Plusieurs Cafés géo ont traité ces derniers temps du lien entre territoires et identité. A consulter pour ceux qui s'intéressent à la double problémtique questionnant les territoires comme porteurs d'identité ou l'identité comme productrice de territoires, plusieurs Cafés géo rendent compte de l'intérêt des géographes pour ces questions.Pages
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mercredi 21 janvier 2009
Territoires et identité : du nouveau aux Cafés géo
Plusieurs Cafés géo ont traité ces derniers temps du lien entre territoires et identité. A consulter pour ceux qui s'intéressent à la double problémtique questionnant les territoires comme porteurs d'identité ou l'identité comme productrice de territoires, plusieurs Cafés géo rendent compte de l'intérêt des géographes pour ces questions.lundi 19 janvier 2009
Gaza-ville, espace vécu
Olivier Kempf propose un article sur "La guerre de Gaza, vu du Hamas", renversant ainsi le point de vue d'analyse, en analysant avec précision les objectifs militaires et politiques de cet autre belligérant. On peut également se poser la question de ce que représente Gaza-ville en fonction des différents acteurs dans cette guerre. (On retrouvera également les nombreuses analyses proposées sur les blogs Mars attaque et Historicoblog sur le déroulement de la guerre. Voir également la chronologie heure par heure du conflit proposée par Le Nouvel Observateur).
Des vidéos à consulter sur France 24 pour suivre le déroulement de la guerre à Gaza-ville :
- "Les troupes israéliennes sont entrées dans la ville de Gaza" - lundi 12 janvier 2009
- "Tsahal poursuit son incursion dans la ville de Gaza" - mardi 13 janvier 2009
- "Poursuite des combats dans Gaza-ville au 19e jour de l'offensive" - mercredi 14 janvier 2009
- "Combats à Gaza-ville, des bâtiments de l'ONU et des médias touchés" - jeudi 15 janvier 2009
- "Les civiles au coeur de la guerre à Gaza" - vendredi 16 janvier 2009
Le blog "Etudes géopolitiques européennes et atlantiques"
Le blog d'Olivier Kempf, EGEA - Etudes géopolitiques européennes et atlantiques, change d'adresse. Pour consulter ses anciens articles : http://egea.over-blog.com/. Pour tous les articles depuis le 17 janvier 2009 : http://www.egeablog.net/.

Conférence "Crainte, liberté et sécurité : la perspective libérale"
Le Centre d'études et de recherches de l'Ecole militaire (CEREM) organise une conférence, dans le cadre du séminaire "Les rendez-vous de la sécurité", le mardi 27 janvier 2009, de 18h00 à 19h30, à l'Ecole militaire (Paris), dans l'émphithéâtre Louis, sur "Crainte, liberté et sécurité : la perspective libérale", avec pour invité Pierre Manent (directeur d'études à l'EHESS). Inscription avant le 23 janvier 2009 à julie.guillaume@defense.gouv.fr.

- "Les entrepreneurs de violence" avec Bertrand Badie, mardi 17 mars 2009, 18h00 - 19h30, Ecole militaire, amphithéâtre Lacoste (inscription avant le 12 mars 2009).
- "La politique européenne de sécurité et de défense face aux défis de sécurité" avec le contre-amiral Bruno Nielly, mardi 7 avril 2009, 18h30-20h00, Ecole militaire, amhithéâtre Lacoste (inscription avant le 2 avril 2009).
- "Conflits et religions", avec Mgr Michel Dubost et Elise Feron, mardi 12 juin 2009, 18h30-20h00, Ecole militaire, amphithéâtre Louis (inscription avant le 7 mai 2009).
