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lundi 1 juillet 2013

Le projet "Skopje 2014" (2) : géographie d'un conflit d'aménagement : approche par les espaces de la mobilisation et de la contestation

C'est dans la perspective présentée dans le billet introductif, où l'on appréhende la (re)construction comme destruction, que l'on se propose d'observer ici le projet "Skopje 2014" en Macédoine. La réécriture de l'histoire par l'espace participe ici d'un mémoricide, dans la mesure où il s'agit d'utiliser l'espace pour inscrire une mémoire (voir les billets sur les lieux de mémoire), et par voie de conséquence d'effacer d'autres aspects de la mémoire.

Afin d'appréhender ce conflit et ses différentes dimensions, on propose cette série de billets, autour de deux axes :
1/ Skopje 2014 : géographie d'un conflit d'aménagement
2/ La (re)construction comme violence symbolique ?

Voici un premier billet sur le premier axe : "Skopje 2014 : géographie d'un conflit d'aménagement", qui propose d'interroger les espaces de la mobilisation/contestation dans le cadre de ce projet d'aménagement conflictuel à plusieurs échelles.  Ce billet discutera d'une part quelques cadrages théoriques sur l'approche géographique des conflits (loin d'être exhaustifs !) qui permettront d'autre part de confronter les espaces de la mobilisation et les espaces de la contestation, afin de comprendre les différentes échelles de la diffusion spatiale de ce conflit d'aménagement.

mercredi 23 janvier 2013

"Quel(s) avenir(s) pour les villes dans le monde au XXIe siècle ?"

La saison des cours publics de l'Université Rennes 2 propose, pour la saison 2012-2013, un cycle de conférence consacré à "La Ville Demain. Villes et défis urbains dans le monde au XXIe siècle" jusqu'au 8 avril 2013 (voir le programme). Pour la séance inaugurale de ce cycle du 1er octobre 2012, l'IAUR (Institut d'aménagement et d'urbanisme de Rennes) a invité le philosophe de l'urbain Thierry Paquot qui revient sur cette "urbanisation (qui) ne crée pas nécessairement des villes au sens où nous, Européens, nous l'entendons habituellement".

Après un cadrage théorique sur les quatre grandes questions que posent la ville et l'urbanisation :
  • sur la question sociale et "l'apparition de classes sociales qui n'existaient pas auparavant, avec quelque chose qui n'existait pas non plus qu'on appelle la vie quotidienne, rythmée par du travail salarié, par des loisirs, par du temps de repos, etc.", notion nouvelle et urbaine,
  • sur la question urbaine qui est "celle de la localisation d'une population un peu flottante qui quitte les campagnes et qui doit s'installer pour justement épouser la question sociale" qui pose des questions de migrations, de transports, de ségrégations, etc.,
  • sur la question communicationnelle notamment autour de l'invention de la science des villes en revenant à la définition de l'urbanisme proposé par Idenfonso Cerda, redécouvert par Françoise Choay,
  • et sur la question environnementale et du développement durable confronté au réchauffement climatique et aux usages énergétiques, qui "confirme que nous sommes tous sur la même terre, qu'il n'y a plus de possibilité de s'isoler des catastrophes naturelles ou des catastrophes naturellement dominées par les êtres humains")
Thierry Paquot propose ensuite de distinguer cinq formes d'urbanisation planétaire (qui donnent lieu également à des hybridités par des mixités entre ces formes) qui "vont perdurer dans les dix/vingt/trente/quarante ans à venir" :
  • le bidonville ("la première forme quantitative, du moins démographique, d'urbanisation planétaire" qui "naît déjà au XIXe siècle" par taudification et surdensification de certaines parties de villes et rappelle le poids de la question sociale et la priorité de la question de la propriété du sol),
  • les mégapoles (qui posent "la question de la taille, la question démographique (qui) est une question taboue"),
  • les villes globales (que Saskia Sassen "définit comme une ville qui est dénationalisée", "qui n'est plus au diapason avec le pays où elle se trouve", qui est planétaire, qui "assure la globalisation économique à l'échelle mondiale"),
  • les enclaves sécurisées (les "villes avec une porte", qui est "le produit immobilier le plus commercialisé au monde", formes dans lesquelles "les murs sont à l'intérieur de la ville", "et surtout dans les têtes", "formes de ségrégation beaucoup plus fortes, puissantes, parce que considérées comme légitimes et comme évidentes"),
  • les petites et moyennes villes (dont il rappelle l'importance de ne "pas les sous-estimer ni les oublier, parce qu'elles jouent un rôle démographique important" mais qui se construisent "plus comme des petites villes-dortoirs : on y vit plutôt bien, mais on va travailler ailleurs, mais on va étudier ailleurs, mais on va correspondre ailleurs, mais on revient quand même dans cette petite ville"),
  • et l'urbain diffus, dernière catégorie, qui n'est pas une forme d'urbanisation, mais qui "est quelque chose qui vient envelopper ces cinq formes", qui "montre que l'on sort de la ville", ce que Thierry Paquot appelle "l'après-ville".


