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mercredi 13 novembre 2013

La géographie vue par Marcel Roncayolo

Voici la vidéo d'une conférence du géographe Marcel Roncayolo, datant du 6 avril 2000. Si la vidéo semble "dater" (beaucoup de publications sont venues renouveler la géographie ces 10-15 dernières années, notamment par un renouveau des objets géographiques), elle propose des points sur l'épistémologie et l'histoire de la géographie importants, qui permettent (en gardant à l'esprit que cette conférence est située dans le temps) d'écouter l'un des géographes qui ont contribué à replacer la géographie dans son utilité sociale (notamment autour de l'urbanisme et de la ville). A noter que cette conférence a été proposée dans le cadre d'un cycle qui proposait de faire le point sur les différentes sciences humaines et sociales (histoire, histoire de l'art, anthropologie, sociologie, mais aussi économique, psychologie, philosophie de l'esprit…). Cette vidéo témoigne également de la place de la question "A quoi sert la géographie ?" dans le raisonnement disciplinaire.



Présentation de la vidéo par Canal-U :
Le paradigme de la géographie paraît évoluer entre deux termes depuis l'institutionnalisation de la discipline, à la fin du XIXè siècle. Enracinée dans la tradition, confortée par l'éclat des théories biologiques, la géographie privilégie, avec nuance et refus d'un déterminisme mécanique, la nature comme fixant les conditions de l'activité humaine. A la suite non d'une rupture mais d'un débat complexe, les espaces sont plutôt considérés comme des constructions humaines, sociales, même si on doit tenir compte des mécanismes individuels.

Toute une série de changements se dessinent, se chevauchant les uns les autres : par exemple, les paysages agraires sont rapportés d'abord au milieu naturel, puis aux traditions ethniques, enfin à une évolution historique de plus en plus précise qui conduit de l'économie domaniale à l'individualisme agraire. En même temps que la géographie devient historicité, elle fait une place aux rythmes sociaux, aux mouvements, au temps. La géographie se place ainsi comme instance de réflexion par rapport aux changements techniques qui peuvent la dissoudre, mondialisation, individualisme et surtout, plus humblement, distance et temps, proche et lointain, vieilles contraintes rassurantes. Elle s'interroge sur ce que devient la territorialité, quand la mobilité des hommes et celle de l'information se conjuguent, vers les processus de construction des espaces (mémoire et projet) et sur l'ampleur des risques dans une société vulnérable, y compris dans son environnement naturel.


Source de la vidéo : Canal-U.

jeudi 29 novembre 2012

Le regard d'un géographe sur les injustices spatiales au Brésil (Bernard Bret)

Voici l'enregistrement d'une conférence du géographe Bernard Bret à propos des injustices sociales et spatiales au Brésil, dans le cadre des Lundis de l'université populaire du Havre.



RÉSUMÉ :
"Pays émergent, le Brésil reste marqué par de profondes injustices sociales enracinées dans son passé colonial et esclavagiste. Transformées mais non supprimées par la croissance économique, ces injustices s’inscrivent dans le territoire où s’articulent richesse et pauvreté à toutes les échelles d’observation (favelas et quartiers aisés, paysans sans terre et grands propriétaires fonciers, Nordeste et région de São Paulo...).

Analyser l’organisation des lieux, c’est donc aussi comprendre la société brésilienne. C’est s’interroger sur le rôle et le positionnement du Brésil dans la mondialisation. C’est voir comment l’aménagement du territoire peut contribuer à un véritable développement. C’est finalement comprendre que cette grande puissance en devenir qu’est le Brésil se renforce en luttant désormais pour une société plus équitable".


SOURCE DE L'ENREGISTREMENT ET DU RÉSUMÉ :
Bernard Bret, 2012, "Le Brésil, territoire et injustices", Web TV de l'université du Havre, 16 avril 2012.


RESSOURCES COMPLÉMENTAIRES :

Sur les inégalités et injustices spatiales au Brésil :

Sur la géographie du Brésil :
  • Braises. Dynamiques d'un pays émergent, le Brésil, blog du géographe Hervé Théry.
  • Revue Confins, Revue franco-brésilienne de géographie.
  • Site Géographe à la limite. Etude géographique des frontières en Amérique du Sud, site de Laetitia Perrier Bruslé sur la frontière Bolivie-Brésil en Amérique du Sud.
  • Hervé Théry, 2005, "Le Brésil : changement de cap ?", La Documentation photographique, n°8042, La Documentation française, Paris, 64 p.
  • Dossier : "Le Brésil, ferme du monde", Géoconfluences.
  • Hervé Théry, 2012, Le Brésil, Armand Colin, collection U Géographie, Paris, 1ère édition en 2000.
  • Hervé Théry et Neli Aparecida de Mello, 2004, Atlas du Brésil, La Documentation française, collection Dynamiques du territoire, Paris, 302 p.
  • Numéro de revue : "Brésil, repenser le territoire", Géocarrefour, vol. 81, n°2006/3.
  • François-Michel Le Tourneau, 2010, Les Yanomami du Brésil. Géographie d’un territoire amérindien, Belin, collection Mappemonde, Paris.

Sur la justice spatiale :

mercredi 28 novembre 2012

Urbanités : un film de géographe (Jacques Lévy)

Le film du géographe Jacques Lévy, Urbanités, sera projeté en avant-première le cendredi 7 décembre 2012 à 18h30 à l'ENS de Lyon (Ecole Normale Supérieure, site ENS LSH, 15 parvis René Descartes, amphithéâtre Descartes, métro Debourg, Lyon).



Présentation sur le site de l'ENS :
"Nous aurons le plaisir d'accueillir Jacques Lévy pour une projection en avant-première d'Urbanités.

Inspiré par le dialogue intense avec Les Villes invisibles, texte d'Italo Calvino, le film explore le concept d'urbanité à travers l'observation des villes du Monde, tout particulièrement en Chine. Se voulant une contribution au renouveau du film scientifique, ce film est aussi un manifeste pour un nouveau type de langage cinématographique.

La projection sera suivie d'un débat avec le réalisateur.

Jacques Lévy est géographe et urbaniste, professeur à l'ÉPFL (Lausanne) où il dirige le laboratoire Chôros."


Source de l'information :
Site de l'ENS de Lyon.


D'autres films de géographes :
A retrouver sur le site de Doc2Géo (avec des films sur Cotonou, le Delta du Nil, Antanarivo, Dakar, la Bolivie, Vancouver, Vera Cruz, Aréquipa, Maracaïbo, Pékin, Deng, Kawah Ijen, Karakorum, Okinawa, l'Auvergne, Naussac, le canal de Bourgogne, Paris et son agglomération, la Normandie, la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, la Slovénie, la Catalogne/Corse/Portugal/Sardaigne, l'Australie).



Du passé faisons table rase... Pékin 2003


En attendant la projection-débat du film Urbanités de Jacques Lévy, voici le fil de Gaële Lavoué, déposé sur Doc2Géo, autour des rénovations urbaines à Pékin à l'occasion de la prépartion des J.O.

Présentation sur le site de Doc2Géo :
"Une rénovation urbaine radicale. Au prétexte des jeux olympiques, une partie du vieux Pékin est rasée. Habitants, administrateurs, architectes chinois et étrangers, explicitent cette politique".



Source du film :
Gaële Lavoué, "Du passé faisons table rase... Pékin 2003", Doc2Géo, 2011.


jeudi 12 avril 2012

Le regard d'un géographe sur l'Iran : Bernard Hourcade

Après l'enregistrement d'Olivier Mongin "Condition humaine... condition urbaine ?", voici un nouvel extrait du cycle des "Lundis de l'université populaire" organisé par l'Université populaire du Havre, avec une intervention du géographe Bernard Hourcade (directeur de recherche émérite au CNRS à l'UMR "Mondes iranien et indien") sur "L'Iran : un pays de paradoxes".

Parmi les nombreuses publications de Bernard Hourcade, on ne peut que conseiller deux de ses ouvrages :
- L'Iran. Nouvelles identités d'une république, Belin, collection Asie plurielle, Paris, 2002, 223 p. (voir un compte-rendu de lecture de Marc Lohez pour Les Cafés géographiques ; une recension 
- Géopolitique de l'Iran, Armand Colin, collection Perspectives géopolitiques, Paris, 2010, 280 p.