vendredi 16 janvier 2009
"Les Balkans : une géopolitique de la violence"
Dans les jours qui viennent, paraîtra un livre (très attendu pour ce blog !) écrit par Michel Sivignon (professeur émérite de géographie de l'Université Paris 10, spécialiste de la Grèce et des Balkans), intitulé Les Balkans : une géopolitique de la violence (Editions Belin, collection Mappemonde). Le dernier ouvrage de géographie proposant une synthèse sur les Balkans date de 1994 (Georges Prévélakis, Les Balkans : culture et géopolitique, Nathan, collection Petite référence, 191 pages), et beaucoup de choses ont changé depuis !Résumé par l'éditeur :
"Le pouvoir politique et l'armée"
Dans le cadre du séminaire "La défense et son environnement social" organisé par le Centre de Sciences Sociales de la Défense (C2SD), la prochaine séance du 20 janvier 2009 sera consacrée au lien entre "le pouvoir politique et l'armée", avec pour invités Samy Cohen (directeur de recherches à Sciences Po / CERI) et Jean Guisnel (journaliste au Point). De 12h30 à 14h00, Ecole militaire, Amphithéâtre Suffren, Paris.
Deux émissions de radio sur Bagdad
France Culture consacre 2 émissions de radio à la ville de Bagdad. L'émission "Métropolitains" du mercredi 7 janvier 2009 (à réécouter en ligne) était consacrée à "L'architecture électique de Bagdad" avec pour invitée Caecilia Pieri (auteur de Bagdad arts déco) qui présente de l'architecture de Bagdad entre 1920 et 1950. L'autre émission sera diffusée le dimanche 25 janvier 2009 (puis il sera possible de la réécouter en ligne) dans le cadre de l'émission "Vivre sa ville", avec pour invités également Caecilia Pieri, et également Yves Aubin de la Messuzière (ancien ambassadeur de France, en poste à Bagdad en 1997 et 1998, spécialiste du Proche-Orient) et Naim Kattan (écrivain québecois né à Bagdad).jeudi 15 janvier 2009
Les émeutes en Grèce
Si les émeutes en Grèce ont été particulièrement médiatisées en décembre 2008 après la mort d'un adolescent grec, aujourd'hui (actualité à Gaza "oblige"), elles semblent oubliées des intérêts médiatiques. Pourtant, la situation ne s'est pas calmée à Athènes et dans les autres villes grecques. Depuis un an, les manifestations pacifistes se multipliaient dans les universités grecques, sans qu'aucun débordement (casse, violences...) n'ait été constaté. La cause : un profond malaise dans la jeunesse grecque, et tout particulièrement dans la population estudiantine, qui refusait le projet gouvernemental de privatisation des universités. La mort du jeune Alexandros Grigoropoulos, âgé de 15 ans, a déclenché de nombreuses polémiques sur les conditions de sa mort, mais également une vague d'émeutes dans toutes les villes de Grèce, même les plus petites.
"Les émeutes en Grèce : symptôme d'une crise nationale ou européenne ?"
Ce lundi 12 janvier 2009, les Cafés géopolitiques le compte-rendu sera mis en ligne dans quelques jours sur le site de l'Institut français de Géopolitique) ont invité Michel Sivignon (professeur de géographie) et Joëlle Dalègre (maître de conférences de civilisations), tous deux spécialistes de la Grèce, à discuter sur les causes du déclenchement de ces émeutes, sur les conséquences dans la vie politique et dans la vie quotidienne, ainsi que sur la situation actuelle. Les 2 intervenants se sont préoccupés de présenter ces émeutes à diverses échelles : celle de la Grèce et celle de l'Europe. S'agit-il d'une crise spécifique à la Grèce et à ses caractéristiques (vie politique, culture, difficultés économiques...) ou bien d'une crise qui touche l'ensemble des pays d'Europe et qui est la manifestation des difficultés montantes dans chacun d'eux ?
Michel Sivignon a ainsi expliqué que la Grèce est un pays qui aujourd'hui "ne va pas bien", même si la couverture médiatique aujourd'hui ne le montre plus. En France, les média ont parlé d' "émeutes", alors que les Grecs refusent ce mot. Ils parlent plus volontiers de révolte (l'émeute, pour eux, c'est bien plus violent et conséquent). Le choix des mots est révélateur des représentations de la société, plus que des actes en eux-mêmes : en France, des événements similaires sont qualifiés depuis quelques années d'émeutes, et cela semble devenu courant de les désigner par ce nom, ce qui n'est pas le cas en Grèce (le terme d'émeutes renvoie avant tout aux événements qui ont mis fin à la dictature des Colonels).
