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Affichage des articles dont le libellé est géographie de l'alimentation. Afficher tous les articles
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lundi 31 décembre 2012

Géographie de Noël et du Père Noël

Suite aux sélections biblio/sitographiques réalisées pour la page facebook des Cafés géographiques (en accès libre, avec ou sans compte), voici un billet revenant sur des ressources en ligne sur la géographie de Noël et du Père Noël. Dans les cadeaux, sur les tables de fêtes, dans les espaces publics et domestiques, Noël est un événement géographique qui permet d'interroger la mondialisation, les spatialités de la fête, l'approche spatiale de la décoration dans les maisons comme dans les rues... Parmi les grands "classiques", le Père Noël est une figure qui n'a cessé d'interroger les sciences humaines, sociales, philosphiques et politiques, comme en témoigne par exemple le texte "Le Père Noël supplicié" de Claude Lévy-Strauss (Les Temps Modernes, n°77, 1952, pp. 1572-1590). La géographie s'est moins interrogée sur ce personnage, comme sur les territoires éphémères des festivités de Noël. Pourtant, la géographie du Père Noël et de l'ensemble des fêtes de Noël restent mal connues. Quelques liens (tout particulièrement les textes de Marc Lohez qui a beaucoup contribué à faire connaître la géographie du personnage mythique qu'est le Père Noël) dans ce billet pour découvrir les problématiques autour de la dimension spatiale des festivités de Noël, dont le Père Noël, personnage laïque, symbolise la mondialisation, à la fois par son parcours à travers le monde et par le voyage des jouets qui se retrouveront au pied des sapins. A (re)trouver également la brève de comptoir "Edition de Noël 2010" revenant sur les textes publiés par Les Cafés géographiques sur la géographie de Noël et le dossier "Géographie de la fête".



dimanche 27 décembre 2009

Un noël géographique


Pour clore ces fêtes de Noël et vous souhaiter à tous de profiter des festivités de fin d'année, quelques liens vers des réflexions sur l'implication de la réflexion géographique pour comprendre et étudier Noël. En témoigne ce dossier de Marc Lohez ("Edition de Noël", Les Cafés géographiques, 5 décembre 2004). En plus d'une carte montrant la naissance et la diffusion du mythe du Père Noël, on découvre ainsi la pertinence des questionnements géographiques pour interroger la dimension spatiale de cette fête et de son personnage emblématique, à travers des réflexions sur les espaces du Père Noël (notamment autour de la question de sa mondialisation, sur les objets symbolisant ces fêtes (crêches et sapins), sur la géographie des saveurs dans les repas de Noël (notamment autour de produits emblématiques de ces fêtes tels que les huîtres et le vin, mais également sur les circuits parcourus par les produits alimentaires pour arriver dans nos assiettes et ainsi composer le repas vécu comme traditionnel), ou encore sur la géopolitique du Père Noël.

Ces différentes réflexions géographiques font écho à de nombreux articles parus dans nos journaux ces jours-ci, et montrent l'intérêt des questionnements sur les fêtes de Noël, depuis la mise en tourisme des marchés de Noël (et parfois même leur exportation) ou même de la maison du Père Noël dans divers lieux (qui se disputent la primauté de cet espace mythique), jusqu'à la diversité des manières de célébrer cette fête de par le monde (témoignant que la mondialisation n'est pas synonyme d'uniformisation), la question de l'utilisation d'objets hautement symboliques (tels que le sapin) d'une fête aux valeurs chrétiennes malgré sa laïcisation dans certaines parties du monde, les tensions géopolitiques qui existent dans certaines régions du monde autour de la célébration de cette fête (parce que Noël est un moment symbolique qui s'exprime dans des territoires), la question de la gestion des déchets provoqués par ces fêtes, ou l'utilisation des nouvelles technologies de l'information (dont les géographes montrent les dimensions spatiales, à l'instar du blog d'Arthur Devriendt ou des Actes du Festival de géographie de 2005 sur la thématique "Le monde en réseaux. Lieux visibles, liens invisibles") pour faire suivre "en direct" à des internautes du monde entier le parcours du Père Noël à travers Google Earth. Et ces questions se recoupent, comme en témoigne cette extraterritorialisation de la dispute territoriale qui opposent Serbes et Albanais au Kosovo dans le cyber-espace, autour de la question de la légitimité des fêtes de Noël dans un territoire où la question de l'identité reste un point de tension très fort.

De quoi alimenter vos réflexions sur les fêtes qui viennent de se dérouler... et vous souhaiter une très bonne fin d'année !



lundi 31 août 2009

L'émission "Nonobstant" avec Sylvie Brunel


La géographe Sylvie Brunel (professeur à l'Université Paris-Sorbonne) est invitée demain de 17h00 à 17h50 sur France Inter pour l'émission de radio "Nonobstant" présentée par Yves Calvi. Spécialiste de la question de l'alimentation dans le monde, elle travaille particulièrement sur les cas de famines, mais également sur les questions humanitaires et sur la mondialisation.


L'occasion de (ré)écouter d'anciennes émissions qui concernent les thématiques abordées dans ce blog :
  • l'émission du 16 juin 2009, avec Pierre Servent, journaliste spécialiste des questions de défense, notamment auteur des Guerres modernes racontées aux civils... et aux militaires (2009),
  • l'émission du 3 juin 2009, avec Antoine Sfeir, politologue et journaliste, directeur des Cahiers de l'Orient, grand spécialiste des questions moyen-orientales,
  • et l'émission du 19 février 2008, avec Gérard Chaliand, spécialiste des questions de sciences politiques, géopolitique et stratégie, auteur de nombreux ouvrages sur la question des guérillas.



dimanche 5 juillet 2009

Colloque "L'Europe, le monde et l'alimentation"


Conseillée par les Cafés géo , la 15ème université d'été de l'innovation rurale aura pour thème "L’Europe et le Monde. De crises en déprises.... L’alimentation à couteaux tirés" (des 5, 6 et 7 août 2009, aux Controverses de Marciac, dans le Gers), intéressera sans aucun doute tous ceux qui se questionnent sur les risques alimentaires, en tant que réalité, mais également en tant que discours. En voici le programme. Pour s'inscrire, téléchargez le formulaire. Voici la présentation faite par les organisateurs (avec de nombreux liens vers des analyses sur la question alimentaire) :



A l’échelle du Monde, la sécurité alimentaire et les équilibres nutritionnels, déjà fragiles, subissent de plein fouet l’actuelle crise financière et économique, ainsi que l’ont dramatiquement révélé, en 2008, les émeutes de la faim dans près d’une quarantaine de pays. Fait nouveau, les pays industrialisés connaissent eux aussi d’inquiétants phénomènes de malnutrition.A qui la faute ? Comment y voir clair dans les arguments avancés ici et là ? Que faut-il faire et à quelles échelles peut-on agir au plus vite ? Un rendez-vous exceptionnel ouvert à tous (agriculteurs, citoyens, associatifs, enseignants, chercheurs, élus...)au coeur du Gers et du festival Jazz In Marciac, avec notamment Edgard Pisani, Pierre Moscovici, Philippe Chalmin, Bertrand Hervieu, et de nombreuses personnalités étrangères. Organisé par la Mission Agrobiosciences et la Communauté de Communes "Bastides et Vallons du Gers".


Un lieu unique d’échanges et de réflexion collective
Entre sous-nutrition et obésité, ce début du 21ème siècle laisse comme une crampe à l’estomac. Inadaptation de l’offre, production insuffisante, carences des mécanismes de régulation, concurrence des agrocarburants, déséquilibres en termes d’accès aux denrées, diminution des ressources naturelles, déstructuration des agricultures locales... Les controverses se multiplient pour désigner les inconciliables, les coupables, les pas capables. Autant d’aspects que souhaite éclairer et mettre en débat ces Controverses de Marciac, organisées par la Mission Agrobiosciences et la Communauté de Communes Bastides et Vallons du Gers. Un lieu unique en France pour confronter, durant trois jours, les points de vue des meilleurs spécialistes français étrangers, non pas conçu sous la forme d’un colloque restreint entre "experts", mais pensé comme un moment d’échanges et de construction collective entre agriculteurs, citoyens, responsables associatifs, industriels, chercheurs, enseignants, élus et pouvoirs publics... En présence de Martin Malvy, ancien ministre, Président de la Région Midi-Pyrénées.


