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mercredi 11 juillet 2012

Les Soudans, un an après la partition


A l'occasion du premier anniversaire de l'indépendance du Soudan du Sud, voici une carte réalisée par Philippe Rekacewicz, cartographe au Monde diplomatique et auteur de l'excellent blog Visions cartographiques (que je remercie très fortement pour ce "don" au blog Géographie de la ville en guerre) qui permet de revenir, à la suite du billet "Le Sud-Soudan vu par les géographes" (13 juin 2011), sur la partition du Soudan en deux Etats. Cette partition a suivi un référendum d'auto-détermination organisé du 9 au 15 janvier 2011, dont les résultats officiels ont été rendus publics le 7 février 2011. La partition des Soudans a été effective le 9 juillet 2011. Cette carte montre donc une nouvelle frontière interétatique, et revient sur les conflictualités autour du tracé et des ressources.


Les Soudans : état des lieux un an après
la partition (février 2012)

Les Soudans en février 2012
Source : carte réalisée par Philippe Rekacewicz, février 2012.



samedi 11 février 2012

Le regard d'un géographe sur le Darfour : Marc Lavergne

Voici les vidéos de l'entretien accordé par le géographe Marc Lavergne (voir son blog) à l'émission Arte Reportage dans le cadre de l'émission "Quoi de neuf au Darfour ?", diffusée le 11 février 2012 (émission de Nathalie Georges, Eric Bergeron, Frédéric Grimm et Frida Dumont, Arte GEIE, 2012).


Quoi de neuf au Soudan ?
Source : Arte reportage, Arte, 2012.




Présentation de l'émission sur le site d'Arte :


"Quoi de neuf au Darfour ? Février 2003, la violence éclate au Darfour, province du Soudan. Depuis, rien n'a été réglé. Le conflit a fait plus de 300.000 morts.


Aujourd'hui, la situation est encore instable et très complexe. Omar El Béchir est recherché par la justice internationale pour génocide et crimes contre l'humanité.



Que sont devenus les 2,5 millions de déplacés ? Où en est le processus de pais ? Réponse avec Marc Lavergne, directeur de recherche au CNRS, spécialiste du Soudan".



lundi 13 juin 2011

Le Sud-Soudan vu par les géographes


La partition du Soudan en deux Etats suite au référendum d'auto-détermination du Sud-Soudan ne se fait pas sans heurts. Si le référendum a donné, selon les résultats officiels, 98,83 % de "oui" à l'indépendance, ces derniers jours ont été marqués par des combats à la nouvelle frontière entre Soudan et Sud-Soudan. Ce référendum était programmé dans le cadre du règlement du conflit entre le Nord-Soudan et le Sud-Soudan qui oppose ces régions depuis une trentaine d'années. Le Sud-Soudan a ainsi été ravagé par une guerre civile de 1983 à 2004 (on estime à 1,5 million le nombre de morts et à 4 millions le nombre de déplacés/réfugiés de guerre). Parallèlement, un autre conflit se déclare, dès 2003, dans la région du Darfour, à l'Est du Soudan (à ce propos, on se reportera notamment à l'article de Marc Lavergne pour Géoconfluences : "Darfour : impacts ethniques et territoriaux d'une guerre civile en Afrique").
Le Sud-Soudan
Source : Le Figaro, publié dans "L'indépendance annoncée du Sud-Soudan",
blog Les efflorescences, 22 février 2011.


La fragmentation politique (voir l'article de Stéphane Rosière : "La fragmentation de l'espace étatique mondial. Réflexions sur l’augmentation du nombre des États" et l'éditorial d'Amaël Cattaruzza : "Fragmentation : cloisonnement et/ou recomposition de l’espace politique ?" pour la revue L'espace politique, n°11, 2010) est un sujet qui préoccupe tout particulièrement les géographes, dans la mesure où elle n'a pas des incidences qu'à l'échelle des Etats, mais qu'elle perturbe également les espaces de vie, comme le montre l'exemple des Soudans.

Conflits au Soudan
Source : Atlas 2010 du Monde diplomatique, publié dans Sylvain Kahn, "Le Soudan :
les géographes et les frontières", Globe, 8 juin 2011.