Début décembre 2008, des grèves lycéennes luttaient contre les réformes de l'enseignement secondaire en Grèce, sous forme de manifestations pacifiques. Le 6 décembre 2008, la mort d'un jeune adolescent de 15 ans a déclenché une grande controverse quant aux conditions de cet événement, et s'en est suivie une série d'émeutes dans l'ensemble de la Grèce, jusqu'aux plus petites villes qui ne connaissaient pas du tout les manifestations. Avec l'accalmie des vacances et l'actualité dans la bande de Gaza, les émeutes sont passées au 2nd plan dans les médias. Mais, l'on assiste à une reprise des émeutes ces jours-ci. Le malaise actuel de la jeunesse grecque est largement lié à un malaise profond de l'enseignement secondaire et supérieur, du fait d'une inadéquation de plus en plus criante entre diplômes et marché du travail. L'entrée dans le monde du travail est très compliquée pour un jeune diplômé grec. Mais, au-delà, la crise est révélatrice d'autres dysfonctionnements, comme l'ont déjà montré les incendies de forêts d'août 2007, qui ont fait environ 70 morts, surtout dans le Péloponnèse (Sud de la Grèce). Outre l'émoi général, les questions quant aux dysfonctionnements des capacités de secours ont été nombreuses : avec tous les hélicoptères, les moyens et les infrastructures, comment une telle catastrophe humaine a-t-elle été possible ? D'où, la remise en cause de l'Etat (et pas seulement du gouvernement) et des services publics en général.
En Grèce, le système politique est calqué depuis 1974 (avec la chute de la dictature des Colonels) sur bien d'autres pays européens, avec un partage du pouvoir bipartite, qui laisse peu de place aux extrêmes. On déborde là le cas grec, et l'on constate que ce système est en malaise dans d'autres pays (tels que l'Autriche, mais également l'Espagne, l'Allemagne...).
La Grèce est un pays tourné depuis longtemps vers l'extérieur. Aujourd'hui, le tourisme et l'économie marchande sont 2 secteurs clés de son économie, preuve de cette grande ouverture sur le monde. Celle-ci est d'autant plus nécessaire que la balance commerciale de la Grèce est très largement déficitaire. L'économie repose avant tout sur un secteur tertiaire très développé.
Michel Sivignon se demande alors quelles sont les causes de cette crise. Sont-elles des causes propres à la Grèce et à ses spécificités ? Ou celles du monde contemporain ? La Grèce est-elle en retard ou plutôt en avance dans les prémices de crise que l'on connaîtra en Europe ? Cela renvoie à l'image véhiculée de la Grèce, celle qu'elle renvoie. Les 1ers jours de la crise, la presse française a parlé d' "archaïsme balkanique", rappelant par là les titres de journaux qui ont couverts les guerres de décomposition de l'ex-Yougoslavie. Mais, cette explication a très vite disparu des média français. Cette image ne colle pas à la réalité (à lire, à ce propos, l'article de Michel Sivignon, "La Grèce, pas si archaïque que ça", Echogéo, Sur le vif 2009, mis en ligne le 14 janvier 2009).