Ce podcast est aussi l'occasion de présenter les atlas en ligne du site IranCarto, une excellente source d'informations sur ce "pays de paradoxes".



jeudi 15 mars 2012

"Geographies of Terror" (Cities and the New Wars Conference)

Pour compléter la série de billets "Afghanistan, du lieu symbolique à la symbolique des lieux" (voir 1/ "Introduction : Les lieux de pouvoir, les espaces de la contestation et la mise en scène de l'espace public", 2/ "Destruction et appropriation" et 3/ "Les lieux de la présence étrangère") et en préambule des prochains billets (4/ "Les lieux de la contestation : émeutes et attentats" et 5/ "Conclusion : L'approche spatiale de la contestation"), voici la vidéo de la session (en anglais) "Geographies of Terror" lors de la conférence Cities and the New Wars (25-26 septembre 2009, Columbia University). Après le "détour" par le billet "Penser la base militaire : approches géographiques", cette vidéo sert d'introduction au prochain billet "Les lieux de la contestation" avec les travaux des géographes anglo-saxons sur l'approche spatiale du terrorisme.

Si ce dernier est le plus souvent analysé au prisme de la science politique et des relations internationales, l'approche géographique les complète en croisant les échelles : la géographie des terrorismes ne pense pas seulement cette utilisation politique de la violence et de la stratégie du harcèlement à l'échelle mondiale, mais aussi par le choix des lieux-cibles. Le prochain billet de la série "Afghanistan, du lieu symbolique à la symbolique des lieux" reviendra donc sur la construction de lieux-cibles.


mercredi 14 mars 2012

"Cities Under Siege" (Stephen Graham)

Voici la vidéo d'une intervention (en anglais) du géographe Stephen Graham, qui a notamment écrit Cities Under Siege: The New Military Urbanism (Verso, Londres, 2010, 402 p.) et dirigé l'ouvrage Cities, War and Terrorism. Towards an Urban Geopolitics (Blackwell Publishing, 2004, 384 p.) dans lequel il signe les chapitres "Cities as Strategic Sites: Place Annihilation and Urban Geopolitics" et "Constructing Urbicide by Buldozer in the Occupied Territories". Cette conférence a eu lieu le 7 juin 2010 à la New Academic Building. Pour poursuivre cette vidéo, retrouvez également en fin de billet une sélection bibliographique sur les travaux de Stephen Graham, incontournables pour penser les liens guerre/ville au prisme de la militarisation croissante de l'urbanisme. Par son approche spatiale des conflictualités urbaines et des aménagements de l'espace public pour établir un urbanisme de contrôle, c'est avant tout une réflexion sur la ville, l'urbanité et l'habiter que propose Stephen Graham à travers ses différentes publications. Son analyse des dispositifs sécuritaires dans les villes dépasse en effet le contexte particulier de la guerre, et l'on retrouve là la tentation d'un urbanisme de contrôle qui avait déjà régi l'urbanisme dit "hygiéniste" (depuis les aménagements haussmanniens dans les villes françaises, notamment Paris et Lyon, jusqu'aux urbanismes communistes, depuis les aménagements des villes de l'ex-URSS par Staline ou l'urbanisme titiste dans les périphéries des villes ex-yougoslaves). 



samedi 11 février 2012

Le regard d'un géographe sur le Darfour : Marc Lavergne

Voici les vidéos de l'entretien accordé par le géographe Marc Lavergne (voir son blog) à l'émission Arte Reportage dans le cadre de l'émission "Quoi de neuf au Darfour ?", diffusée le 11 février 2012 (émission de Nathalie Georges, Eric Bergeron, Frédéric Grimm et Frida Dumont, Arte GEIE, 2012).


Quoi de neuf au Soudan ?
Source : Arte reportage, Arte, 2012.




Présentation de l'émission sur le site d'Arte :


"Quoi de neuf au Darfour ? Février 2003, la violence éclate au Darfour, province du Soudan. Depuis, rien n'a été réglé. Le conflit a fait plus de 300.000 morts.


Aujourd'hui, la situation est encore instable et très complexe. Omar El Béchir est recherché par la justice internationale pour génocide et crimes contre l'humanité.



Que sont devenus les 2,5 millions de déplacés ? Où en est le processus de pais ? Réponse avec Marc Lavergne, directeur de recherche au CNRS, spécialiste du Soudan".



mercredi 3 août 2011

"La vulnérabilité urbaine mondiale" (Michel Lussault)

Poursuivant son analyse de la ville vulnérable, le géographe Michel Lussault est intervenu à l'ENS-Lyon le 23 avril 2009 sur la question de "La vulnérabilité urbaine mondiale" dans la cadre d'un cycle d'entretiens sur "La mondialisation, le temps des villes". La vidéo a été publiée sur le site de Canal-U.


Cet entretien avec Gérard Wormser présente dans une première partie la géographie telle que la conçoit Michel Lussault (qui explique notamment l'impact des travaux du géographe Claude Raffestin sur son appréhension sur les images de la ville). "L'existence sociale est, de part en part, une existence spatiale. (...) La géographie est une éthique de l'espace des sociétés, de l'espace habité".

A ce propos, on retrouvera les actes de la journée d'études A quoi sert la géographie ? (voir le programme et la vidéo de la conférence conclusive de Michel Lussault : "Ce que la géographie fait au(x) monde(s) ?"), publiés dans la revue Tracés (hors-série n°10, 2010, "A quoi servent les sciences humaines (II)", dossier "A quoi sert la géographie ?" sous la direction d'Aurélie Delage et Yann Calbérac). Parmi les nombreux articles, on y retrouvera notamment celui de Paul-David Régnier (notamment auteur du Dictionnaire de géographie militaire) intitulé "Un géographe au service des conflits : plaidoyer pour une géographie hors les murs".

La seconde partie revient sur la question de la ville vulnérable. "Dans ces conditions de vulnérabilité, on croise une configuration spatiale déjà là, qui en elle-même a de l'importance, ce que j'appellerais la configuration géographique. Le World Trade Center, ce n'est pas la même chose que les plages de Thaïlande, qui ne sont pas la même chose que les favelas de Rio, qui ne sont pas la même chose que les Abruzzes récemment touchées par un tremblement de terre. (...) Le rôle du géographe par rapport à l'analyse de la vulnérabilité, c'est de se poser la question des conditions de possibilités d'un phénomène catastrophique et ensuite d'analyser comment ce phénomène catastrophique modifie la configuration matérielle, l'organisation sociale, l'organisation politique".


Présentation de l'émission sur le site de Canal-U :
"Quoi que nous fassions, notre horizon urbain est celui de la vulnérabilité. Celle-ci n'est pas un dysfonctionnement, mais le régime normal du système urbain. Agir dans un monde incertain (Lascoumes), appréhender les catastrophes (Dupuy), c'est accepter de rompre avec l'idée d'arraisonnement et de maîtrise du monde comme totalité. Loin d'opposer une prise de contrôle à ce qui serait du désordre, il s'agit d'observer les régulations spontanément à l'œuvre : des événements locaux mettent parfois leurs interactions en échec, rendant perceptible leur limitation. Les sociétés urbaines ne sont pas contrôlées car elles ne sont pas contrôlables. Il s'agit d'intégrer la vulnérabilité afin de repenser les processus de régulation des sociétés urbaines."


Source : Canal-U.







Petite bibliographie/sitographie sélective propos de la "ville vulnérable" dans les travaux de Michel Lussault :
  • "La guérilla urbaine", Cafés géographiques, compte-rendu du café géographique du 3 octobre 2008, Festival international de géographie, Saint-Dié-des-Vosges.
  • "L'assurance de la catastrophe", La GéoGraphie, numéro spécial "Guerres et conflits. La planète en danger", n°4 (n°1531), automne 2008, pp. 18-23.
  • "La ville vulnérable : guerre, guérilla et catastrophes", Planète Terre, émission de radio animée par Sylvain Kahn, France Culture, 8 octobre 2008 (voir le contenu de cette émission)
  • L'Homme spatial. La construction sociale de l'espace humain, Le Seuil, 2007, 366 p. (voir le compte-rendu de lecture de Gilles Fumey pour les Cafés géographiques).


A propos des travaux de Claude Raffestin :


lundi 13 juin 2011

Le Sud-Soudan vu par les géographes


La partition du Soudan en deux Etats suite au référendum d'auto-détermination du Sud-Soudan ne se fait pas sans heurts. Si le référendum a donné, selon les résultats officiels, 98,83 % de "oui" à l'indépendance, ces derniers jours ont été marqués par des combats à la nouvelle frontière entre Soudan et Sud-Soudan. Ce référendum était programmé dans le cadre du règlement du conflit entre le Nord-Soudan et le Sud-Soudan qui oppose ces régions depuis une trentaine d'années. Le Sud-Soudan a ainsi été ravagé par une guerre civile de 1983 à 2004 (on estime à 1,5 million le nombre de morts et à 4 millions le nombre de déplacés/réfugiés de guerre). Parallèlement, un autre conflit se déclare, dès 2003, dans la région du Darfour, à l'Est du Soudan (à ce propos, on se reportera notamment à l'article de Marc Lavergne pour Géoconfluences : "Darfour : impacts ethniques et territoriaux d'une guerre civile en Afrique").
Le Sud-Soudan
Source : Le Figaro, publié dans "L'indépendance annoncée du Sud-Soudan",
blog Les efflorescences, 22 février 2011.


