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dimanche 31 août 2008

FIG 2008 : "La planète sous tension"


Comme chaque année depuis 1990, Saint-Dié-des-Vosges accueille le Festival International de Géographie. Comme chaque année, les géographes de tout type (universitaires, étudiants, lycéens, professeurs du secondaire, mais également des curieux et des passionnés) se retrouvent pour discuter, écouter et partager autour d'un thème annuel et d'un pays invité. Une particularité : le festival déploie les "formules" pour favoriser ces rencontres, en proposant des manifestations aussi diverses que les traditionnelles conférences, les tables rondes, mais également les "cafés géo", un salon de la gastronomie, un salon du livre particulièrement bien fourni...


La thématique de cette année retient tout particulièrement l'attention de ce blog (encore plus que les autres années) : "Entre guerres et conflits : la planète sous tension". Un programme qui devrait également intéresser tous ceux qui se passionnent de stratégie, de sciences politiques, de relations internationales... Le pays invité sera, quant à lui, le Japon.


Si le programme définitif n'a pas encore été communiqué, il est déjà à noter quelques participations :


Retrouvez les informations pratiques du FIG, les actes des anciens FIG (tout particulièrement ceux traitant des religions, de la question de l'eau, de la question de l'alimentation, des énergies), ainsi que certaines cartes et photographies présentées lors des précédentes éditions. Et bon festival à ceux qui auront le plaisir de (re)découvrir Saint-Dié-des-Vosges !



Port-au-Prince : la capitale d'un pays sous tension


L'île d'Haïti se situe au coeur d'un espace géostratégique très tendu : le bassin Caraïbe (carte extraite de l'Atlas Caraïbe, de l'Université de Caen). Les enjeux de cette aire géographique sont à comprendre à travers le prisme de son développement durable et de son intégration à la mondialisation : "le Bassin caribéen est bien plus qu'un lac, une simple arrière-cour des Etats-Unis ou encore une plaque tournante où transitent moult flux illicites. Les territoires de cette région essaient comme ailleurs, tant bien que mal, de ne pas être écartés de la mondialisation et cela en dépit de l'absence pour certains d'entre eux d'un pacte territorial nécessaire à une meilleure compétitivité. Les stratégies de développement fortement suggérées voire, dans certains cas, imposées par les institutions internationales - ONU, Banque mondiale, FMI, USAID - n'ont pas réussi à créer l'environnement industrieux destiné à sortir l'intégralité des territoires du Bassin caribéen du mal développement." (Source : LAMBOURDIERE Eric, dir., 2007, Les Caraïbes dans la géopolitique mondiale, Ellipses, collection Carrefours Les Dossiers, Paris, p. 451).


Dans cet espace, la situation d'Haïti est préoccupante : tout d'abord, le pays accuse un mal-développement très marqué, comme le montre les différents chiffres de l'IDH (indice de développement humain) : si l'IDH de l'ensemble du Bassin caribéen est supérieur à la moyenne mondiale, Haïti contraste particulièrement, avec un IDH inférieur de 50 % à la moyenne mondiale. En résulte une situation de pauvreté généralisée, avec un PNB par habitant de 310 $ en 1995, nettement inférieur à celui de la région. Autre point fondamental : l'instabilité politique de ce territoire. En février 2004, le président Aristide s'enfuit en exil et abandonne son poste à la présidence. En février 2006, après des élections mouvementées, René Préval est élu président. La capitale, Port-au-Prince, a été le théâtre privilégié des manifestations entre les partisans des différents candidats. L'arrivée d'un nouveau président élu, après 2 ans de présidence temporaire, n'a pas pour autant signifié un retour à la pacification durbale, ni l'avènement d'une ère de développement pour Haïti : la situation reste particulièrement tendue d'un point de vue politique et préoccupante d'un point de vue socio-économique.



Port-au-Prince est une capitale macrocéphale : "sur les 9 millions d'Haïtiens, 2,5 à 3 millions se regroupent dans la métropole entourée de bidonvilles qui prennent chaque année une extension plus grande sans que l'on puisse voir une quelconque amélioration des infrastructures. Carrefour, le si mal nommé puisqu'il s'étend sur deux à trois kilomètres, longe la mer et se déploie sur une étroite plaine côtière en direction de l'ouest ; il a surgi dans les années 1970 et depuis ne cesse de s'accroître." (Source : Atlas Caraïbe). Cette macrocéphalie urbaine et le mal-développement du pays expliquent que les tensions et les violences se concentrent dans la ville. En effet, la population est en grande majorité agricole (80 % des actifs) et les villes concentrent la pauvreté, puisque les emplois dans l'industrie et dans les services sont peu nombreux et ne permettent pas le dynamisme des villes d'Haïti.


Source : ONU, rapport 2001 sur l’urbanisation mondiale.







Loin de l'image de la statue du "Marron inconnu" (un marron est un esclave révolté qui a fui la propriété du colon), symbole de la liberté et de l'indépendance d'Haïti, et même de l'ensemble caribéen, la ville subit de plein fouet les crises économiques, sociales et politiques qui déstabilisent le pays. Le centre-ville lui même est paupérisé et est devenu l'espace privilégié des violences et de l'insécurité.


"Le centre-ville de Port-au-Prince est situé en bord de mer. De là, l'agglomération remonte vers l'intérieur des terres le long de trois vallées. Héritage du passé, le centre-ville suit un plan en damier qui abritait le coeur politique, administratif et financier de la capitale. Avec une telle disposition, le centre-ville se distingue très clairement du reste de la ville sur les cartes comme sur le terrain. Si sa situation a commencé à se détériorer depuis la moitié du vingtième siècle, ce n'est réellement qu'en 1986, avec le coup d'Etat, que des changements majeurs ont commencé à apparaître. [...] Il forme originellement la partie Est de la ville qui s'est étendue vers l'Ouest jusqu'à occuper tout l'espace disponible au pied des contreforts des montagnes. Aujourd'hui, même si l'agglomération s'est élargie sur l'espace littoral disponible au Nord et au Sud, son expansion se fait surtout sur ces mêmes contreforts. [...] Les premières collines représentent des espaces immobiliers particulièrement prisés par les élites haïtiennes et internationales : les prémices de Pétion-Ville. Le downtown (note : en géographie urbaine, le downtown est un terme anglo-saxon qui désigne dans la ville nord-américaine les quartiers centraux) recouvre alors une réalité sociale d'un vieux centre-ville comme un espace synonyme de misère et de dangers par opposition à de nouveaux quartiers périphériques plus aisés et sûrs." (Source : COIFFIER Nicolas, 2005, Géographie et missions de maintien de la paix : le cas de Port-au-Prince (Haïti) et de la MINUSTAH. Une étude de géographie politique", mémoire de maîtrise de géographie, Université Paris-Sorbonne, p. 10).