Joëlle Dalègre rebondit sur cette question de savoir si la Grèce est en avance ou en retard. Le supposé archaïsme est une iamge que l'on a porté depuis longtemps sur la Grèce et les Balkans. La Grèce a ses propres spécificités, avec tout d'abord une jeunesse très peu nombreuse. La Grèce et l'Italie sont les 2 pays de l'Union européenne qui ont le moins d'enfants par femme, dépassant par là depuis longtemps le "record" allemand. La jeunesse grecque est donc hyper "couvée", ce qui est accentuée par la structure familiale qui se fonde sur une forte solidarité. Ces derniers temps, l'éducation grecque tend à se "normaliser" vers les moyennes européennes. Quelques spécificités pourtant : par exemple, les cours d'instruction religieuse obligatoire jusqu'à cette rentrée scolaire 2008-2009 du CE1 à la terminale (sauf lorsque l'on se déclarait d'une autre religion que l'orthodoxie). Ils sont devenus facultatifs à l'été 2008, ce qui représente un grand changement pour la Grèce. Mais, surtout, l'espoir est grand dans l'enseignement supérieur. Joëlle Dalègre explique que les familles grecques, avec peu d'enfants, sont des "passionnées de diplômes". Tous les sacrifices familiaux sont faits pour envoyer les enfants à l'Université. Pourtant, l'Etat grec consacre à l'éducation l'un des plus bas budgets de l'Union européenne. La population, insatisafite de son système d'éducation, se ruine d'ailleurs en cours privés, que l'on trouve partout, même dans les villages. Cela est avant tout lié au système d'entrée à l'Université, qui repose sur un savant mélange entre les notes obtenues les 2 dernières années du lycée et les notes obtenues lors d'un concours (concours qui fait donc la fortune des cours privés). Les familles dépensent au moins 500 € par mois et par enfant en cours privés (les moyennes vont de 2.500 à 3.000 €/an/enfant pour les collégiens, et de 5.000 à 6.000 €/an/enfant pour les lycéens). Le problème, c'est que les Universités n'offrent pas suffisamment de place pour tous les lycéens. Il existe donc une importante ségrégation entre les facultés : il faut 19/20 de moyenne pour faire médecine à Athènes (c'est-à-dire une discipline côtée dans une Université réputée), mais par contre moins de 10/20 pour étudier le français dans une Université de province... La Grèce et le Portugal (dont le système d'entrée en Université est assez similaire) sont les 2 pays européens où l'on recense le plus d'étudiants partant faire leurs études à l'étranger. Mais se posent par la suite le problème de la reconnaissance des diplômes lors du retour en Grèce, surtout pour des Universités situées en-dehors de l'Union européenne. La situation de l'histoire-géographie n'est pas louable : le but n'est pas de comprendre, mais de faire apprendre le manuel par coeur au mot près (d'où des moyennes pouvant en effet atteindre les 19/20). A la rentrée 2008, il y avait 97.000 candidats à l'entrée à l'Université, mais seulement 68.000 ont été pris en faculté. Le paradoxe provient des 18.000 laissées vacantes dans des disciplines et/ou des Universités peu côtées. Michel Sivignon cite l'exemple de la ville de Missolonghi (Ouest de la Grèce) où l'IUT voit certaines de ces formations sans aucun étudiant depuis 3 ans. Si l'on dresse la carte des formations sans élèves, on remarque une forte opposition entre centre et périphéries, qui s'explique par le problème des débouchés pour les étudiants ayant suivi des formations dans des facultés périphériques moins côtées. Michel Sivignon rappelle qu'il ne s'agit pas là d'une spécificité grecque, mais plutôt d'une problématique européenne : on connaît aussi ce problème de l'inadéquation entre les diplômes et le marché du travail en France, notamment avec des formations en DEA/DESS/Master.
Joëlle Dalègre revient sur le problème des salaires (montée des prix, mais pas des salaires). C'est assez difficile à chiffrer en Grèce : il n'y a pas d'équivalent d'un SMIC uniforme, mais des négociations par métiers, par syndicats... On estime les salaires les plus bas à 657 €/mois. Mais, en Grèce, les doubles emplois sont très nombreux, et au moins 1/3 du travail est effectué au noir. De plus, il exitse beaucoup de "magouilles" entre les feuilles de salaires et le salaire effectif. Et si la presse française n'a que peu abordé la question jusqu'aux émeutes, depuis 2 ans les grèves sont récurrentes en Grèce (notamment celles des lycéens).