La fragmentation politique (voir l'article de Stéphane Rosière : "La fragmentation de l'espace étatique mondial. Réflexions sur l’augmentation du nombre des États" et l'éditorial d'Amaël Cattaruzza : "Fragmentation : cloisonnement et/ou recomposition de l’espace politique ?" pour la revue L'espace politique, n°11, 2010) est un sujet qui préoccupe tout particulièrement les géographes, dans la mesure où elle n'a pas des incidences qu'à l'échelle des Etats, mais qu'elle perturbe également les espaces de vie, comme le montre l'exemple des Soudans.

Conflits au Soudan
Source : Atlas 2010 du Monde diplomatique, publié dans Sylvain Kahn, "Le Soudan :
les géographes et les frontières", Globe, 8 juin 2011.

 Sylvain Kahn a consacré son émission Planète Terre de ce mercredi 8 juin 2011 au "Soudan : quelle géographie après le référendum d'autodétermination du sud ?" avec pour invités la politiste Maria Gabrielsen et le géographe Marc Lavergne (l'émission est disponible en podcast et à la ré-écoute sur le site de France Culture). Sylvain Kahn propose, par ailleurs, une bibliographie très intéressante et très complète autour de la question "Soudan : les géographes et les frontières" dans le blog de l'émission, Globe (la bibliographie/sitographie est d'autant plus intéressante qu'elle est construite autour de 3 axes : I/ Confrontations des imaginaires spatiaux et chocs des représentations géographiques ; II/ Soudan indépendant : comprendre les  frontières de l’intérieur ; III/ 2011, quelles frontières au Soudan après le référendum d’autodétermination ?). Ce billet nous fait, par exemple, découvrir une très intéressante cartographie interactive du Soudan (groupes ethniques, mortalité infantile, eau et installations sanitaires, éducation, insécurité alimentaire, champs pétroliers) qui permet de rappeler que le pétrole n'est pas le seul enjeu crisogène du Soudan, loin de là.
 
Les groupes ethniques au Soudan
Source : site de la BBC, janvier 2011.

Ne pas surévaluer l'impact des enjeux pétroliers, c'est ce qu'explique également Marc Lavergne, invité d'Arte Reportage le 8 janvier 2011 dans le cadre de l'émission consacrée au référendum d'auto-détermination du Sud-Soudan : "Sud-Soudan : la naissance d'une nation". On retrouvera également un autre extrait de cette émission : l'entretien avec Gérard Prunier, historien spécialiste de la Corne de l'Afrique ; ainsi que le compte-rendu du café géopolitique du 6 décembre 2010 avec ces deux spécialistes : "Soudan, vers la partition ?". Voir, enfin, le blog de Marc Lavergne, dans lequel on retrouvera certains de ses articles parus sur la question de la partition du Soudan.

"Sud-Soudan : interview de Marc Lavergne"
dans "Sud-Soudan : naissance d'une nation", Arte Reportage, 8 janvier 2011, Arte.


On l'a dit, les questions qui sont en jeu ne sont pas seulement de l'ordre des ressources pétrolières, bien loin de là. Par exemple, la capitale du Soudan, Khartoum, s'est trouvée transformée par l'afflux des déplacés de guerre (depuis le Sud-Soudan dès les années 1980 et le Darfour dans les années 2000). Pour les déplacés Sud-Soudanais, se pose aujourd'hui la questin épineuse du retour, pour certains 30 ans après leur déplacement. Leur statut a changé : ils étaient déplacés à l'intérieur de leur pays, et son devenus, avec l'indépendance, des réfugiés (hors des frontières du pays - le Sud-Soudan - dont ils sont ressortissants). Ce problème est d'autant plus prégnant dans le cas des enfants de ces déplacés de guerre, nés à Khartoum, qui, pour beaucoup, n'ont jamais vu le Sud-Soudan, et qui doivent aujourd'hui effectuer un "retour" vers non seulement un nouvel Etat, mais aussi un espace de vie qui leur est inconnu. Les capacités de la nouvelle capitale du Sud-Soudan, Djouba (orthographiée "Juba" dans sa forme anglicisée), ainsi que les actuelles transformations de la ville de Khartoum du fait de l'éventuel départ d'une part importante de la population vers le Sud-Soudan (qui provoquent autant de jeux fonciers que de problèmes d'ordre politique, et ce dans les deux villes-capitales) sont autant d'enjeux qui émergent avec l'apparition de cette nouvelle frontière. Voir, à ce propos, le compte-rendu de l'intervention de la géographe Alice Franck aux 10èmes journées Géo'rizon (consacrées à "l'Afrique de l'Est") sur "Les paradoxes de la capitale soudanaise : Khartoum, miroir des crises et coeur du développement du pays" (ce compte-rendu sera très prochainement publié sur le site des journées Géo'rizon et sur le site des Cafés géographiques).

Autre point que l'on peut souligner : la dimension environnementale de ces conflits. En effet, la géographe Yveline Déverin publie sur son site Geo-phile.net un article paru dans Le Monde datant de 2007 sur "La dégradation de l'environnement, entrave à la paix au Soudan, prévient l'ONU". Il ne faut pas oublier combien la question de l'eau est prégnante dans cette région, surtout dans un contexte où les ressources en eau sont monopolisées par le pays situé en aval des ressources - l'Egypte - qui ne joue pas de sa position, mais bien de sa puissance dans l'aire régionale. Or, ces ressources hydriques transfrontalières font l'objet de nombreux enjeux diplomatiques et politiques, souvent oubliés au détriment de la question pétrolière : un nouvel accord pour le partage des eaux du Nil est pourtant en train de modifier le rapport de force entre l'Egypte (le contexte des printemps arabes qui touche également l'Egypte modifiera peut-être la place de l'Egypte non seulement dans le Machrek, mais aussi dans l'Afrique de l'Est : pour retrouver des articles sur la question, voir le billet "Le printemps arabe vu par les géographes" - y compris le commentaire du géographe Eric Verdeil qui a gentiment complété cette biliographie/sitographie) : c'est le propos de l'article de la géographe Emilie Lavie : "Coup de théâtre dans le bassin du Nil" (Cafés géographiques, rubrique "Vox geographi", 25 mai 2011). Enjeux régionaux, les ressources hydriques sont également un enjeu à l'intérieur du Soudan, et le découpage politique peut remettre en cause ce partage des eaux : le PNUD (programme des Nations unies pour le développement) note combien "au Soudan, l'accès à l'eau favorise le développement et réduit les tensions".

Soudan : eau et installations sanitaires
Source : site de la BBC, janvier 2011.
Voir également "La question de l'eau au Soudan" sur le site du CTRDV.

Les tensions actuelles sur les frontières produisent des déplacements massifs. Les combats à la nouvelle frontière opposent l'armée du Sud-Soudan et une milice rebelle dans l'Etat du Haut Nil (voir un article du Monde). La ville d'Abyei, qui était déjà au coeur de la zone de combats dans le conflit interne qui opposait le Nord et le Sud du Soudan (jusqu'à l'accord de paix de 2005), se retrouve de nouveau en plein dans la violence. Le 7 juin 2011, on estimait à 100.000 habitants le nombre de déplacés/réfugiés ayant fui cette ville (dont 50.000 enfants selon l'UNICEF), qui se retrouve à la frontière entre le Soudan et le Sud-Soudan (voir un reportage de France 24). Ce lundi 13 juin, les deux Etats - le Soudan et le Sud-Soudan - ont annoncé "s'entendre pour démilitariser la région d'Abyei". Néanmoins, ces tensions entre acteurs politiques officiels et acteurs officieux (tels que des milices) ont provoqué des déplacements massifs, qui vont déstabiliser la région. 

 
==> Ainsi, la fragmentation politique ne peut être vue seulement au regard des enjeux politiques, et la géographie sociale permet d'éclairer d'autres enjeux, parfois oubliés, parfois à distance du tracé de la nouvelle frontière. Procéder à des changements d'échelles est également nécessaire pour comprendre l'entremêlement de ces enjeux. 



lundi 6 juin 2011

Le regard d'un géographe sur les Balkans : Michel Roux


En vue de la préparation de la journée d'études "Géographie des Balkans" en hommage au géographe Michel Roux, voici une petite bibliographie - non exhaustive et quelque peu subjective (il s'agit d'un focus sur les travaux qui ont particulièrement marqué le travail de recherche depuis le mémoire de maîtrise jusqu'à la thèse en cours) - sur les travaux de ce géographe, spécialiste des Balkans (tout particulièrement du Kosovo), de la question du peuple albanais en ex-Yougoslavie et de celle des "nettoyages ethniques".