 Sylvain Kahn a consacré son émission Planète Terre de ce mercredi 8 juin 2011 au "Soudan : quelle géographie après le référendum d'autodétermination du sud ?" avec pour invités la politiste Maria Gabrielsen et le géographe Marc Lavergne (l'émission est disponible en podcast et à la ré-écoute sur le site de France Culture). Sylvain Kahn propose, par ailleurs, une bibliographie très intéressante et très complète autour de la question "Soudan : les géographes et les frontières" dans le blog de l'émission, Globe (la bibliographie/sitographie est d'autant plus intéressante qu'elle est construite autour de 3 axes : I/ Confrontations des imaginaires spatiaux et chocs des représentations géographiques ; II/ Soudan indépendant : comprendre les  frontières de l’intérieur ; III/ 2011, quelles frontières au Soudan après le référendum d’autodétermination ?). Ce billet nous fait, par exemple, découvrir une très intéressante cartographie interactive du Soudan (groupes ethniques, mortalité infantile, eau et installations sanitaires, éducation, insécurité alimentaire, champs pétroliers) qui permet de rappeler que le pétrole n'est pas le seul enjeu crisogène du Soudan, loin de là.
 
Les groupes ethniques au Soudan
Source : site de la BBC, janvier 2011.

Ne pas surévaluer l'impact des enjeux pétroliers, c'est ce qu'explique également Marc Lavergne, invité d'Arte Reportage le 8 janvier 2011 dans le cadre de l'émission consacrée au référendum d'auto-détermination du Sud-Soudan : "Sud-Soudan : la naissance d'une nation". On retrouvera également un autre extrait de cette émission : l'entretien avec Gérard Prunier, historien spécialiste de la Corne de l'Afrique ; ainsi que le compte-rendu du café géopolitique du 6 décembre 2010 avec ces deux spécialistes : "Soudan, vers la partition ?". Voir, enfin, le blog de Marc Lavergne, dans lequel on retrouvera certains de ses articles parus sur la question de la partition du Soudan.

"Sud-Soudan : interview de Marc Lavergne"
dans "Sud-Soudan : naissance d'une nation", Arte Reportage, 8 janvier 2011, Arte.


On l'a dit, les questions qui sont en jeu ne sont pas seulement de l'ordre des ressources pétrolières, bien loin de là. Par exemple, la capitale du Soudan, Khartoum, s'est trouvée transformée par l'afflux des déplacés de guerre (depuis le Sud-Soudan dès les années 1980 et le Darfour dans les années 2000). Pour les déplacés Sud-Soudanais, se pose aujourd'hui la questin épineuse du retour, pour certains 30 ans après leur déplacement. Leur statut a changé : ils étaient déplacés à l'intérieur de leur pays, et son devenus, avec l'indépendance, des réfugiés (hors des frontières du pays - le Sud-Soudan - dont ils sont ressortissants). Ce problème est d'autant plus prégnant dans le cas des enfants de ces déplacés de guerre, nés à Khartoum, qui, pour beaucoup, n'ont jamais vu le Sud-Soudan, et qui doivent aujourd'hui effectuer un "retour" vers non seulement un nouvel Etat, mais aussi un espace de vie qui leur est inconnu. Les capacités de la nouvelle capitale du Sud-Soudan, Djouba (orthographiée "Juba" dans sa forme anglicisée), ainsi que les actuelles transformations de la ville de Khartoum du fait de l'éventuel départ d'une part importante de la population vers le Sud-Soudan (qui provoquent autant de jeux fonciers que de problèmes d'ordre politique, et ce dans les deux villes-capitales) sont autant d'enjeux qui émergent avec l'apparition de cette nouvelle frontière. Voir, à ce propos, le compte-rendu de l'intervention de la géographe Alice Franck aux 10èmes journées Géo'rizon (consacrées à "l'Afrique de l'Est") sur "Les paradoxes de la capitale soudanaise : Khartoum, miroir des crises et coeur du développement du pays" (ce compte-rendu sera très prochainement publié sur le site des journées Géo'rizon et sur le site des Cafés géographiques).

Autre point que l'on peut souligner : la dimension environnementale de ces conflits. En effet, la géographe Yveline Déverin publie sur son site Geo-phile.net un article paru dans Le Monde datant de 2007 sur "La dégradation de l'environnement, entrave à la paix au Soudan, prévient l'ONU". Il ne faut pas oublier combien la question de l'eau est prégnante dans cette région, surtout dans un contexte où les ressources en eau sont monopolisées par le pays situé en aval des ressources - l'Egypte - qui ne joue pas de sa position, mais bien de sa puissance dans l'aire régionale. Or, ces ressources hydriques transfrontalières font l'objet de nombreux enjeux diplomatiques et politiques, souvent oubliés au détriment de la question pétrolière : un nouvel accord pour le partage des eaux du Nil est pourtant en train de modifier le rapport de force entre l'Egypte (le contexte des printemps arabes qui touche également l'Egypte modifiera peut-être la place de l'Egypte non seulement dans le Machrek, mais aussi dans l'Afrique de l'Est : pour retrouver des articles sur la question, voir le billet "Le printemps arabe vu par les géographes" - y compris le commentaire du géographe Eric Verdeil qui a gentiment complété cette biliographie/sitographie) : c'est le propos de l'article de la géographe Emilie Lavie : "Coup de théâtre dans le bassin du Nil" (Cafés géographiques, rubrique "Vox geographi", 25 mai 2011). Enjeux régionaux, les ressources hydriques sont également un enjeu à l'intérieur du Soudan, et le découpage politique peut remettre en cause ce partage des eaux : le PNUD (programme des Nations unies pour le développement) note combien "au Soudan, l'accès à l'eau favorise le développement et réduit les tensions".

