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samedi 9 novembre 2013

Journée d'études : "Europe et Barbarie, passé-présent"

Le vendredi 15 novembre 2013, le Centre d'histoire de Sciences Po organise une journée d'études intitulée "Europe et Barbarie, passé-présent" (salle de conférences, rez-de-chaussée, 56 rue Jacob, Paris 6ème arrondissement, entrée libre).



dimanche 5 mai 2013

Le projet "Skopje 2014" (1) : la (re)construction de la mémoire comme mémoricide ?

Voir le dossier "Macédoine : Skopje 2014, kitsch
nationaliste et foire aux antiquités
",
Le Courrier des Balkans.
Les espaces et les spatialités de la mémoire ont déjà été abordés dans des billets sur les territoires éphémères de la commémoration et le stade olympique de Sarajevo, la reconstruction au Liban, les statues géantes bouddhiques de Bâmiyân, ou encore par l'analyse d'une carte postale ancienne du pont de Mostar. La question de la destruction des espaces de mémoire est double, comme on en avait discuté dans l'article "Les lieux de mémoire dans les villes en guerre : un enjeu de la pacification des territoires" pour Diploweb (31 octobre 2011) : la destruction et la (re)construction comme violences symboliques.

Le "mémoricide" est un néologisme créé à partir du terme génocide en substituant genos (le peuple) par la mémoire, et en gardant -cide (le meurtre). On notera qu'il existe deux usages (peu répandus l'un comme l'autre) du terme : le premier est particulièrement centré sur la guerre de Vendée, et a été utilisé par décrire, pour les tenants de cette thèse, le rôle du politique dans l'écriture des "vainqueurs" et des "victimes" dans la mémoire collective. C'est l'acte et la volonté politiques qui sont au coeur de l'utilisation de ce terme dans ce concept. On pourrait l'étendre à l'analyse de la destruction de la mémoire d'une guerre et de son déroulement par l'histoire telle que l'écrivent (notamment par le biais des manuels scolaires) les politiques.

Le second usage, que l'on peut dater des guerres de décomposition de la Yougoslavie (tout particulièrement pour les guerres de Croatie et de Bosnie-Herzégovine), a été formalisé pour décrire la destruction des bibliothèques comme lieu où la mémoire est entreposée (notamment dans l'article de Vesna Blazina, 1996, "Mémoricide ou la purification culturelle : la guerre contre les bibliothèques de Croatie et de Bosnie-Herzégovine", Documentation et bibliothèques, vol. 42, pp. 149-164). On peut l'élargir à la destruction de tous les espaces qui font mémoire par la guerre, dès lors que ces espaces sont des cibles choisies et pensées pour détruire la mémoire. La question de la destruction des mausolées et des manuscrits à Tombouctou dans la guerre actuelle au Mali participe de ces mémoricides.

Dans ces deux acceptions, les mémoricides sont entendus par la destruction. Mais l'approche par la destruction est-elle suffisante pour appréhender l'ensemble des mémoricides ? Ou, tout du moins, les seules destructions matérielles sont-elles suffisantes pour appréhender l'ensemble des destructions ? Pour le géographe Vincent Veschambre, qui reprend notamment les travaux sur les "Traces-mémoires" de Patrick Chamoiseau, les destructions et les démolitions ne sont pas les seuls processus qui permettent, par le marquage de l'espace, d'inscrire une signification politique dans l'espace qui peut aboutir à une violence symbolique, par la domination de celui qui s'approprie le territoire, qui lui permet de l'aménager, de le "modeler" : "de même que toute domination repose sur un travail symbolique de légitimation, toute forme d'appropriation de l'espace passe par la production (et/ou la destruction) de signes afin de rappeler quel est le pouvoir qui s'exprime et dans le même temps de le légitimer. Le marquage de l'espace correspond de ce point de vue à ce que l'on pourrait appeler dimension spatiale de la violence symbolique, dans le sens défini par Pierre Bourdieu" (Vincent Veschambre, 2004, "Appropriation et marquage symbolique de l'espace : quelques éléments de réflexion", Travaux et documents de l'ESO, n°21, p. 74).

Dans l'article "Les lieux de mémoire dans les villes en guerre : un enjeu de la pacification des territoires", on montrait que la (re)construction pouvait être une destruction : dans les cas des villes en guerre où des lieux de mémoire sont érigés dans la période post-conflit, ceux-ci peuvent être porteur non pas de la mémoire - au sens où Pierre Nora analysait les lieux de mémoire, par le prisme du cadre français, comme participant à la construction et à l'éducation à l'idée et l'identité nationales (voir notamment le compte rendu du café géographique du 29 janvier 2013 "Lieux de mémoire en Europe, lieux de mémoire de l'Europe"), mais d'une mémoire excluante, qui participe des "nettoyages territoriaux" en matérialisant la géographie du vivre-séparé et en territorialisant des identités qui entrent en concurrence pour l'appropriation de l'espace.

