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samedi 4 décembre 2010

Thème du mois sur AGS : les énergies, un enjeu géopolitique ?

Un thème du mois "classique" qui ne cesse de faire couler beaucoup d'encre. "Guerre du pétrole", "développement durable", "interdépendance énergétique", les énergies sont un des enjeux géopolitiques les plus importants en ce début du XXIème siècle. Un thème qui concerne tous les territoires et toutes les échelles : la course pour l'appropriation des ressources énergétiques se traduit autant dans les enjeux diplomatiques, dans la compétition économique, dans l'aménagement du territoire national, dans les luttes armées...

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"Puisque toute activté humaine fait appel à une consommation d'énergie, la maîtrise de cette dernière a toujours été un enjeu pour les sociétés. Cela est plus vrai que jamais car les sources disponibles sont de plus en plus variées et les facteurs de choix à prendre en compte de plus en plus nombreux" (Michel Battiau, 2008, L'énergie. Un enjeu pour les sociétés et pour les territoires, Ellipses, collection Carrefours, p. 23).

Dans une économie mondialisée où la préoccupation pour la préservation des ressources énergétiques et de l'environnement devient une question majeure, la hausse des cours du pétrole et la peur d'un troisième choc pétrolier cachent de nombreux enjeux tels que le besoin pour les puissances de diversifier leur approvisionnement (tant du point de vue des territoires d'approvisionnement que des types de ressources énergétiques). Le thème du mois se propose d'éclairer ces enjeux, les zones de tension pour l'appropriation des resources énergétiques, les impacts dans les relations internationales, et les liens entre géopolitique et développement durable.


Une géopolitique des énergies
Si la question des énergies est souvent réduite à la seule géopolitique du pétrole, il n'en reste pas moins que l'ensemble des ressources énergétiques forme aujourd'hui un système complexe qui se traduit dans les sociétés et les territoires. Les ressources énergétiques sont inégalement réparties à l'échelle du monde, d'où des rivalités de pouvoir entre les puissances qui tentent de s'approprier des ressources dans des Etats tiers. La présence chinoise en Afrique est souvent analysée au prisme de la consommation énergivore de cet Etat en pleine croissance industrielle et urbaine. La place des Etats-Unis sur la scène internationale est souvent liée à leur volonté de diversifier les lieux d'approvisionnement en pétrole et en gaz naturel, et à se rendre le moins dépendant possible de certaines sources d'approvisionnement. Le Moyen-Orient est une zone stratégique de première importance, du fait de son poids dans l'extraction de pétrole. A l'opposé, des Etats qui ont des productions plus réduites se voient devenus les "terrains de jeux" des grandes puissances qui s'y disputent les ressources, soit par le biais de firmes internationales, soit par le biais d'une implication dans la vie politique interne. Derrière l'hégémonie du Moyen-Orient, d'autres zones deviennent des enjeux pour les Etats qui tentent de diversifier leurs approvisionnements : l'Afrique, l'Amérique latine, la région autour de la Caspienne, l'Arctique (avec le développement de la part de la production de pétrole et de gaz off-shore) sont des régions où l'implication des pays étrangers et leurs rivalités sont liées à la présence de ces ressources. La question des énergies renouvelables est aussi un enjeu géopolitique : elle creuse des inégalités entre ceux qui peuvent y accéder et ceux qui ne le peuvent pas. Ces inégalités se traduisent autant à l'échelle du monde (entre les pays) comme à l'échelle locale (à l'intérieur des pays, se dessinent une géographie des inégalités sociospatiales). Quelles sont les zones de production et de consommation majeures ? Qui sont les acteurs qui pèsent sur ces rivalités de pouvoir ? Comment la place majeure du pétrole est-elle remise en cause par l'émergence des énergies renouvelables ? Quelles sont les routes à privilégier dans l'approvisionnement des ressources ? Les questions énergétiques restent un défi primordial pour l'avenir, autant dans la diversification des sources d'approvisionnement et des formes d'énergies, que dans la recherche de nouveaux modes de consommation plus économes en énergie.