Le centre-ville de Port-au-Prince concentre donc les enjeux et les tensions :

  • reflet de la pauvreté urbaine, avec des quartiers précaires en cours de paupérisation (par exemple, le quartier du Bel Air), le centre-ville est le lieu des manifestations sociales, comme l'ont symbolisé pour le monde entier les émeutes de la faim qui ont eu lieu à Port-au-Prince en avril 2008.
  • centre des décisions, le centre-ville est "jonché" de hauts-lieux du pouvoir et de la contestation, dans un pays fortement déstabilisé.
  • une part des territoires urbains échappent à la souveraineté de l'Etat et sont sous le contrôle de bandes armées, créant par-là des "zones grises" dans la ville, malgré la présence d'une force internationale qui multiplie les opérations pour sécuriser les quartiers centraux de Port-au-Prince.

La présence de la MINUSTAH (Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti) depuis le 1er juin 2004, sera très certainement reconduite ce 15 octobre 2008 (date d'autorisation de déploiement actuelle) tant la situation, et tout particluèrement à Port-au-Prince, semble précaire et incertaine, malgré la présence de 9 055 personnels en uniformes (dont 7 174 militaires et 1 881 policiers) au 31 mai 2008 (chiffres de l'ONU).

samedi 30 août 2008

Les émeutes de la faim



Les émeutes de la faim (ici à Haïti, en avril 2008, source : Le Point) ont souvent été l'objet de l'actualité internationale de l'année 2008, montrant ainsi la détresse des populations urbaines les plus pauvres des grandes métropoles des pays du Sud. Les émeutes du mois d'avril 2008 à Port-au-Prince ont été un symbole fortement médiatisé, relançant le débat sur la situation des 35 pays touchés cette année par ce phénomène. La hausse des prix des denrées alimentaires touche ainsi inégalement les populations urbaines, et se superposent à une géographie ségrégative dans les pays du Sud. Une première distinction semble nécessaire : un petit point sur les différentes significations de la "sécurité alimentaire".

"food security" : "capacité de produire des quantités suffisantes de nourriture pour assurer l'alimentation d'une population donnée" (définition de Jean-Paul CHARVET, 2002, Historiens-Géographes, n°378). C'était la première définition que l'on a donné à cette question de sécurité alimentaire, on ne prenait en compte que la quantité de nourriture. On calcule alors la sous-alimentation.

"food safe" : la question n'est pas tant la quantité que la qualité : il ne suffit pas que les hommes est suffisamment à manger en termes de quantité (ce que reprenait la notion de "food security") mais qu'ils puissent accéder à suffisamment de nourritures en termes de quantité et de qualité (ex : avoir une alimentation équilibrée apportant les différents besoins nutritionnels nécessaires au bon fonctionnement du corps humain). On calcule alors la malnutrition.




Les émeutes de la faim posent la question de "la justice et de l'injustice spatiales", et ce à plusieurs échelles. Tout d'abord, à l'échelle mondiale, elles se superposent à la carte de l'IDH (indice de développement humain), soulignant bien évidemment les écarts de développement entre les pays du Nord et les pays du Sud. La mondialisation pose le défi de la sécurité alimentaire. Les travaux de la géographe Sylvie Brunel replacent également cette question dans le cadre de la mondialisation. Notamment son article "La famine est en partie le fruit de la géopolitique" (dans Images économiques du monde 2005, Armand Colin, 2004), mais aussi dans ses nombreux ouvrages. Elle explique que les famines d'aujourd'hui sont devenues un outil de contrôle ou d'élimination de populations jugées comme indésirables. Elle met ainsi en place une différence entre les facteurs des famines et ceux de la malnutrition. "Entre famine et malnutrition existe une différence non de degrés, mais de nature : phénomène brutal, collectif et localisé, la famine ne s'explique pas par les mêmes causes que la malnutrition, ne frappe pas les mêmes personnes et ne résout pas de la même façon" (extrait de l'article cité précédemment). Elle en conclut que les famines actuelles "s'expliquent donc par la géopolitique, tandis que la malnutrition est le produit de la pauvreté". On retrouve ces phénomènes d'utilisation des ressources alimentaires comme arme à la fois au Darfour, mais plus anciennement en Somalie (où les sacs de denrées alimentaires provanant de l'aire internationale ont été pour la plupart conservés dans des zones de stockage sans pouvoir atteindre les population, voire réquisitionnés par les rebelles). Aujourd'hui, au Darfour, le gouvernement soudanais exploite cette arme alimentaire de la même façon qu'il l'avait fait dans les années 1990 pour les conflits dans les monts Noubas, interdit aux ONG d'intervenir pour apporter une aide alimentaire.





Le Dessous des cartes, décembre 2007.



Mais l'on ne peut se contenter d'une analyse à l'échelle mondiale, la faim touchant inégalement les populations des pays les plus pauvres. D'une part, la ville semble le terrain le plus touché par cette question, du fait de la dépendance alimentaire qu'elle entretient avec son arrière-pays, et l'absence partielle ou totale de moyens de subvenir à ses besoins pour la population sans recourir aux achats sur les marchés ou des magasins. D'autre part, au sein de la ville, une géographie ségrégative explique les contrastes existant dans l'accès aux ressources alimentaires.





