termes de fragmentations identitaires (il ne s'agit pas de les nier, bien évidemment !) : l'ethnie, la religion et la langue ne sont pas les seuls critères de fracturation de l'espace urbain. Et ces lignes de fracture relèvent d'un enjeu majeur en termes d'alimentation, puisqu'elles conditionnent les espaces pratiqués par les populations : un habitant qui perçoit la ville comme dangereuse et qui choisit le repli sur le quartier devra adapter ces stratégies de survie à cette géographie de la peur (réelle ou non, l'importance reposant sur comment les perceptions influent sur les espaces pratiqués) ; seul le quartier sera un espace de commerce, d'échanges et d'approvisionnement alimentaire pour cet habitant. Comprendre les espaces vécus et les espaces pratiqués des populations urbaines permet alors de mieux répondre aux besoins alimentaires, et de mieux cartographier les risques alimentaires dans les villes en guerre et les villes sous tension aux lendemains de guerres.

Le cas de Kaboul est également éloquent au travers de la question de l'utilisation des terres agricoles, qui doivent approvisionner les villes. En effet, Sylvie Montembault (alors responsable du Service Sécurité Alimentaire d'Action contre la Faim) a montré la tension existant entre extension de la culture du pavot et problèmes d'approvisionnement alimentaires pour les populations afghanes ("Expansion de la culture du pavot à opium dans les régions montagneuses du centre de l'Afghanistan et ses conséquences sur la sécurité alimentaire", dans Action contre la faim, 2004 (1ère édition), Géopolitique de la faim. Faim et responsabilités, PUF, Paris, pp. 139-148, l'ouvrage a fait l'objet d'une 4ème édition en 2007). L'auteur, comme de nombreux autres chercheurs et/ou observateurs tels que le géographie Pierre-Arnaud Chouvy, montre combien la culture de l'opium est une stratégie de survie pour de nombreux paysans, et surtout parmi les "ruraux sans terre", tant en termes de revenus qu'en termes d'emplois (la culture du pavot demandant une abondante main-d'oeuvre). L'originalité de l'analyse de Sylvie Montembault est de montrer le lien entre cette expansion de la culture du pavot et les risques alimentaires pour la population rurale afghane. Cette production de drogue "bloque" des terres agricoles alors même que l'Afghanistan est en situation de repli sur lui-même d'un point de vue des échanges commerciaux. La vulnérabilité des populations rurales est accrue par cette économie de rente aux enjeux aléatoires. Mais on pourrait "pousser" plus loin cette analyse et montrer combien la raréfaction des denrées alimentaires tend à vulnérabiliser l'ensemble des populations afghanes, et tout particulièrement les populations de Kaboul, dépendantes de 2 sources d'approvisionnement alimentaires : les terres agricoles intérieures et les réseaux d'aide alimentaire internationale (par le biais des ONG, des organismes de l'ONU et de la coalition armée). La violence qui en découle est souvent analysée sous le prisme de l'intérêt financier des drogues, mais doit être également éclairée à travers l'analyse de la disponibilité des ressources agricoles pour les populations urbaines et de son inégale répartition.


