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lundi 29 septembre 2008

La ville africaine en images


De retour d'un séjour de recherches à Abidjan, voici quelques éléments pour comprendre la ville africaine entre stéréotypes et réalités. Petit test que j'ai réalisé auprès d'étudiants de 2ème année de licence de géographie, à partir de photographies d'Abidjan.


Le Plateau à Abidjan (crédits photographiques : TRATNJEK Bénédicte)



1ère image : Le Plateau, le CBD (central business district, ou quartier des affaires), quartier reconnaissable parmi tous, et ce dans toutes les villes du monde. Jusque-là les étudiants n'ont aucune difficulté. Description des points communs et des spécificités de ce CBD avec ceux que les étudiants connaissent (soit parce qu'ils font partie d'un imaginaire collectif, soit parce qu'ils se souviennent les avoir étudiés lors de leur cursus secondaire et universitaire. Les étudiants semblent "rassurés" : il s'agit là d'une forme morphologique facilement identifiable, dont la fonction est claire, et dont le paysage urbain reprend des formes connues (à noter, on commence à aborder le CBD, à analyser sa morphologie et sa fonction au sein des villes dès la 6ème ; les étudiants sont donc entraînés à analyser cette forme urbaine depuis longtemps).



Une rue à Yopougon (crédits photographiques : TRATNJEK Bénédicte)



2ème image :
Volontairement, une 2ème image qui contraste avec cette image d'un CBD attractif. Instinctivement, les étudiants identifient ce quartier comme un "bidonville". Un instinct formaté par des préjugés ? La réponse tombe : "non, ce n'est pas un bidonville, et vous allez me montrer pourquoi". A y regarder plus attentivement, les étudiants distinguent au premier plan une route en béton, l'habitat en dur, l'électrivité courante (visible par la présence des poteaux électriques et des fils qui traversent l'arrière-plan). Certes, les équipements sont modestes, et la route au second plan est très abîmée, mais tous ces équipement relèvent d'un habitat légalisé, autour d'un espace public réglementé, avec des équipements urbains signes de la présence d'une gouvernance urbaine, même si les investissements en infrastructures sont ici très limités. Très rapidement, la discussion prend un autre tournant : il s'agit bien là d'un quartier populaire, que l'on ne peut qualifier de bidonville.


Un bidonville à Adjamé (crédits photographiques : TRATNJEK Bénédicte)



3ème image : Parce que le bidonville répond à une logique d'habitat dit "spontané" et "illégal", que les autorités administratives ne reconnaissent pas, et qui n'ont ainsi pas accès aux infrastructures. Pour accentuer cette démonstration, une 3ème image est présentée, justement celle d'un bidonville à Abidjan. Comme l'a très justement remarqué la géographe Catherine Fournet-Guérin, lors des dix ans des Cafés géo, "la ville africaine, ce n'est pas que la misère, la guerre ou les enfants des rues". Et d'appuyer sa démonstration sur des scènes quotidiennes de ces quartiers populaires, pleins de vie, et caractérisés notamment par des liens sociaux forts fondés sur la solidarité. Il ne s'agit pas là de sous-estimer la dureté des conditions de vie, les risques alimentaires et sociaux, la prégnance de certaines maladies, ni même l'existence des bidonvilles ! Mais plutôt de nuancer l'image de la ville africaine : il n'y a pas seulement d'un côté un quartier très aisé relié à un CBD et de l'autre côté les bidonvilles. L'organisation socio-spatiale de la ville africaine ne représente pas seulement un schéma complexe dans les manuels scolaires, mais montre bien à quel point nous pouvons avoir une image tronquée et partielle de la vie en Afrique, tout particulièrement dans ses villes. S'il ne faut pas sous-estimer les problèmes et les dangers des villes, il ne faut pas non plus simplifier à l'extrême son organisation et son fonctionnement en négligeant l'étude des quartiers populaires. C'est justement "passer à côté" des réels enjeux et des foyers de tension. Les bidonvilles ne couvrent pas la majorité de l'étendue urbaine en Afrique ! Mais, les images préjugées ont la vie dure en ce qui concerne l'Afrique. Les professeurs du secondaire doivent souvent y faire face. Quelques anecdotes m'ont été racontées par des professeurs en collège (qu'ils en soient remerciés), révélatrices de la perception qu'ont ces futurs citoyens de ce continent, comme réduite à la seule misère : "si je vivais en Afrique, mes parents seraient millionnaires, avec le même métier" (élève de 5ème). Fruit d'une naïveté et d'images télévisées centrant sur la misère, la vision qu'a le jeune collégien de la ville africaine, et même de l'Afrique en général, doit être reformée attentivement par les professeurs d'histoire-géographie pour lui montrer la diversité des situations et l'amener à sortir de la caricature. L'occasion de signaler (une fois de plus) la grande pertinence et l'approche originale, pratique et agréable (par fiches thématiques, avec une écriture claire) de l'ouvrage L'Afrique des idées reçues.

1 commentaire:

Stéphane a dit…

Bénédicte,
Merci de cette démonstration pédagogique. C'est plus ou moins la forme du cours que je fais sur le sujet des milieux urbains en Seconde. Il est vrai que le contraste CBD/Bidonville est une "tarte à la crème" des leçons sur l'urbanisation dans les pays du Sud. C'est intéressant de confronter les élèves avec cette approche nuancée qui révèle combien la vie sociale est riche dans les villes du Sud.. plus peut-être -du moins par certains égards- que celle au sein de nos métropoles occidentales.
Cordialement
Stéphane TAILLAT