Les facteurs explicatifs sont nombreux : bien évidemment la flambée des prix mondiaux des denrées alimentaires est une cause majeure, mais également des processus économiques mondiaux touchant indirectement (la hausse des prix des ressources énergétiques, un changement des demandes de consommation à l'échelle mondiale, la réorganisation de la filière alimentaire dans l'économie mondiale).



mardi 26 août 2008

Des blogs sur des OPEX en cours



Isabelle Bal, chef de la cellule Aide aux Familles du 18ème Régiment des Transmissions, a mis en ligne de nombreux blogs sur l'histoire de de régiment, son fonctionnement, mais également sur les OPEX en cours. Régulièrement mis à jour, ces blogs sont destinés aux militaires et aux familles afin de leur fournir des informations dans leur compréhension des théâtres d'opération (histoire, géographie, géopolitique et faits marquants) qui concernent ce régiment (photographie d'Isabelle Bal, montrant les infrastrctures du régiment en 1980).
Parmi ces nombreux blogs, je tenais à vous en signaler quelques-uns qui peuvent intéresser non seulement les militaires se préparant à partir en OPEX, mais également tous les curieux intéressés par la géopolitique et l'engagement de la France dans des opérations militaires :

De nombreuses ilustrations et vidéos agrémentent ces différents blogs, permettant une lecture claire et appuyant l'analyse qui y est proposée. Un travail que je tenais à encourager, n'hésitez pas à consulter la liste des autres blogs (Sénégal, Gabon, Djibouti, Guyane...).

De la création au démembrement de la Yougoslavie

  • 1918 : création du Royaume des Serbes, Croates et Slovènes (qui devient le Royaume de Yougoslavie en 1929).
  • Le Royaume de Yougoslavie voulait atténuer les différences marquées par la confession et l'utilisation de la langue et de l'alphabet => division en "départements", au grand mécontentement des Croates (qui voyaient dans ce découpage la disparition de leur spécificité territoriale et de leur niveau culturel).
  • Les Croates ont eu les 1ers l'idée d'une Yougoslavie, persuadés qu'ils la domineraient.
  • 1918 : défaite de l'Empire austro-hongrois (soutenu par les Croates) contre le bloc formé par la France et la Serbie (même si celle-ci avait perdu les batailles contre l'Autriche-Hongrie).
  • Sentiment d'humiliation chez les Croates => mouvements ultranationalistes clandestins croates (les "oustachis" = les insurgés) qui réclamaient une Croatie indépendante (soutien de l'Eglise catholique).
  • Seconde Guerre mondiale : division entre mouvements nationalistes extrêmes et un mouvement "yougoslave" qui se rejoint sur une idéologie politique.
  • Les oustachis soutiennent l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste
  • 1941 : indépendance de la Croatie => orthodoxes et juifs chassés
  • Certains nationalistes serbes s'organisent dans un mouvement de résistance royaliste (les "tchetniks").
  • Parallèlement, se développe partout dans l'ancien Royaume de Yougoslavie un mouvement de résistance communiste menée par Tito.
  • Après 1945 : naissance d'une 2ème Yougoslavie, composée de 6 Républiques : la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, la Serbie, le Monténégro et la Macédoine.
  • La Serbie est également composée de 2 provinces : la Voïvodine au Nord et le Kosovo au Sud.
  • Régime communiste (Tito).
  • Régime fédéral => des représentants pour chaque République, et un Président pour l'ensemble => maintenir les discours nationalistes de la 2nde Guerre mondiale
  • ex : la création de la République de Macédoine a pour but de servir de tampon pour limiter les ambitions expansionnistes serbes vers les pays du Sud.
  • 1974 : nouvelle Constitution (le régime dictatorial de Tito s'assouplit avec le temps)
  • Les 2 provinces de la Serbie (Voïvodine et Kosovo) changent de statut et deviennent des provinces autonomes.
  • Le Kosovo est peuplé majoritairement d'Albanais.
  • La Voïvodine est peuplé majoritairement d'Hongrois.
  • Tito a renforcé ce dispositif pour 2 raisons maintenir le nationalisme serbe et maintenir les régionalismes locaux => éviter les scissions éventuelles.
  • Le territoire de la Yougoslavie pose de nombreux problèmes de revendications nationalistes ou régionalistes, qui étaient maintenues par la "main de fer" de Tito.
  • A sa mort en 1980, tous ces problèmes vont pouvoir se manifester sur la place publique.
  • Le principal problème vient de la non-concordance entre les frontières administratives (découpage des Républiques) et les aires culturelles (linguistiques, religieuses et ethniques), qui va pouvoir servir les discours extrémistes lors des batailles politiques pour la conquête du pouvoir à la mort de Tito.

"Le nettoyage ethnique. Terreur et peuplement"


Stéphane ROSIERE, 2006, Le nettoyage ethnique. Terreur et peuplement, Ellipses, collection Carrefours Les Dossiers, Paris, 297 pages.


Stéphane Rosière, professeur de géographie à l'Université de Reims, nous propose dans cet ouvrage une analyse du nettoyage ethnique, pour la première étudiée en profondeur dans son approche géographique. Une analyse des enjeux géopolitiques entraînant la mise en place de nettoyage ethnique dans certains conflits, des logiques de déploiement spatial de ce processus, et des conséquences territoriales et humaines de ces drames.



L'auteur propose une typologie des différents nettoyages ethniques, autour d'une double problématique :
  • Comment une logique de terreur influence le peuplement ?
  • Comment les logiques territoriales peuvent provoquer une politique de terreur ?

L'auteur distingue trois types de nettoyages ethniques :

  • les nettoyages ethniques de statogenèse, liés à la création d'Etats-nations récents, souvent liés aux indépendances dans des "grands" pays comportant de nombreuses minorités dont la répartition spatiale ne correspond pas aux délimitations administratives, dûs à la volonté de sécuriser le territoire (quitte à le rendre plus petit, afin d'atteindre l'objectif de l'homogénéiser) ;
  • les nettoyages ethniques de translations territoriales, situés à la périphérie des Etats, lors d'une modification de frontière, liées à l'intégration récente de minorités ethniques à la périphérie des Etats ;
  • les nettoyages ethniques de prédation et de contrôle social, qui ont lieu dans les pays pauvres non intégrés au système-monde, dont le but est la prédation (l'affrontement pour le contrôle des ressources du sol et du sous-sol) ou le contrôle social (la violence pour "contenir" les populations multiethniques). Ces nettoyages ethniques se justifient directement par une faim de terre, dans des pays qui recherchent une souveraineté effective par la possession des richesses vitales.

