Droits d'auteurs et citations

Tous les éléments publiés sur ce blog peuvent être utilisés avec l'accord de l'auteur du blog et A LA CONDITION de citer les sources utilisées (qu'il s'agisse du ou des billets utilisés comme des auteurs cités dans le blog). Merci de respecter les droits d'auteur (pour tous les textes et documents utilisés dans le blog, y compris pour les auteurs cités). Pour me contacter : benedicte.tratnjek[at]gmail.com

samedi 10 avril 2010

"Mouvements et migrations : approche géopolitique et géographique". Quelques ressources en ligne


A découvrir sur le site Canal-U (vidéothèque numérique de l'enseignement supérieur), une vidéo de la conférence de Swanie Potot (chargée de recherche au CNRS) sur les "Mouvements et migrations : approche géopolitique et géographique" datant du 16 mars 2010. A compléter avec la conférence de Gérard-François Dumont (professeur de géographie et de démographie à l'Université Paris-Sorbonne) sur "Les nouvelles logiques migratoires" datant du 9 juillet 2003.

La question des migrations internationales est également la spécialité de la revue du laboratoire Migrinter de l'Université de Poitiers, la Revue européenne des migrations internationales (REMI), qui proposent de nombreux articles à raison de 3 numéros par an. On y retrouvera, notamment, l'article de Mohamed Kamel Doraï (auteur d'une thèse sur les réfugiés palestiniens au Liban) sur "Les réfugiés palestiniens en Europe. Complexité des parcours et des espaces migratoires".

Sur la question des migrations internationales, on (re)découvrira le blog d'Audrey Gauvin : Regard d'une géographe sur les migrations internationales boliviennes dans lequel on retrouve sa thèse sur les migrations des Boliviens à Ushuaïa, des textes de ses communications ou encore de très nombreuses cartes. A noter que le blog est trilingue (traduit en français, anglais et espagnol). 




 
 

lundi 5 avril 2010

"Paysages, guerres et reconstructions"


Lors du prochain congrès du Comité des travaux historiques et scientifiques (CTHS) qui se tiendra à l'Université de Neuchâtel du 6 au 11 avril 2010, portant cette année sur la question des "Paysages", une session sera consacrée aux "Paysages, guerres et reconstructions" (6 avril 2010, 14h00) autour de 6 interventions (voir le programme complet du 135e Congrès du CTHS).


Présentation de la session
La guerre s’inscrit dans les paysages. Guerre de position, pilonnage d’artillerie, bombardement détruisent d’abord les éléments du paysage construits ou édifiés par l’Homme : infrastructures de transport, habitat individuel, bâtiments publics. Mais ils touchent aussi les paysages naturels. Ils abattent les arbres, détruisent les sols, bouleversent les topographies, voire les reliefs. Après les combats, vient l’heure de la reconstruction, occasion de tous les questionnements, de toutes les réflexions, de tous les débats. Ruines et destructions matérielles, paysagères ou environnementales attirent le regard et fascinent artistes et curieux. Elles autorisent toutes les instrumentalisations : lamentations, dolorismes nationaux ou régionaux, disqualification morale de l’adversaire, procès en crimes de guerre. Ce moment passé et une fois délimité le champ du souvenir, du mémoriel et des vestiges, les mécanismes de restauration, reconstitution ou reconstruction sont à l’œuvre.

Si l’établissement factuel des événements ne fait pas difficulté, beaucoup de pistes de réflexions restent à approfondir : mécanismes administratifs ou techniques de constatation et d’évaluation des dégâts ; modalités des réparations financières : périmètre des prises en charge étatiques ; choix de non-reconstruction ; reconstruction à l’identique ou volontarisme modernisateur et rationalisateur ; discours politiques locaux et nationaux ; rapports identitaires au passé et à l’environnement. Dans tous ces processus, le paysage, naturel, construit ou urbain, est un enjeu. Les explorer attentivement constitue donc une voie d’accès privilégiée pour une approche globale de l’histoire des paysages.


La reconstruction des villages alsaciens après la Seconde Guerre mondiale (1940-1958) : principes et réalisations (Marie-Noëlle DENIS)
L'Alsace, zone de frontières, de passage et de conflits armés, a été depuis des siècles,soumise à des destructions massives suivies de périodes de reconstruction qui ont profondément modifié ses paysages. Après la Seconde Guerre mondiale, les travaux nécessaires, tant pendant la période d'occupation allemande (1940-1944) qu'après le retour de l'Alsace à la France, envisagés selon des principes et des modalités différents, ont généré des réalisations ambiguës qui ont joué sur un compromis entre le respect de l'univers régional traditionnel et la modernité. Lors de la première reconstruction allemande (1940-1942), les tenants de « l'ordre nouveau » n'ont pas eu le temps de mettre en oeuvre leurs principes autoritaires de planification de l'espace pour une réorganisation fondamentale de la population rurale. Mais ils furent suivis, après la guerre, par des architectes alsaciens formés à l'école de Stuttgart, qui développèrent le principe de la place de parade et d'un modèle uniforme de maisons dites "Schmitthenner". La reconstruction d'inspiration française, plus pragmatique et dirigée par un architecte formé à Paris, sans ignorer les aménagements nécessaires de l'espace cultivé et bâti, tiendra mieux compte des traditions et de la diversité locale tout en évitant le retour à un régionalisme outrancié.