A suivre : une série de billets proposant quelques réflexions géographiques sur les conflictualités concernant le projet Skopje 2014 :

1/ Skopje 2014 : géographie d'un conflit d'aménagement
2/ La (re)construction comme violence symbolique ? Quelques pistes de réflexion pour une géographie de la pacification des territoires



"Macédoine : Skopje 2014, kitsch nationaliste et foire aux antiquités"
Dossier du Courrier des Balkans, source incontestable pour comprendre ce conflit mémoriel.
Les photographies de cette série de billets renvoie (en cliquant dessus) à des articles du Courrier des Balkans.


mardi 19 février 2013

Lieux de mémoire en Europe, lieux de mémoire de l'Europe : compléments biblio/sitographiques

Suite à la parution du compte rendu du café géographique "Lieux de mémoire en Europe, lieux de mémoire de l'Europe" (29 janvier 2013, Paris) avec pour intervenants l'historien Thomas Serrier (notamment co-auteur avec Etienne François de la Documentation photographique : "Lieux de mémoire européens", n°8087, 2012) et le géographe Olivier Lazzarotti (notamment auteur de l'ouvrage Des lieux pour mémoire. Monuments, patrimoine et mémoire-Monde, Armand Colin, collection Le temps des idées, 2012), voici la sélection biblio/sitographique réalisée pour poursuivre la discussion sur les spatialités de la mémoire.




A noter également sur le site des Cafés géographiques la publication à venir du café géo lyonnais de décembre 2012 avec Dominique Chevalier sur la « Spatialisation des mémoires douloureuses : l’exemple de la Shoah ».

Les lieux de commémoration de la Première Guerre mondiale dans le département de la Marne
Source : Denis Mckee, "Les lieux de mémoire de la 1ère guerre mondiale : l'exemple du département de la Marne", site du CRDP de Reims, extrait du manuel d'histoire de Première, Bréal, édition 1997.


samedi 9 février 2013

Le Kosovo, les joueurs de football et la « nation »

"Le 28 novembre 2012, se célébrait le centenaire de l’indépendance albanaise. Ce « Jour du drapeau » n’a pas été célébré qu’en Albanie, mais aussi dans les Etats post-yougoslaves 1, et notamment en Macédoine et au Kosovo où les disputes territoriales restent ancrées dans les territoires du quotidien 2. La célébration de la « nation » albanaise, par-delà les frontières de l’Albanie, questionne les relations Etat / nation / nationalité / citoyenneté de manière très différente que sur le territoire français où nationalité et citoyenneté sont confondues. En témoignent les « nationalités » des sportifs, et tout particulièrement des joueurs de football du Kosovo. 1er décembre 2012 : loin de la région balkanique, les supporters de l’Olympique lyonnais se réjouissent de la victoire de leur équipe au stade de Gerland. Sans particulièrement s’interroger sur la « nationalité » du défenseur Milan Biševac, né à Titova Mitrovica 3, dont la fiche sportive indique pour nationalité « Serbie ». Entre nation, nationalité et citoyenneté, quelle(s) identité(s) pour les sportifs natifs du Kosovo ? (...)"




Source de l'article : Tratnjek, Bénédicte, 2013, "Le Kosovo, les joueurs de football et la « nation »", cafés géographiques, rubrique Vox geographi, 9 février 2013.


mardi 7 août 2012

Les espaces et les spatialités de la mémoire (2) : Le stade olympique de Sarajevo, copsatialité de deux mémoires

Affiche officielle des Jeux
olympiques d'hiver de
Sarajevo en 1984
Source : site du CIO.
Depuis quelques années déjà, les touristes réinvestissent la ville de Sarajevo. Parmi les lieux visités, le stade olympique, trace des Jeux olympiques d'hiver de 1984, premiers jeux dans un pays communiste, alors encore Yougoslavie, est un incontournable du tourisme en Bosnie-Herzégovine. Sur les traces de ce grand événement sportif qui célébrait l'entente en Yougoslavie et la réussite politique du "titisme" (mort en 1980, Tito fut l'un des principaux acteurs de la candidature de la ville de Sarajevo à ses Jeux), les touristes ne manquent pas de photographier Vučko, la mascotte des JO de 1984 devant une carte défraîchie des installations olympiques à un point de panorama donnant offrant une vue sur le stade olympique, ou d'en acheter la peluche, dont le succès est empreint de "yougonostalgie" (voir l'article de Jean-Arnault Dérens, "Balade en Yougonostalgie", Le Monde diplomatique, août 2012).