Quel(s) avenir(s) pour les villes
dans le monde au XXIe siècle ?



Présentation de la conférence :
"L’urbanisation, dorénavant planétaire, s’effectue selon diverses modalités, parfois avec des villes et souvent sans villes et même contre elles ! Après avoir rapidement décrit les cinq principales formes de l’urbanisation, Thierry Paquot examinera les tendances à l’œuvre ici ou là pour mieux circonscrire et évaluer leur(s) devenir(s). Il s’agit non seulement de saisir les ressorts de ces formes urbaines en cours de reconfiguration que d’étudier l’urbanisation des mœurs et les évolutions qui affecteront les modes de vie (rapport au territoire, temporalités, déplacements, etc.) et de gouvernance des citadins (citoyenneté à démocratie variable, concertation, citadinité…)."


Sources :
  • Programme des cours publics 2012-2013, Site de l'Université Rennes 2.
  • Archives multimédias pour le cycle 2012-2013, Site de l'Université Rennes 2.

Autres conférences disponibles à la (ré)écoute :

Conférences à venir :
  • "La ville en mouvement : ségrégation, mixité sociale et nouvelles formes urbaines" (Jean-Pierre Lévy, 4 février 2013)
  • "L'art dans la ville. De la provocation à la coopération" (Marion Holfeldt, 4 mars 2013)
  • "Vivre dans les cités géantes du Sud. L'exemple des métropoles d'Amérique latine" (Vincent Gouëset, 8 avril 2013)

mercredi 28 novembre 2012

Urbanités : un film de géographe (Jacques Lévy)

Le film du géographe Jacques Lévy, Urbanités, sera projeté en avant-première le cendredi 7 décembre 2012 à 18h30 à l'ENS de Lyon (Ecole Normale Supérieure, site ENS LSH, 15 parvis René Descartes, amphithéâtre Descartes, métro Debourg, Lyon).



Présentation sur le site de l'ENS :
"Nous aurons le plaisir d'accueillir Jacques Lévy pour une projection en avant-première d'Urbanités.

Inspiré par le dialogue intense avec Les Villes invisibles, texte d'Italo Calvino, le film explore le concept d'urbanité à travers l'observation des villes du Monde, tout particulièrement en Chine. Se voulant une contribution au renouveau du film scientifique, ce film est aussi un manifeste pour un nouveau type de langage cinématographique.

La projection sera suivie d'un débat avec le réalisateur.

Jacques Lévy est géographe et urbaniste, professeur à l'ÉPFL (Lausanne) où il dirige le laboratoire Chôros."


Source de l'information :
Site de l'ENS de Lyon.


D'autres films de géographes :
A retrouver sur le site de Doc2Géo (avec des films sur Cotonou, le Delta du Nil, Antanarivo, Dakar, la Bolivie, Vancouver, Vera Cruz, Aréquipa, Maracaïbo, Pékin, Deng, Kawah Ijen, Karakorum, Okinawa, l'Auvergne, Naussac, le canal de Bourgogne, Paris et son agglomération, la Normandie, la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, la Slovénie, la Catalogne/Corse/Portugal/Sardaigne, l'Australie).



Du passé faisons table rase... Pékin 2003


En attendant la projection-débat du film Urbanités de Jacques Lévy, voici le fil de Gaële Lavoué, déposé sur Doc2Géo, autour des rénovations urbaines à Pékin à l'occasion de la prépartion des J.O.

Présentation sur le site de Doc2Géo :
"Une rénovation urbaine radicale. Au prétexte des jeux olympiques, une partie du vieux Pékin est rasée. Habitants, administrateurs, architectes chinois et étrangers, explicitent cette politique".