Les ouvrages et les articles de revues sont proposés par ordre chronologique : bien évidemment, certains travaux ne peuvent prendre en compte les profondes transformations frontalières et politiques de ces dernières années, mais ils apportent une nécessaire profondeur historique. De plus, Michel Roux, par sa parfaite connaissance du terrain, a été l'un des observateurs privilégiés de ces changements politiques, et de leurs conséquences sociales et spatiales : on remarque, par exemple, avec quelle précision Michel Roux a analysé les "nettoyages ethniques" dès le déclenchement de la guerre en Bosnie-Herzégovine, ou comment il s'est fait l'analyste des tensions du Kosovo dès la mort de Tito et les émeutes de 1981 (véritable déclencheur des tensions des années 1980 et des guerres des années 1990, qui n'a pourtant pas attiré l'attention des médias et reste particulièrement méconnu).

Les résumés proposés sont ceux de l'auteur ou de ses éditeurs (4ème de couverture pour les ouvrages ; introductions ou résumés pour les articles). Ces travaux peuvent intéresser autant les personnes désireuses de comprendre la complexité balkanique que celles qui cherchent à approfondir la géographie des conflits.


Michel Roux, 1992, Les Albanais en Yougoslavie. Minorité nationale, territoire et développement, Editions de la Maison des Sciences de l'Homme, Paris, 546 p.
4ème de couverture : "Les Albanais sont environ 2,2 millions dans l'espace yougoslave. Ils y peuplent essentiellement la province du Kosovo, en Serbie, et la Macédoine occidentale, régions contiguës à l'Albanie. Cette minorité nationale a été réunie à l'Etat yougoslave contre son gré : défi à l'intégration. C'est le groupe le plus prolifique, concentré dans les régions les plus attardées : défi au développement. En 1981, les Albanais demandent que le Kosovo devienne la septième république yougoslave. Belgrade refuse et réprime : conflit politique. Cependant les Serbes du Kosovo, se plaignant de pressions albanaises, quittent la province, où les Albanais sont en passe de rester seuls : conflit interethnique.
Au début des années 1990, la décomposition de la fédération yougoslave modifie les perspectives politiques des Albanais. Ceux du Kosovo sont désormais tentés par l'indépendance ou le rattachement à l'Albanie. Mais les Serbes ne sont pas disposés à abandonner un territoire auquel, pour des raisons historiques, ils sont passionnément attachés, comme les Albanais eux-mêmes : situation explosive.
Les régimes communistes d'URSS et d'Europe de l'Est avaient fait de la résolution des problèmes de nationalités, comme des problèmes de développement inégal, deux de leurs priorités. Au moment où ils disparaissent, le cas de la minorité albanaise de Yougoslavie est exemplaire de la façon dont de vieux conflits nationaux, un moment occultés à défaut d'avoir été résolus, resurgissent et hypothèsent l'avenir. Cet ouvrage fait le bilan d'une tentative d'intégration nationale et de développement régional, de son échec, de son rôle dans la genèse de la Yougoslavie titiste."


Michel Roux, 1992, "A propos de la "purification ethnique" en Bosnie-Herzégovine", Hérodote (dossier "La question serbe"), n°67, n°1992/4, pp. 49-60.
Introduction : "A la fin de l'hiver 1991, alors que l'intensité des combats faiblissait en Croatie et que les Nations unies décidaient d'y déployer des "casques bleus", les risques dextension du conflit à la Bosnie-Herzégovine devenaient de plus en plus manifestes. Incapables de s'entendre sur l'avenir politique de celle-ci, les dirigeants des trois peuples qui y cohabitent préparaient activement la guerre. Si les Musulmans (41 % de la population totale) et les Croates (17 %) étaient majoritairement partisans pour l'indépendance, les Serbes (31 %) tenaient à demeurer en Yougoslavie, en vertu de l'idée qu'un peuple a le droit de vivre dans un même Etat. Au Parlement de Sarajevo, fidèle reproduction de la composition nationale de la population depuis les élections pluralistes de novembre 1990, les représentants des deux premiers peuples avaient voté l'indépendance contre l'avis de ceux du troisième (octobre 1991). Confirmée par un référendum (29 février-1er mars 1992), cette indépendance fut reconnue par la CEE le 6 avril, par les Etats-Unis le lendemain.
Les dirigeants serbes locaux ripostèrent aussitôt en proclamant l'indépendance de la République serbe de Bosnie-Herzégovine, formée des régions autonomes autoproclamées qu'ils contrôlaient déjà. Les unités de l'armée fédérale yougoslave casernées sur ces territoires ou repliées de Croatie étant acquises à leur cause, ils mirent à profit la supériorité militaire qu'ils en retiraient pour lancer, à partir d'avril, une série d'offensives destinées à relier leurs enclaves entre elles et à la Serbie et, au-delà, à acquérir le plus possible de territoires. Quelques mois après, ils contrôlaient les deux tiers environ de la Bosnie-Herzégovine, dont plus d'un million d'habitants, musulmans dans leur grande majorité, étaient devenus des réfugiés, soit dans leur république d'origine, soit dans d'autres parties de l'ex-Yougoslavie, soit dans le reste du monde. Peu à peu, il s'est révélé que ces réfugiés n'avaient pas tous été chassés par les combats. Un grand nombre avaient été expulsés par les vainqueurs, parfois après avoir été regroupés et triés dans des camps de détention. Durant l'été, les termes de purification, épuration ou nettoyage ethnique sont apparus dans les médias du monde entier. Je voudrais réfléchir ici sur la réalité et la portée de la doctrine et des pratiques qui désigne cette expression dans le contexte yougoslave".


Michel Roux, 1999, Le Kosovo : dix clés pour comprendre, La Découverte, collection Sur le Vif, Paris, 128 p.
4ème de couverture par l'éditeur : "Alors que la crise couvait depuis vingt ans, l'éclatement de la guerre du Kosovo au printemps 1999 a surpris l'opinion internationale. Par l'importance de la mobilisation des forces de l'OTAN, par l'ampleur du programme d' "épuration ethnique" mis en oeuvre par les Serbes contre les Albanais de la province, par sa durée même, cette guerre marque un tournant majeur dans l'histoire des relations internationales. Mais si certains aspects de ce "conflit local mondialisé" ont donné lieu à des prises de position passionnées et contradictoires, bien d'autres sont restés occultés ou ont fait l'objet de nombreuses manipulations de l'information.
D'où l'utilité de cet essai, rédigé par l'un des meilleurs spécialistes français de la Yougoslavie et du Kosovo, qui répond avec clareté et concision aux questions le plus souvent posées : Qu'est-ce que le Kosovo, et qui sont ses habitants ? Pourquoi les Serbes considèrent-ils le Kosovo comme le berceau de leur nation ? Quele relation y a-t-il entre la décomposition de l'ex-Yougoslavie et la guerre du Kosovo ? Les nationalistes albanais ont-ils le projet de constituer une "Grande Albanie" ? Pourquoi et comment les puissances occidentales et la Russie se sont-elles impliquées dans ce conflit ? Pourquoi l'OTAN a-t-il choisi la "guerre aérienne" ? Quel est le bilan de l'"épuratio ethnique" réalisée par les forces serbes pendant la durée de la guerre ? Pourquoi l'opposition serbe à Milosevic a-t-elle été si discrète ? Quels scénarios peut-on envisager pour l'avenir du Kosovo, de la Serbie et de la Yougoslavie ? Quelles seront les conséquences de la guerre pour la France, pour les pays de l'Union européenne et pour le monde ?
Complété par des cartes et une bibliographie commentée, des adresses de sites Internet, cet ouvrage apporte des éclairages indispensables pour comprendre les racines de la guerre, les leçons de son déroulement et les perspectives de l'après-guerre".


Michel Roux, 2003, "Controverses sur les frontières du Kosovo", Balkanologie, vol. VII, n°2, décembre 2003, pp. 183-197.
"Le Kosovo, entité politique créée par le pouvoir communiste yougoslave pour gérer une population composite à majorité albanaise, est devenu la source et le théâtre de difficultés majeures avant, pendant et après la décomposition de l'ex-Yougoslavie. Le présent texte examine les aspects territoriaux d'une remise en cause multiforme du Kosovo portant sur son statut, ses limites, ses subdivisions et son existence même. Il s'achève sur une réflexion prospective".