Stéphane Rosière montre ainsi que les nettoyages ethniques correspondent toujours à des logiques géographiques : ils peuvent s'expliquer par les relations qu'entretiennent les habitants avec leur territoire (recherche de ressources stratgéiques, relations socioculturelles, création d'un nouvel espace politique, relation centre/périphéries, surpopulation). De plus, ces nettoyages ethniques affectent le territoire, dans la mesure où leur inscription spatiale modifie la géographie humaine de l'espace considéré.

LIEN VERS LE SITE "GEOGRAPHIE DE LA VILLE EN GUERRE " :

Le nettoyage ethnique à Mitrovica

lundi 25 août 2008

La géographie du Liban

Le Liban est un "petit pays", de 10 452 km². Il est peuplé d'environ 4 millions d'habitants, bien que ces chiffres ne soient que des estimations. En effet, il n'y a pas eu de recensement officiel depuis le mandat français (1932) de peur d'avoir à reconsidérer le poids de chaque communauté. La population libanaise est donc estimée entre 3,1 millions (selon les chiffres officiels libanais en janvier 2007) et 4,5 millions d'habitants (selon le ministère des Affaires étrangères français), chiffre qui considère les 350 000 réfugiés palestiniens et les 450 000 travailleurs immigrés syriens. On estime le nombre de Libanais vivant hors du Liban entre 3 millions de personnes (chiffre du Ministère des affaires étrangères français qui ne compte que ceux qui ont toujours la nationalité libanaise) et 13 millions (selon toutes les autres sources), dont 90 % en Amérique du Nord et du Sud. La capitale, Beyrouth, compte 1,6 millions d'habitants en janvier 2007 (avec agglomération). Le mot "Liban" vient du mot araméen qui signifie "la montagne blanche". C'est un pays à la fois maritime et montagnard : un littoral et un double massif montagneux (le mont Liban et l'Anti-Liban) qui encadrent une plaine (la Bekaa).

Le paysage libanais est contrasté et extrêmement varié. Sur des distances minimes (sur 210 km de long et 90 km de large maximum), on assiste au voisinage de la mer et de la haute montagne : par exemple, le sommet Qornet al-Saouda (3 083 m) n'est qu'à 30 km, à vol d'oiseau, de la côte. Autre exemple : la proximité du désert et des cimes enneigées pendant l'hiver (l'Anti-Liban et le sommet Hermon – 2 814 m – dominent de près le désert syrien qui débute non loin de Damas et à 100 km seulement du littoral méditerranéen). De même, on trouve la présence de montagnes dépassant 3 000 m, et tout près vers le sud le fossé le plus profond du monde (fossé de la mer Morte, 393 m en dessous du niveau des océans). Les contrastes et les nuances climatiques sont éloquents quand on va de la Méditerranée vers l'intérieur, ce qui provoque la dégradation du réseau hydrographique et la disparition progressive de la végétation.

Cette région a attiré l'homme depuis les temps les plus reculés de la Préhistoire. Les plaines intérieures et surtout la Bekaa avaient constitué les premiers foyers préhistoriques. Ensuite, l'occupation humaine s'est étendue en direction du Mont-Liban et de la côte. La fin de la dernière période pluviale (depuis 10 000 ans) a été marquée par l'arrivée de vagues humaines venues des déserts avoisinants, dont le climat avait radicalement changé et viré vers l'aride. Les populations se sont déplacées vers les régions les plus clémentes de l'Irak, de la Syrie et de la côte libanaise. Les civilisations se succédèrent sur le sol libanais. Les populations de cet Orient ont pu installer leur demeure, se sédentariser, et inventer la charrue, sélectionner les graines, domestiquer les animaux, découvrir la roue, les métaux et l'alphabet.

Source : http://www.geocities.com/abdnr98/climfr.html

Cette région est véritablement le berceau de la civilisation, et surtout la terre des religions monothéistes. Ses villes sont parmi les plus anciennes de l'Histoire. Elle a constitué de tout temps un pôle d'attraction et continue à subir les effets de son emplacement à la charnière des 3 continents. Mais cette situation géographique a été exploitée très tôt par les Phéniciens et le Liban reste toujours la "porte de l'Orient", d'où les conséquences bénéfiques sur son économie et sa culture qui ont su traverser des moments difficiles au cours des siècles.


Il existe peu de pays dans le monde où l'histoire est autant le fruit des particularités de la géographie. Le Liban est riche en contradictions physiques. Sa situation au milieu de la façade orientale de la Méditerranée, en plein centre du monde ancien et à la charnière des 3 continents, son étendue minime, son relief montagneux et contrasté, son climat varié et humide, la mosaïque de sa population, son rôle économique et culturel très avancé à travers les siècles, tous ces éléments ont fait du Liban la porte entre la Méditerranée et l'Orient, et ont contribué à édifier une histoire glorieuse, mais pleine de crises et de changements. Ce petit pays a été investi à plusieurs reprises par des envahisseurs venus de près ou de loin. Sa population a toujours subi un sort des plus durs, et ses villes ont été maintes fois détruites et rasées (ex : défense de Tyr, incendie de Sidon, destructions répétées de Berytus et de Tripolis…), mais le Liban a toujours su reconstruire en un pays plus prospère.

Source : George MUTIN, "Du Maghreb au Moyen-Orient, un arc de crise", La Documentation photographique, n°8027, La Documentation française, Paris.


Aujourd'hui, le Liban est confronté à de nombreux défis, et notamment :

La situation en Haïti

La population haïtienne est estimée à environ 8,5 millions d'habitants en 2005. La diaspora est particulièrement importante (elle est estimée à 1,5 millions de personnes en 2005). Particulièrement installés aux Etats-Unis (notamment en Floride) et au Canada, ces Haïtiens vivant à l'étranger ont des attaches importantes avec leur pays : ils reviennent souvent au pays et représentent une importante source de revenus. Depuis le début des années 1980, Haïti traverse une crise économique. De 1957 à 1986, la dictature de la famille Duvalier maintient le pays dans une ère de stabilité économique et politique. Avec la chute de Jean-Claude Duvalier (aussi connu sous le nom de Baby Doc) en 1986, le pays plonge dans une période d'instabilité politique, qui entraîne un appauvrissement généralisé.