Mercredi 5 août 2009 : Entre pénuries et abondances
LE MATIN : 10h00-13h00
  • Ouverture Jean-Claude Flamant, Président de la Mission Agrobiosciences.
  • Crise financière, crise alimentaire : le retour du protectionnisme ? Par Jean-Luc Gréau, économiste, auteur notamment de "La Trahison des économistes" (Ed.Gallimard, 2008) et de "L’avenir du capitalisme" (Gallimard, 2005).
  • Radiographie d’une crise alimentaire mondiale Par Philippe Chalmin, Professeur d’histoire économique à l’université Paris-Dauphine. Auteur de "Le Monde a faim" aux Editions Bourin (2009).
  • Petite histoire de la faim Par Jean-Luc Mayaud, Professeur d’histoire contemporaine, Université de Lyon 2 Louis Lumière.
  • Regard prospectif sur la crise économique actuelle et la sécurité alimentaire Par Lucien Bourgeois, économiste, membre du Conseil Economique et Social.
  • « A la recherche des équilibres perdus » A l’heure des inégalités sociales, sanitaires et alimentaires, a-t-on déjà connu l’équilibre ?Avec Jean-Louis Rastoin, économiste, Professeur à Supagro Montpellier. Directeur de l’UMR « Marchés, organisations, institutions et stratégies d’acteurs » (Moïsa).
  • Relecture de la matinée, sous l’angle de la malnutrition Yves Martin-Prével, épidémiologiste, chercheur à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) dans l’Unité Mixte de Recherche NUTRIPASS « Prévention des malnutritions et de pathologies associées ».

Débat avec la salle.
Déjeuner

L’APRES-MIDI : 15h00-18h00 : Quatre Controverses

  • Les agrocarburants coupables des crises de la faim ? Aurélie Trouvé, Docteur en sciences économiques, co-présidente d’Attac France Et Pierre Cuypers, Président de la Chambre d’Agriculture de Seine-et-Marne, Président de l’association nationale pour le développement des carburants agricoles (ADECA)
  • Moins consommer de viande : une injonction de riche ? Dialogue entre Jean-Marie Guilloux, Mission Agrobiosciences et Patrick Denoux, Professeur de psychologie interculturelle, Université Jules Verne (Amiens).
  • A-t-on vraiment besoin des OGM pour nourrir le Monde ? Marion Desquilbet, économiste INRA, Ecole d’Economie de Toulouse
  • Malthus avait-il raison : sommes-nous trop nombreux sur la planète ? Par Jean-Marc Boussard, agronome et économiste INRA, ESR MONA.

Intervention-réaction de Guy Paillotin, , Secrétaire perpétuel de l’Académie d’agriculture de France, ancien président de l’Inra

Ponctuation Par Marc Gauchée, essayiste

Débat avec la salle

La Dimension culturelle de la crise Par Patrick Denoux, Professeur de psychologie interculturelle. Université Jules Verne. Amiens

Relecture de la journée ,Par Edgard Pisani, ancien Ministre de l’Agriculture ; ancien Commissaire européen.


Jeudi 6 Août 2009 : Quelles protections face à la crise ?
LE MATIN : 10h00-13h00

  • Relance à partir des débats de la veille Par Gilles Fumey, géographe, enseignant à l’Université Paris IV Sorbonne, animateur du réseau des cafés géographiques, auteur de « Géopolitique de l’alimentation » (Ed. Sciences Humaines, 2008)
  • Quatre forums d’échanges autour des controverses de la veille, avec l’ensemble des participants.
  • Restitutions des forums par Aurélie Trouvé ; Pierre Cuypers ; Patrick Denoux ; Marion Desquilbet ; Jean-Marc Boussard.
  • Réactions de la salle
  • Ponctuation Par Marc Gauchée, essayiste

Déjeuner


L’APRES-MIDI : 15h00-18h00

  • Industries, distributeurs, ONG... Les régulateurs privés en questions. Gilles Allaire, économiste, directeur de recherche Inra
  • Les limites d’un nouveau modèle de gouvernance Nord/Sud. Eve Fouilleux, chercheur en sciences politiques au Cnrs (Centre d’Etudes Politiques de l’Europe Latine) et chercheur associée au Cirad.
  • Intervention-réaction d’Henry Rouillé d’Orfeuil, CIRAD, ancien Président de Coordination SUD, Coordination nationale des ONG françaises de solidarité internationale.
  • Débat
  • Réaction et débat entre quatre personnalités européennes Jan Mulder, député européen Pays-Bas ; Stéphane Le Foll, député européen France ; Jean-Luc Bennhamias, député européen France ; Marie-Hélène Aubert, ex-députée européen France.
  • Grand témoin tout au long de la journée Martin Malvy, ancien Ministre, Président de la Région Midi-Pyrénées
  • Apéritif. Jumelage des Controverses de Marciac (France) avec la Magyar Agrarakadémia (Hongrie). Par István Fehér, ancien Secrétaire d’Etat à l’Agriculture et au développement rural (Hongrie), et Csaba Tabajdi(sous réserve), Député Européen et ancien Secrétaire d’Etat à l’Agriculture (Hongrie)

Vendredi 7 Août 2009 : Tabler sur le politique ?
LE MATIN : 10h00-13h00

  • Grands Témoins relanceurs « Quelles questions posées au politique et au débat public en regard de ces deux journées ? », Par Bertrand Hervieu, sociologue, Secrétaire général du Centre International des Hautes Etudes Agronomiques Méditerranéennes Alberto Massot-Marti, Direction générale des Etudes, Commission Agriculture du Parlement Européen. Et Tomas Garcia Azcarate, chef d’Unité à la DG Agri, Commission européenne.
  • Vu de la Hongrie Par István Fehér, ancien Secrétaire d’Etat à l’Agriculture et au développement rural, et Csaba Tabajdi (sous réserve), Député Européen et ancien Secrétaire d’Etat à l’Agriculture.
  • Vu des Pays-Bas Par Jan Mulder, député européen Pays-Bas
  • Vu de l’Allemagne Par Martin Nissen, Premier Conseiller de l’Ambassade d’Allemagne à Paris, délégué aux Affaires agricoles et Protection des consommateurs.
  • Vu de la France Par Philippe Martin, député, Président du Conseil Général du Gers (pressenti).
  • Vu de Belgique Par Marc Tarabella, ministre belge de la jeunesse, de l’enseignement de promotion sociale et de la formation (sous réserve).
  • Grands Témoins conclusifs Pierre Moscovici, Député du Doubs, ancien ministre délégué aux Affaires Européennes, ancien Député européen. Hervé Lejeune, Sous-directeur général de la FAO (sous réserve)Michel Barnier, Ministre de l’Agriculture et de la Pêche (sous réserve).
  • Déjeuner


L’APRES-MIDI : 15h00-16h00
La Conversation. Retour sur ces controverses et pistes de sujets pour 2010.


vendredi 12 juin 2009

La sécurité alimentaire vue par Frédéric Landy


Frédéric Landy est maître de conférences en géographie à l'Université Paris 10, spécialiste de l'Inde. Il a travaillé tout particulièrement sur la question de la sécurité alimentaire dans son ouvrage Un milliard à nourrir. Grain, territoires et politique en Inde (Belin, collection Mappemonde, 2006). Pour Le Mensuel de l'Université, il revient sur le concept de sécurité alimentaire (vidéo publiée le 5 mai 2009).

A lire également sur les travaux de Frédéric Landy et la question de l'alimentation en Inde :

lundi 30 mars 2009

Nourrir 9 milliards d'hommes


L'émission Planète Terre du mercredi 29 avril 2009 (14h00-14h30 sur France Culture) sera consacrée à la question "Nourrir 9 milliards d'êtres humains" avec pour invitée Marion Guillou (Présidente Directrice Générale de l’Institut National de la Recherche Agronomique - Inra). Une question au coeur des programmes de géographie du secondaire, et une des questions des concours CAPES-agrégation. Mais également, une question qui recoupe l'actualité, autour des émeutes de la faim, du problème de l'effondrement des prix des céréales, des inégalités sociosptatiales dans les pays du Nord comme dans les pays du Sud, de la notion d'arme alimentaire...



Sur la question sur ce blog :

mercredi 18 mars 2009

Problèmes urbains


Etant quelque peu occupée à mes recherches dans la ville de Mitrovica, je tenais à signaler des billets postés dans 2 blogs de géographie des plus intéressants, qui mettent en valeur des problématiques qui affectent directement les villes en guerre, les villes de l'immédiat après-guerre, mais également de nombreuses autres villes de par le monde, qui, face à une urbanisation galopante, doivent faire face à des problèmes de gestion de plus en plus accrus et de plus en plus diversifiés : la répartition inégale (et inégalitaire) des ressources en eau ("L’eau : des tensions transfontalières aux conflits intra-urbains" dans le blog Planète Vivante, 17 mars 2009), les conséquences d'une urbanisation galopante dans les villes africaines ("L’Afrique et l’explosion urbaine", sur le blog Géo trouve tout, 17 mars 2009), et les liens entre exode rural et émeutes de la faim ("Exode rural et faim", Géo trouve tout, 18 mars 2009).


mercredi 14 janvier 2009

Emission "Alimentation, développement et santé"


L'émission Planète Terre de ce mercredi 14 janvier 2009 était consacrée au sujet "Alimentation, développement et santé : une géographie engagée", avec pour invités Jan Bitoun (géographe à l’Université fédérale de Pernambouc, Récife, Brésil), Françoise Plet (professeur de géographie, Université Paris 8 Saint-Denis) et Magda Zanoni (écologue, Maître de conférences, Université Paris 7 Denis Diderot). Cette émission peut être réécoutée pendant un mois environ, et devrait intéresser particulièrement les étudiants de classes préparatoires travaillant sur la question de l'environnement et de la santé, et les agrégatifs avec la question " Nourrir les hommes".