La consommation d'énergie dans le monde en 2004
Source : Yvette Veyret et Gérard Granier, "Développement durable, quels enjeux
géographiques ?", La Documentation photographique, n°8053, 2006.
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 La "guerre des énergies" n'aura pas lieu ?
La question de la maîtrise des ressources énergétiques est un enjeu sécuritaire majeur. Les Etats-Unis, la Chine ou la Russie ont des stratégies énergétiques qui entrent en concurrence, tandis que les pays producteurs doivent se protéger pour conserver la maîtrise de leurs ressources. Une géographie des territoires "utiles" se dessine, laissant apparaître des tensions politiques et diplomatiques. Plus encore, les énergies sont un facteur aggravant dans les conflits armés : la présence d'hydrocarbures peut attiser les intérêts des belligérants dans certaines zones des territoires en guerre, ou accentuer les convoitises des acteurs extérieurs. Si les média parlent souvent de "guerre du pétrole", cette expression mérite d'être interrogée (au même titre d'ailleurs que les "guerres de l'eau" ou les "guerres de religions") : le pétrole est-il un facteur déclencheur ou un facteur aggravant de ces conflits ? Dans quelle mesure la présence des hydrocarbures accentuera à l'avenir la conflictualité dans certaines régions du monde ? Du conflit irakien à la présence chinoise en Afrique et en Amérique latine, de la déstabilisation des "routes des hydrocarbures" dans le Caucase au poids des Etats-Unis dans les échanges énergétiques mondiaux, les exemples à analyser sont nombreux pour comprendre les liens entre énergies, sécurité et conflictualité.

 
Les énergies et le développement durable
La géopolitique du développement durable est une question de plus en plus prégnante dans nos sociétés comme sur la scène politique internationale. Les énergies sont souvent au coeur de ses débats, notamment en termes de consommation. Pourtant, les transports de ces énergies d'une zone de production à une zone de production consomment eux-mêmes de grandes quantités d'énergies. Les énergies sont également sources de risques : catastrophes industrielles (comme l'explosion d'une citerne de gaz de pétrole liquéfié à Mexico en 1984 qui fit 500 morts et 7.000 blessés), risques environnementaux (notamment autour de la question des déchets nucléaires), impacts sur la nature de la construction de barrages hydroélectriques (l'exemple du barrage des Trois Gorges en Chine est emblématique des conséquences de l'ennoiement de 632 km², du déplacement d'1,4 millions de personnes, ou du besoin de reconstruire 20 villes pour reloger les habitants), sources de pollutions (pluies acides, pollution de l'air, pollution des sols...). Face à ces risques, la réglementation n'est pas toujours suffisante, parfois même inexistante. La maîtrise des risques se joue autant à l'échelle mondiale (droit de la mer) qu'à l'échelle nationale (Grenelle de l'environnement). En quoi les énergies sont aujourd'hui un enjeu prioritaire dans la maîtrise et la protection de l'environnement ? Par-delà les questions techniques, il s'agit aussi de rivalités entre des acteurs qui défendent des intérêts différents, entre protection de l'environnement et lobbying industriel, entre objectifs et réalités.


Quels choix énergétiques ? Flux mondiaux et décentrement énergétiqueSource : Site "Cartographier le présent".
Quel choix énergétique ?


Ces quelques interrogations sont loin d'épuiser le sujet des énergies comme enjeu géopolitique, sécuritaire et environnemental ! N'hésitez pas à participer au débat par le biais des commentaires, ou en nous proposant vos contributions, qui seront lues attentivement !


3 commentaires:

Anonyme a dit…

La prise en compte du développement durable dans un sujet sur l'Énergie me semble une vision très occidentale pour ne pas dire européenne voire Française...Il est vrai que nous en entendons parler sans cesse dans nos médias elle semble très accessoire pour environ les 3/4 de la population du globe.Si la survie d'un pays et de sa population est en jeu pour des raisons énergétiques, les décisions ne prendront pas en compte les problèmes d'écologie.Si on regarde l'évolution des sociétés (cf Jared Diamond), on peut transposer le développement de la race humaine qui s'est appuyé sur un besoin de nourriture -de survie - vers une nouvelle nécessité vitale : la continuation voire la domination de son propre système humain, social et politique (religieux?) par la maitrise de l'Énergie. Quand l'énergie viendra à manquer ou du moins ne plus être suffisante pour que tous en profitent, l'enjeu sera tellement vital qu'il ne peut déboucher que sur des conflits tout d'abord minimes puis de plus en plus importants du fait qu'ils concerneront des pays de plus en plus puissants - AB

Bénédicte a dit…
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Tratnjek Bénédicte a dit…

L'idée de "devéloppement durable", proposée comme dépassement du "seul" développement à la mode dans les années 1980 (sous-entendu développement économique), est en soi purement "occidentale". Elle reflète, en effet, une façon d'appréhender le monde, de le regarder avec les yeux de sociétés qui peuvent se soucier de problèmes environnementaux. Force est de constater que cela ne peut pas être le cas partout sur cette planète, certains faisant face à l'urgence. C'est bien la question de la géopolitique des ressources que vous mettez en avant : entre discours/idéologies et réalités, l'écart est souvent très grand !