Michel Sivignon a également signalé le problème de l'endettement. Avec,d'une part, l'endettement de l'Etat : la Grèce dépasse largement les maxima autorisés par Bruxelles, surtout depuis son entrée dans la zone euro, d'où un problème de remboursement de la dette publique de plus en plus prégnant (d'ailleurs, le gouvernement actuel a fait campagne sur les réductions des dépenses nationales). Avec, d'autre part, l'endettement des familles : en 2005, une loi facilitant grandement l'accès au crédit à la consommation (c'est même devenu visible dans les publicités qui n'annoncent plus les prix des produits tels que les réfrigérateurs et les voitures, mais les mensualités du crédit à l'achat proposé pour le produit). Les familles ont fait de forts emprunts pour payer les études de leurs enfants, d'où de nombreux problèmes d'endettements individuels (les banques font même appel à des sociétés de recouvrement pour les "mauvais payeurs"). D'ailleurs, lors des émeutes, de nombreuses banques ont été détruites, incendiées, et marquées par des graff qui dénoncent cette situation. Les familles toutes entières se sentent menacées : beaucoup ont manifesté avec leurs enfants ou ne les ont pas empêché de le faire.
Joëlle Dalègre a rappelé le problème de l'immobilieren forte baisse. Tous les propriétaires fonciers ont donc perdu une importante part de leur capital. La baisse du tourisme est aussi préoccupante, puisque celui-ci constituait pour de nombreuses familles une source de revenus supplémentaires. Le problème des impôts non payés est lui aussi un handicap (la Grèce est un pays qui a peu de salariés par rapport à d'autres pays européens, et où tout le travail n'est pas imposé).
Pendant longtemps, il n'y a pas eu des sans-abri en Grèce (du fait de la cohésion de la famille méditerranéenne). Les SDF d'aujourd'hui sont surtout des étrangers. La famille compense l'aide maternelle et celle aux personnes âgées (une tante, une nièce, une cousine garde les enfants ou vient en aide aux grands-parents). Mais c'est de moins en moins vrai aujourd'hui. La retraite de base est de 200 €/mois, ce qui ne permet absolument pas de vivre. La cité universitaire est, en théorie, gratuite, mais en fait il existe environ une place pour 50 étudiants. D'ailleurs, c'est une opération rentable pour les nombreuses villes universitaires. L'Université de chaque région est divisée en 4 villes : ainsi, chaque ville a des logements à louer aux étudiants qui n'ont pas de place dans les cités universitaires et c'est une source de revenus conséquentes. Il existe ainsi 54 sites universitaires en Grèce.
Revenant sur les émigrés qui constituent une main-d'oeuvre pas chère pour s'occuper par exemple des grands-parents qui sont de moins en moins accueillis dans la structure familiale, Michel Sivignon conclut en rappelant que, depuis 1990, la Grèce est devenu un pays d'immigration. Il existe 2 sources de migrations vers la Grèce. La 1ère est une émigration de voisins. 65 % des étrangers en Grèce sont des Albanais (qui sont bergers dans les montagnes, employés dans le bâtiment ou dans la plonge...). Cette population constitue une main-d'oeuvre peu qualifiée. Alors qu'il y a un chômage considérable en Grèce, 95 % des métiers sans qualification sont assurés par les populations issues de cette migration de proximité (peu de Grecs veulent pourvoir à ces emplois). Elles sont d'ailleurs en voie de bonne intégration dans la société grecque, gagnant environ 40 €/jour avec les repas payés. Ces populations n'ont joué aucun rôle dans les émeutes. La 2ème forme d'émigration est illégale, arrive du Moyen-Orient, et est assurée par des passeurs turcs. Les îles les moins peuplées sont d'ailleurs envahies d'émigrés qui espèrent entrer dans l'Union européenne.