Résumé par Sylvain Kahn:
"Pour célébrer son 40° anniversaire, l’université Paris 8 Vincennes Saint Denis a notamment choisi de consacrer un colloque international au grand géographe brésilien Josué de Castro [du 15 au 17 janvier 2009, à l'Université Paris 8, Saint-Denis. Voir le programme]. Cette manifestation, qui s’ouvre demain et dure trois jours, est organisée par le département de géographie. Josué de Castro, qui aurait eu 100 ans cette année, compte parmi les grandes figures intellectuelles engagées dans le Centre Universitaire expérimental de Vincennes dès sa création en 1969. Médecin, professeur de géographie à Recife, on lui doit dans les années 50 une œuvre plurielle : il est l’auteur d’une géographie de la faim traduite dans 25 langues, il est l’inventeur du programme scolaire d’alimentation du Nordeste – ce quart nord-est archi inégalitaire et pauvre du Brésil ; il fut aussi le second directeur de la FAO, l’agence des Nations Unis pour l’alimentation et l’agriculture et député fédéral du Pernambouc. Le coup d’Etat de 1964 contraint à l’exil l’Ambassadeur du Brésil auprès de l’ONU qu’est alors Josué de Castro, qui s’installe à Paris. « Santé, développement, alimentation : la géographie engagée », c’est le sujet de Planète terre cette semaine".


jeudi 23 octobre 2008

Le blog "Développement & Sécurité alimentaire"


Boubacar Ba, docteur en géographie, tient un blog sur les liens entre déveoppement et sécurité alimentaire en Afrique noire. Il a présenté en septembre 2006 une thèse intitulée Etude géographique de l'agriculture en Afrique noire : Analyse des productions céréalières et des systèmes alimentaires au Sénégal. Par ailleurs, sur son blog sous-titre "Mon espace de liberté", il propose d'élargir cette analyse à l'ensemble des pays d'Afrique noire. A découvrir, notamment, des articles sur "L'alimentation : l'exemple chinois pour nourrir l'Afrique" ou "Sémantique de l'approche alimentaire et ses rapports aux territoires". Le blog ne fournit que peu d'articles, mais intéressera certainement tous ceux qui sont plongés dans la préparation du CAPES et de l'agrégation, et offre quelques pistes de réflexion sur la situation et les défis alimentaires en Afrique noire, ainsi que des développements détaillés sur le cas du Sénégal.

Le marché de Treichville à Abidjan
Crédits photographiques : TRATNJEK Bénédicte

mardi 21 octobre 2008

Nourrir les hommes : une conférence



La Société de géographie organise une conférence-débat sur le nouveau thème de l'agrégation et du CAPES : "Nourrir les hommes" le samedi 8 novembre 2008 à 14h (amphithéâtre de la Société de géographie, 184 bd St-Germain, Paris 6ème arrondissement). L'occasion de rencontrer de nombreux auteurs du manuel Nourrir les hommes édité aux Editions Sedes / CNED.

Retrouvez ainsi :

  • Jean-Paul Charvet, professeur de géographie à l'Université Paris 10, spécialiste de géographie rurale et agricole

  • Gilles Fumey, maître de conférences à l'Université Paris 4, spécialiste de géographie de l'alimentation et de géographie culturelle

  • Frédéric Landy, professeur de géographie à l'Université Paris 10, spécialiste du monde indien et de la question de l'alimentation en Asie

  • Hervé Théry, directeur de recherche au CNRS-Credal, spécialiste du Brésil et de l'Amérique latine

  • Marie-Claude Claudel, directeur d'études à l'EHESS, spécialiste de la Pologne et de l'Europe centrale et orientale.

samedi 18 octobre 2008

Nourrir les hommes : une question géographique


La nouvelle question au CAPES d'histoire-géographie et à l'agrégation de géographie concerne "Nourrir les hommes". Une problématique également au programme de Seconde. A cette occasion, 2 manuels consacrés aux concours viennent de paraître. Un autre ouvrage collectif est prévu pour le mois de novembre aux Editions du Temps. 2 autres ouvrages doivent également arriver prochainement en librairie : celui de Jean-Paul Charvet (Produire pour nourrir les hommes au XXIème siècle : les grands marchés agricoles, aux éditions SEDES) et la réédition de l'ouvrage de Sylvie Brunel (Nourrir les hommes, aux éditions Bréal, collection Amphi). Un dictionnaire écrit par L. Roudart, J. Marie et C. Cerdan doit également paraître ces prochains jours. Enfin, un ouvrage de Gilles Fumey intitulé Géopolitique de l'alimentation paraîtra en novembre (chez Sciences Humaines Editions).

Une présentation rapide de ces 2 ouvrages récents (il ne s'agit, bien évidemment, pas là d'une bibliographie exhaustive, mais de simples notes de lecture sur quelques ouvrages). A signaler, sur le blog "Actualité internationale" de la Librairie La GéoGraphie, vous pouvez retrouver les 4ème de couverture de quelques ouvrages plus anciens sur ces questions, dont celui de Sylvie Brunel Ceux qui vont mourir de faim ou celui de Christian Troubé Les nouvelles famines. Des catastrophes pas si naturelles.




Nourrir les hommes
sous la direction de Jean-Paul Charvet, Editions Sedes / CNED, collection CAPES-Agrégation Géographie, Paris, 2008, 318 pages.

Il s'agit d'un manuel de concours "classique" présentant des contributions d'enseignants-chercheurs spécialistes d'aires géographiques et de thématiques précises, chacun présentant un chapitre. L'introduction, écrite par le géographe Jean-Paul Charvet, (professeur de géographie à l'Université Paris 10, spécialiste des questions de géographie rurale et agricole, notamment auteur d'un numéro de La Documentation photographique, consacré à "L'agriculture mondialisée", n°8059, septembre/octobre 2007) pose les principales pistes de réflexion quant à la question " Nourrir les hommes" (sécurité alimentaire, système alimentaire ou agroalimentaire, modèles de consommation alimentaire) et refixe les principales définitions. Ainsi, il explique pourquoi l'alimentation "renvoie à 3 grands groupes de besoins fondamentaux des hommes et des sociétés humaines : des besoins quantitatifs, des besoins qualitatifs et des besoins hédoniques". Puis, il développe les différents stades d'évolution des systèmes alimentaires : stade agricole, stade artisanal, stade agro-industriel, stade agro-tertiaire. Enfin, il replace la question dans les contextes des différentes aires géographiques.

Le chapitre 1, "Evolutions récentes de la consommation, de la production et des échanges de produits alimentaires dans le monde", écrit par Jean-Paul Charvet, se focalise sur l'analyse des systèmes alimentaires et des modalités de consommation à l'échelle mondiale. La 1ère partie "Les évolutions récentes de la demande alimentaire" présente ainsi les enjeux d'une mondialisation des régimes alimentaires et de ses limites, puis aborde la question de la suffisance en termes de quantité (avec la question de la sous-alimentation) et de qualité (en termes de surnutrition et de manlutrition), posant ainsi le lien entre la question "Nourrir les hommes" et la géographie de la santé. Ensuite, Jean-Paul Charvet expose la question de la transition alimentaire et nutritionnelle, ce qui lui permet de développer un paragraphe sur les actions des Etats confrontés aux questions de sécurité alimentaire et leurs difficultés. La partie se termine par des développements sur les produits alimentaires à la disposition de consommateurs et de leurs cheminements avant d'atteindre les assiettes, puis sur les principaux facteurs d'accroissement de la demande alimentaire. La 2ème partie revient sur le question des "évolutions de la production agricole". Jean-Paul Charvet consacre ainsi des paragraphes aux facteurs de l'accroissement agricole à l'échelle planétaire, aux différents contrastes qui existent en termes de productivité agricole (introduisant notamment la question des OGM et leur développement), et au rôle des différents acteurs jouant sur l'économie mondiale : les firmes transnationales et les Etats (il revient sur la question des organismes internationaux plus tard). Enfin, la partie se termine sur "la question de la durabilité des agricultures". La 3ème partie présente "les évolutions récentes des échanges internationaux de produits agricoles et agroalimentaires" et présente les enjeux économiques du marché agroalimentaire mondialisé. Il revient ainsi sur les évolutions de cette mondialisation en termes économiques, en termes d'échanges et en termes de produits, sur le commerce équitable, et sur le rôle des organismes internationaux dans la libéralisation des échanges. Le chapitre se termine sur l'analyse détaillée d'un exemple de marché mondialisé : le blé.