Le contexte du conflit en Haïti

Le conflit en Haïti oppose le président Jean-Bertrand Aristide (constitutionnellement élu en 2000) et des rebelles (pour la plupart d'anciens militaires et policiers haïtiens, et même d'anciens alliés d'Aristide). Il s'agit donc d'une lutte de pouvoir interne qui oppose des acteurs se disputant le contrôle du pays. La légitimité des élections et donc du mandat du président Aristide est remise en cause par les rebelles. En janvier 2004, les tensions entre rebelles et gouvernement s'intensifient, et les actions des rebelles sont si nombreuses qu'Aristide se voit contraint de quitter son pays et sa place de président. Il fuit son pays le 29 février 2004, sous la protection de militaires états-uniens. Les violences ne s'arrêtent pas pour autant. L'ONU décide du déploiement d'une force militaire multinationale pour 3 mois (à la demande du président haïtien intérimaire) : la résolution 1542 du 30 avril 2004 prévoit que la force militaire assure la transition avant l'arrivée d'une mission de maintien de la paix sous l'égide de l'ONU : la MINUSTAH (Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti).



Les missions de la MINUSTAH

L'une de ces principales missions de la MINUSTAH consiste en l'instauration d'un climat serein pour le développement du processus électoral visant au renouvellement des municipalités, du corps législatif et du gouvernement pour la fin de l'année 2005. La capitale, Port-au-Prince, est le principal foyer de tension (violences de grande intensité et quotidiennes). La déstabilisation de la capitale provoque la dérégulation du pays. La ville est aux prises de gangs armés qui cherchent à asseoir leur contrôle territorial sur certains quartiers. Leur volonté de renverser le gouvernement de transition s'explique également par leur désir de maintenir un chaos sur la ville, et ainsi asseoir leur contrôle de l'espace urbain. Ils s'opposent également entre eux, afin de maintenir leur assise territoriale sur les quartiers qu'ils contrôlent. Le centre-ville de Port-au-Prince est donc une zone ravagée par une guerre de gangs et par une guerre entre forces de l'ordre et gangs. Les Casques bleus et les policiers onusiens doivent donc faire face à des acteurs non conventionnels, fortement armés, particulièrement attachés à maintenir leur contrôle spatial. Port-au-Prince est alors en proie à un double mouvement de violences : d'une part, des violences politiques (visant le renversement du gouvernement), d'autre part des violences "ordinaires" (selon la définition de Jérôme Tadié) à travers une guerre de gangs. La principale mission de la MINUSTAH est alors d'enrayer ce cercle vicieux de la violence, afin d'instaurer un climat serein et d'établir un processus durable de stabilisation du pays.


Une géographie des champs de bataille décisifs


Dans le nouveau contexte stratégique, pour pouvoir prendre un territoire, il faut trouver les zones d'instabilité dans lesquelles peuvent agir les belligérants, groupes paramilitaires, terroristes ou criminels afin de déstabiliser le pays et empêcher le processus de paix. On peut alors réfléchir aux stratégies militaires en fonction des concepts géographiques de points, lignes et réseaux. En effet, maîtriser un point est une avancée, mais ne sert à rien si les belligérants peuvent se déplacer sur les lignes qui relient les points (même s'ils se trouvent bloqués sur certains points, ils peuvent toujours les contourner), et plus encore s'ils sont organisés en réseaux (dans ce cas, un point n'est pas grand-chose, puisque les belligérants peuvent utiliser quasiment l'ensemble du réseau). On peut donc établir une typologie des champs de bataille, non en fonction de leurs caractéristiques physiques, mais de leur relation dans la guerre.



La zone urbaine

Les zones urbaines s'affirment sans conteste comme le champ de bataille politique et militaire préférentiel des terroristes, des soldats et groupes paramilitaires engagés dans une guerre asymétrique, et des réseaux criminels. Elles concentrent les centres de décision, les centres économiques, les médias et la population. Les villes sont devenues un enjeu majeur dans les conflits, tout particulièrement depuis les années 1990. Ce fait s'explique par un double phénomène : d'une part, l'explosion urbaine ; d'autre part, l'évolution des mentalités vis-à-vis du conflit et du droit juridique international.

Importance de la poussée urbaine : la ville regroupe la moitié de la population mondiale, prend une part de plus en plus importante dans la superficie mondiale et regroupe tous les centres économiques de la planète. Il est désormais difficile, voire impossible, d'éviter le milieu urbain : "la guerre en ville va devenir de plus en plus difficilement évitable pour une simple et bonne raison : l'extension à un rythme de plus en plus effréné des zones urbanisées" ("Le combat urbain, Analyses et perspectives", Raids, 2003, hors série n°11, p. 11). L'évolution de la société a entraîné un nouveau rapport au conflit : désormais la ville ne doit plus être anéantie, mais contrôlée. L'intérêt est de déstabiliser suffisamment l'ennemi pour le forcer à arrêter ses actions et à entrer dans le processus de paix, tout en protégeant la population à la fois des belligérants et des dommages collatéraux. Cette évolution s'explique par le type de conflits dans lequel les militaires français sont engagés depuis la fin du XXème siècle, c'est-à-dire des interventions visant à instaurer la paix, dans le cadre du droit international des conflits, sur des théâtres d'opérations autres que le territoire national. L'opinion publique prend une part importante dans la réalisation de ce type d'opérations, dans la mesure où c'est elle qui décide, par ses votes, de la ligne de conduite du gouvernement français : les dommages collatéraux, tout comme les risques pris par les militaires, sont des arguments en défaveur de l'augmentation du budget des Armées et de l'envoi de nouvelles troupes dans divers conflits. Les militaires doivent s'engager dans des opérations restreintes dans le temps et l'espace et limiter les dommages collatéraux. Non seulement la guerre ne se fait plus dans un milieu physique déterminé, mais en plus elle se déroule désormais dans un espace complexe qui englobe bien plus d'obstacles que les simples particularités physiques.