Michel Roux, 2005, "Le Kosovo en voie d'homogénéisation : quelle est la part du «nettoyage ethnique» ?", Revue géographique de l'Est, tome XLV, n°1, mars 2005, pp. 23-33.
"Bien que depuis 1912 le Kosovo soit resté dans le cadre de la Serbie et du Monténégro, puis des Yougoslavie successives (sauf de 1941 à 1945) et sous le contrôle effectif de leurs gouvernements (sauf de 1915 à 1918 et depuis 1999), Serbes et Monténégrins ont vu leur part dans sa population diminuer jusqu’à ne plus en constituer que 5 % tandis que la majorité albanaise dépasse les 90 %. Cela s’explique par un ensemble de causes se combinant différemment selon les périodes : différences d’accroissement naturel, migrations spontanées, modifications coercitives du peuplement, implantation de colons. Déterminer la part réelle du « nettoyage ethnique » dans cette évolution implique de décrypter deux discours nationalistes antagonistes qui tendent à l’ériger en explication centrale de tous ces processus".


Localisation des minorités au Kosovo
Michel Roux, "Le Kosovo en voie d'homogénéisation : quelle est la part du «nettoyage ethnique» ?",
Revue géographique de l'Est, tome XLV, n°1, mars 2005, pp. 23-33


Michel Roux, 2006, "La géographie de la population et le nettoyage ethnique en ex-Yougoslavie", Bulletin de l'Association de Géographes Français (BAFG), vol. 83, n°4, n°2006/4, pp. 399-408.
"Cet article propose une typologie du nettoyage ethnique, souligne la difficulté d'en cerner tous les aspects, puis envisage son impact sur le peuplement des territoires concernés : nombre d'habitants, composition ethnique, natalité, mortalité, structure par âges, répartition entre villes et campagnes, perspectives migratoires. Les exemples sont pris en Croatie, en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo".

A noter également que Michel Roux a coordonné avec Stéphane Rosière l'ensemble du dossier de ce numéro du BAGF consacré au "Nettoyage ethnique".



A lire également :
  • Michel Roux, 1982, "Le Kosovo : développement régional et intégration nationale en Yougoslavie", Hérodote (dossier "D'autres géopolitiques"), n°25, pp. 10-48.
  • Michel Roux, 1990, "La question nationale en Yougoslavie : bref essai de géopolitique interne", Hérodote (dossier "A l’Est et au Sud. De la crise du Golfe à la fin d’un empire"), n°58/59, pp. 311-328.
  • Michel Roux, 1991, "Guerre civile et enjeux territoriaux en Yougoslavie", Hérodote (dossier "Balkans et balkanisation"), n°63, n°1991/4, pp. 14-40.
  • Michel Roux, 1991, "Etat et territoire en Yougoslavie", dans Hervé Théry, 1991, L'état et les stratégies du territoire, Editions du CNRS, collection mémoires et documents de géographie, Paris, pp. 63-77.
  • Michel Roux, 1992, "La décomposition de la Yougoslavie : la Serbie et le «front Sud»", Politique étrangère, vol. 57, n°2, pp. 280-292.
  • Michel Roux, 1992, "Albanie, septembre 1992. Impressions de voyage et interrogations", Hérodote (dossier "La question serbe"), n°67, n°1992/4, pp. 171-178.
  • Michel Roux, 1995, "La population de la Yougoslavie en 1991. Inventaire avant le chaos", Méditerranée, vol. 81, n°1, pp. 35-46.
  • Michel Roux, 1996, "Le calme trompeur du Kosovo", dans Jacques Rupnik (dir.), 1996, Les Balkans.Paysage après la bataille, Editions Complexe, coll. Espace international, pp. 107-121.
  • Michel Roux, 1997, "Frontières, territoires et échanges dans les Balkans dans la perspective de l'intégration européenne", Territoires en mutation, n°2.
  • Michel Roux, 1997, "Serbes et Albanais au Kosovo", Slavica Occitania, n° 3, pp. 87-106.
  • Olivier Deslondes, Gilles de Rapper et Michel Roux, 1998, "Les Albanais hors d'Albanie", Hérodote (dossier "Méditerranée. Nations en conflits"), n°90, n°1998/3, pp. 20-45.
  • Michel Roux, 2000, "Enjeux démographiques au Kosovo", Les Annales de l’autre Islam (dossier "Kosovo, six siècles de mémoires croisées) n° 7, pp. 121-144.
  • Michel Roux et Frédéric Durand, 2000, "Kosovo, Timor oriental : des "protectorats" internationaux ?", Les Cafés géographiques, compte-rendu par Gabriel Weissberg, 8 mars 2000.
  • Michel Roux, Gilles de Rapper et Olivier Deslondes, 2000, "Dimanche à Miras, lundi à Dipotamia. La frontière albano-grecque dans la région de Bilisht et de Kastoria", Cahiers d'Etudes sur la Méditerranée Orientale et le monde Turco-Iranien (CEMOTI) (dossier "L'Albanie, dix ans après"), n°29, pp. 199-222.
  • Michel Roux, 2001, "Où en est-on dans les Balkans ?", Hérodote (dossier "Géopolitique de la Méditerranée"), n°103, n°2001/4, pp.  92-101.
  • Olivier Deslondes, Gilles De Rapper et Michel Roux, 2001, La question nationale albanaise dans les Balkans après le conflit de 1998-1999 au Kosovo, rapport, Délégation aux affaires stratégiques (DAS).
  • Michel Roux (dir.), Nations, Etat et territoire en Europe de l'Est et en URSS, L'Harmattan, coll. Pays de l'Est, Paris, 294 p.
  • Michel Roux, 2003, "La guerre est-elle finie dans les Balkans ?", Historiens et Géographes (dossier "La transition post-communiste dans les pays d'Europe centrale et orientale (II)"), mars 2003, n°382, pp. 276-300.
  • Michel Roux, 2004, "Bosnie-Herzégovine 2003-2004. L'Union européenne, horizon lointain", Le Courrier des Pays de l'Est, n°1044, n°2004/4, pp. 20-35.
  • Michel Roux, 2004, "Avec ou sans les Balkans ?", Outre-Terre (dossier "L'élargissement vu d'ailleurs"), n°7, n°2004/2, pp. 119-132.
  • Michel Roux, 2004, "Le pont de Ljubljana", Outre-Terre (dossier "Nouvelle Europe ?"), n°7, n°2004/2, pp. pp. 209-221.
  • Michel Roux, 2005, "Le concept de minorité à l'épreuve des Balkans", Slavica Occitania, n°20.
  • Michel Roux, 2005, "Bosnie-Herzégovine 2004-2005. Une vie chaotique", Le Courrier des Pays de l'Est, n°1050, n°2005/4, pp. 18-33.
  • Agnès Casero et Michel Roux, 2005, "Srebrenica dix ans après : un génocide ?", Les Cafés géographiques, compte-rendu par Marie-Rose Gonne-Daudé, 9 février 2005.
  • Michel Roux, 2007, "La question albanaise", Questions internationales (dossier "Les Balkans et l'Europe"), n°23, janvier/février 2007, pp. 40-43.
  • Michel Roux, 2008, "Kosovo. Les étranges élections de décembre 1992", Le Courrier des Pays de l'Est, n°1067, n°2008/3, pp. 93-97.


A (re)découvrir :

"A qui profite la guerre en Macédoine ?", L'autre Europe, RFI, 1er avril 2001, avec pour invités Ismaïl Kadaré et Michel Roux.


Des cartes réalisées par Philippe Rekacewicz (auteur de l'excellent blog Visions cartographiques) à partir des travaux de Michel Roux pour illustrer et éclairer les enjeux des guerres de décomposition de la Yougoslavie : Philippe Rekacewicz, "L’évolution territoriale de la Yougoslavie entre 1815 et 1999. Deux siècles de décomposition/recomposition", Le Monde diplomatique, juin 2000.


jeudi 19 mai 2011

Nouveaux regards cartographiques sur la mondialisation : retour sur une journée d'études


Annoncée sur ce blog, la journée d'études "Nouveaux regards cartographiques sur la mondialisation" du 18 mai 2011, organisée par Géoconfluences et l'Institut français de l'Education s'est avérée riche en enseignements et en pistes de réflexion. Les vidéos de cette journée d'études seront prochainement mises en ligne sur le site de Géoconfluences, avec les power-point des présentations. Ce billet ne se veut pas un compte-rendu de cette journée d'études, mais propose des liens pour approfondir les idées-clés qui ont été énoncées par les différents intervenants et par les deux animateurs des tables-rondes (voir le programme de la journée d'études).