Le chapitre 2, également écrit par Jean-Paul Charvet, présente une étude de cas sur "les systèmes alimentaires des pays du Nord". Il y présente les principales caractéristiques de ces systèmes alimentaires (intégration des systèmes économiques mondiaux, évolution technologique des agricultures, place de politiques "fortes" protégeant ces activités), l'originalité ses systèmes alimentaires de l'Union européenne (dans un contexte où les agricultures sont très différenciées, où l'agriculture est fortement intégrée à des logiques agroindustrielles et agrotertiaires, et où la politique est un outil soumis à des défis de plus en plus difficiles, avec notamment des développements sur les spécificités de la France), et le cas des systèmes alimentaires des Etats-Unis (présentant les divers espaces agricoles du pays, les différents systèmes qui en découlent, le soutien de l'Etat, les problèmes et les nouveaux défis pour cette agriculture subventionnée).

Le chapitre 3, écrit par la géographe Marie-Claude Claudel (directeur d'études à l'EHESS, spécialiste de la Pologne et de l'Europe centrale, auteur de La transition post-collectiviste, mutations agraires en Europe Centrale, Paris, l'Harmattan, collection Pays de l’Est, 1994, 368 pages ; et co-auteur avec G. Lacquement, de l'atlas Agriculture et ruralité en Europe centrale, Editions Aux lieux d'être, Paris 2007, 164 pages) présente "De nouveaux modèles agroalimentaires en Europe centrale et orientale". Elle y présente 3 parties développant les liens entre les mutations économiques de la filière agroalimentaire et les mutations géopolitiques récentes, la "re-diiférenciation des agricultures en Europe centrale et orientale" (insistant sur les structures agricoles et leurs actuelles évolutions) et les défis futurs pour "un fort potentiel de production encore partiellement inexploité" qui procèdent d'une "nouvelle géographie agricole". Ce chapitre permet d'aboder des exemples précis et détaillés, montrant à la fois les évolutions communes de l'Europe centrale et orientale, ainsi que les évolutions spécifiques de chacun des pays, tels que la Hongrie, la Lituanie, la Pologne, la République tchèque, la Russie, la Roumanie, la Slovaquie, l'Ukraine.

Le chapitre 4, rédigé par Jean-Louis Chaléard (professeur de géographie à l'Université Paris 1 et spécialiste des questions agricoles et des Pays du Sud), présente "les systèmes agroalimentaires des pays du Sud". Il s'agit d'un chapitre développant les principaux processus, évolutions et défis liés à la question de l'alimentation et de l'agriculture dans les pays du Sud, introduisant en quelque sorte les chapitres suivants qui présentent des études de cas spécifiques. Le chapitre est fortement ancré dans l'analyse de la place des pays du Sud dans la mondialisation de l'agriculture, avec des développements sur les "faiblesses et dynamiques des systèmes agroalimentaires dans les pays du Sud" (montrant les difficultés dans ces pays pour nourrir les populations et les différentes ressources mobilisées pour les contrecarrer), sur le cas spécifique de l'Afrique subsaharienne (véritable enjeu dans la question "Nourrir les hommes", avec une agriculture paysanne en difficulté, une sous-alimentation et une malnutrition catastrophique à l'échelle du continent, et les tentatives de mutations des systèmes agroalimentaires dans un contexte de crise), et une étude de cas sur les systèmes agroalimentaires andins (qui analyse la zone andine constituée de la Bolivie, de la Colombie, de l'Equateur et du Pérou, confrontée à des défis multiples entre une ouverture aux marchés mondiaux et de profondes inégalités internes entre les régions).

Frédéric Landy (professeur de géographie à l'Université Paris 10, et auteur de l'ouvrage Un milliard à nourrir. Grain, territoire et politiques en Inde, Belin, collection Mappemonde, Paris, 2006, 270 pages) propose, dans le chapitre 5, une analyse sur "Nourrir 2,5 milliards de personnes, plus et mieux : les défis de l'Inde et de la Chine". Ce chapitre analyse ainsi les défis des 2 pays les plus peuplés au monde, qui ont évolué différemment. Tandis que l'Inde semble en retard, la Chine est en pleine transition alimentaire. Il évalue ainsi les différentes logiques de conosmmation dans ces pays, les modes culturels d'alimentation, la place très forte des politiques dans la question de la sécuritaire alimentaire tout comme dans l'intégration aux échanges économiques mondialisés, les structures agroalimentaires, le rôle de la "révolution verte", ainsi que les processus inégalitaires qui se mettent en place dans les sociétés indienne et chinoise.

Dans le chapitre 6, le géographe Hervé Théry (directeur de recherche au CNRS-Credal, spécialiste du Brésil et de l'Amérique latine) présente "les évolutions des systèmes agroalimenaires dans les pays du Mercosur". Ce chapitre régionale est l'occasion de montrer l'impact de l'analyse mulscalaire pour comprendre les enjeux qui affectent la zone, tant dans le défi de s'intégrer aux marchés mondiaux que dans celui de nourrir les populations locales. Le chapitre se divise en 2 parties : la 1ère présentant les enjeux globaux pour cette zone, la 2ème étant consacrée à l'étude de cas du Brésil, illustrée par de très nombreuses cartes, qui permettent d'aborder les inégalités spatiales qui émergent au sein de ce pays entre les différentes régions, et ainsi d'aboutir à un développement sur le lien entre l'agriculture et la violence dans le pays, montrant les enjeux du MST (le "mouvement des sans-terre") dans une analyse multifactorielle.

Le chapitre 7 change de registre : Gilles Fumey (maître de conférences à l'Université Paris 4, spécialiste de la géographie de l'alimentation, co-auteur avec Olivier Etcheverria de L'Atlas mondial des cuisines et des gastronomies, Autrement, Pairs, 2004, 79 pages ; et auteur d'un ouvrage à paraître en novembre 2008 Géopolitique de l'alimentation) propose un chapitre sur "L'alimentation de qualité"dans lequel il analyse les acteurs, les évolutions des systèmes productifs, les images et leurs messages (à l'heure des crises sanitaires) qui sont impliqués dans la demande d'une alimentation de qualité, de plus en plus prégnante dans les pays du Nord, mais également émergente dans les pays du Sud. La question de la perception y est particulièrement développée, revenant ainsi sur les impacts des diverses crises alimentaires, l'analyse des différentes filières de production, la notion de luxe dans l'alimentation, la problématique de la traçabilité...

Enfin, le chapitre 8, rédigé par François Carré (professeur de géographie à l'Université Paris 4, spécialiste de la géographie de la mer), présente la place des "produits aquatiques dans l'alimentation des hommes". Cette analyse offre un regard original, présentant un produit souvent peu étudié dans la question de l'alimentation (on retrouve plus souvent des expertises sur la question du riz, du maïs ou du blé). François Carré présente ainsi le poisson comme "une nourriture humaine traditionnellement secondaire", en revenant sur l'image et la place du poisson dans les différents modes d'alimentation de par le monde et la place de plus en plus importante prise par l'aquaculture dans la consommation en poisson (qui dépasse depuis peu la consommation de poissons pêchés). Le chapitre aborde ensuite la question de la consommation et de la commercialisation des produits aquatiques, montrant que la place du poisson peut être traditionnelle dans certains modes de consommation - notamment au Japon - mais que le poisson devient un produit de luxe dans d'autres modes alimentaires - et l'on pense à la place du poisson dans l'alimentation française. Néanmoins, François Carré note le développement de ce marché alimentaire à l'échelle mondial et et analyse les enjeux. Le chapitre se conclut sur les enjeux actuels de la pêche et de l'aquaculture.

A noter : à côté des très nombreux articles du FIG 2004 consacré à la question Nourrir les hommes, nourrir le monde, celui co-écrit par Jean-Paul Charvet et Hervé Théry, pour le FIG 2006 Les géographes redécouvrent les Amériques, qui restitue (avec de nombreuses cartes) leur conférence sur "le face à face de 2 géants agricoles sur les marchés mondiaux : Etats-Unis/Brésil", qui complète cet ouvrage dans lequel on peut regretter qu'aucune étude de cas spécifique des relations Nord-Sud soit abordée dans les détails, ou que les problématiques de géographie politique - notamment la question de l'arme alimentaire dans les conflits - soient peu développées. On peut regretter également de ne pas y voir figurer explicitement un chapitre consacré à la question des villes et de leurs problématiques spécifiques, notamment dans un contexte fortement marqué par les émeutes de la faim (mais il s'agit là très certainement d'une "déformation professionnelle" et d'un intérêt personnel pour la question des villes !).

Le chapitre 1, rédigé par Jean-Paul Charvet un des plus grands spécialistes de la question, constitue une 1ère approche de la question très complète, qui permet de refixer l'ensemble des questions abordées par la thématique "Nourrir les hommes". Les autres chapitres sont enrichis par des cartes nombreuses dans certains chapitres, claires et précises, qui permettent d'aborder les différentes échelles de l'analyse. Les auteurs sont tous d'incontestables spécialistes des thématiques ou des aires abordées, ce qui permet d'appréhender la pensée de quelques-uns des spécialistes de la géographie sur cette question ou sur des aires particulières.




Nourrir les hommes (manuel et dissertations corrigées)
sous la direction de Gabriel Wackermann, Ellipses, collection CAPES/Agrégation, Paris, 264 pages.