Ce tourisme retrouvé n'est pas neutre : "par leurs présences physiques, les touristes éclairent les lieux des lumières de leurs regards. Tous ne sont pas savants, pas plus qu'ils ne sont artistes ou érudits. Ils sont urbains et mobiles. Et la curiosité et l'intérêt qui les ont conduits là où ils sont, pour élire comme remarquables les lieux touristiques qu'ils fréquentent, se projettent sur eux et les modifient : la mémoire n'est pas seulement dite, elle est vue et, par ce fait, transmise. Les touristes, à leur manière, en sont donc aussi les producteurs" (Olivier Lazzarotti, 2011, Patrimoine et tourisme. Histoires, lieux, acteurs, enjeux, Belin, collection BelinSup Tourisme, Paris, p. 49). S'il n'est pas rare de voir d'anciens stades olympiques devenus lieux touristiques, celui de Sarajevo porte en lui des symboliques particulières : les destructions pendant le siège de Sarajevo (1992-1996) et le manque d'entretien des installations olympiques depuis le début des années 1990 n'en font pas un haut-lieu du tourisme "sportif".

Le lancement des J.O. d'été à Londres est l'occasion de questionner cette installation olympique devenue un haut-lieu mémoriel. Haut-lieu de mémoire pour la Bosnie-Herzégovine, pour l'ensemble des espaces post-yougoslaves, pour l'Europe, et même pour le monde : "- "avant d'apporter la torche à Londres, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a effectué jeudi (26 juillet 2012, la veille de la cérémonie d'ouverture des JO de Londres 2012) une course symbolique dans le stade olympique de Sarajevo, ville hôte des JO d'hiver de 1984. Brandissant une torche, Ban Ki-moon a couru aux côtés du marathonien Islam Djugum, qui avait continué à s'entraîner quotidiennement pendant la guerre de 1992-1995, mais la nuit pour échapper aux snipers. Le secrétaire général de l'ONU a déclaré qu'il porterait l'esprit de résilience et de réconciliation de Sarajevo à Londre, parce qu'il a vu une ville renaître de ses cendres et des ruines, une ville dont le pouls bat d'une "vraie vie"." ("Ban Ki-Moon court sur le stade olympique de Sarajevo", Le nouvel observateur, 26 juillet 2012).


mercredi 20 juin 2012

Journée d'études : "Les minorités nationales face à l'Europe"


Le vendredi 22 juin 2012, le laboratoire MMIMOC (Mémoire, Identités, Marginalités dans le Monde Occidental Contemporain) organise à Poitiers une journée d'études interdisciplinaire sur "Les minorités nationales face à l'Europe".


Résumé :
"Dans le contexte actuel de résurgence des nationalismes, il semble important de revenir sur la politique européenne envers les minorités nationales depuis 1945, en partant de l’expérience concrète des différentes communautés minoritaires (intégrationisme, ségrégation linguistique, droits collectifs, modèle de l’Etat ethnique, conflits communautaires, politique culturelle, etc.). Favorisant une approche de terrain, le laboratoire MIMMOC souhaite un regard interdisciplinaire sur les questions liées à la politique d’intégration des minorités nationales en Europe grâce à la collaboration de chercheurs d’horizons divers – aussi bien historiens que géographes, philosophes, linguistes ou spécialistes des aires culturelles nationales dont relèvent ces minorités."


Argumentaire :
"Cette journée d’étude sur « Les minorités nationales face à l’Europe » s’inscrit dans les travaux des axes culturel et politique du laboratoire MIMMOC de l’université de Poitiers dont l’objectif est d’explorer les questions de « Mémoire, Identités et Marginalités au sein du Monde Occidental Contemporain » (EA 3812).

Dès 1950, le Conseil de l’Europe se préoccupait de la protection des minorités nationales en adoptant la « Convention (européenne) des droits de l’homme et des libertés fondamentales ». Depuis le début des années 1990, il existe au sein de l’Union européenne deux nouvelles conventions : la « Charte européenne des langues régionales ou minoritaires » adoptée le 5 novembre 1992 et la « Convention-cadre sur la protection des minorités nationales » du 1er février 1995, qui considèrent « que la protection des langues régionales ou minoritaires historiques de l'Europe, dont certaines risquent, au fil du temps, de disparaître, contribue à maintenir et à développer les traditions et la richesse culturelles de l'Europe » et représente « une contribution importante à la construction d'une Europe fondée sur les principes de la démocratie et de la diversité culturelle, dans le cadre de la souveraineté nationale et de l'intégrité territoriale » (site du Conseil de l’Europe : http://conventions.coe.int/treaty/fr/Treaties/Html/148.htm).