Dernière piste de réflexion géographique sur cette question de l'alimentation et des tensions qui en découlent dans des villes soumises à des guerres ou des lendemains de guerres : la géographie culturelle. Il ne s'agit là pas seulement de prendre en compte les divers enjeux de tension entre les populations qui mettent en place des lignes de fracture entre différentes communautés, mais plutôt de souligner combien il est important pour les acteurs extérieurs intervenant pour amoindrir les tensions alimentaires de comprendre les moeurs de la population locale, afin d'adpater à chaque ville son aide, et de ne pas risquer d'accroître des tensions possibles vis-à-vis de l'intervention internationale (qu'elle soit militaire ou humanitaire). Mickaël Aubout, doctorant en géographie, a d'ailleurs bien montré combien ces aspects culturels peuvent avoir des incidences, mais peuvent aussi être des moyens de rapprochement avec la population locale lorsqu'ils sont pris en compte : dans son mémoire de maîtrise portant sur le Kirghistan (Géographie militaire de la base de Manas (Ganci air base) au Kirghistan. Les interactions entre une base militaire et son environnement, 2004, Université Paris-Sorbonne, 156 pages), il montre que "par mesure de précaution et afin d'éviter toute hostilité de la population, les Américains avaient interdit à leur personnel la consommation d'alcool, par respect de la religion musulmane dominante. [...] Cependant, cette mesure pouvait sembler exagérée sachant la grande consommation d'alcool faite par la population kirghize, en particulier la Vodka, vieille habitude de l'ère soviétique" (p. 75). Les observations de terrain et une connaissance approfondie des populations sont donc des enjeux majeurs qui permettent d'entrer en contact avec les populations, de faire accepter la présence internationale, et d'adapter les moyens aux besoins réels de la population, par-delà certains préjugés ou simplismes. Citant les travaux de Mickaël Aubout, Philippe Boulanger en conclut qu' "une connaissance aléatoire des cultures locales par des armées étrangères peuvent conduire à des incohérences ou à des conséquences plus graves. [...] Le fait culturel forme ainsi une pierre d'angle de toute action de maintien de la paix, de sécurisation des territoires et de relèvement d'un pays" (Philippe Boulanger, 2006, Géographie militaire, Ellipses, collection Carrefours Les Dossiers, pp. 358-359). Isabelle Bal, chef de la cellule Aide aux Familles au 18ème Régiment des Transmissions, fournit par exemple sur son blog sur l'Afghanistan un article sur les manières de "Manger" en Afghanistan. Une anecdote ? Pas sûr si l'on tient compte de l'importance pour les militaires de comprendre les besoins des populations civiles de Kaboul dans la réussite de leurs opérations.

Revenons au point de départ de ce post : la distinction entre sécurité alimentaire et sûreté alimentaire. Il ne s'agit pas là d'un simple exercice intellectuel, mais bien d'un point de départ pour une réflexion en géographie militaire, afin que l'analyse géographique permette aux militaires de mieux appréhender les villes dans lesquels ils sont amenés à intervenir. Les différents outils de la pensée géographique peuvent être alors des moyens pour comprendre combien les enjeux de la sécurité alimentaire sont complexes, et doivent être analysés à travers le prisme de la sécurité en général. Les enjeux de développement agricole impliquent également les villes et leur approvisionnement, et ont des incidences en termes de pacification, de (ré)conciliation et de développement durable pour des pays en voie de reconstruction.

Le champ de réfllexion pour les géographes, les militaires et les humanitaires en termes d'alimentation des villes en guerre est donc très large, il ne s'agit là que de quelques pistes montrant (je l'espère) l'importance du lien à établir entre ces divers domaines de pensée.

samedi 11 octobre 2008

"Le début de la faim" (Patrice Barrat)


Selon Télédoc, le documentaire de Patrice Barrat (2008) "dresse l’état des lieux, depuis le début de l’année 2008, de la planète frappée par la crise alimentaire. Il constate avec amertume le fossé colossal entre les politiques prônées depuis trente ans, dont le seul credo était la loi du marché, et les réalités vécues par les paysans en Afrique ou en Asie". Un documentaire à ne pas manquer pour tous ceux qui se questionnent sur la question "Nourrir les hommes", sur les "émeutes de la faim" et sur la question de l'utilisation et de la répartition des ressources alimentaires dans un contexte mondial sous tension.

A noter : Patrice Barrat est journaliste depuis 1976, successivement pour la radio, la presse écrite et la télévision. Il a réalisé plusieurs documentaires, dont Sarajevo : chronique d'une rue assiégée (1993-1994).



"Le début de la faim"
(documentaire de Patrice Barrat, 2008, 55 minutes).
Mardi 14 octobre à 20h35 sur France 5 (TNT).

samedi 30 août 2008

Les émeutes de la faim



Les émeutes de la faim (ici à Haïti, en avril 2008, source : Le Point) ont souvent été l'objet de l'actualité internationale de l'année 2008, montrant ainsi la détresse des populations urbaines les plus pauvres des grandes métropoles des pays du Sud. Les émeutes du mois d'avril 2008 à Port-au-Prince ont été un symbole fortement médiatisé, relançant le débat sur la situation des 35 pays touchés cette année par ce phénomène. La hausse des prix des denrées alimentaires touche ainsi inégalement les populations urbaines, et se superposent à une géographie ségrégative dans les pays du Sud. Une première distinction semble nécessaire : un petit point sur les différentes significations de la "sécurité alimentaire".