Contrairement aux éditions précédentes des questions de concours, Gabriel Wackermann (professeur émérite de l'Université Paris 4) a fait le fait, pour "Nourrir les hommes", de réunir ce qui constitue habituellement 2 ouvrages : le manuel et les dissertations corrigées, dans un même ouvrage. Un choix réussi avec un ouvrage qui se présente sous forme de fiches posant des pistes de réflexion sur une multitude de thèmes et d'aires géographiques. L'ouvrage se décompose en 4 parties, et est un collectif d'auteurs qui ont rédigé chacun un ou plusieurs chapitres et/ou dissertations corrigées.

La 1ère partie, entièrement rédigée par Gabriel Wackermann, est consacrée à la "Problématique d'ensemble", présentant ainsi les différents enjeux de la question "Nourrir les hommes". Le 1er chapitre intitulé "Aperçu géopolitique" analyse les liens entre l'alimentation, le contexte géo-économique mondialisé, les enjeux de la puissance, la pauvreté, les catastrophes sociales, les crises, les émeutes, les conflits et les guerres alimentaires. Ce chapitre permet de replacer les nombreux concepts impliqués par la question "Nourrir les hommes", tels que la mondialisation, les dynamiques économiques, les enjeux des échanges mondiaux, la place de l'agriculture dans la puissance des Etats, les crises alimentaires, les émeutes de la faim... Le 2ème chapitre consacré aux "disparités sociétospatiales et enjeux" cherche à montrer les enjeux de la mondialisation et les réseaux articulant les marchés mondiaux. Le 3ème chapitre "alimentation humaine et développement durable" est l'occasion pour Gabriel Wackermann de poser quelques problématiques liant 2 questions actuellement aux concours : "Nourrir les hommes" et "Développement durable". Quelques pistes sont posées autour des questions de gaspillages, de protections environnementales, de lutte contre la sous-alimentation, de biocarburants, ainsi que sur les moyens de répondre à ses enjeux à travers les politiques et les évolutions des structures alimentaires.

Gérard-François Dumont (professeur de géographie à l'Université Paris 4, spécialiste de la géographie de la population et de démographie) a rédigé les 3 chapitres de la 2nde partie consacrée à "Populations et nutritions". Le 1er chapitre "Les disparités géodémographiques de l'alimentation dans le monde" dresse un portrait de la situation démographique et alimentaire dans les pays en développement. Il est suivi d'une dissertation rédigée par Gérard-François Dumont posant la queston : "Les causes de la sous-alimentation dans le monde sont-elles démographiques ?". Le 2ème chapitre est consacré aux "facteurs des inégalités alimentaires dans le monde", et aborde la question de la sous-alimentation en soulignant le caractère multifactoriel (notamment à travers la densité, et les structures alimentaires) et multiscalaire de cette situation. Gérard-François Dumont propose une autre dissertation sur "le principe de population de Malthus, annonçant une sous-alimentation, s'est-il appliqué ?" qui permet avant tout de replacer la théorie de Malthus dans son contexte et de connaître son contenu. Le 3ème chapitre, "Perspectives démographiques et besoins alimentaires dans le monde" fait part de prospective et analyse les enjeux futurs en termes de croissance démographique et de nutrition à l'échelle mondiale. La partie s'éachève avec 2 dissertations proposées par Jean-Pierre Paulet (professeur émérite de l'Université de Nice) : "Abondance et pénurie alimentaire mondiale" et "Agriculture et crise alimentaire mondiale".

La 3ème partie, intitulée "aspects sectoriels", regroupe plusieurs auteurs qui décryptent les principaux enjeux pour des thématiques spécifiques. Dans le 1er chapitre, intitulé "Les nourrirtures urbaines : essai sur une alliance vitale, au fil du temps et des espaces, approche mondiale comparée, Claude Chaline (professeur émérite à l'Université Paris 12, spécialiste des questions de géographie urbaine et d'aménagement) montre le lien entre la ville et la question de son approvisionnement alimentaire, à l'échelle planétaire, en s'attardant tout particulièrement sur le rôle des acteurs. Le chapitre 2, rédigé par Jérôme Ballet et Aurélie Carimentrand (respectivement maître de conférences et doctorante en économie, auteurs d'un ouvrage sur Le Commerce équitable, Ellipses, collection Transversales Débats, Paris, 2007) pose la question du lien entre "Commerce équitable et sécurité alimentaire ?". Il s'agit là d'un chapitre profondément ancré dans un point de vue économique, qui pose des bases de réflexion pour les géographes, telles que les principes, le fonctionnement, les acteurs et les impacts du commerce équitable. Guy Baudelle (professeur de géographie à l'Université de Rennes 2) et Michel Deshaies (professeur à l'Université de Nancy) proposent, dans le 3ème chapitre, une analyse du lien entre "Ressources, peuplement et perspectives alimentaires sur le globe". Ils reviennent sur un débat sociétal actuel : la "question controversée du déséquilibre entre ressources alimentaires et peuplement", et montrent la part des idées reçues et la part des enjeux réels entre l'évolution de la croissance démographique et celle de la croissance de la production alimentaire en fonction des différents usages de ressources. Ils proposent également une dissertation sur "Accroître l'espace cultivé : une réponse nécessaire et suffisante aux besoins alimentaires du XXIe siècle ?". Jérôme Verny (professeur associé en transports et logistique au groupe ESC de Rouen) développe des pistes de réflexion autour de "La logistique humanitaire, levier de performance de l'approvisionnement des populations". Complétant ainsi les ouvrages sur l'action humanitaire dans le domaine de l'alimentation (et notamment Géopolitique de la faim. Faim et responsabilités, Action Contre la Faim, PUF, Paris, 2004, 245 pages), il propose une analyse des acteurs dans les chaînes logistiques des missions humanitaires à des fins alimentaires. Jacques Marcadon (professeur émérite de l'Université de Nantes) complète le panel de l'analyse du lien entre les transports et la question alimentaire dans un chapitre présentant "Le transport maritime et l'approvisionnement alimentaire de l'humanité", consacré à l'analyse de la place et des acteurs de la diffusion des produits alimentaires dans les transports maritimes.

La 4ème partie se consacre à l'analyse des "Aspects spatiaux". Après une partie revenant sur différentes thématiques, il s'agit là de chapitres qui mettent en perspective différentes aires géographiques et les enjeux différenciés de la question de l'alimentation dans ces aires régionales. Le 1er chapitre "Nourrir le continent américain, le nord et le sud", rédigé par Yavn Bertin (porfesseur agrégé du secondaire), offre une perspective de l'ensemble du continent américain, posant la question des contrastes, des échanges et de l'importance de la question alimentaire dans les relations Nord-Sud. Le 2ème chapitre, "Sécurité alimentaire et souveraineté alimentaire en Amérique latine et dans les Caraïbes : une approche du droit international de l'économie" analyse les tensions et les conflits autour de la question alimentaire dans un espace sous-tension : Pierre-Yves Chicot (maître de conférences en Droit public à l'Université des Antilles et de la Guyane) revient ainsi sur les questions de sécurité et de souveraineté alimentaires dans une région particulièrement marquée par les émeutes de la faim (comme à Haïti) ou les violences liées à l'utilisation des terres (avec, par exemple, le mouvement des sans-terre - MST - au Brésil). Gérard-François Dumont propose ici une dissertation sur "Le poids économique de l'agriculture s'est-il effondré dans les pays développés ?". Le 3ème chapitre, rédigé par Mathieu Mérino (chercheur au CREPAO, Université de Pau et des Pays de l'Adour), pose la question de "La sécurité alimentaire en Afrique subsaharienne", montrant ainsi les facteurs de la malnutrition chronique pour une part importante de la population de cette région, le développement risque alimentaire dans les villes subsahariennes (notamment avec la question des émeutes de la faim, et la place de la famine comme instrument des politiques. Il propose ensuite une dissertation sur "L'insuffisance d'eau menace-t-elle les populations d'Afrique subsaharienne ?". Le 4ème chapitre pose la "Problématique de l'alimentation humaine dans les milieux secs : état des lieux". Monique Mainguet (professeur émérite de l'Université de Reims) et Frédéric Dumay (ingénieur au laboratoire Géographie zonale pour le développement à l'Université de Reims) se posent la question du lien entre environnement, situation alimentaire, utilisation de l'espace et maîtrise de la ressource dans les milieux secs. Gabriel Wackermann complète les derniers chapitres par 2 courts dossiers documentaires sur "Populations africaines et nutrition" et "Nourrir l'Inde et la Chine". Le 5ème chapitre, rédigé par Eric Lambourdière et Elsa Corbin (tous 2 maîtres de conférences à l'Université des Antilles et de la Guyane), analyse "les enjeux logistiques des systèmes urbains d'approvisionnement et de distribution alimentaire dans l'aire Asie-Pacifique", et montre les enjeux de la croissance urbaine et la question de l'approvisionnement alimentaire. Jacques Marcadon propose une dissertation sur "Les ports français dans l'approvisionnement alimentaire du monde".