Quelles représentations de la mondialisation dans les cartes ?


Manuels scolaires et atlas grand public
Sylvain Genevois a présenté l'évolution de l'utilisation des cartes de la mondialisation dans les manuels scolaires. C'est d'abord une évolution de la mondialisation comme objet de l'enseignement qu'il faut interroger : il nous a ainsi montré des cartes extraites de manuels depuis les années 1980. Dans les années 1980, le monde était représenté selon l'ordre bipolaire qui prévalait sur la géopolitique de l'époque. Bien évidemment, la situation géopolitique mondiale a beaucoup évolué. Dès les années 1990, d'autres représentations cartographiques se sont insérées dans les manuels scolaires (voir, par exemple, Jacky Fontanabona, 1993, "La construction du concept de "système-monde" en classes de terminales A, B, C, D", Mappemonde, n°3/1993, pp. 10-11), et la place de la question de la mondialisation s'est faite progressivement plus prégnante. Désormais, elle fait partie intégrante de l'enseignement, en tant que chapitre à part entière. La carte dans les manuels scolaires doit être lisible et compréhensible pour les élèves. On constate que les cartes représentant les processus et les bénéfices/désavantages de la mondialisation ont longtemps été très majoritairement des planisphères. Mais Sylvain Genevois nous a montré une évolution notable de la cartographie dans les manuels scolaires concernant ces questions : la variation des échelles est désormais plus présente. L'ensemble des intervenants de la journée d'études a d'ailleurs bien insisté sur ce point : ce n'est pas parce qu'il s'agit de mondialisation que seul le planisphère peut permettre une représentation de ces phénomènes.


Les échelles de la mondialisation
C'est d'ailleurs l'un des points forts de l'intervention du géographe Frank Tétart (rédacteur en chef du magazine Carto) : il a montré combien l'analyse de la mondialisation devait être nécessairement multiscalaire, afin de ne pas montrer une vision de la mondialisation trop tronquée. En prenant la carte des "exclus de la mondialisation" à l'échelle mondiale (carte de "La typologie des Etats dans la mondialisation en 2004" publiée dans la Documentation photographique n°8037 : "La mondialisation en débat" de Laurent Carroué), Frank Tétart montre que cette échelle est nécessaire mais non suffisante pour rendre compte de la mondialisation. Cette échelle ne rend pas compte de l'intégration à la mondialisation économique de petits territoires à l'intérieur des Etats "exclus de la mondialisation" (représentés en jaune sur cette carte) : par exemple, c'est le cas des espaces productifs en énergies dans le Golfe de Guinée. Frank Tétart nous a donné également l'exemple de la Chine : à l'échelle de l'Etat, on voit apparaître de profondes disparités entre une Chine littorale intégrée à la mondialisation et une Chine "profonde" délaissée par ces processus. Mais, il faut encore pousser l'analyse : il nous a ainsi montré qu'il ne fallait pas se contenter de cette échelle, en se penchant par exemple sur le cas du Xinjiang : une région qui ne fait pas partie de la Chine littorale, mais qui est pourtant bien intégrée à la mondialisation par les flux de ressources énergétiques générées par son potentiel. Si cette région est plus connue pour les revendications territoriales de ses habitants et la politique de sinisation imposée par le pouvoir (voir, par exemple, Guillemette Pincent, 2009, "Les empreintes spatiales de la sinisation dans les petites et moyennes villes du Xinjiang", Géocarrefour, vol. 84, n°1-2, pp. 105-112), il ne faut pas oublier que les répressions qui sont exercées par le pouvoir chinois dans cette région découlent directement d'une volonté de contrôle social de ce territoire pour sa richesse en ressources, et pour son intégration dans la mondialisation (voir Alain Cariou, 2009, "Le nouveau Xinjiang : intégration et recompositions territoriales d'une  périphérie chinoise", Echogéo, n°9, juin/août 2009). Les différents exemples donnés par Frank Tétart rappelle bien la nécessité de penser et d'enseigner la mondialisation par le prisme d'une analyse multiscalaire.

Au final, chaque représentation cartographique est tronquée, et ne montre qu'une échelle de la mondialisation. Ces "nouveaux regards cartographiques sur la mondialisation" insistent sur la pertinence, et même la nécessité, de prendre en compte des échelles diversifiées. Les lieux de la mondialisation doivent être cartographiés au même titre que les processus à l'échelle mondiale. La mondialisation et le Monde ne sont pas synonymes : les cartes du Monde ne montrent donc pas forcément la mondialisation.

La typologie des Etats dans la mondialisation en 2004
Source : Laurent Carroué, "La mondialisation en débats", Documentation photographique, n°8037, p. 63.


Les cartes de la mondialisation : une représentation subjective
Bien évidemment, tous les intervenants ont insisté sur l'idée d'une subjectivité assumée de la carte : elle est toujours une représentation construite par son auteur ou celui qui la commande. La géographe Delphine Papin (journaliste-cartographe au Monde) a d'ailleurs montré les difficultés de réalisation de cartes dans des contraintes de temps qui sont imposés par les rythmes éditoriaux. Dans un quotidien, les journalistes-cartographes n'ont que 6h chaque jour pour produire leurs cartes. Le temps de trouver les données correspondantes, de réfléchir à la sémiologie graphique, de penser aux attentes du public destinataire de ces cartes est donc des plus restreints ! Même dans le travail effectué pour la série des atlas co-édités par La Vie/Le Monde (voir une note de lecture de l'Atlas des mondialisations pour les Cafés géographiques), destinés volontairement à un public très large, le temps de conception des cartes (environ 200 cartes par atlas) est très restreint (seulement 2 mois pour penser les cartes, trouver les données correspondantes, les faire valider par les journalistes/chercheurs qui rédigent les articles, et les concevoir). Delphine Papin est revenue sur les choix effectués sur certaines cartes dans ces atlas (elle a conçu l'ensemble des cartes des deux derniers hors-série de cette collection : l'Atlas des civilisations et l'Atlas des mondialisations). C'est également un des points de l'intervention de Pascal Orcier (géographe et cartographe) qui a réalisé toutes les cartes du dernier ouvrage du géographe Michel Foucher : La bataille des cartes. Analyse critique des visions du monde (voir une note de lecture de Gilles Fumey pour les Cafés géographiques). Plusieurs questions ont été soulevés par les différents intervenants : la carte se lit-elle seule ? Est-elle un "accompagnement" au texte, un "complément", un "texte" en elle-même ? Le géographe Laurent Carroué (professeur des Universités, inspecteur général et spécialiste de la géographie de la mondialisation : voir notamment son ouvrage ) a énoncé des questionnements majeurs sur la cartographie, qui doivent être posés non seulement par ceux qui conçoivent les cartes, mais aussi par ceux qui les enseignent, par ceux qui les perçoivent et qui les décryptent : jusqu'où peut-on aller dans la représentation de la complexité, en restant lisible, sans tomber dans la bande dessinée ?


La carte, un outil de l'enseignement : de quel enseignement parle-t-on ?
La carte est un outil de l'enseignement. Mais elle peut aussi devenir un outil de propagande via l'éducation. C'est ainsi que le géographe Michel Sivignon a analysé, dans son ouvrage Les Balkans, une géopolitique de la violence (voir une note de lecture pour les Cafés géographiques), des cartes extraites de manuels scolaires de Bosnie-Herzégovine (voir également le compte-rendu du café géographique "Le péché cartographique : le cas des Balkans" avec Michel Sivignon). Deux manuels scolaires ont été utilisés : l'un diffusé dans les écoles de la Fédération croato-bosniaque ; l'autre dans les écoles de la Republika Srpska ou de Serbie (voir une mise en contextualisation de la question de la partition de la Bosnie-Herzégovine en deux entités politiques depuis les Accords de paix de Dayton qui ont mis fin à la guerre le 14 décembre 1995). De part et d'autre de la Ligne-Frontière inter-entités (IEBL), les cartes utilisées dans ces manuels donnent à voir et à penser aux élèves des visions de leur pays très différentes : "Les atlas nationaux et plus encore les atlas à usage scolaire restent aujourd'hui des instruments de propagande. Rien de plus révélateur que la comparaison entre un atlas scolaire de Bosnie-Herzégovine et un atlas scolaire de Serbie et, en Bosnie-Herzégovine, entre les atlas scolaires bosniaques, serbes et croates. Dans le premier, toutes les cartes thématiques sont muettes sur la division du pays en deux entités. On voit cependant apparaître comme à regret un cartouche qui fournit la limite entre la Republika Srpska et la Fédération Bosno-Croate et la division entre cantons de cette dernière, sans fournir aucun renseignement sur la Republika Srpska. Inversement, dans l'atlas scolaire de Serbie, plusieurs cartes sont consacrées à la description de la Bosnie-Herzégovine. Elles se limitent à la Republika Srpska et la Fédération Bosno-croate apparaît en blanc, telle une terra icognita" (voir les cartes de Michel Sivignon : Les Balkans, une géopolitique de la violence, Belin, coll. Mappemonde, 2009, pp. 139-140 ; voir également le billet "La paix par l'éducation ? De la carte au discours" ; plus spécifiquement sur le cas des Balkans, voir le dossier du Courrier des Balkans "Education : des manuels scolaires qui sèment la haine ?").