Les émeutes en Grèce et la presse
Pourquoi aborder les émeutes en Grèces de décembre 2008 dans un site avant tout consacré à des situations de violence politique et de guerre ? Parce que les média ont employé des termes forts qui conditionnent notre représentation de la ville et de la violence. Pour exemple, certaines expressions semblent faire partie du vocabulaire "courant" pour décrire la condition urbaine : "vague de violences urbaines", "émeutes urbaines". Mais certains mots sont allés beaucoup plus loin, assimilant la situation de la Grèce à celle de villes en guerre : "une impression de guerre civile" , "la Grèce à feu et à sang", et "Athènes s'enfonce dans la guérilla urbaine" dans Le Figaro. On remarque le même type de vocabulaire dans la présentation des émeutes en Suède des 17 et 18 décembre 2008. Dans les pays occidentaux, la ville est devenue vulnérable parce que le degré d'acceptabilité des populations quant aux violences est de moins en moins élevé (alors même que tous les historiens de la ville démontrent que nos villes n'ont jamais été aussi sécurisées et peu violentes qu'aujourd'hui). Mais également, la presse participe à la construction d'un imaginaire collectif par le choix des images et des mots dans son traitement de l'information : les violences urbaines s'affichent de plus en plus comme faisant partie intégrante de la conditin urbaine.
A écouter :
L'émission "Les enjeux internationaux", animée par Thierry Garcin sur France Culture, du jeudi 11 décembre 2008 a été consacrée aux émeutes en Grèce, avec pour Michel Sivignon.
Comment comprendre et évaluer la flambée de violence en Grèce ? Quelles sont les principales raisons de ces évènements en chaîne ? Pourquoi ont-ils touché presque spontanément l’ensemble des pays ? Pourquoi le monde des lycéens et celui des étudiants ont-ils été les plus actifs ? Pouvait-on prévoir la survenue de cette violence ? Que dire de la gestion de ces troubles par le pouvoir politique ?
Une thèse sur la reconstruction à Beyrouth
La thèse d'Eric Verdeil, chercheur au CNRS, sur Une ville et ses urbanistes : Beyrouth en reconstruction (Université Paris I, sous la direction de Pierre Merlin, 2002) présente les modalités de la reconstruction à Beyrouth suite aux 15 ans de guerre civile et de guerre étrangère. Principalement axée sur les projets de reconstruction du bâti et sur les acteurs de l'urbanisme, la thèse montre les rivalités de pouvoir qui se sont mises en place dans la ville détruite, ainsi que les distanciations (en tant que mises à distance volontaires) et les inégalités sociospatiales que ces projets ont intégré dans l'organisation sociale de la ville de Beyrouth, accentuant les déséquilibres centre-périphérie. Ainsi, si la guerre a mis en exergue une division de la ville de Beyrouth selon la ligne verte, c'est-à-dire selon un découpage Est-Ouest fondé sur les divisions confessionnelles, l'après-guerre a lui aussi été "modélateur" de divisions profondes et fortement ancrées dans le système urbain. Ainsi, la ligne de fracture Nord-Sud s'est accentuée de sorte à amplifier les différences sociales entre le centre-ville et la périphérie de Beyrouth.Résumé de sa thèse selon Eric Verdeil :
A lire également :
- "Reconstructions manquées à Beyrouth", Annales de la recherche urbaine, n°91, dossier "Villes et guerres", décembre 2001.
- "Recompositions beyrouthines entre guerre et reconstruction", La mégapolisation au Moyen-Orient. Journée d'étude du 28 juin 2001, 2004.
- "Une ville et ses urbanistes : Beyrouth en reconstruction", Strates, n°11, 2004 [présentation de sa thèse par Eric Verdeil].
- "Les territoires du vote au Liban", Mappemonde, n°78, n°2-2005, 2005.
- "Cartographies du conflit israélo-libanais sur le web : bombardements et destructions", Mappemonde, n°83, n°3-2006, 12 septembre 2006.