Ces dispositions cependant ne sont pas contraignantes, représentant de simples recommandations sans fondement juridique. Elles furent suivies à la fin des années 1990 par d’autres recommandations publiées sous l’égide du Haut commissaire de l’OSCE pour les minorités nationales. Le respect des minorités nationales – c’est-à-dire celles dont l’identité nationale est une réalité dans un Etat voisin – constitue donc l’un des critères fondamentaux d’adhésion à l’Union au nom du principe des droits de l’homme, tout en demeurant largement imprécis (S. Riedel, 2002).

Dans le contexte actuel de résurgence des nationalismes, il semble important de revenir sur la politique européenne envers les minorités nationales depuis 1945, en partant de l’expérience concrète des différentes communautés minoritaires. Quelles évolutions se dessinent depuis la deuxième moitié du XXe siècle dans la protection des minorités nationales en Europe : promotion de l’intégration (intégrationisme), ségrégation linguistique, droits collectifs, modèle de l’Etat ethnique, conflits communautaires? Quels objectifs poursuivent les États soucieux de défendre les minorités nationales présentes sur leur sol ? Quels sont les enjeux de la protection des minorités pour l’Europe d’hier et d’aujourd’hui ? Enfin, comment et avec quels moyens les minorités concernées réagissent-elles ? Quel est l’impact réel de la stratégie européenne de protection et de promotion des langues régionales ou minoritaires dans les différents pays et régions d'Europe ? Peut-on établir un lien entre l’évolution des productions culturelles issues des minorités nationales et la politique européenne menée depuis le milieu du XXe siècle ?

Favorisant une approche de terrain, le laboratoire MIMMOC soutient également un regard interdisciplinaire sur les questions liées à la politique d’intégration des minorités nationales en Europe. Il souhaite faire appel à des chercheurs d’horizons divers – aussi bien historiens que géographes, philosophes, linguistes ou spécialistes des aires culturelles nationales dont relèvent ces minorités. Les contributions pourront porter sur les minorités danoises ou sorabes en Allemagne, les minorités hongroises en Roumanie et en Autriche, la minorité germanophone en Pologne et en Italie, la minorité turcophone de Bulgarie, la diaspora arménienne en Europe, etc. On pourra également s’intéresser au cas des pays qui n’ont pas signé ou ratifié ces conventions : la France et la Belgique en particulier."


Programme :
9h00 : Accueil des participants

9h30 : Conférence d’ouverture : Jean Kudela, INALCO
La question sorabe dans l’Allemagne contemporaine

10h30 : Natalia Dolottceva, Université de Poitiers
La diversité des peuples caucasiens à Poitiers et leur intégration dans la société
française

11h15 : Gohar Boyadjian, Université de Poitiers
L’intégration de la communauté arménienne en France et en Allemagne

12h00‐14h00 : Pause déjeuner

14h00 : Bénédicte Tratnjek, Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire – IRSEM
Albanité, serbité, européanité : le Kosovo face à ses identités. Construire « l’Autre »
comme minorité, entre géonationalismes et construction européenne

14h45 : Béatrice Valdes & Jérôme Tourbeaux IEDUB (Insitut d'Etudes Démographiques de l'Université Bordeaux IV)
La minorité linguistique basque : entre le volontarisme espagnol et l’inertie française

15h30 : Pause café

15h45 : Thaïse Valentim (Université Paris III Sorbonne Nouvelle et UFMG - Brésil)
La création de l’Interceltisme et le défi de la valorisation culturale par la presse

16h30 : Dimitri Morisset, Université de Poitiers
Les minorités linguistiques en Italie (Tyroliens, Ladins)

Fin des débats et conclusion de la journée vers 17h30


Source des informations :
Annonce sur le site de Calenda.


jeudi 10 mai 2012

(Re)construire la ville comme lieu d’interface dans l’immédiat après-guerre : destruction de l’urbanité et symbolique des lieux dans la ville en guerre

Voici le texte de préparation pour le 9e Colloque de la Relève VRM (Réseau Villes Régions Monde) des 17 et 18 mai à Montréal : "La ville comme lieu d'interface". L'ensemble des textes de préparation est disponible sur le site du Réseau VRM et dans les liens du billet précédent consacré à ce colloque (partie "programme"). L'intervantion sera consacrée à la question de la ville en guerre comme objet géographique permettant de questionner la ville comme lieu d'interface.