Source du film :
Gaële Lavoué, "Du passé faisons table rase... Pékin 2003", Doc2Géo, 2011.


lundi 2 janvier 2012

"La mobilité des pauvres" (Sylvie Fol)

Il a souvent fait référence à la question des mobilités contraintes/forcées dans les billets de ce blog. Mais, avant d'être "en guerre", les villes questionnées ici sont des villes "ordinaires". La question des mobilités/immobilités des habitants "ordinaires" pendant la guerre ne peut être comprise sans prendre en compte le contexte de l'immédiat avant-guerre, c'est-à-dire les infrastructures de transport (avant destructions/entraves à la mobilité) et les inégalités socio-spatiales pré-existantes telles qu'elles dessinent une (in)justice spatiale dans la ville. Celle-ci peut devenir un facteur aggravant dans la guerre, et plus encore dans l'immédiat après-guerre. La question des (im)mobilités contraintes/restreintes/interdites (voir le billet "Mobilités éprouvantes : se déplacer dans les villes en guerre" du 4 avril 2010) dans la guerre ne doit pas faire l'économie des travaux sur les mobilités urbaines dans les villes "ordinaires", tant il s'agit dans le contexte de l'immédiat après-guerre et de la reconstruction d'un potentiel facteur d'émergence ou de réactivation de tensions sociales qui mettent à mal la pacification des territoires (voir le billet "Les risques de la reconstruction" du 26 février 2009).



Sylvie Fol, 2009, La mobilité des pauvres. Pratiques d'habitants et politiques publiques, Belin, collection Mappemonde, Paris, 264 p.


"A partir d’exemples de villes en France, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, Sylvie Fol interroge dans cet ouvrage la réalité d’une « injonction à la mobilité » pour ceux qui n’y ont pas ou peu accès : les groupes sociaux les plus défavorisés dans les villes. Elle questionne les pratiques spatiales des ménages pauvres au prisme de la dépendance automobile pour les uns, de la dépendance à des réseaux de transport en commun qui dessine une géographie des inégalités pour les autres. « Les mobilités apparaissent ainsi aujourd’hui « constitutives de la société urbaine contemporaine ». La possibilité de se mouvoir, dans des sociétés urbaines de plus en plus complexes et diversifiées, conditionne l’accès à des ressources qui se trouvent rarement à proximité les unes des autres » (p. 11). Sylvie Fol, prenant acte de ces transformations majeures dans les villes des pays dits développés depuis les années 1990, propose un regard éclairé et éclairant sur les (im)mobilités des plus pauvres : elle questionne les réalités de l’ancrage dans le quartier, qu’elle confronte à l’idée d’« assignation », osant un regard sans concession sur les effets des politiques publiques et termes d’aménagements urbains, d’aide à la motorisation et de développement des transport en commun. La mobilité, considérée dans les politiques urbaines comme un capital, est-elle toujours vécue par les habitants comme un « progrès » ?".




Source du compte-rendu : Bénédicte Tratnjek, "La mobilité des pauvres. Pratiques d'habitants et politiques publiques (Sylvie Fol)", Cafés géographiques, rubrique "Des livres", 2 janvier 2012, en ligne : http://www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=2332


mercredi 16 mars 2011

"Beyrouth et ses urbanistes. Une ville en plans (1946-1975)" (Eric Verdeil)

Eric Verdeil, géographe spécialiste de la ville de Beyrouth en particulier et des villes du monde arabe en général, propose un ouvrage consacré à l'urbanisme de Beyrouth non dans l'immédiat après-guerre (période à laquelle il a d'ailleurs consacré une thèse de géographie), mais dans la période située entre l'indépendance du Liban et la guerre civile. Parce que l'urbanisme est un outil du politique, il analyse dans cet ouvrage non seulement les projets urbanistiques réalisés, mais aussi tout ceux qui ont été abandonnés en cours de route, présente les rivalités de pouvoir, d'influence, d'idées qui se dessinent dans l'agglomération beyrouthine, ville rêvée, ville disputée, ville construite.


Eric Verdeil, Beyrouth et ses urbanistes. Une ville en plans (1946-1975), Presses de l’IFPO (Institut français du Proche-Orient), Beyrouth, 2010, 397 p.

"Si l’on parle souvent de Beyrouth comme du symbole d’une « ville en guerre » (et ce, même dans des expressions du langage courant), se focalisant principalement sur la période 1975-1990, il est moins courant de lire des ouvrages sur la ville d’avant-guerre. Pourtant, cette période est particulièrement passionnante, notamment pour comprendre les enjeux d’un Etat libanais accédant à l’indépendance et cherchant à asseoir une identité nationale et son autorité sur le territoire. Beyrouth, la capitale, devient une « scène » de ces profondes transformations politiques, sociales et culturelles, qui se traduisent notamment dans l’urbanisme".




A découvrir également :
Eric Verdeil, Ghaleb Faour et Sébastien Velut, 2007, Atlas du Liban. Territoires et société, Presses de l'Institut français du Proche-Orient (IFPO) / CNRS Liban, Beyrouth, 210 p. (disponible dans son intégralité en ligne sur le site des Collections électroniques de l'IFPO).