mercredi 14 janvier 2009
Guerre urbaine à Gaza-ville
La bande de Gaza est un des 3 territoires peuplés de Palestiniens conquis par Israël suite à la guerre des Six-Jours (5-10 juin 1967), avec la Cisjordanie et Jérusalem-Est. Elle était auparavant sous férule égyptienne depuis 1949. "Gaza, minuscule bande sablonneuse littorale, est le plus peuplé et le moins nanti des Territoires du fait de l'afflux de réfugiés provenant des zones d'Ashkélon et de Beershéva, lors de la Nakba du printemps 1948, et d'un taux de fécondité record (9 enfants/femme). En outre, l'Egypte n'en a fait qu'un bastion offensif au flanc d'Israël, ses habitants (à 95 % musulmans) y étant strictement confinés. Densité, exiguïté et Intifada (débutée là en décembre 1987) oblige, seules vingt implantations y seront bâties, puis évacuées en 2005" (Frédéric Encel, 2008, Atlas géopolitique d'Israël. Aspects d'une démocratie en guerre,Autrement, collection Atlas/Monde, Paris, p. 28). La position géographique de ce territoire est une contrainte à plusieurs égards : le territoire est très isolé vis-à-vis des autres Territoires palestiniens, et son enfermement est rendu d'autant plus vivace par sa petitesse. De plus, la bande de Gaza se présente comme une zone-tampon entre 2 puissances régionales : Israël et l'Egypte.
La bande de Gaza est donc un territoire fermé. L'opération "Plomb durci" a été lancée le 27 décembre 2008 à travers des bombardements aériens (avions de chasse et hélicoptères de combat), puis complétée par une offensive terrestre à partir du 3 janvier 2009. Rapidement, Gaza-ville a été encerclée. Depuis le 13 janvier 2009, des blindés sont entrés dans Gaza-ville. Selon Dominique Merchet, l'armée israélienne n'est aujourd'hui plus qu'à environ un kilomètre du centre-ville. Avec cette guerre, la précarité des populations de la bande de Gaza s'est fortement aggravée, notamment en termes d'approvionnement de vivres et de médicaments. La ville de Gaza s'est retrouvée au coeur de la stratégie offensive israélienne et de la stratégie défensive du Hamas, en tant que centre névralgique de la bande de Gaza. Elle est une ville-cible pour l'armée israélienne dans la mesure où elle estime que les centres administratifs et militaires du Hamas y sont situés. La zone Nord de la bande de Gaza est essentiellement agricole. Au centre de la bande de Gaza, on retrouve 4 camps de réfugiés, qui constituent de réels pôles urbains (Nusseirat, Bureij, Maghazi et Dir al-Balah). La zone Sud de la bande de Gaza, enfin, constitue une réelle zone tampon avec l'Egypte, et elle a déjà été une zone où les combats furent particulièrement durs pendant la guerre des Six-Jours en 1967 et pendant la guerre du Kippour en 1973. C'est une zone frontalière particulièrement disputée et un point de passage qui représente un réel enjeu sécuritaire et stratégique dans le contrôle territorial pour l'Etat israélien.
Gaza-ville est peuplée de 515.000 habitants (soit 36 % de la population totale de la bande de Gaza dont elle est la principale agglomération). La bande de Gaza est une des zones les plus densément peuplées de la planète (plus d'1,4 million d'habitants sur 365 km²), et est un territoire particulièrement urbanisé (73 % des Gazaouis vivent en ville). De plus, le taux de croissance de la population est estimé à 4,5 % par an (avec une moyenne de 6 enfants par femme). A signaler qu'environ 1 million de Gazaouis sont considérés par l'UNRWA comme des réfugiés, dont 480.000 vivent dans 8 camps de réfugiés. Ces camps ne sont pas exclus de la vie de la bande de Gaza, mais y sont au contraire bien intégrés, même si les camps sont dotés de leurs propres infrastructures et de leurs services. Ainsi, 2 sortes d'urbanisation s'intensifient dans la bande de Gaza suivant ainsi la croissance démographique : les camps de réfugiés qui constituent des villes à part entière, dans lesquels de nombreux acteurs interviennent (principalement l'UNRWA qui gère les populations et l'organisation territoriale des camps ; et les municipalités auxquelles sont réliés ces mêmes camps). Dans tous les cas, la situation socio-économique des habitants de Gaza est particulièrement précaire, du fait de leur repliement sur un territoire clos, très densément peuplé et soumis à un fort taux de chômage.
A lire : le court rapport du Programme de recherche urbaine pour le développement (suite à une conférence tenue à Rabat du 15 au 18 janvier 2003), sur L'urbanisation des camps de réfugiés dans la bande de Gaza.