Résumé de l'intervention :
"Les villes en guerre sont un « laboratoire » pour la recherche sur la symbolique des lieux, sur le marquage de l’espace et sur la construction d’espaces géosymboliques. En effet, par la destruction de lieux-cibles dans la ville, certains acteurs en armes ne visent pas des avantages militaires, mais la destruction de l’urbanité, c’est-à-dire de la ville comme espace de rencontres et comme lieu d’interface pour les populations « brassées » dans un même espace de vie. Au prisme de l’urbicide (néologisme proposé par Bogdan Bogdanovic pour décrire le meurtre de la ville) et des modifications coercitives du peuplement, l’analyse de la ville en guerre interroge les espaces de rencontre dans la ville (lieux-cibles des acteurs en armes cherchant à « purifier » les villes selon des « nettoyages urbains » qui visent à produire une géographie de la différenciation par fragmentation de la ville en guerre en quartiers-territoires) : visés et détruits par les belligérants, ils permettent de mettre en exergue ce qui construit la ville comme lieu d’interface. S’appuyant sur des recherches empiriques menées dans les villes d’Abidjan, de Beyrouth, de Mitrovica et de Sarajevo, cette communication se propose d’interroger la question des échelles de la ville comme interface, au prisme de la destruction de l’urbanité. En questionnant les spatialités et les discours spatiaux produits par ces acteurs de la haine et de l’homogénéisation dans la ville, il s’agit d’interroger les lieux et les espaces géosymboliques qui, détruits, inscrivent la guerre et la disparition du vivre ensemble dans la ville par-delà le temps des combats armés, et de fait d’interroger ce qui fait lieu d’interface dans la ville. Cette approche par la médiance spatiale permet ainsi de mettre en exergue la reconstruction non comme un défi économique, mais comme un véritable enjeu social : la pacification des territoires ne peut faire l’économie de la compréhension de ce qui fait de la ville un espace de rencontres et d’échanges."


Source du texte : TRATNJEK, Bénédicte, 2012, "(Re)construire la ville comme lieu d'interface dans l'immédiat après-guerre : destruction de l'urbanité et symbolique des lieux dans la ville en guerre", La ville comme lieu d'interface, 9e Colloque de la Relève VRM, 17-18 mai 2012, Montréal, 5 p. + 2 figures, en ligne :
http://www.vrm.ca/documents/Releve9_Tratnjek.pdf

(Ne pas reproduire sans demande et citation explicite, y compris les figures)







La ville comme lieu d'interface (9e Colloque de la Relève VRM)

Le Réseau VRM (Villes Régions Monde) organise son 9e Colloque de la Relève VRM les 17 et 18 mai 2012 à Montréal (INRS - Institut national de la recherche scientifique, salle 2109, 2ème étage , 385 rue Sherbrooke Est, métro Sherbrooke) autour de la question de "La ville comme lieu d'interface". 14 jeunes chercheurs seront réunis autour de spécialistes des études urbaines pour discuter des villes comme lieux d'échanges et d'interactions. La conférence d'ouverture sera prononcée par le géographe Christian Grataloup : "Des rides sur le portrait du monde". Parallèlement à ce colloque, sera exposé le travail du photographe Yves Arcand dans une exposition intitulée : "Ordre et paysage urbain".


samedi 3 mars 2012

Afghanistan, du lieu symbolique à la symbolique des lieux (2) : destruction et appropriation

Suite au billet "Afghanistan, du lieu symbolique à la symbolique des lieux (1) : Les lieux du pouvoir, les espaces de la contestation et la mise en scène de l'espace public (Introduction)", voici quelques pistes de réflexion sur la destruction, l'appropriation et la symbolique de lieux de pouvoir en Afghanistan. Deux types de lieux du pouvoir sont présents en Afghanistan : les lieux du pouvoir des autorités afghanes (tels que le Palais de Darulaman) et les lieux-symboles de la présence de la coalition armée internationale. S'il ne s'agit pas de tout dire sur la symbolique des lieux de pouvoir, voici quelques éclairages sur l'importance de l'approche spatiale pour la pacification des territoires et sur les apports de la multiscalarité dans la pensée stratégique.

Afghanistan, du lieu symbolique à la symbolique des lieux (1) : Les lieux du pouvoir, les espaces de la contestation et la mise en scène de l'espace public (Introduction)

L'affaire des Corans brûlés en Afghanistan a fait couler beaucoup d'encre, et intervenir de nombreux spécialistes sur la question afghane, la contre-insurrection, la problématique des outils pour imposer la démocratie, etc. En complément du billet "Afghan Rage : retours sur l'émission de France 24 (Adam Baczko)" du 29 février 2012, voici l'introduction d'une série de billets présentant quelques éléments de réflexion géographique sur la question des lieux de la guerre et des géosymboles dans la conflictualité, ainsi que celle de la géographie de la démocratie.

dimanche 12 février 2012

Exposition : Roms du Kosovo, Européens malgré nous (Ulysse Lefebvre)

La ville de Chambéry accueille l'exposition photographique d'Ulysse Lefebvre intitulée Roms du Kosovo : européens malgré nous du 14 février au 17 mars 2012 à la médiathèque Jean-Jacques Rousseau (place François-Mitterand, Carré Curial, Chambéry) et du 19 mars au 6 avril 2012 à l'Université de Savoie (l'exposition a déjà été présentée à Paris, Sète et Albertville). Voir quelques photographies qui seront présentées lors de cette exposition sur le site d'Ulysse Lefebvre. A voir également quelques photographies d'un projet précédent : "Tous ces gens des Balkans..."