"food security" : "capacité de produire des quantités suffisantes de nourriture pour assurer l'alimentation d'une population donnée" (définition de Jean-Paul CHARVET, 2002, Historiens-Géographes, n°378). C'était la première définition que l'on a donné à cette question de sécurité alimentaire, on ne prenait en compte que la quantité de nourriture. On calcule alors la sous-alimentation.

"food safe" : la question n'est pas tant la quantité que la qualité : il ne suffit pas que les hommes est suffisamment à manger en termes de quantité (ce que reprenait la notion de "food security") mais qu'ils puissent accéder à suffisamment de nourritures en termes de quantité et de qualité (ex : avoir une alimentation équilibrée apportant les différents besoins nutritionnels nécessaires au bon fonctionnement du corps humain). On calcule alors la malnutrition.




Les émeutes de la faim posent la question de "la justice et de l'injustice spatiales", et ce à plusieurs échelles. Tout d'abord, à l'échelle mondiale, elles se superposent à la carte de l'IDH (indice de développement humain), soulignant bien évidemment les écarts de développement entre les pays du Nord et les pays du Sud. La mondialisation pose le défi de la sécurité alimentaire. Les travaux de la géographe Sylvie Brunel replacent également cette question dans le cadre de la mondialisation. Notamment son article "La famine est en partie le fruit de la géopolitique" (dans Images économiques du monde 2005, Armand Colin, 2004), mais aussi dans ses nombreux ouvrages. Elle explique que les famines d'aujourd'hui sont devenues un outil de contrôle ou d'élimination de populations jugées comme indésirables. Elle met ainsi en place une différence entre les facteurs des famines et ceux de la malnutrition. "Entre famine et malnutrition existe une différence non de degrés, mais de nature : phénomène brutal, collectif et localisé, la famine ne s'explique pas par les mêmes causes que la malnutrition, ne frappe pas les mêmes personnes et ne résout pas de la même façon" (extrait de l'article cité précédemment). Elle en conclut que les famines actuelles "s'expliquent donc par la géopolitique, tandis que la malnutrition est le produit de la pauvreté". On retrouve ces phénomènes d'utilisation des ressources alimentaires comme arme à la fois au Darfour, mais plus anciennement en Somalie (où les sacs de denrées alimentaires provanant de l'aire internationale ont été pour la plupart conservés dans des zones de stockage sans pouvoir atteindre les population, voire réquisitionnés par les rebelles). Aujourd'hui, au Darfour, le gouvernement soudanais exploite cette arme alimentaire de la même façon qu'il l'avait fait dans les années 1990 pour les conflits dans les monts Noubas, interdit aux ONG d'intervenir pour apporter une aide alimentaire.





Le Dessous des cartes, décembre 2007.



Mais l'on ne peut se contenter d'une analyse à l'échelle mondiale, la faim touchant inégalement les populations des pays les plus pauvres. D'une part, la ville semble le terrain le plus touché par cette question, du fait de la dépendance alimentaire qu'elle entretient avec son arrière-pays, et l'absence partielle ou totale de moyens de subvenir à ses besoins pour la population sans recourir aux achats sur les marchés ou des magasins. D'autre part, au sein de la ville, une géographie ségrégative explique les contrastes existant dans l'accès aux ressources alimentaires.





Les facteurs explicatifs sont nombreux : bien évidemment la flambée des prix mondiaux des denrées alimentaires est une cause majeure, mais également des processus économiques mondiaux touchant indirectement (la hausse des prix des ressources énergétiques, un changement des demandes de consommation à l'échelle mondiale, la réorganisation de la filière alimentaire dans l'économie mondiale).