Cet ouvrage offre donc une 1ère approche : il s'agit de chapitres très courts, sous forme de fiches, qui posent quelques pistes de lecture autour de la situation mondiale, de quelques thématiques et de quelques aires régionales. Il s'agit là d'un manuel ne cherchant pas à être exhaustif sur une question aussi large, mais à drainer le panel des problématiques géographiques autour des enjeux alimentaires, et ce à plusieurs échelles. Les illustrations y sont nombreuses, même si l'on regrettera toutefois qu'elles soient parfois un peu trop réduites, limitant leur lisibilité.



Des ouvrages qui n'abordent pas la question de la même façon, et ne répondent pas aux mêmes attentes : celui dirigé par Gabriel Wackermann pose les principales problématiques et pistes de réflexion, tandis que celui dirigé par Jean-Paul Charvet recouvre quelques aspects de la question très approfondis par des spécialistes. Ils sont donc complémentaires : l'un proposant une 1ère prise de connaissance avec la question à partir de courtes fiches, l'autre offrant un réel approfondissement avec des articles détaillés et bien illustrés par des spécialistes des aires géographiques ou des thématiques.

lundi 13 octobre 2008

L'alimentation dans les villes en guerre : réflexions autour du cas de Kaboul


L'ONG Action contre la faim organise, ce mercredi 15 octobre 2008, une journée de mobilisation nationale, avec des manifestations à Paris et dans 19 villes de province. L'occasion ici de présenter rapidement la situation alimentaire dans des villes sous tension aux lendemains de guerres destructrices non seulement en termes d'infrastructures, mais également en termes de développement économique, de fonctionnement politique et de déstructuration des liens sociaux.

Les ONG et les militaires offent des analyses indispensables dans l'appréhension des besoins alimentaires, étant eux-mêmes des acteurs directement impliqués dans les problématiques de la sécurité alimentaire. L'occasion de signaler les travaux passionnants de Yann Braem, docteur en géographie, sur les relations entre ONG et militaires. Il a soutenu en décembre 2007 une thèse intitulée Relations humanitaires-militaires en Afghanistan et au Kosovo, qui porte sur les relations militaires–humanitaires et a pour objectif d’analyser leurs enjeux territoriaux au Kosovo et en Afghanistan. Deux hypothèses guident ces travaux : (1) les relations militaires – humanitaires correspondent à des mécanismes de gestion des territoires et des populations lors des opérations extérieures, des points de vue politiques et militaires ; (2) d’autre part, les terrains spécifiques exercent une influence multiforme sur ces relations et en constituent un facteur d’évolution majeur, tant sur le fond que sur la forme. Il est, entre autres, l'auteur d'un rapport sur "Les relations Armées-ONG, des relations de pouvoir ? Caractéristiques de la coopération civilo-militaire française : le cas du Kosovo" (Les Documents du C2SD, février 2004, n°61, Ministère de la Défense, 283 pages).


Pour en revenir à la question spécifique des crises alimentaires, il est d'ailleurs important de clarifier cette notion, et de distinguer :
  • "food sécurity" : définie par le géographe Jean-paul Charvet comme la "capacité de produire des quantités suffisantes de nourriture pour assurer l'alimentation d'une population donnée" (Historiens-Géographes, n°378, 2002). C'était la 1ère définition que l'on a donné à cette question de sécurité alimentaire. On ne prenait alors en compte que la question de la quantité de nourriture : cette notion calcule alors la sous-nutrition.

Source : Jean-Paul Charvet, "L'agriculture mondialisée", La Documentation photographique, n°8059, La Documentation française, Paris, septembre-octobre 2007, p. 19.




  • "food safe" : dans cette 2ème définition, la problématique n'est pas celle de la quantité : il ne suffit pas que les hommes aient suffisamment à manger en termes de quantité, mais qu'ils puissent accéder à suffisamment de nourriture à la fois en termes de quantité et de qualité (c'est-à-dire avoir une alimentation équilibrée apportant les différents besoins nutritionnels nécessaires au bon fonctionnement du corps humain). Cette notion calcule alors la malnutrition.


Source : Le Monde.fr, 29 septembre 2004.





Cette distinction conceptuelle n'est pas seulement un exercice intellectuel, mais reflète une véritable réalité, et "nous montre, en quelque sorte, la géographie de la « faim ordinaire », celle de la malnutrition chronique vécue au quotidien par 90 % de ceux qui souffrent de sous-alimentation. Peu spectaculaire, peu médiatisée, cette « faim ordinaire » reste, pour la plupart du temps, une faim invisible" (Christian Troubé, 2007, Les nouvelles famines. Des catastrophes pas si naturelles, Autrement, collection Frontières, Paris, p. 66).

D'ailleurs, le sous-titre de cet ouvrage "Des catastrophes pas si naturelles" renvoie à une autre distinction, celle qui existe entre famine et malnutrition. Les travaux de Sylvie Brunel replacent également la question de la crise alimentaire dans le cadre de la mondialisation. Notamment son article "La famine est en partie le fruit de la géopolitique" (dans Images économiques du monde 2005, Armand Colin, 2004), mais aussi dans ses nombreux ouvrages. Elle explique que les famines d'aujourd'hui sont devenues un outil de contrôle ou d'élimination de populations jugées comme indésirables. Elle met ainsi en place une différence entre les facteurs des famines et ceux de la malnutrition. "Entre famine et malnutrition existe une différence non de degrés, mais de nature : phénomène brutal, collectif et localisé, la famine ne s'explique pas par les mêmes causes que la malnutrition, ne frappe pas les mêmes personnes et ne résout pas de la même façon" (extrait de l'article cité précédemment). Elle en conclut que les famines actuelles "s'expliquent donc par la géopolitique, tandis que la malnutrition est le produit de la pauvreté". On retrouve ces phénomènes d'utilisation des ressources alimentaires comme arme au Darfour et en Somalie (où les camions d'aide alimentaire sont menacés d'être réquisitionnés par les rebelles et par la piraterie maritime). Aujourd'hui, selon les travaux du géographe Marc Lavergne sur le Soudan, le gouvernement soudanais exploite cette arme alimentaire au Darfour de la même façon qu'il l'avait fait dans les années 1990 pour les conflits dans les monts Noubas, interdit aux ONG d'intervenir pour apporter une aide alimentaire.

Ces définitions sont bien connues et sont souvent analysées sur la scène politique comme dans le cadre de la recherche universitaire à l'échelle mondiale. Mais la question "nourrir les hommes" ne se pose pas seulement dans le cadre de la mondialisation. Les enjeux de la reconstruction d'une ville après une guerre peuvent rapidement se diviser en 2 temporalités : survivre (s'alimenter, se loger, se protéger), puis vivre (se soigner, travailler, s'éduquer). Bien évidemment, se nourrir est une priorité, et il est impensable de concevoir la (ré)conciliation des populations avant que celles-ci n'aient pu accéder à des conditions de vie "acceptables" dans lesquelles elles pourront entrevoir d'accepter la présence de "l'Autre". L'échelle du quartier doit donc être prise en compte dans l'analyse des besoins alimentaires, afin de cartographier les zones sous tension à ce point de vue. A l'heure où les émeutes de la faim sont plus que jamais d'actualité (demain soir, mardi 14 octobre 2008, un documentaire de Patrice Barrat sur "Le début de la faim" sera d'ailleurs diffusé sur France 5), voici une BREVE présentation des enjeux alimentaires dans des villes sous tension aux lendemains de crises politiques et de guerres. La dégradation des services urbains, le dysfonctionnement du lien ville/campagne, la paupérisation de certains quartiers des villes sont des enjeux fondamentaux pour appréhender les besoins alimentaires des populations urbaines. Une géographie des risques dans ces villes doit être ainsi établie, puisqu'elles sont soumises à une forte vulnérabilité, et ce à plusieurs raisons :

  • risques agricoles et ruraux dans les zones d'influence de la ville (capacité des ruraux à utiliser des terres qui ont été soumises aux opérations militaires, problème de l'approvisionnement entre ces campagnes et les villes, notamment du fait de la destruction des infrastructures de transport, mais également de la destruction des liens commerciaux entre ville et campagne)

  • risques sociaux et économiques dans des villes qui doivent faire face aux enjeux de la reconstruction et à ses coûts, à la paupérisation accrue d'une partie de la population, à l'émergence d'un marché noir, à la criminalisation de certains espaces...

  • risques sanitaires avec le dysfonctionnement des services urbains, l'installation de populations néo-urbaines ou le repli de populations urbaines dans des zones insalubres...


Face à ces problématiques, chaque ville en guerre ou ville en conflit possède des caractéristiques qui lui sont propres et qui tiennent tant de la structure interne de la ville que de ses liens avec les zones d'approvisionnement alimentaire. Quelques éclairages sur la situation propre à Kaboul.