Belgrade, Vukovar, Sarajevo et Mostar, un itinéraire dans l'éclatement de l'ex-Yougoslavie : témoignage photographique et langage du paysage (été 2007) (Fabrice FEJCIC)
Familier de la Yougoslavie d'avant 1991, je voulais prendre la mesure des effets de la dislocation et des guerres. Un voyage effectué en 2007 - douze ans après les accords de Dayton et huit ans après les frappes de l'OTAN - m'a permis de prendre conscience de l'ampleur de la violence et de l'étendue des dégâts. Ruines et destructions côtoient réparations et reconstructions dans une grande confusion, on y recherche vainement toute forme cohérente de réédification. La vision du paysage renvoie une image de la dévastation du tissu social et suscite de multiples questionnements. Territoires découpés et redécoupés, batailles de confins. À la ville comme à la campagne, les traces de ces conflits sont omniprésentes, elles font partie du quotidien des habitants et heurtent les voyageurs de passage. Paysages meurtris, mais paysages ordinaires de la vie quotidienne, quel est leur langage ? Quelle lecture peut-on en faire ? Il est proposé un parcours à la recherche de leur sens.


Le stade olympique de Sarajevo : le temps de la séparation et du rassemblement (Cyril POLYCARPE)
L’exemple de Sarajevo, de 1992 à 1996, illustre l’impact de la guerre sur la ville lors de période de paix : sortie de guerre, bilan humain et matériel, deuil, mémoires. L’urgence réside dans la réappropriation d’un environnement désorganisé afin de le rendre supportable pour faciliter un retour à la normale. Ainsi, Sarajevo entreprend la construction d’une mémoire « officielle », pour faciliter l’ancrage de la mort dans la mémoire et la ritualisation du deuil. Cette situation reflète un paradoxe, entre volonté d’oubli et injonction de mémoire, exigence de justice et souhait d’apaisement, entre espoir de renouveau et prégnance des destructions matérielles, physiques et psychologiques. La reconstruction du stade olympique, des Jeux d’Hiver de 1984, rend ce lieu à sa fonction initiale, celle d’une arène sportive où se joue l’héritage humain, patrimonial et mémoriel du conflit. Sa signification est fonction de l’expression de la tristesse, de la douleur, d’un sentiment de responsabilité voire de culpabilité des vivants à l’égard des défunts enterrés sur le site olympique.


Paysages de guerre et imagerie militaire : perceptions et représentations des terrains de combat durant les guerres d'Indochine et du Viêt-Nam (Thao TRAN)
L’influence déterminante du terrain sur la conduite des opérations militaires a été étudiée pour les guerres d’Indochine - 1945-1954 - et du Viêt-Nam - 1961-1975 -, à partir d’un corpus iconographique issu des archives militaires françaises, américaines et vietnamiennes. De ce fait, quelle lecture géographique peut-on avoir de ces images militaires ? Le terrain prend du sens en tant qu’objet d’interprétation, a fortiori lorsqu’il a servi à la création de cartes topographiques opérationnelles - identification du type de végétation, d’infrastructures, de villages -. Elles ont été complétées par des photographies aériennes militaires pour le renseignement et des photographies au sol pour les paysages de guerre. En Asie, le milieu naturel dicte ses propres logiques à la guerre qui doit s’adapter, s’accommoder des contraintes. Entre imaginaire et réalité du terrain, le contact avec la nature a été un véritable choc pour les combattants français en Indochine et américains dans le sud Viêt-Nam.


Des paysages de la destruction aux paysages de la (re)construction : le paysage urbain en guerre comme projet politique (Bénédicte TRATNJEK)
L’inscription de la guerre dans les paysages ne doit pas seulement être questionnée au regard des « hasards » des combats, mais également au prisme des intentionnalités des différents acteurs. Ainsi, la ville en guerre (dans le temps de la guerre et dans celui de l’immédiat après-guerre) est non seulement un territoire où se déploient les conflits contemporains, mais également une scène dans laquelle le spectacle de la guerre permet aux différents acteurs d’imposer dans le paysage des discours politiques. S’appuyant sur des recherches menées dans le cadre d’une thèse de géographie sur les reconfigurations sociospatiales dans les villes en guerre contemporaines (Abidjan, Beyrouth, Mitrovica et Sarajevo), cette communication se propose d’interroger le paysage comme un théâtre, dans lequel la guerre est mise en scène, avec des destructions choisies pour le symbole. En interrogeant la destruction des ponts (au-delà de l’avantage militaire) puis le concept d’« urbicide » (en tant que mise en scène d’une uchronie anti-urbaine), il s’agit de réfléchir sur les traces de la guerre dans les paysages urbains, entre destructions et (re)constructions « orchestrées ».