Soudan : eau et installations sanitaires
Source : site de la BBC, janvier 2011.
Voir également "La question de l'eau au Soudan" sur le site du CTRDV.

Les tensions actuelles sur les frontières produisent des déplacements massifs. Les combats à la nouvelle frontière opposent l'armée du Sud-Soudan et une milice rebelle dans l'Etat du Haut Nil (voir un article du Monde). La ville d'Abyei, qui était déjà au coeur de la zone de combats dans le conflit interne qui opposait le Nord et le Sud du Soudan (jusqu'à l'accord de paix de 2005), se retrouve de nouveau en plein dans la violence. Le 7 juin 2011, on estimait à 100.000 habitants le nombre de déplacés/réfugiés ayant fui cette ville (dont 50.000 enfants selon l'UNICEF), qui se retrouve à la frontière entre le Soudan et le Sud-Soudan (voir un reportage de France 24). Ce lundi 13 juin, les deux Etats - le Soudan et le Sud-Soudan - ont annoncé "s'entendre pour démilitariser la région d'Abyei". Néanmoins, ces tensions entre acteurs politiques officiels et acteurs officieux (tels que des milices) ont provoqué des déplacements massifs, qui vont déstabiliser la région. 

 
==> Ainsi, la fragmentation politique ne peut être vue seulement au regard des enjeux politiques, et la géographie sociale permet d'éclairer d'autres enjeux, parfois oubliés, parfois à distance du tracé de la nouvelle frontière. Procéder à des changements d'échelles est également nécessaire pour comprendre l'entremêlement de ces enjeux. 



lundi 18 avril 2011

Géo'rizon : L'Afrique de l'Est


Les journées Géo'rizon, qui se déroulent deux fois par an à l'Université de Savoie, proposent de réunir des géographes autour d'une thématique qui est approfondie tout au long d'une journée d'études. La prochaine session aura lieu le jeudi 21 avril 2011 à Chambéry (Présidence de l'Université de Savoie, rue Marcoz, amphithéâtre Decottignies), et aura pour thème "L'Afrique de l'Est (Tanzanie, Soudan, Ethiopie, Erythrée, Djibouti)". Cette 10ème édition s'annonce particulièrement motivante dans le cadre de la préparation de la question "Géographie des conflits" aux concours du CAPES et de l'Agrégation, mais aussi pour découvrir une région peu connue (pour découvrir cette région, on se reportera au blog Good morning Afrika animé par Sonia Le Gouriellec, doctorante en science politique/relations internationales sur la conflictualité dans la Corne de l'Afrique).




Programme de la journée Géo'rizon :

François BART : "De Zanzibar au Kilimandjaro. Une traversée du littoral swahili aux hautes terres de Tanzanie"

Alice FRANCK : "Les paradoxes de la capitale soudanaise : Khartoum, miroir des crises et coeur du développement du pays"

Christian BOUQUET : "Djibouti, un Etat contre nature ?"

Alain GASCON : "Ethiopie : la jeunesse d'un vieil empire"


Plus d'informations sur le site de Géo'rizon (sur lequel on retrouve également les comptes-rendus des précédentes journées Géo'rizon). Voir l'affiche de la journée "Afrique de l'Est". Pour information, la 11ème édition Géo'rizon aura lieu le jeudi 15 décembre 2011 sur le thème "Diaspora(s)".


samedi 30 août 2008

Les émeutes de la faim



Les émeutes de la faim (ici à Haïti, en avril 2008, source : Le Point) ont souvent été l'objet de l'actualité internationale de l'année 2008, montrant ainsi la détresse des populations urbaines les plus pauvres des grandes métropoles des pays du Sud. Les émeutes du mois d'avril 2008 à Port-au-Prince ont été un symbole fortement médiatisé, relançant le débat sur la situation des 35 pays touchés cette année par ce phénomène. La hausse des prix des denrées alimentaires touche ainsi inégalement les populations urbaines, et se superposent à une géographie ségrégative dans les pays du Sud. Une première distinction semble nécessaire : un petit point sur les différentes significations de la "sécurité alimentaire".