© Ulysse Lefebvre, Roms du Kosovo : européens malgré nous.


Présentation de l'exposition sur le site d'Ulysse Lefebvre :
"Dans un pays comme le Kosovo, aux allures de protectorat occidental, l'atmosphère européenne si particulière dans le centre ville se retrouve également chez les roms de la banlieue de Pristina. En discutant avec eux, du gamin de douze ans au vieillard radotant, il est frappant de constater à quel point les langues étrangères sont pratiquées et combien les souvenirs de voyages à l'ouest sont nombreux. c'est que l'immense majorité de ces gens a vécu dans divers pays de l'Union européenne. Même si le décor semble parfois bien loin de nous, leurs difficiles conditions de vie ne doivent pas éluder leur intégration dans un grand ensemble européen tel qu'on peut l'imaginer au XXIe siècle. Il s'agit bien ici de gens ayant connu l'intégration européenne, parfois durant des décennies, avant d'être renvoyés dans l'urgence dans un ghetto qui n'était plus le leur, s'entendant dire qu'il "tait temps de rentrer "chez eux"."


Plus d'informations :
- Le site du Courrier des Balkans (voir également la page "agenda" du Courrier des Balkans).

© Ulysse Lefebvre, Roms du Kosovo : européens malgré nous.

samedi 7 janvier 2012

Sarajevo : l'âme d'une ville se cache aussi dans ses lieux ordinaires

Voici le courrier des lecteurs publié dans le n°4 de la revue Guerres & Histoire, en réponse à l'article "Sarajevo 1993, les snipers dans le viseur" (entretien réalisé par Pierre Grumberg avec le Colonel Michel Goya : voir des extraits dans le billet "Géographie vécue : Sarajevo et la lutte anti-sniper par le Colonel Goya"). Il revient sur la représentation de la ville en guerre perçue par les militaires qui y sont déployés et sur les intentionnalités des acteurs de la guerre quant à la destruction choisie des lieux "ordinaires", détournement du "génie des lieux", pour produire un paysage de la haine.

Michel GOYA, "Sarajevo 1993, les snipers dans le viseur",
entretien réalisé par Pierre GRUMBERG, Guerres & Histoire, n°3, 2011, pp. 6-13.

lundi 12 décembre 2011

Du "quartier-territoire" aux "nouveaux territoires" : l'inscription territoriale dans les villes en guerre

Alors que se préparent les 3èmes Rencontres du territoire sur la question de l'"Hybride, hybridation, hybridité : Les territoires et les organisations à l'épreuve de l'hybridation", voici les liens vers le texte préparatoire et la présentation proposés lors des "2èmes Rencontres du territoire : Les territoires, acteurs du changement" (TTT2010, Grenoble, 8-9 décembre 2010) lors de la session "Problèmes posés aux territorialités et à leurs devenirs" qui fut l'occasion de débattre avec Philippe Signoret ("Le territoire par la territorialisation" ainsi que le travail collectif avec Alexandre Moine et Horacio Bozzano : "Ancrages théoriques autour de la notion de territoire"), France Loubet ("La notion de capacités territoriales pour conceptualiser le rôle du territoire dans la construction des opportunités individuelles. Le cas des territoires ruraux marginaux"), Stéphanie Lima ("Territoires flous, territoires forts pour l'action"), Olivier Labussière ("Territoire, norme et changement : éléments de réflexion à partir de l'oeuvre de Jean Gottmann"), et Sophie Louargant ("Agencements post-territoriaux : arguments pour des territorialités construites"), lors d'ateliers animés par Olivier Labussière. De ces discussions (sous un format très original, puisqu'il ne s'agissait de chacun présenter son papier, mais autour du discutant d'avoir un véritable débat autour des problématiques de ces Rencontres du territoire), on retiendra de véritables éléments de débat, revenant sur les problématiques des 1ères Rencontres du territoire : "Territoires, territorialité, territorialisation : et après ?" (voir notamment l'ouvrage issu de ces journées : Martin Vanier (dir.), 2009, Territoires, territorialité, territorialisation. Controverses et perspectives, Presses Universitaires de Rennes, 232 p.) : s'entendre sur la définition du territoire, de la territorialité et de la territorialisation n'est pas simple, et rendre ces notions opératoires suppose de se retrouver sur le sens que chacun leur donne. Stéphanie Lima a également fait partager sa conception du territoire à partir de la notion élaborée par le géographe Denis Rétaillé : l'espace mobile. Des discussions particulièrement intéressantes, qui forcent à se confronter à sa propre conception des termes que l'on emploie : comment définir le territoire, comment le distinguer d'un espace borné ? Si les 2èmes Rencontres du territoire cherchaient à aborder le territoire non par le prisme de l'identité (comme ce fut notamment le cas lors du colloque Le territoire, lien ou frontière ? en 1995), mais par le prisme des acteurs, il fut également révélateur de voir combien acteurs et identité se croisaient dans cette discussion conceptuelle.