Les gens de guerre et le paysage au XVIe siècle (Anne VERNAT DECORZANT)
Dans le cadre du congrès des sociétés scientifiques et historiques, cette communication se propose de se concentrer sur la question de la perception du paysage par les gens de guerre au cours du XVIe siècle. Dans une période où les conflits sont permanents, que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur du royaume de France, les gens de guerre apportent des témoignages singuliers sur leur environnement et notamment sur les paysages urbains. D'une part, ces témoignages peuvent être considérés comme le reflet des tensions politiques et confessionnelles omniprésentes au cours de la période. D'autre part, la description du paysage par les gens de guerre peut être perçue comme la traduction d'une réflexion sur la situation politique ou religieuse. A partir de récits tels que les commentaires de Blaise de Monluc, nous pourrons apporter un éclairage tout à fait intéressant sur la perception d'un paysage soumis aux conflits.


dimanche 4 avril 2010

Mobilités éprouvantes : se déplacer dans les villes en guerre


Voici le power-point présenté lors du colloque "Les mobilités éprouvantes. (Re)connaître les pénibilités des déplacements ordinaires" le vendredi 26 mars 2010 à l'Université libre de Bruxelles, qui complète le billet sur "La guerre, la ville et les mobilités", en présentant des études de cas sur les mobilités restreintes, les mobilités contraintes et forcées, et les mobilités interdites des habitants d'une ville en guerre. La question des mobilités ordinaires est particulièrement illustrative des stratégies de survie des habitants dans les villes en guerre, dans la mesure où ils se partagent entre un enfermement dans l'habitat vécu comme sécurisant (bien que l'habitat puisse être agressé par les belligérants, que ce soit par des bombardements ou par une intrusion dans les territoires de l'intimité), et une nécessaire sortie vers le "dehors" qui permet d'assurer l'approvisionnement en vivres, en eau ou en médicaments, mais également pour aider sa famille ou ses amis, pour lutter contre le pouvoir milicien, pour se mobiliser politiquement... L'analyse par les mobilités montre combien l'espace pratiqué des habitants dans une ville en guerre se construit selon une distinction entre dedans/dehors, qui se fonde tant sur la dangerosité réelle que sur la perception de cette dangerosité. Si l'on aborde souvent la question du mur pour séparer deux "quartiers-territoires" (selon l'expression de la géographe Elisabeth Dorier-Apprill), il s'agissait ici de disctuer la notion des "murs ordinaires" et la question du seuil entre un dedans (l'habitat comme ancrage et enfermement rassurants) et un dehors (l'extérieur comme mobilité nécessaire mais non voulue).




Pour voir la présentation au format PDF.


jeudi 1 avril 2010

"S'adapter au déplacement en milieu urbain" (Migrations forcées n°34)


Le dernier numéro de la revue Migrations forcées (n°34, avril 2010) est consacré aux déplacés forcés en milieu urbain et à leurs stratégies de (sur)vie. Comme dans le reste de la revue (on retrouvera d'ailleurs dans les précédents numéros des dossiers thématiques consacrés aux apatrides, aux réfugiés climatiques, à l'éducation dans des situations de guerre, aux violences sexuelles, à la traite des êtres humains... aussi bien que des dossiers consacrés à des études de cas sur le Soudan, la Birmanie, la Palestine, l'Europe...), il s'agit d'articles courts, souvent écrits par des hommes et des femmes confrontés à ces situations dans leurs métiers (notamment des humanitaires), mais également par quelques chercheurs. L'objectif de la revue est de vulgariser (au sens noble du terme) les problématiques de l'humanitaire face aux situations de déplacements et de migrations forcés.

Ce numéro est donc consacré à la question de l'arrivée de déplacés/réfugiés dans des villes dans lesquels ils doivent survivre, mais aussi faire face à leur profond déracinement, qui s'est le plus souvent effectué dans l'urgence d'une situation violente. Des études de cas diverses entraînent le lecteur dans les villes d'Ouganda, d'Egypte, de Malaisie, du Yémen, de Colombie, de Georgie... On retrouvera d'ailleurs sur ces questions de déplacés invisibles les travaux de la géographe Jeanne Vivet. Le numéro est l'occasion d'approfondir des thèmes déjà présentés sur ce blog tels que la ville-refuge comme dispositif spatial contradictoire entre sanctuaire (face à la violence du lieu d'origine) et menace (face aux difficultés d'intégration dans le lieu d'arrivée), les mobilités contraintes, les questions sanitaires, les difficultés d'approvisionnement alimentaire...