Mais le cas des Balkans est loin d'être une exception, comme le montre par exemple la décision, très controversée, du Ministre de l'Education d'Israël en 2006 de donner aux cartes les frontières de 1967 (voir un article publié par L'Orient Le Jour présentant les enjeux de cette polémique ; pour comprendre la question frontalière en Israël/Palestine, on se reportera notamment au site du géographe Fabien Guillot : "Palestiniens et Israéliens : à la recherche de la paix" ; et l'article de David Newman, "La frontière Israël-Palestine. Changements et continuité", Outre-terre, n°9, n°2004/4, pp. 131-144 ; et celui d'Alain Dieckhoff, "Quelles frontières pour l'Etat d'Israël ?", Ceriscope, 2011).

Laurent Carroué a rappelé combien la production cartographique est toujours liée à la situation politique et géopolitique. Et a posé une question majeure sur la cartographie de la mondialisation, et même sur la cartographie en général : comment faire aujourd'hui une carte à la fois comme outil et comme objet ? Un outil de diffusion de l'information, d'enseignement, d'explication, etc. Un objet de réflexion, parce que quelque soit la carte, elle est toujours liée à un contexte éditorial (des choix faits en fonction du public visé, du temps dont dispose le cartographe, des données disponibles et de leur fiabilité, de contraintes techniques ou financières...), et à un contexte politique et géopolitique (est-on toujours libre de cartographier ce que l'on veut ? est-on toujours libre d'utiliser les cartes que l'on veut en classe ?).

Le cas des Balkans est particulièrement éloquent : actuellement, des recensements ont lieu dans de nombreux pays issus de la décomposition de la Yougoslavie (voir, à ce propos, le dossier du Courrier des Balkans sur les recensements en cours). Ces recensements sont nécessaires : les derniers ont eu lieu en 1991 (du temps de la Yougoslavie, exception faite pour le Kosovo, où le recensement de 1991 ayant été boycotté par la majorité albanaise, le dernier recensement effectif date de 1981). Comme le titre le Courrier des Balkans pour le cas du Monténégro "un recensement, ce n'est pas de la statistique, c'est de la politique !" : si on élargit au cas des pays issus de la décomposition de la Yougoslavie en général, le Courrier des Balkans rappelle que "dans les Balkans, un recensement c'est la guerre !". C'est encore plus vrai de la cartographie : mettre en cartes la répartition des populations, c'est appuyer les discours géonationalistes (voir, à ce propos, Amaël Cattaruzza, 2007, "Comprendre le référendum d'autodétermination monténégrin de 2006", Mappemonde, n°87, n°3/2007, qui définit le géonationalisme comme "l’ancrage spatial et/ou territorial du nationalisme concrétisé dans l’espace politique ou projeté dans les représentations territoriales. Si le nationalisme est un discours fondant et légitimant un groupe national, sa matérialisation dans l’espace — par des monuments, des frontières — et dans les représentations collectives et individuelles — sous forme de cartes politiques, historiques et de cartes mentales — donne corps à ce discours et lui permet de se massifier et de se diffuser sur un territoire"), c'est-à-dire qu'il est possible d'entériner, par la carte, l'homogénéisation communautaire des territoires, de lui donner corps, et d'appuyer les discours séparatistes, que ce soit dans le cas de la Republika Srpska (voir le billet "Bosnie-Herzégovine : d'une indépendance à l'autre ?") ou dans le cas du Kosovo où les projets d'une partition hantent la scène politique au Kosovo comme en Serbie (voir, par exemple, les récentes déclarations d'Ivica Dacic, ministre de l'Intérieur en Serbie, pour qui, au Kosovo, la partition est "la seule solution réaliste" : voir l'article du Courrier des Balkans à ce propos). Les recensements et les cartes sont des "armes" politiques, permettant à des acteurs belliqueux ou séparatistes de justifier la différenciation communautaire, voire le rejet de "l'Autre", dans les espaces de vie comme "légitimes". On en revient aux cartes dans les manuels scolaires utilisées par Michel Sivignon dans son ouvrage Les Balkans : géopolitique de la violence : la carte n'est pas seulement un outil dans l'enseignement, elle permet aussi de "formater" les visions du monde. Frank Tétart a, à ce propos, rappelé les difficultés des cartographes concernant les toponymes : comment doit-on nommer le Golfe arabo-persique/arabique/persique ? La mer de Chine méridionale ? Pascal Orcier a donné une anecdote de la conception de son ouvrage La Lettonie en Europe. Atlas de la Lettonie (voir une note de lecture de Yann Calbérac pour les Cafés géographiques) : fallait-il inscrire sur les cartes "territoire délivré" ou "territoire occupé" par l'URSS ? Chaque toponyme découle d'une représentation, d'une vision du monde, et donc d'une interprétation, d'un discours, d'une politique (voir, à ce propos, le billet "Nommer les lieux : une problématique en géographie culturelle et politique", la page "Nommer les lieux au Kosovo" sur le site Géographie de la ville en guerre, et l'excellent Atlas des Atlas réalisé par le Courrier international).




Qui cartographie ? Que cartographie-t-on ?


Les outils cartographiques sur Internet : une cartographie "participative" ?
Le géographe Thierry Joliveau, qui anime l'excellent blog Monde géonumérique, est revenu sur plusieurs de ces billets : en posant notamment la question de la multiplication des cartes "participatives", c'est-à-dire des cartes qui sont construites à partir de données géolocalisées qu'entrent les utilisateurs d'Internet eux-mêmes (à ce propos, on consultera les blogs des géographes Thierry Joliveau : Monde géonumérique, et Jérémie Valentin : Géographie 2.0). Comme le montre Thierry Joliveau, il ne faut pas surestimer la participation des utilisateurs à la construction de ces cartes : d'une part, l'excès de données géolocalisées peut être contre-productif et créer des cartes illisibles (voir son billet "Ces cartes pas si participatives") ; d'autre part, la plupart des cartes produites par ce type de données sont retravaillées par ailleurs, les cartographes amateurs choisissant certains figurés, certaines données, etc. Dans son intervention, Thierry Joliveau a donné des exemples qu'il a analysé en détail sur son blog : le cas de la grippe A(H1N1) ("Fièvre cartographique pour la grippe A(H1N1)", "Cartes de la grippe A(H1N1) (suite)") ou encore celui de l'affaire Madoff ("« Néogéographie » des victimes de Madoff"). Cette utilisation massive des cartes sur le Web a été analysée par Thierry Joliveau dans son billet "La carte, un truc de maniaques ?" : "De plus en plus de gens vont être conduits à saisir des données géolocalisées et à s'exprimer spatialement au moyen de dispositifs de type "néogéographique". Il faut apprendre tôt, dès l'école, aux citoyens à décrypter les images et les cartes et à percevoir leur pouvoir rhétorique. La diffusion des outils cartographiques sur le Web est un excellent moyen pour développer cette sensibilisation. Peut-on espérer pour autant former toute la population à une maîtrise élaborée du langage de la carte ? Il me semble que non. La maîtrise du langage cartographique n'est vraiment utile que pour des spécialistes : ceux qui concevront les dispositifs cartographiques du Web mis à la disposition du grand public. Ce sot des professionnels qui programmeront ces interfaces pour qu'elles soient sémiologiquement satisfaisantes. Un outil comme Géocommons, par exemple, est bien adapté à un utilisateur qui veut faire lui-même des cartes plus élaborées, chorographiques ou choroplètes. L'outil aide à éviter les erreurs les plus graves, sans les prévenir complètement, car cela n'est pas possible. C'est donc un outil intermédiaire entre les outils grand-public et professinnels. Des usages sauvages et individuels de la cartographie, plus créatifs et artistiques, sont dependant nécessaires pour renouveler les cartes et faire évoluer leur langage". Les différents intervenants (et les auditeurs !) ont donc insisté sur l'importance de l'enseignement dans la compréhension de la carte, non comme une donnée réelle, une photographie de la mondialisation ou de l'un de ses aspects, mais comme une représentation pour laquelle il est nécessaire de connaître le langage pour la comprendre. Thierry Joliveau a, par ailleurs, dénoncé les risques d'une telle expansion des supports cartographiques, entre infographie esthétique et réelle information. L'exemple du débat suscité par la publication par les journalistes d'OWNI d'une représentation de la "cuisine de la guerre" permet de montrer les dérives possibles entre information et image (voir la représentation de la mortalité des guerres au cours du XXe siècle proposée par le projet "100 years of world cuisine" et quelques éléments du débat autour d'une telle imagerie dans Arrêt sur image). Pour ne donner que cet exemple, il faudrait rapporter le nombre de morts au nombre d'habitants des pays en guerre et à la durée du conflit pour prétendre à une représentation comparative. Parfois des éléments de langage de la cartographie sont repris par l'infographie, en "surfant" sur la perception de la carte comme une donnée "réelle".