Quelques conseils de lecture :


Les sessions plénières (voir les vidéos et le programme) ont, elles aussi, permis la discussion sur le territoire agi et le territoire actant, sur le territoire comme dispositif, sur les territoires "vivants"... Des journées particulièrement riches ! En attendant que les géographes et chercheurs en sciences humaines et sociales ne se retrouvent pour discuter de l'hybride, de l'hybridation et de l'hybridité par le prisme des territoires en mars 2012 à Grenoble (autour d'un problématique centrale : "l'hybridation : nouvelle frontière, simple mélange des genres ou chimère ?), voici donc les liens vers le texte préparatoire (qui n'est pas un texte définitif, mais un texte qui visait à présenter des points concernant l'approche territoriale de la ville en guerre par le prisme de la territorialisation des quartiers par les acteurs en armes, comme l'a proposé la géographe Elisabeth Dorier-Apprill à propos de la guerre milicienne à Brazzaville au début des années 1990 : voir notamment Elisabeth Dorier-Apprill, 1999, "Brazzaville : des quartiers pour territoires ?", dans Joël Bonnemaison, Luc Cambrézy et Laurence Quinty-Bourgeois (dir.), 1995, Le territoire, lien ou frontière ?, tome 2 : La Nation et le territoire, L'Harmattan, collection Géographie et cultures, Paris, pp. 37-49 : voir le texte de présentation lors du colloque Le territoire, lien ou frontière ?) et la présentation power-point qui l'accompagnait.








Résumé de l'intervention :
L'inscription spatiale de la guerre dans les villes ne se mesure pas seulement au prisme des ruines et des destructions, qui laissent des empruntes dans les paysages urbains. En effet, l'approche territoriale se trouve particulièrement opératoire pour comprendre les recompositions des liens sociaux et des pratiques spatiales des habitants dans les villes pendant la guerre et dans le long terme de la pacification. La géographe Elisabeth Dorier-Apprill a proposé le concept de "quartiers-territoires" pour expliquer la stratégie particulière des milices qui s'ancrent dans des quartiers contrôlés par la mise en place de check-points qui construisent une discontinuité territoriale entre un "dedans" et un "dehors", défendus contre les acteurs "intrusifs" jugés comme "indésirables" dans le territoire approprié, et identifiés par des marqueurs spatiaux et symboliques. Une telle stratégie (qui s'oppose à celle des acteurs insurrectionnels qui ne repose pas sur l'appropriation d'un territoire doté d'une identité discursive) reconstruit les pratiques spatiales des habitants dans les villes en guerre, notamment en brisant la continuité spatiale dans leurs déplacements, mais également en transformant des logiques de distanciation inhérentes à la ville de l'immédiat avant-guerre en logique de différenciation (par des processus d'enclavement des habitants dans des territoires dans lesquels ils se sentent en sécurité). Ainsi, il est nécessaire de s'interroger sur les mobilités et les représentations spatiales des acteurs syntagmatiques et des habitants pour comprendre combien le "vivre ensemble" est mis à mal le temps du conflit. En quoi ces fragmentations urbaines (culturelles, sociales et/ou politiques) s'ancrent-elles dans le paysage urbain de l'après-guerre et dans l'imaginaire spatial des différents opérateurs spatiaux qui y vivent ou y agissent ? Cette proposition s'appuie sur des travaux empiriques et des réflexions menées dans le cadre d'une thèse de géographie sur les recompositions sociospatiales dans les villes en guerre, au prisme d'une approche comparative. On postule que la guerre recompose des territorialités spécifiques et on se propose d'en interroger la durabilité et les impacts sur le "vivre ensemble" dans l'après-guerre. A travers des exemples divers (principalement Abidjan, Beyrouth, Mitrovica et Sarajevo), il s'agit d'analyser le temps de l'immédiat après-guerre comme un défi posé aux acteurs de la pacification pour décloisonner des "quartiers-territoires" et reconstruire la ville comme un espace partagé par tous les habitants, alors même que le jeu des acteurs déstabilisateurs tend à renforcer les fragmentations territoriales comme des poursuites de la guerre dans le temps de la paix.