Le sommaire du dossier "S'adapter au déplacement en milieu urbain" :
  • S’adapter au déplacement urbain (Anna Tibaijuka)
  • Relever les défis humanitaires en milieu urbain (Roger Zetter et George Deikun)
  • Obstacles à la protection des personnes relevant de la compétence de l’UNHCR en contexte urbain (António Guterres)
  • Déplacement urbain et migration en Colombie (Sebastián Albuja et Marcela Ceballos)
  • En Europe, les PDI en milieu urbain peuvent être invisibles (Marzia Montemurro et Nadine Walicki)
  • Profilage des PDI en milieu urbain (Anne Davies et Karen Jacobsen)
  • Améliorer les conditions de vie à Bossaso, Somalie (Filiep Decorte et Ombretta Tempra)
  • Populations pauvres et déplacées de Khartoum (Elisabetta Brumat)
  • Voyage vers l’exclusion sociale en Colombie (Rubén Darío Guevara Corral et Diego Andrés Guevara Flétcher)
  • La détresse des femmes réfugiées en milieu urbain en Malaisie et Égypte (Dale Buscher et Lauren Heller)
  • Santé des réfugiés en milieu urbain : surmonter les difficultés (Paul Spiegel and the Public Health and HIV Section at UNHCR)
  • Réseaux de soutien parmi les PDI urbains de Géorgie (Namrita Singh et Courtland Robinson)
  • Éducation et autonomie en Égypte (Marisa O Ensor)
  • L’abri urbain et les limites de l’action humanitaire (Kate Crawford, Martin Suvatne, James Kennedy et Tom Corsellis)
  • Les réfugiés et l’espace dans les zones urbaines de Malaisie (Alice M Nah)
  • Les PDI en milieu urbain en Ouganda: victimes de la commodité institutionelle (Hilde Refstie, Chris Dolan et Moses Chrispus Okello)
  • Transition, connexion et incertitude : les PDI de Kampala (Richard Mallett)
  • Réfugiés urbains somaliens au Yémen (Tim Morris)
  • Le déplacement au sein même de la ville en Colombie (Luz Amparo Sánchez Medina)
  • Le rôle des autorités municipales (Elizabeth Ferris)
  • Survivre dans la ville (Jeff Crisp)
  • L’assistance par le biais de cartes de retrait automatique: est-elle efficace ? (Sayre Nyce)
  • Villes solidaires : intégration locale en Amérique latine (Fabio Varoli)
  • Ville sanctuaire – une initiative accueillante au Royaume-Uni (Jonathan Darling, Craig Barnett et Sarah Eldridge)
  • Héberger « l’ennemi » (Harry Jeene et Angela Rouse)
  • Espaces de protection « légitimes » : politique de l’UNHCR relative aux réfugiés en milieu urbain 2009 (Alice Edwards)

mardi 23 mars 2010

Le blog de "Planète Terre" : Globe


L'émission de géographie diffusée chaque mercredi de 14h00 à 14h30 sur France Culture Planète Terre (animée par Sylvain Kahn) s'est enrichie d'un blog depuis février 2010. Le blog Globe propose ainsi de nombreux compléments aux émissions passées ou à venir (à noter prochainement, une émission sur Moscou avec Pascal Marchand et Jean Radvanyi le 24 mars autour de la parution de l'atlas de Moscou dans la très belle collection consacrée aux villes aux éditions Autrement ; le 31 mars une émission conacrée à l'invention du globe avec Christian Grataloup et Pierre Monet ; le 7 avril une émission consacrée à la géographie sur Internet avec Patrick Poncet et Thierry Joliveau dans laquelle il sera certainement question de "neogeography" ; ou encore le 21 avril une émission sur les impacts du pouvoir politique dans l'agencement des villes en Asie centrale, notamment autour des dérives autoritaires du pouvoir au Turkménistan, avec Cécile Gintrac, co-auteur de l'ouvrage Achgabat, une capitale ostentatoire).