La mondialisation de la grippe A(H1N1) vue par la néogéographie
Source : Thierry Joliveau, "Cartes de la grippe A(H1N1) (suite)", Monde géonumérique, 18 juin 2009.


Un enseignement à la cartographie pour donner les outils de lecture des cartes
La question de la place des cartes dans les programmes scolaires a été abordée à de nombreuses reprises dans la journée d'études : la carte et l'atlas se vendent très bien en France, ce qui est assez rare. Un auditeur étatsunien a ainsi montré qu'il trouvait étonnant que le marché de l'édition puisse accepter de voir émerger tant d'atlas de la mondialisation (tout comme pour les autres thématiques : religions, minorités, énergies, etc.) sans avoir peur de ne pas vendre ces atlas. Au contraire, les atlas en kiosque et les magazines tels que Diplomatie ou Carto qui mettent en avant les cartes, sont de véritables succès. A défaut parfois d'avoir tous les outils pour pouvoir lire les cartes, les Français aiment les cartes, ont conscience de l'importance de la carte comme outil d'explication et d'enseignement. La place de la carte dans les manuels scolaires est, en ce sens, très formatrice. Mais Sylvain Genevois a rappelé un risque quant à ces manuels scolaires : la plupart des cartes de la mondialisation qui y sont présentées (ou plutôt représentées, dans la mesure où il s'agit bien de représentations de la mondialisation, et non d'une "photographie" de la réalité de la mondialisation) se ressemblent : cartes des flux économiques mondiaux avec des figurés semblables (des échanges symbolisés par des flèches de tailles diverses), cartes de la Triade économique, carte des flux de migrations mondiaux, etc. Le risque est de donner l'impression que la mondialisation est uniformisée, qu'elle peut (doit ?) toujours être représentée de la même manière, qu'il n'y a qu'une forme de mondialisation. Or, les différents exemples donnés par Delphine Papin et Frank Tétart ont montré que de telles représentations cartographiques donnaient à voir une vision tronquée de la réalité. Pour exemple, Delphine Papin a montré une carte de "la route de l'exil", dans laquelle les auteurs de l'Atlas des mondialisations ont cherché à mettre en avant la difficulté de ces migrations, par le biais de la mise en carte de deux récits de migrants : derrière les flèches continues présentées dans les cartes des flux de migrants à l'échelle mondiale, se cachent en réalité des discontinuités dans les parcours des migrants (à ce propos, on se reportera à l'excellent Atlas des migrants en Europe. Géographie critique des politiques migratoires - voir une note de lecture pour les Cafés géographiques - et au compte-rendu du café géographique "L'Europe et la misère du monde : mobilités, politiques migratoires en débats" avec Olivier Clochard et Alain Morice, deux des auteurs de cet atlas).

Ces questionnements ont permis de mettre en exergue un autre risque de la carte et de son usage : la carte est souvent perçue comme une "photographie" de la réalité. Or, la carte est toujours une interprétation (voir le billet sur la carte-discours), elle n'est jamais qu'une représentation d'une certaine réalité, celle que l'on nous donne à voir. Le cartographe fait des choix (ou se voit imposer des choix !) : tout n'est pas cartographié, certains thèmes sont mis en avant dans la carte, d'autres peuvent être volontairement mis de côté. Le choix des figurés, des couleurs, des aplats (voir, à ce propos, les Actes du colloque "30 ans de sémiologie graphique" publiés dans Cybergéo, et tout particulièrement l'article de Jean-Paul Bord, 2000, "Géographie et sémiologie graphique : deux regards différents sur l’espace") n'est pas seulement une question d'esthétique : il donne à voir des phénomènes qui sont mis en avant, contre d'autres qui sont plus "effacés" dans cette représentation par la carte. Comme le montre Olivier Milhaud dans l'introduction du compte-rendu du café géographique "Le péché cartographique : le cas des Balkans" avec Michel Sivignon : "Toute carte est interprétation. Or lire une carte, c’est l’interpréter. Donc lire une carte, c’est interpréter une interprétation". Comme l'a montré Sylvain Genevois, l'enseignant doit alors insister sur la déconstruction des cartes pour faire comprendre les discours sous-jacents dans une carte, et ne pas la considérée comme une donnée, mais bien comme une représentation à partir de données.


Que cartographie-t-on ?
La cartographie de la mondialisation met très souvent en avant les désavantages de celle-ci. Sylvain Genevois a montré combien la mondialisation elle-même posait des questions : il n'y a pas de consensus sur cette notion, même chez les géographes. De plus, les outils conceptuels utilisés dans la géographie et les représentations cartographiques de la mondialisation ne sont pas toujours éclairants parce qu'ancrés dans un jargon disciplinaire : son regard sur l'utilisation des cartes dans l'enseignement scolaire a montré la difficulté de faire comprendre des concepts cartographiés tels que les pôles, les centres, les flux, etc. Au-delà du seul exemple de la cartographie de la mondialisation, l'ensemble des interventions invite à réfléchir à la manière dont nous concevons nos cartes, mais aussi dont nous interprétons les très nombreuses cartes qui nous sont données à voir.


Pour aller plus loin : quelques ressources choisies
En plus des liens déjà cités dans ce billet, voici une sitographie (loin d'être exhaustive !) qui permet d'approfondir quelques-uns des questionnements de la journée "Nouveaux regards cartographiques sur la mondialisation".

De très nombreux ouvrages ont été écrits sur la mondialisation. Voici une sélection subjective d'ouvrages incontournables sur la mondialisation :
  • Jacques Lévy (dir.), 2008, L'invention du Monde. Une géographie de la mondialisation, Presses de Sciences Po, Paris, 403 p. (voir une note de lecture de Gilles Fumey pour les Cafés géographiques).
  • Laurent Carroué, Didier Collet et Claude Ruiz, 2006, La Mondialisation, Editions Bréal, coll. Capes/Agrégation, Paris, 352 p. (voir une note de lecture de Yann Calbérac pour les Cafés géographiques).
  • Laurent Carroué, 2004, La mondialisation en débat, La Documentation française, coll. Documentation photographique, n°8037, 64 p. (voir le compte-rendu d'un café géographique avec Laurent Carroué autour de la parution de cette Documentation photographique).
  • Christian Grataloup, 2007, Géohistoire de la mondialisation. Le temps long du monde, Armand Colin, coll. U, Paris, 256 p. (voir une note de lecture de Gilles Fumey pour les Cafés géographiques).
  • Olivier Dolfus, 2007, La mondialisation, Presses de Sciences Po, Paris, 3ème édition (1ère édition en 1997).

Des numéros de revues en ligne sur la mondialisation :

Des atlas sur la mondialisation :
  • L'Atlas des mondialisations, La Vie/Le Monde, hors-série n°4, 2010 (voir une note de lecture pour les Cafés géographiques).
  • L'Atlas du Monde diplomatique. Un monde à l'envers, Le Monde diplomatique, Armand Colin, 2009 (voir un article de Philippe Rekacewicz : "La cartographie, entre science, art et manipulation", concernant la parution de l'édition 2006 de cet atlas ; voir également son blog Visions cartographiques).
  • L'Atlas de la mondialisation. Comprendre l'espace mondial contemporain, Presses de Sciences Po, 2010.

Des émissions de radio disponibles à l'écoute :

Pour une bibliographie/sitographie sélective sur la cartographie et les usages de la carte, voir le billet sur la carte-discours.

Voir aussi l'ensemble des billets sur les cartes, les atlas et la cartographie dans le blog Géographie de la ville en guerre.


Structure du nouveau monde du diamant
Source : Roger Brunet, 2005, "Aspects de la mondialisation: la révolution du diamant", Mappemonde, n°78, n°2/2005.