Pour citer ce texte : Bénédicte Tratnjek, 2010, "Du "quartier-territoire" aux "nouveaux territoires" : l'inscription territoriale dans les villes en guerre", communication aux 2èmes rencontres du territoire : Les territoires, acteurs du changement, 8-9 décembre 2010, Grenoble, 11 p. (en ligne sur le site des archives ouvertes du CNRS)



Extraits : Le territoire, une entrée opératoire pour l'analyse des villes en guerre ?
Questionner les «villes en guerre» au prisme de l’entrée territoire revient à s’interroger sur la pertinence de cette approche pour les belligérants, les réseaux criminels, les acteurs de la paix et les habitants. Le territoire constitue-t-il une échelle d’action, une ressource mobilisable, et/ou un vécu pour ces différents opérateurs spatiaux ? Le territoire ne peut être considéré comme un espace neutre, dénué de symbolique et de valeurs : dès lors, entrent en compte des processus d’appropriation et des sentiments d’appartenance à l’espace, au point que la territorialisation des différents groupes sociopolitiques dans la ville en guerre se traduit par leurs stratégies de (sur)vie et leurs pratiques spatiales. Si la ville en guerre est souvent analysée comme un espace de combats (au prisme du paradigme stratégique de la « guerre urbaine »1), elle n’en est pas moins un espace de (sur)vie pour les habitants comme pour les acteurs de la guerre et de la paix, et un espace médiatique dans lequel chaque acteur procède à des opérations aux objectifs à la fois militaires et symboliques. A travers ces opérations « discursives » (c’est-à-dire de théâtralisation des espaces de combat pour agir sur les représentations de l’(in)sécurité par les habitants), il est possible de mettre en exergue la conscience territoriale des différents acteurs et les conséquences pour les habitants dans la restructuration de leurs territoires du quotidien. Par l’analyse de cette territorialisation de la violence dans la ville en guerre, ce papier se propose d’interroger les fragmentations urbaines dans le temps de la guerre, et les territorialités des différents opérateurs spatiaux comme enjeu du processus de pacification/réconciliation dans l’immédiat après-guerre.


Sarajevo : de la ville multiculturelle à la ville "bosniaquisée"
Source : Bénédicte Tratnjek, 2005, Les militaires face au milieu urbain : étude comparative de Mitrovica et de sarajevo, mémoire de DEA en géographie, Université Paris-Sorbonne, p. 98.
Voir sur le site Géographie de la ville en guerre.



Présentation power-point :
(Cliquez sur l'image pour se rendre sur le power-point)





lundi 5 décembre 2011

Géographie des diasporas : bibliographie/sitographie (2)

Suite de la bibliographie/sitographie proposée à l'occasion de la 11ème Journée Géo'rizon consacrée au(x) "Diaspora(s)". La 1ère partie de la bibliographie/sitographie présentait un état des lieux de la manière de penser les diasporas en géographie et par l'approche spatiale (en 2 parties : 1/ Les diasporas : à la recherche d'une définition ; 2/ Les espaces et les identités diasporiques) : voir le billet "Géographie des diasporas : bibliographie/sitographie (1)" (5 décembre 2011). Ce billet présente, quant à lui, des études de cas. Il s'agit, comme pour la sélection précédente, d'une liste non exhaustive et subjective. Elle s'est construite au fil des lectures sur la question, principalement par le prisme des travaux de géographes ou abordant la question de la diaspora par ses spatialités et ses territorialités.

De nombreuses études de cas auraient pu être présentées dans cette bibliographie/sitographie. Néanmoins, on s'arrêtera principalement aux études de cas des intervenants de la Journée Géo'rizon : les Grecs (Michel Bruneau), les Indiens (Eric Leclerc), les Arméniens (Sarah Mekdjan) et les Chinois (Emmanuel Ma Mung), ainsi que le cas de la diaspora palestinienne, dans la mesure où ces 5 études de cas montrent bien les différents types de stratégies migratoires et territoriales qu'adoptent les différentes diasporas, ainsi que les enjeux identitaires dans les processus d'intégration/ségrégation dans les lieux d'installation. Les enjeux mémoriels, la symbolique des lieux, le recours aux différents espaces virtuels, etc. sont autant de points de réflexion qui sont éclairés par le prisme de ces études de cas. En fin de bibliographie/sitographie, d'autres études de cas sont également présentées, de manière plus partielle : les diasporas noires, la diaspora juive, la diaspora italienne, les diasporas caribéennes, les diasporas de l'ex-URSS et de l'Asie centrale, les diasporas tamoule et sri lankaises, etc.