Le blog Globe propose également de revenir sur l'actualité éclairée par le regard des géographes, comme le souligne les billets consacrés à l'analyse des élections régionales de mars 2010 (notamment autour de l'utilisation de la carte. Voir également à ce propos la brève de comptoir de Gilles Fumey pour les Cafés géographiques : "Carton rouge pour les cartes électorales"). Sylvain Kahn invitera d'ailleurs Martin Vannier et Philippe Subra le 14 avril 2010 à proposer un regard géographique sur ces élections. Le blog est également un excellent moyen pour se tenir au courant des différentes interventions médiatiques des géographes. La liste des blogs de géographie devient de plus en plus conséquente, et force est de constater la qualité et le plaisir de lire beaucoup d'entre eux : on pense notamment aux blogs Rumor (Eric Verdeil), Planète Vivante (Marie-Sophie Bock-Digne) ou Monde géonumérique (Thierry Joliveau).



jeudi 18 mars 2010

"Sturm / La révélation" : un film sur le TPIY


Présenté à la Berlinale 2009, le film La révélation (titre original : Sturm), réalisé par Hans-Christian Schmid, propose de plonger les spectateurs dans les rouages du jugement d'un criminel de guerre au TPIY (tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie). Ce film est une fiction qui nous entraîne à suivre Hannah Maynard,  procureur au tribunal de Den Haag, alors qu'elle mène l'accusation contre Goran Duric, un ancien général de l'armée populaire Yougoslave, accusé de crimes de guerre lors du conflit en Bosnie-Herzégovine (voir le synopsis et une critique).


Une lecture géopolitique :
La première lecture que l'on peut faire de cette fiction est géopolitique, du fait de l'importance de la mise en scène des personnages, comme personnification des diverses forces politiques à l'oeuvre dans ce tribunal. Il est important de ne pas oublier le contexte dans lequel a été créé le TPIY : cette justice internationale est à la fois une grande réussite de la communauté internationale (puisqu'il s'agit du premier tribunal international qui ne met pas en scène des vainqueurs jugeant des vaincus, mais amenant les criminels de guerre à répondre de leurs actes quelque soit leur "camp") et un profond échec (le TPIY a été créé pendant la guerre, comme une sorte de "justification" relevant de la "bonne conscience" de la communauté internationale face à son manque d'intervention : rappelons que pendant 3 ans ont été déployés en ex-Yougoslavie des Casques bleus qui avaient pour mission d'apporter une aide humanitaire aux populations mais n'avaient aucun droit d'intervenir dans le conflit. Il a fallu attendre le passage d'une intervention ONU à une intervention OTAN pour que la communauté internationale prenne part au conflit en tant que force armée, et ce en 1995). Les personnages sont ainsi une mise en perspective des rivalités de pouvoir qui s'opposent dans le TPIY. Le personnage principal, en tant que procureur défendant l'accusation, représente ainsi les intérêts d'une justice internationale qui peine à se définir, entre des acteurs finançant le TPIY et cherchant à le fermer le plus rapidement possible (l'Union européenne est ainsi mise en scène par le biais du conjoint d'Hannah), entre les différents juges (soumis eux aussi à des pressions entre financement et volonté de traduire la justice), les victimes et leur désir de justice (parfois au prix de mensonges), les criminels de guerre eux-mêmes et leurs avocats (l'avocat de Goran Duric rappelle ainsi à Hannah combien son client est un héros dans son pays, faisant référence à toute la mythification des criminels de guerre pour les uns, héros de guerre pour les autres, et toute la folklorisation de la vie politique que l'on avait déjà abordé à propos de l'ouvrage d'Ivan Colovic, Le Bordel des guerriers). Autant de personnages permettent au réalisateur de donner un aperçu des discours politiques et des jeux de pouvoir qui font les relations internationales.


Une lecture géographique :
Une seconde lecture de ce film est géographique et s'attache aux lieux et aux cheminements empruntés par Hannah pour obtenir la condamnation de Goran Duric. Hannah parcourt ainsi de nombreux lieux, sans qu'on l'aperçoive dans les différents modes de transport, à l'exception de quelques scènes de taxi. Le film est rythmé par cette approche spatiale qui entraîne le spectateur depuis le bureau d'Hannah et la salle de tribunal, jusqu'à la banlieue de Sarajevo et aux villages où elle tente d'obtenir des preuves incriminant Goran Duric, à Berlin où elle cherche à convaincre une jeune femme de témoigner, mais aussi des chambres et de nombreux halls d'hôtel, des plages, des couloirs... Hannah est un personnage en constant mouvement, que l'on voit le plus souvent immobile. Une métaphore des (im)mobilités de la justice internationale. Les lieux de l'intime se mélangent aux lieux de l'enquête et aux lieux de la pratique de la justice internationale. Le spectateur met toujours un instant avant de comprendre où se retrouvent le personnage. De ce rythme saccadé, le film tire parti des lieux, plutôt que des territoires ou des espaces, pour entraîner le spectateur dans les doutes et les difficultés pour cette procureur de mener une instruction dans laquelle les enjeux politiques sont omniprésents.