"food security" : "capacité de produire des quantités suffisantes de nourriture pour assurer l'alimentation d'une population donnée" (définition de Jean-Paul CHARVET, 2002, Historiens-Géographes, n°378). C'était la première définition que l'on a donné à cette question de sécurité alimentaire, on ne prenait en compte que la quantité de nourriture. On calcule alors la sous-alimentation.

"food safe" : la question n'est pas tant la quantité que la qualité : il ne suffit pas que les hommes est suffisamment à manger en termes de quantité (ce que reprenait la notion de "food security") mais qu'ils puissent accéder à suffisamment de nourritures en termes de quantité et de qualité (ex : avoir une alimentation équilibrée apportant les différents besoins nutritionnels nécessaires au bon fonctionnement du corps humain). On calcule alors la malnutrition.




Les émeutes de la faim posent la question de "la justice et de l'injustice spatiales", et ce à plusieurs échelles. Tout d'abord, à l'échelle mondiale, elles se superposent à la carte de l'IDH (indice de développement humain), soulignant bien évidemment les écarts de développement entre les pays du Nord et les pays du Sud. La mondialisation pose le défi de la sécurité alimentaire. Les travaux de la géographe Sylvie Brunel replacent également cette question dans le cadre de la mondialisation. Notamment son article "La famine est en partie le fruit de la géopolitique" (dans Images économiques du monde 2005, Armand Colin, 2004), mais aussi dans ses nombreux ouvrages. Elle explique que les famines d'aujourd'hui sont devenues un outil de contrôle ou d'élimination de populations jugées comme indésirables. Elle met ainsi en place une différence entre les facteurs des famines et ceux de la malnutrition. "Entre famine et malnutrition existe une différence non de degrés, mais de nature : phénomène brutal, collectif et localisé, la famine ne s'explique pas par les mêmes causes que la malnutrition, ne frappe pas les mêmes personnes et ne résout pas de la même façon" (extrait de l'article cité précédemment). Elle en conclut que les famines actuelles "s'expliquent donc par la géopolitique, tandis que la malnutrition est le produit de la pauvreté". On retrouve ces phénomènes d'utilisation des ressources alimentaires comme arme à la fois au Darfour, mais plus anciennement en Somalie (où les sacs de denrées alimentaires provanant de l'aire internationale ont été pour la plupart conservés dans des zones de stockage sans pouvoir atteindre les population, voire réquisitionnés par les rebelles). Aujourd'hui, au Darfour, le gouvernement soudanais exploite cette arme alimentaire de la même façon qu'il l'avait fait dans les années 1990 pour les conflits dans les monts Noubas, interdit aux ONG d'intervenir pour apporter une aide alimentaire.





Le Dessous des cartes, décembre 2007.



Mais l'on ne peut se contenter d'une analyse à l'échelle mondiale, la faim touchant inégalement les populations des pays les plus pauvres. D'une part, la ville semble le terrain le plus touché par cette question, du fait de la dépendance alimentaire qu'elle entretient avec son arrière-pays, et l'absence partielle ou totale de moyens de subvenir à ses besoins pour la population sans recourir aux achats sur les marchés ou des magasins. D'autre part, au sein de la ville, une géographie ségrégative explique les contrastes existant dans l'accès aux ressources alimentaires.





Les facteurs explicatifs sont nombreux : bien évidemment la flambée des prix mondiaux des denrées alimentaires est une cause majeure, mais également des processus économiques mondiaux touchant indirectement (la hausse des prix des ressources énergétiques, un changement des demandes de consommation à l'échelle mondiale, la réorganisation de la filière alimentaire dans l'économie mondiale).



mardi 26 août 2008

Des blogs sur des OPEX en cours



Isabelle Bal, chef de la cellule Aide aux Familles du 18ème Régiment des Transmissions, a mis en ligne de nombreux blogs sur l'histoire de de régiment, son fonctionnement, mais également sur les OPEX en cours. Régulièrement mis à jour, ces blogs sont destinés aux militaires et aux familles afin de leur fournir des informations dans leur compréhension des théâtres d'opération (histoire, géographie, géopolitique et faits marquants) qui concernent ce régiment (photographie d'Isabelle Bal, montrant les infrastrctures du régiment en 1980).
Parmi ces nombreux blogs, je tenais à vous en signaler quelques-uns qui peuvent intéresser non seulement les militaires se préparant à partir en OPEX, mais également tous les curieux intéressés par la géopolitique et l'engagement de la France dans des opérations militaires :

De nombreuses ilustrations et vidéos agrémentent ces différents blogs, permettant une lecture claire et appuyant l'analyse qui y est proposée. Un travail que je tenais à encourager, n'hésitez pas à consulter la liste des autres blogs (Sénégal, Gabon, Djibouti, Guyane...).