On ne peut plus parler aujourd'hui de "champ de bataille" pour désigner les différents milieux où s'affrontent les belligérants, ou de "campagne" pour parler de la bataille elle-même ("Cette habitude est ancienne. Le mot «campagne», de l'italien campanie, apparaît au sens militaires dès le début du XVIe siècle. Succédant aux « chevauchées » qui dévastaient un pays, «campagne» désigne le terrain de manœuvre des troupes, l'espace où l'on s'affronte par les armes, où se règle le sort des batailles, où Dieu désigne le vainqueur. par extension, « campagne » signifie aussi une série de mouvements de troupes, ordonnées par le roi, qui ont parfois pour objet la capture des villes. […] En temps de guerre, loin de s'opposer comme citadin et « campagnard », les mots « ville » et « campagne » s'associent aisément, y compris de nos jours." Dufour, Jean-Louis, 2002, La guerre, la ville et le soldat, Odile Jacob, Paris, p. 317). La terminologie a évolué parallèlement à ce nouvel intérêt pour la ville dans les conflits. Ce changement dans les termes ne correspond pas seulement à un besoin de moderniser les appellations, mais surtout à une réalité nouvelle dans les conflits dans lesquels sont engagés les militaires français. Jean-Louis Dufour parle, en suivant l'exemple du titre de l'ouvrage de Philippe Delmas, du "bel avenir de la guerre en ville" (Titre d'un chapitre faisant référence à l'ouvrage : Delmas, Philippe, 1995, Le bel avenir de la guerre, Editions Gallimard, Paris, dans Dufour, Jean-Louis, 2002, La guerre, la ville et le soldat, Odile Jacob, Paris, p. 263). "Pour le stratège comme pour le diplomate, la ville est d'abord un agrégat de symboles dont la compréhension – au travers de toutes les déclinaisons du renseignement – est systématiquement vue comme l'élément premier de toute opération en milieu urbain." (Henrotin, Joseph, 2003, "La ville : enjeu et théâtre des conflits", Diplomatie Magazine, n°3, mai-juin 2003, p. 20).

Au-delà s'ajoute un nouveau symbole : celui de l'incertitude que peut créer, chez les militaires, la présence de la population en milieu urbain. La ville est aussi un refuge de tous les belligérants, les groupuscules nationalistes et les trafiquants, surtout en période de conflits, parce qu'ils peuvent facilement se dissimuler au sein de la population. Face à l'aversion des militaires en milieu urbain, ils se sentent protéger par les caractéristiques de la ville. Il est fondamental de pénétrer dans les villes, d'en prendre le contrôle, afin d'affirmer leur présence et leur efficacité à tous les acteurs du conflit. Prendre une ville doit être l'objectif fondamental, sans pour autant créer trop de dommages collatéraux. L'enjeu est double : montrer aux habitants de la ville que ces opérations ne les mettent pas en danger, tout en affirmant le contrôle de cet espace urbain. La difficulté existe dans la limite à donner dans le degré de violence à utiliser pour répondre à ces deux objectifs contradictoires. Il s'agit de montrer l'efficacité militaires tout en ne dépassant pas un seuil critique de violence qui créerait trop de dommages matériels et humains (Seuil : "Notion initialement physique étendue au domaine des sciences humaines. Un seuil est un lieu de rupture de profil, de conditions d'écoulement, de communication, une aire de passage et de transition en même temps que de séparation, impliquant une différenciation qualitative". George, Pierre et Fernand Verger, 2000, Dictionnaire de la géographie, 7ème édition, 1ère édition 1970, PUF, Paris, p. 424).

Source : Henrotin, Joseph, 2003, "La ville : enjeu et théâtre des conflits", Diplomatie Magazine, n°3, mai-juin 2003, p. 20.




Les zones périphériques rurales

Le plus souvent situées en plaine ou en terrain semi-vallonné . Elles constituent l'espace charnière qui donnent du champ stratégique à l'action des groupes paramilitaires, des soldats engagés dans un conflit asymétriques et des groupes terroristes et criminels . Ce sont par ces zones périphériques que transite l'ennemi pour gagner les villes en s'appuyant sur des réseaux logistiques et une parfaite connaissance du terrain.



Les zones-refuges

Ce sont de véritables sanctuaires, souvent transfrontaliers. Elles abritent la base arrière qui permet aux groupes paramilitaires et terroristes de s'entraîner, de s'équiper, de se ravitailler, de planifier et de diriger les opérations, de se "reconditionner" en toute sécurité et d'y expérimenter parfois leurs modèles idéologiques (politico-religieux dans le cas des terroristes d'Al-Qaïda en Afghanistan) et économiques. Ces zones sont situées dans des espaces naturels d'accès difficile : forêts, jungle, mais surtout massifs montagneux (qui ont toujours été des zones-refuges). Dans ces zones isolées, l'ennemi est pourtant particulièrement vulnérable, car privé de la caisse de résonance médiatique et du bouclier de la population. Ce milieu réduit aussi la supériorité technologique des armées occidentales conventionnelles, et fait peser de fortes contraintes sur la stratégie. Dans les zones-refuges, les obstacles "habituels" à la progression des forces armées sont renforcées par les contraintes du milieu physique (topographiques et climatologiques notamment) puisque ce sont des milieux extrêmes.



SOURCES :
  • "La zone urbaine" : d'après TRATNJEK, Bénédicte, 2005, Les militaires fac au milieu urbain : étude comparative de Mitrovica et de Sarajevo , mémoire de DEA de géographie politique, culturelle et historique, Université Paris-Sorbonne (Paris IV), 634 pages.
  • "Les zones périphériques rurales" et "Les zones refuges" : d'après BOULANGER, Philippe, 2006, Géographie militaire, Ellipses, collection, Carrefours Les Dossiers, Paris, 384 pages, et ROSIERE, Stéphane, 2003, Géographie politique et Géopolitique. Une grammaire de l'espace politique, Ellipses, collection Universités Géographie, Paris, 320 pages.

"Liban, une guerre de 33 jours"


MERMIER Franck et PICARD Elizabeth (dir.), 2007, Liban, une guerre de 33 jours, La Découverte, Paris, 256 pages.


Un ouvrage collectif regroupant des spécialistes sur le Liban qui apportent chacun leur analyse sur le conflit de l'été 2006, ses enjeux et ses conséquences.