=> Le film ne se donne pas pour objectif d'expliquer le conflit de Bosnie-Herzégovine, et ne fait pas l'erreur de laisser penser qu'il est un documentaire, mais entraîne, par le biais de la fiction, à se questionner sur le fonctionnement de la justice internationale (rappelons le paradoxe même de l'existence d'une justice - pouvoir régalien - internationale), sans dénonciation "facile".






mercredi 10 mars 2010

"La ville du risque"


L'École nationale supérieure d’architecture de la ville & des territoires à Marne-la-Vallée (ENSA VT) organise un colloque consacré à "La ville du risque" le jeudi 1er avril 2010 dans les locaux de l'Ecole à Marne-la-Vallée (accès) à partir de 9h30.


Présentation par l'organisateur :
"Les conditions de fabrication des villes ont toujours été déterminées par les risques auxquelles celles-ci s'exposaient : risque d'invasion, risque naturel, risque social ou politique. Ces risques s'expriment aujourd'hui sous une forme nouvelle. L'inquiétude face aux risques naturels et climatiques, la montée des incivilités et des violences urbaines dans les quartiers d'habitat social, la menace terroriste dans les lieux publics à forte fréquentation ou la crainte des mouvements de foules lors de grands événements culturels ou sportifs, remettent aujourd'hui en cause de nombreuses modalités des projets urbains et architecturaux. Les situations où la gestion de ces risques est prépondérante deviennent de plus en plus nombreuses. L'objectif du colloque est de nous éclairer sur les incidences de ces nouvelles menaces dans la conception des espaces contemporains".

 

Programme : voir le détail

Accueil par Jean-Michel Knop, directeur de l’École nationale supérieure d’architecture de la ville & des territoires à Marne-la-Vallée (ENSA VT)

Introduction par Paul Landauer, architecte, maître-assistant à l’ENSA VT

"L’empilement des expertises face aux vulnérabilités de la ville"Jean-Pierre Galland (sociologue, chercheur au LATTS, maître de conférence à l’École des Ponts ParisTech)

"La diffusion des formes d’enclavement résidentiel : du contrôle de l’ordre urbain à la croissance des risques induits"
Renaud Le Goix (géographe, maître de conférence à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

"L’instrumentalisation du risque : l’exemple de la rénovation urbaine"
Bertand Vallet (doctorant en sociologie urbaine à l’Université Paris X Nanterre, chargé de projets au Plan urbanisme construction et architecture)

"L’empreinte des risques"
Valérie November (géographe, professeur à l’École polytechnique fédérale de Lausanne)

"Les engagements militaires en zone urbaine"
Loup Francart (général, directeur d’Eurocrise)

"Les risques terroristes et la ville : limiter l’impact et produire une résilience urbaine"
Rémi Baudouï (politologue et urbaniste, professeur à l’Université de Genève)


jeudi 4 mars 2010

"Bagdad 1920-2010 : Patrimoine urbain et mémoires collectives en question"


L'Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman (IREMAM) organise une rencontre-débat autour de la question de "Bagdad 1920-2010 : Patrimoine urbain et mémoires collectives en question" avec Caecilia PIERI (doctorante en histoire urbaine à l'EHESS, auteur de l'ouvrage Bagdad arts déco, éditrice aux Editions du Patrimoine), le vendredi 12 mars 2010, à 14h30, à la Maison méditerranéenne des sciences de l'homme (MMSH) d’Aix-en-Provence, salle Paul-Albert Février. La séance sera animée par Edouard Méténier (historien, Université de Provence). Caecilia PIERI est spécialisée dans l'édition d'architecture et de patrimoine depuis plus de 20 ans. Elle termine un doctorat sur la transformation architecturale et urbaine de Bagdad entre 1920 et 1960. Directement en lien avec les problématiques qui préoccupent ce blog, la deuxième partie de son intervention sera consacrée aux effets de la guerre sur l'urbanisme au quotidien, la segmentation des quartiers...



Présentation de la rencontre-débat :
"A partir du mandat britannique (1920) et de l’avènement du premier royaume d’Irak (1921), Bagdad a connu un essor architectural et urbain sans précédent, à la faveur duquel ce chef-lieu de province ottomane est devenu une capitale « moderne ».

Portée par un projet colonial puis par la dynamique d'une construction nationale, cette transformation s’incarne dans l’indépendance, acquise dès 1932. Elle se caractérise par le renouvellement des formes de l’habitat, par un croisement des références entre modèles venus d’Europe et réinterprétations locales, enfin par une évolution, complexe et parfois conflictuelle, des pratiques citadines.

Les vieilles demeures ottomanes et les quartiers résidentiels verdoyants construits sur le principe des villes-jardins n’ont pas été détruits par les guerres, contrairement à l’image partielle qu’en donnent souvent les médias, mais ils sont aujourd’hui en déshérence. Les maisons se vident et se détériorent faute d’entretien, et l’ancien centre résidentiel tend à se paupériser.