LA SITUATION ALIMENTAIRE A KABOUL :

Kaboul a été affectée par plusieurs guerres et crises politiques successives depuis 1979. La population a donc dû faire face à 2 défis majeurs : 1/ se nourrir malgré la guerre, 2/ se nourrir après la guerre. Ces temporalités impliquent des stratégies individuelles et collectives différenciées. Dans les années 1970, la ville de Kaboul se modernisait, de façon inégale : le centre-ville voyait s'ériger de nombreux bâtiments marqués par les normes occidentales de modernité, tandis que les périphéries étaient délaissées par ce mouvement, et tendaient à poursuivre leur processus de marginalisation socio-spatiale. La ville a été, par la suite, un refuge lors de la guerre d'occupation entre 1979 et 1989 : si elle ne constituait pas une cible militaire à part entière, elle a été affectée indirectement par la guerre, avec l'arrivée massive de nombreux déplacés ruraux. La paupérisation des quartiers périphériques a été très rapide, d'autant plus que l'ensemble de la ville a été coupée de sa sphère d'influence, et donc de ses réseaux d'approvisionnement. La période suivante a été marquée d'une part par une guerre civile entre les anciens vainqueurs d'hier, qui se disputent alors le pouvoir. Principal foyer de la guerre civile, Kaboul est alors fuie par les populations. L'arrivée au pouvoir des Taliban est marquée, pour la ville de Kaboul, par une période de rejet de l'urbanité. Les destructions sont massives, la capitale doit faire face à de nombreux défis, alors même que le nouveau pouvoir voit en la ville un milieu hostile à leur pensée politique et idéologique. La priorité ne sera donc pas celle de la reconstruction d'une ville moderne et inclue dans des systèmes urbains régionaux. Cela contribue, bien évidemment, à isoler la ville vis-à-vis des réseaux d'approvisionnement alimentaire régionaux. La question de l'alimentation tend à rendre la ville de plus en plus vulnérable. Depuis 2001, la ville est entrée dans une nouvelle phase avec le déploiement d'une coalition internationale. Pour les militaires, l'enjeu du rétablissement des réseaux d'approvisionnement est double : d'une part, il s'agit d'aider le pays à retrouver des infrastructures de transport qui lui permettront de retrouver une dynamique de croissance économique, notamment via les échanges commerciaux avec les pays voisins ; d'autre part, il s'agit de diminuer les tensions inhérentes aux difficultés d'approvisionnement, afind e contrecarrer les éventuelles émeutes de la faim, mais aussi afin de permettre aux populations de rétablir des échanges pacifiques qui amèneront les différentes communautés (qu'elles soient culturelles, politiques ou sociales) à (ré)apprendre à concevoir la ville comme un espace de vie commun. (Bien évidemment, les militaires doivent également faire face à la question de leur propre approvisionnement, une problématique notamment abordée dans les travaux d'André Thiéblemont : "Expériences opérationnelles dans l'Armée de terre. Unités de combat en Bosnie (1992-1995), Les Documents du C2SD, n°42, 3 tomes, Ministère de la Défense, novembre 2001, notamment dans le tome II "Conditions de vie, pratiques tactiques, techniques et sociales, les sentiments", pp. 44-59. Retrouvez également un historique sur les rations de combat proposé par Isabelle Bal sur son blog sur l'Afghanistan).




La question est directement liée aux problématiques du développement durable, tant en termes économiques (avec le rétablissement d'une croissance économique à court, moyen et long terme) qu'en termes sociaux (avec le maintien de la paix à court terme, et l'établissement d'une paix durable à long terme). La ville de Kaboul a été profondément affectée par les différents mouvements de population, résultant d'une géographie du danger en pleine mutation à chaque événement politique. Ces déplacements de population correspondent à des stratégies de survie, et ont profondément modifié le paysage humain de la ville. Une intéressante typologie de la population de Kaboul est proposée dans l'article de Stephan Magnaldi et Jessica Patera : "Kaboul, de la destruction à la reconstruction" (dans François Grünewald et Eric Levron (dir.), 2004, Villes en guerre et guerres en ville. Pratiques humanitaires en question, Karthala, collection Pratiques humanitaires, Paris, pp. 69-106) : "La typologie qui peut être faite des habitants de Kaboul repose sur trois groupes principaux :

  • Les Kaboulis d'origine : ce sont ceux qui sont restés en Afghanistan, dans leur ville de Kaboul, au cours des années de guerre et de tensions ou ceux qui sont revenus d'exil en retrouvant leur habitation et statut. Les Kaboulis se caractérisent par une intégration urbaine classique ainsi que des pratiques socio-culturelles et des attitudes qui y sont attachées.
  • Les déplacés internes communément appelés « IDPs » : principalement d'origine rurale, cette catégorie de la population doit faire face à un processus d'intégration sociale difficile du fait de sa situation précaire et de son appartenance au monde rural. Les déplacés internes ont inévitablement fait l'expérience d'une marginalisation sociale et économique lorsqu'ils ont joint le processus d'intégration au monde urbain. Ils sont considérés par de nombreux acteurs humanitaires comme étant, à Kaboul, le groupe le plus vulnérable et le plus « invisible ».
  • Les anciens réfugiés issus des zones rurales : ce groupe a fait l'expérience des avantages de la vie en zone urbaine lors de l'exil. Il constitue un groupe intermédiaire entre les Kaboulis d'origine et les déplacés internes. Puisqu'ils appartiennent à la population de la capitale, leur expérience de la vie en ville les raproche des Kaboulis de souche. Leur disemblance avec les déplacés internes se marque par leur intégration au monde urbain, l'éducation et/ou la formation professionnelle qu'ils y ont reçues et les expériences professionnelles qu'ils ont acquises sur place. Cependant, les racines rurales encore récentes rapprochent les 2 groupes."

Il est intéressant de souligner combien les stratégies de déplacement et d'intégration de ces différents groupes sont impliquées par leur perception de la ville de Kaboul. Chacun possède alors une géographie mentale différenciée, qui permet de comprendre les processus de fragmentations socioculturelles au sein de la ville. Il serait bien trop restrictif de penser la ville en guerre seulement en termes de fragmentations identitaires (il ne s'agit pas de les nier, bien évidemment !) : l'ethnie, la religion et la langue ne sont pas les seuls critères de fracturation de l'espace urbain. Et ces lignes de fracture relèvent d'un enjeu majeur en termes d'alimentation, puisqu'elles conditionnent les espaces pratiqués par les populations : un habitant qui perçoit la ville comme dangereuse et qui choisit le repli sur le quartier devra adapter ces stratégies de survie à cette géographie de la peur (réelle ou non, l'importance reposant sur comment les perceptions influent sur les espaces pratiqués) ; seul le quartier sera un espace de commerce, d'échanges et d'approvisionnement alimentaire pour cet habitant. Comprendre les espaces vécus et les espaces pratiqués des populations urbaines permet alors de mieux répondre aux besoins alimentaires, et de mieux cartographier les risques alimentaires dans les villes en guerre et les villes sous tension aux lendemains de guerres.

Le cas de Kaboul est également éloquent au travers de la question de l'utilisation des terres agricoles, qui doivent approvisionner les villes. En effet, Sylvie Montembault (alors responsable du Service Sécurité Alimentaire d'Action contre la Faim) a montré la tension existant entre extension de la culture du pavot et problèmes d'approvisionnement alimentaires pour les populations afghanes ("Expansion de la culture du pavot à opium dans les régions montagneuses du centre de l'Afghanistan et ses conséquences sur la sécurité alimentaire", dans Action contre la faim, 2004 (1ère édition), Géopolitique de la faim. Faim et responsabilités, PUF, Paris, pp. 139-148, l'ouvrage a fait l'objet d'une 4ème édition en 2007). L'auteur, comme de nombreux autres chercheurs et/ou observateurs tels que le géographie Pierre-Arnaud Chouvy, montre combien la culture de l'opium est une stratégie de survie pour de nombreux paysans, et surtout parmi les "ruraux sans terre", tant en termes de revenus qu'en termes d'emplois (la culture du pavot demandant une abondante main-d'oeuvre). L'originalité de l'analyse de Sylvie Montembault est de montrer le lien entre cette expansion de la culture du pavot et les risques alimentaires pour la population rurale afghane. Cette production de drogue "bloque" des terres agricoles alors même que l'Afghanistan est en situation de repli sur lui-même d'un point de vue des échanges commerciaux. La vulnérabilité des populations rurales est accrue par cette économie de rente aux enjeux aléatoires. Mais on pourrait "pousser" plus loin cette analyse et montrer combien la raréfaction des denrées alimentaires tend à vulnérabiliser l'ensemble des populations afghanes, et tout particulièrement les populations de Kaboul, dépendantes de 2 sources d'approvisionnement alimentaires : les terres agricoles intérieures et les réseaux d'aide alimentaire internationale (par le biais des ONG, des organismes de l'ONU et de la coalition armée). La violence qui en découle est souvent analysée sous le prisme de l'intérêt financier des drogues, mais doit être également éclairée à travers l'analyse de la disponibilité des ressources agricoles pour les populations urbaines et de son inégale répartition.