Dans une 1ère partie, Eric Verdeil, Leïla Vignal (géographie), Mona Harb, Aurélie Daher, Karam Karam (science politique), Candice Raymond (histoire) et Frank Mermier (IFPO) apportent une analyse sur les conséquences de ces 33 jours de bombardement. Leurs différentes approches permettent de comprendre le bilan à différentes échelles (Liban, Beyrouth, banlieue Sud de Beyrouth, Baalbek), et selon différents angles d'approches (économie, culture, politique).


Dans une 2ème partie, Tristan Khayat (OFPRA), Elizabeth Picard, Bernard Rougier (science politique), Melhem Chaoul (sociologie), Sabrina Mervin, Kinda Chaib (histoire), et Abbas Baydoun (poète et journaliste) analysent les différentes forces politiques du Liban et leur implication dans le conflit de l'été 2006, en fonction de leur localisation, de leur courant de pensée, et de leur appartenance communutaire.


La 3ème partie est consacrée à l'analyse des enjeux entre Israël et le Liban : "la terre, l'eau, la sécurité". Ainsi, Henry Laurens, Mounzer Jaber, Hana' Jaber (histoire), Pierre Blanc (géopolitique), Souha Tarraf et Karine Bennafla (géographie) analysent diverses zones symboliques (Liban-Sud, fermes de Chebaa, Bekaa) et montrent le lien avec les ressources stratégiques, la volonté d'appropriation du territoire et les tensions entre les 2 pays.


Dans la 4ème partie, Philippe Droz-Vincent, Joseph Bahout, Alain Dieckhoff, Olivier Roy, Elizabeth Picard (science politique), Sami Makki (Cirpes), Rafael Bustos (relations internationales), Christophe Ayad, Caroline Donati et Agnès Levallois (journalistes) proposent une analyse des acteurs extérieurs à ce conflit : Etats-Unis, France, Iran, Syrie et pays arabes. Différents thèmes sont alors abordés pour expliciter les enjeux de la communauté internationale : politique étrangère des acteurs de la communauté étrangère (Etats-Unis, France), liens entre les différents pays impliqués, volonté de puissance des pays voisins (Israël, Syrie, Iran), droit international humanitaire, guerre asymétrique, rôle des médias...


Cet ouvrage permet de dépasser les raccourcis et les simplifications souvent offerts "sur le vif" en offrant une analyse multiscalaire et multidimensionnelle, regroupant des chercheurs français et libanais. Il s'agit d'un ouvrage qui met en perspective à la fois les enjeux de cette guerre et ses conséquences dans l'équilibre proche-oriental.



LIENS VERS LE SITE "GEOGRAPHIE DE LA VILLE EN GUERRE"

"Géopolitique du nouvel Afghanistan"


DOMBROWSKY Patrick et PIERNAS Simone, 2005, Géopolitique du nouvel Afghanistan, Ellipses, collection Référence Géopolitique, Paris, 111 pages.


Un ouvrage court qui propose une analyse des principaux enjeux géopolitiques de l'Afghanistan actuel. Après un chapitre introductif présentant les principales régions de l'Afghanistan et les grands temps de son histoire, l'ouvrage se décompose en grandes thématiques : l'auteur analyse ainsi les principaux enjeux de tension et de développement (politique, économie, reconstruction), les acteurs multiscalaires (société afghane, contrôle policier, trafiquants de drogue, ONG internationales, pays voisins, France). Si la cartographie manque dans cet ouvrage de géopolitique, son approche synthétique reste convaincante et permet de faire un point pour ceux qui cherchent à aborder les grandes questions qui menacent la stabilité de l'Afghanistan aujourd'hui.

A l'heure où se pose la question de la légitimité de l'intervention française en Afghanistan, l'ouvrage propose une conclusion questionnant le rôle de la France.

dimanche 24 août 2008

La guerre, la ville et le soldat


Jean-Louis DUFOUR, La guerre, la ville et le soldat, 2002, Editions Odile Jacob, Paris, 351 pages.

Jean-Louis DUFOUR est historien, professeur associé à l'Ecole militaire de Saint-Cyr. Spécialiste de la question ville/guerre, il nous propose dans cet ouvrage une synthèse des relations entre la ville et la guerre dans l'Histoire. Si les stratèges ont longtemps déconseillé le milieu urbain, il est évident que les militaires ne pouvaient pas toujours l'éviter. Néanmoins, la façon d'envisager la ville dans la stratégie a fortement évolué.

Jean-Louis DUFOUR nous propose ici une typologie des différentes relations ville/guerre : l'ouvrage en 5 parties se compose d'une partie introductive qui présente l'historique des relations guerre/ville/soldat, en fonction des évolutions des matériels et des objectifs des guerres. Il est évident que le XXe siècle a été riche en transformations. Les 3 parties suivantes sont le reflet de la typologie dressée par Jean-Louis DUFOUR :


1/ La guerre contre la ville (la ville fortifiée, la ville assiégée)
2/ La guerre dans la ville (la ville assaillie, la ville insurgée)
3/ La guerre à la ville (la ville bombardée, la ville otage)


La dernière partie est une conclusion sur "le bel avenir de la guerre urbaine", reprenant ainsi le titre du célèbre ouvrage de Philippe Delmas, pour démontrer combien le milieu urbain est devenu primordial dans les guerres actuelles, mais également dans les guerres futures. Partie qui fait également le point sur l'équipement, la formation et le moral du soldat français face à ces conflits urbains.


Un ouvrage qui fait référence dans le domaine de la guerre urbaine. L'approche historique a le mérite de montrer que de nombreuses leçons peuvent être tirées de conflits du passé pour comprendre les différents types de rapport ville/guerre.

Le drapeau du Kosovo

Le Kosovo, en tant qu'Etat nouvellement indépendant, a dû se doter d'un drapeau. Un symbole national et identitaire, qui a été l'objet de nombreuses discussions et pressions de la part des communautés vivant au Kosovo comme de la communauté internationale. Petit point pour montrer l'importance du choix de ce drapeau dans la construction identitaire de ce pays. Le drapeau est une forme de reconnaissance, un marqueur territorial, et THEORIQUEMENT un outil d'unité. Le choix des symboles et des couleurs sur un drapeau sont donc d'une importance capitale.