L’exposé fournit un panorama des différentes phases de cette évolution ; il montre comment la ville est actuellement sujette à un processus de fragmentation socio-spatiale qui remet en question ce cadre urbain, en tant que patrimoine mais aussi en tant que base d’une mémoire et d’un projet collectifs. La « reconstruction » imminente, lieu de tous les appétits, constitue à cet égard une menace radicale".

mercredi 3 mars 2010

Des cafés géo, humanitaire et urba


Voici quelques rendez-vous à ne pas manquer pour en savoir plus sur la géographie, la guerre et/ou la ville autour d'un café...


Urbaniser le monde ? Le cas des pays du sud (Paris)
Un café urba avec Jacques De Courson (urbaniste, Président d’Urbanistes Du Monde, auteur du livre Le goût du pouvoir), le 9 mars 2010 de 18h00 à 20h00, au café L'escalier à Paris (105 rue du Faubourg Saint-Denis, 10ème arrondissement, métro Gare de l'est). Voir les prochains cafés urba prévus.


Les Balkans dans l'Europe (Liège)
Un café géo avec Michel Sivignon (professeur émérite de géographie, spécialiste des Balkans et tout particulièrement de la Grèce, auteur de l'ouvrage Les Balkans : une géopolitique de la violence), le 12 mars 2010 à 20h00, au Creham à Liège (Parc d'Avroy). Voir la présentation du café.


L'humanitaire, une mission pour les villes ? (Paris)
Un café humanitaire avec Bertrand Gallet (Directeur général de Cités Unies France), Bernard Pignerol (Délégué général aux Relations internationales de la Mairie de Paris) et Christine Ratzel Togo (Adjointe au Maire d'Aubervilliers), de 19h00 à 21h00 au Snax Kfé à Paris (182 rue Saint Martin, 3ème arrondissement, métro Rambuteau).


Géographie et cinéma en festivals


Les mois de mars et d'avril sont des plus propices pour ceux qui aimeraient découvrir les liens entre géographie et cinéma, tout particulièrement sur les thématiques de la ville et de la guerre. Voici quelques événements qui ne manqueront pas d'intéresser ceux qui joignent le cinéma-plaisir à la réflexion.

A ce propos, on suivra la rubrique "Des films" des Cafés géo, qui proposent des comptes-rendus pour une lecture géographique des films actuellement en salle. Dans la même optique, on consultera la rubrique "Films" du blog Samarra, qui propose autant de regards historiques que géographiques sur des films récents. On suivra aussi le blog Urbanisme et fictions tenu par Patrick Craveri, tout particulièrement axé sur la science-fiction (mais pas de manière exclusive !).



Ville et cinéma (Nantes)
A débuté aujourd'hui, jusqu'au 6 mars 2010, le festival "Ville et cinéma" à Nantes, à l’École Nationale d’Architecture (ENSA) et au cinéma Katorza. Ce festival s'inscrit dans un cycle de conférences sur la thématique "Ville et cinéma". Les projections de films sont accompagnées de rencontres avec les réalisateurs, et sont regroupées par thématique. Au programme (voir le détail) : les villes chinoises, Tokyo, Téhéran, Los Angeles, la ville dans le polar. A signaler, le site du film est accompagné d'un passionnant blog (voir, par exemple, le billet sur le "Cinéma de science-fiction et imaginaires de la mobilité").

Sur cette thématique, on retrouvera deux numéros de revues :
- "La Ville au cinéma", Les Cahiers du Cinéma, 2005.
- "La Ville au cinéma", Urbanisme, n°328, janvier/février 2003 (voir l'éditorial sur le site de la revue).



Le Festival Géocinéma (Bordeaux)
Comme chaque année, le Festival Géocinéma, organisé par l'Université de Bordeaux III, propose des films et des conférences sur un thème au prisme du regard géographique. Un événement important qui permet de promouvoir l'importance et la pertinence de l'analyse spatiale. Après avoir proposé l'an dernier des projections sur l'étranger, le Festival Géocinéma propose cette année de travailler sur la question de l'enfermement. Voir le programme de cette édition 2010.

"Des hôpitaux psychiatriques, aux prisons, en passant par les centres de rétention, l’enfermement est au cœur de l’actualité. Il se manifeste par la multiplication des murs, des clôtures, des frontières de toute sorte. Mais l’enfermement, ce n’est pas seulement une affaire d’architecture ou de paysage, c’est aussi une expérience, celles d’hommes et de femmes parfois des enfants privés de libertés, contraints, reclus, assignés à des lieux. Cette expérience extrême parle à tous par l’entremise des puissantes images qu’elle cristallise. Le festival Géocinéma se saisit de l’enfermement pour en faire le thème de l’édition 2010. A travers des oeuvres cinématographiques, la géographie sera sollicitée pour discuter la réalité et l’imaginaire de l’enfermement. Que celui-ci soit réel, métaphorique, contraint ou choisi, il sera appréhendé sous ces multiples facettes. Les films retenus et présentés par des experts porteront sur des lieux variés, prisons, asiles, centre de rétention, résidences fermées, couvent, sur des situations particulières comme celle de la maladie mentale, ou encore du corps différent. L’objectif est de favoriser un débat sur les lieux et l’expérience de l’enfermement à partir du regard et du savoir géographiques".