Dernière piste de réflexion géographique sur cette question de l'alimentation et des tensions qui en découlent dans des villes soumises à des guerres ou des lendemains de guerres : la géographie culturelle. Il ne s'agit là pas seulement de prendre en compte les divers enjeux de tension entre les populations qui mettent en place des lignes de fracture entre différentes communautés, mais plutôt de souligner combien il est important pour les acteurs extérieurs intervenant pour amoindrir les tensions alimentaires de comprendre les moeurs de la population locale, afin d'adpater à chaque ville son aide, et de ne pas risquer d'accroître des tensions possibles vis-à-vis de l'intervention internationale (qu'elle soit militaire ou humanitaire). Mickaël Aubout, doctorant en géographie, a d'ailleurs bien montré combien ces aspects culturels peuvent avoir des incidences, mais peuvent aussi être des moyens de rapprochement avec la population locale lorsqu'ils sont pris en compte : dans son mémoire de maîtrise portant sur le Kirghistan (Géographie militaire de la base de Manas (Ganci air base) au Kirghistan. Les interactions entre une base militaire et son environnement, 2004, Université Paris-Sorbonne, 156 pages), il montre que "par mesure de précaution et afin d'éviter toute hostilité de la population, les Américains avaient interdit à leur personnel la consommation d'alcool, par respect de la religion musulmane dominante. [...] Cependant, cette mesure pouvait sembler exagérée sachant la grande consommation d'alcool faite par la population kirghize, en particulier la Vodka, vieille habitude de l'ère soviétique" (p. 75). Les observations de terrain et une connaissance approfondie des populations sont donc des enjeux majeurs qui permettent d'entrer en contact avec les populations, de faire accepter la présence internationale, et d'adapter les moyens aux besoins réels de la population, par-delà certains préjugés ou simplismes. Citant les travaux de Mickaël Aubout, Philippe Boulanger en conclut qu' "une connaissance aléatoire des cultures locales par des armées étrangères peuvent conduire à des incohérences ou à des conséquences plus graves. [...] Le fait culturel forme ainsi une pierre d'angle de toute action de maintien de la paix, de sécurisation des territoires et de relèvement d'un pays" (Philippe Boulanger, 2006, Géographie militaire, Ellipses, collection Carrefours Les Dossiers, pp. 358-359). Isabelle Bal, chef de la cellule Aide aux Familles au 18ème Régiment des Transmissions, fournit par exemple sur son blog sur l'Afghanistan un article sur les manières de "Manger" en Afghanistan. Une anecdote ? Pas sûr si l'on tient compte de l'importance pour les militaires de comprendre les besoins des populations civiles de Kaboul dans la réussite de leurs opérations.

Revenons au point de départ de ce post : la distinction entre sécurité alimentaire et sûreté alimentaire. Il ne s'agit pas là d'un simple exercice intellectuel, mais bien d'un point de départ pour une réflexion en géographie militaire, afin que l'analyse géographique permette aux militaires de mieux appréhender les villes dans lesquels ils sont amenés à intervenir. Les différents outils de la pensée géographique peuvent être alors des moyens pour comprendre combien les enjeux de la sécurité alimentaire sont complexes, et doivent être analysés à travers le prisme de la sécurité en général. Les enjeux de développement agricole impliquent également les villes et leur approvisionnement, et ont des incidences en termes de pacification, de (ré)conciliation et de développement durable pour des pays en voie de reconstruction.

Le champ de réfllexion pour les géographes, les militaires et les humanitaires en termes d'alimentation des villes en guerre est donc très large, il ne s'agit là que de quelques pistes montrant (je l'espère) l'importance du lien à établir entre ces divers domaines de pensée.

samedi 11 octobre 2008

"Le début de la faim" (Patrice Barrat)


Selon Télédoc, le documentaire de Patrice Barrat (2008) "dresse l’état des lieux, depuis le début de l’année 2008, de la planète frappée par la crise alimentaire. Il constate avec amertume le fossé colossal entre les politiques prônées depuis trente ans, dont le seul credo était la loi du marché, et les réalités vécues par les paysans en Afrique ou en Asie". Un documentaire à ne pas manquer pour tous ceux qui se questionnent sur la question "Nourrir les hommes", sur les "émeutes de la faim" et sur la question de l'utilisation et de la répartition des ressources alimentaires dans un contexte mondial sous tension.

A noter : Patrice Barrat est journaliste depuis 1976, successivement pour la radio, la presse écrite et la télévision. Il a réalisé plusieurs documentaires, dont Sarajevo : chronique d'une rue assiégée (1993-1994).



"Le début de la faim"
(documentaire de Patrice Barrat, 2008, 55 minutes).
Mardi 14 octobre à 20h35 sur France 5 (TNT).

samedi 30 août 2008

Les émeutes de la faim



Les émeutes de la faim (ici à Haïti, en avril 2008, source : Le Point) ont souvent été l'objet de l'actualité internationale de l'année 2008, montrant ainsi la détresse des populations urbaines les plus pauvres des grandes métropoles des pays du Sud. Les émeutes du mois d'avril 2008 à Port-au-Prince ont été un symbole fortement médiatisé, relançant le débat sur la situation des 35 pays touchés cette année par ce phénomène. La hausse des prix des denrées alimentaires touche ainsi inégalement les populations urbaines, et se superposent à une géographie ségrégative dans les pays du Sud. Une première distinction semble nécessaire : un petit point sur les différentes significations de la "sécurité alimentaire".

"food security" : "capacité de produire des quantités suffisantes de nourriture pour assurer l'alimentation d'une population donnée" (définition de Jean-Paul CHARVET, 2002, Historiens-Géographes, n°378). C'était la première définition que l'on a donné à cette question de sécurité alimentaire, on ne prenait en compte que la quantité de nourriture. On calcule alors la sous-alimentation.

"food safe" : la question n'est pas tant la quantité que la qualité : il ne suffit pas que les hommes est suffisamment à manger en termes de quantité (ce que reprenait la notion de "food security") mais qu'ils puissent accéder à suffisamment de nourritures en termes de quantité et de qualité (ex : avoir une alimentation équilibrée apportant les différents besoins nutritionnels nécessaires au bon fonctionnement du corps humain). On calcule alors la malnutrition.




Les émeutes de la faim posent la question de "la justice et de l'injustice spatiales", et ce à plusieurs échelles. Tout d'abord, à l'échelle mondiale, elles se superposent à la carte de l'IDH (indice de développement humain), soulignant bien évidemment les écarts de développement entre les pays du Nord et les pays du Sud. La mondialisation pose le défi de la sécurité alimentaire. Les travaux de la géographe Sylvie Brunel replacent également cette question dans le cadre de la mondialisation. Notamment son article "La famine est en partie le fruit de la géopolitique" (dans Images économiques du monde 2005, Armand Colin, 2004), mais aussi dans ses nombreux ouvrages. Elle explique que les famines d'aujourd'hui sont devenues un outil de contrôle ou d'élimination de populations jugées comme indésirables. Elle met ainsi en place une différence entre les facteurs des famines et ceux de la malnutrition. "Entre famine et malnutrition existe une différence non de degrés, mais de nature : phénomène brutal, collectif et localisé, la famine ne s'explique pas par les mêmes causes que la malnutrition, ne frappe pas les mêmes personnes et ne résout pas de la même façon" (extrait de l'article cité précédemment). Elle en conclut que les famines actuelles "s'expliquent donc par la géopolitique, tandis que la malnutrition est le produit de la pauvreté". On retrouve ces phénomènes d'utilisation des ressources alimentaires comme arme à la fois au Darfour, mais plus anciennement en Somalie (où les sacs de denrées alimentaires provanant de l'aire internationale ont été pour la plupart conservés dans des zones de stockage sans pouvoir atteindre les population, voire réquisitionnés par les rebelles). Aujourd'hui, au Darfour, le gouvernement soudanais exploite cette arme alimentaire de la même façon qu'il l'avait fait dans les années 1990 pour les conflits dans les monts Noubas, interdit aux ONG d'intervenir pour apporter une aide alimentaire.





Le Dessous des cartes, décembre 2007.



Mais l'on ne peut se contenter d'une analyse à l'échelle mondiale, la faim touchant inégalement les populations des pays les plus pauvres. D'une part, la ville semble le terrain le plus touché par cette question, du fait de la dépendance alimentaire qu'elle entretient avec son arrière-pays, et l'absence partielle ou totale de moyens de subvenir à ses besoins pour la population sans recourir aux achats sur les marchés ou des magasins. D'autre part, au sein de la ville, une géographie ségrégative explique les contrastes existant dans l'accès aux ressources alimentaires.





Les facteurs explicatifs sont nombreux : bien évidemment la flambée des prix mondiaux des denrées alimentaires est une cause majeure, mais également des processus économiques mondiaux touchant indirectement (la hausse des prix des ressources énergétiques, un changement des demandes de consommation à l'échelle mondiale, la réorganisation de la filière alimentaire dans l'économie mondiale).