A ce propos, on (re)découvrira le n°4 des Cahiers d'ADES consacré aux "Espaces d'enfermement, espaces clos" (actes de la journée d'études de DocGéo, 20 mai 2008, Bordeaux). On lira également l'excellente thèse d'Olivier Milhaud proposant une analyse géographique de la prison : Séparer et punir. Les prisons françaises : mise à distance et punition par l'espace (thèse soutenue le 30 novembre 2009, à l'Université de Bordeaux III). A découvrir également l'exposition photographique consacrée à la prison : L'impossible photographie, prisons parisiennes (1851-2010) qui se déroulera au musée Carnavalet (Paris) jusqu'au 7 juillet 2010 (voir la liste des conférences données à cette occasion).



Le Festival Territoires en Images (Paris)
Pour sa 14ème édition, le Festival Territoires en Images, organisé par l'association Arrimage, propose une exposition photographique sur la thématique "Racines" et des projection de films qui mettent en exergue les territoires (les films sélectionnés doivent ainsi présenter une réflexion sur la notion de territoires : "Qu’est-ce qu’un territoire, des territoires ? Devant ma porte ou ma maison, ma rue, mon quartier, ma ville, mon pays, ma planète ? C’est tout à la fois un paysage familier, un cadre de vie, un lieu de mémoire, un bassin d’emploi, un milieu naturel, un réseau de relations, une aire de sociabilité, une source d’identité collective, un espace politique, un patrimoine à protéger... et pourquoi pas une place, une usine, un trajet, un terroir ?"). Le Festival se déroulera les 26 et 27 mars 2010 (un vernissage de l'exposition de photographies est également prévu le 25 mars 2010) à l'Institut de géographie de Paris.



Un cycle de conférences à la Société de géographie sur l'alimentation : "Saveurs, voir et savoir" (Paris)
Ce cycle de conférences s'organise autour de projections et de débats sur des extraits de films permettant de questionner les enjeux multiscalaires de l'alimentation. Les prochaines séances (voir le programme complet et les modalités d'inscription) :

- Jeudi 11 mars 2010 : La faim : en parler, en sortir (extraits de Le début de la faim)
- Jeudi 1er avril 2010 : Deux cultures alimentaires : l’Afrique (extraits de Imadsag) et l’Asie (Tampopo)
- Jeudi 6 mai 2010 : Nos peurs alimentaires : alimentation et santé (Fast food nation, Super size me)
- Jeudi 27 mai 2010 : Alimentation et imaginaire (extraits de Charlie et la chocolaterie, Sorcellerie culinaire et Delicatessen)


A découvrir également les travaux de Bertrand Pleven, doctorant en géographie et formateur à l'IUFM de Paris, qui parcourent le lien entre géographie, ville et cinéma (notamment ses articles parus dans la revue Géographie et cultures : "Film : Los Angeles : échappées urbaines. Waasup rockers", 2009, n°70, pp. 141-143 ; ou dans la revue La GéoGraphie à la rubrique "cinéma" ; ou dans la rubrique "Des films" des Cafés géo).



Le Festival International du Film des Droits de l'Homme (Paris)
L'édition 2010 du Festival International du Film des Droits de l'Homme s'ouvrira le mardi 9 mars 2010 et durera jusqu'au mardi 16 mars, au Cinéma Le nouveau Latina à Paris. L'occasion pour ceux qui pourront s'y rendre de découvrir de nombreux films et documentaires sur les guerres, les conflits oubliés, les trafics illégaux, les criminalités... Le principe du Festival repose sur une sélection d'une trentaine de films proposés aux spectateurs, pour une grande partie en avant-première, qui s'interrogent sur la défense des Droits de l'Homme comme sur les situations où ces derniers ne sont pas respectés. Voir le programme et la liste des films présentés lors de l'édition 2010.



Ville et cinéma roumain (Paris)
Des projections de films sur le lien entre "Ville et cinéma roumain" auront lieu à la Cité de Chaillot (Paris) les 9 et 10 avril 2010. Au programme, des films documentaires sur la ville de Bucarest (Chantier/ Ioane, cum e la constructii ?, Off the map. In Bucharest, et Sample City) et des films de fiction mettant en exergue la ville dans le cinéma roumain (4 mois, 3 semaines et 2 jours, et 12.08 à l’Est de Bucarest). Les séances seront entrecoupées de conférences revenant sur la ville perçue et conçue par le cinéma roumain. Voir le programme.