Beaucoup d'Albanais réclamaient le drapeau de l'Albanie, qui a été érigé depuis les années 1980 dans toutes les manifestations qu'ils ont mené dans ce pays.



Drapeau rouge avec l'aigle noir bicéphale. Premier problème : il n'est pas autorisé de choisir un drapeau étant déjà utilisé par un autre pays (il existe deux rares exceptions, notamment Monaco, qui d'ailleurs revendique depuis longtemps le changement de son drapeau).

Autre drapeau proposé : garder la couleur rouge, l'aigle bicéphale, dans un coin du drapeau. En gardant la couleur rouge sur l'ensemble du drapeau comme symbole de l'identité albanaise.


Des symboles rejetés par la Serbie (qui ne reconnaît pas l'indépendance du Kosovo : en soi, pour les pays ne reconnaissant pas cette indépendance, la question du drapeau ne devrait pas se poser !).

L'ancien "président" (il n'avait pas le statut officiel mais était reconnu comme tel par les Albanais du Kosovo, suite à des élections officieuses) Ibrahim Rugova (chef du parti albanais au Kosovo prônant la non-violence dans la résolution du conflit) avait introduit le drapeau de Dardanie depuis 2000.



Force est de constater que dans les manifestations qui ont eu lieu après, les militants d'une ligne violente érigeaient le drapeau de l'Albanie comme symbole de leur revenidaction identitaire.



La communauté internationale a donc proposé aux habitants du Kosovo un concours pour choisir leur drapeau. Mais avec de nombreuses restrictions : pas de rouge (symbole ici de la communauté albanaise), pas d'aigle bicéphale (même chose)... De l'extérieur, on a imposé des restrictions sur tous les symboles identitaires. Résultat, il restait peu de figurés et de couleurs disponibles !

Trois drapeaux ont été pré-sélectionnés suite à ce concours. Les deux drapeaux non retenus étaient des drapeaux tri-colores noir-blanc-rouge :- un drapeau tri-colore simple- un drapeau tri-colore avec au centre une spirale noireLe problème venait principalement du choix des couleurs, trop proches des couleurs du drapeau de l'Albanie, et du coup ces drapeaux ont été jugés comme trop chargés en émotions.



En définitive, le drapeau qui a remporté le concours (avec un prix à la clé) proposait un drapeau sur fond bleu (une couleur très appréciée par la communauté internationale : pensez aux drapeaux de l'ONU, de l'UE...), avec en son centre la représentation de la carte du Kosovo en jaune (une couleur elle aussi considérée, par la communauté internationale toujours, comme non émotionnelle) et au-dessus 5 étoiles jaunes. Problème... Ces 5 étoiles représentent les communautés du Kosovo... La communauté internationale a rajouté une 6ème étoile : il manquait la communauté serbe ! De même, une étoile - celle symbolisant la communauté albanaise - était plus grande que les autres. La communauté internationale a donc changé cela pour mettre 6 étoiles de même taille.



Force est de constater que ce drapeau, imposé par la communauté internationale, ne flotte pas sur les maisons du Kosovo... Bien au contraire, le drapeau rouge à l'aigle bicéphale a toujours sa place dans les manifestations, ou même sur les maisons.


Mitrovica, synthèse des problèmes du Kosovo

La ville de Mitrovica est une bonne synthèse des questions actuelles sur le Kosovo. Pour faire simple : est-ce UNE ville ou DEUX villes ? La ville est divisée en deux quartiers par la rivière Ibar.

Crédit : Tratnjek Bénédicte, février 2004.

La rivière Ibar, une frontière vécue au coeur de Mitrovica

Au Nord, des quartiers majoritairement serbes, où l'on parle le serbe (langue slave), où l'on écrit en alphabet cyrillique, où l'on commerce avec le dinar (monnaie de la Serbie), où l'on ne capte que des chaînes de télévision de Serbie, où l'électricité est fournie par la Serbie, où la compagnie de bus ne dessert que le Nord.

Crédit : Tratnjek Bénédicte, février 2004.

Les quartiers serbes au Nord de Mitrovica, un urbanisme communiste

Au Sud, des quartiers majoritairement albanais, où l'on parle albanais (groupe de langue autonome), où l'on écrit en alphabet latin, où l'on commerce avec l'euro, où l'on ne capte que des chaînes proposant des programmes bréisiliens ou marocains sous-titrés en albanais et des journaux d'informations produits à Pristina (capitale du Kosovo), où l'électricité est fournie par les réacteurs d'Obilic (centre du Kosovo), où la compagnie de bus ne dessert que les quartiers Sud.

Crédit : Tratnjek Bénédicte, février 2004.

L'expansion actuelle de la ville au Sud de Mitrovica, dans les quartiers albanais

Au centre, un pont. Magnifique, grandiose. Mais désert. Ce pont a été détruit pendant la guerre, puis reconstruit par la KFOR (Force du Kosovo - OTAN). Conçu comme un symbole de la réconciliation des deux communautés, il s'impose par sa grandiosité au coeur d'une ville pauvre. Mais personne ne s'y aventure. Si ce n'est les acteurs internationaux (KFOR, diplomates, journalistes, ONG...). Pas de réconciliation au Kosovo depuis la guerre ? Mais vouloir la réconciliation, c'était oublier que les habitants de Mitrovica vivaient, avant la guerre, côte à côte, mais pas ensemble...Et, ceux que l'on oublie toujours : les petites minorités. Les Albanais du Nord de la ville, les Serbes du Sud de la ville, mais aussi une myriade de petites minroités (Ashkali, Goran, Rom, Bosniaques...) qui vivent dans une insécurité et une discrimination permanentes. Ceux dont on ne parle pas dans les médias... Mitrovica : une synthèse des enjeux du Kosovo !


Crédit : Tratnjek Bénédicte, février 2004.

Le pont de Mitrovica, symbole de la dispute


DES LIENS VERS LE SITE "GEOGRAPHIE DE LA VILLE EN GUERRE" :

Les territoires de la violence à Jakarta


TADIE Jérôme, Les territoires de la violence à Jakarta, 2006, Belin, collection Mappemonde, Paris, 303 pages.


La thèse de Jérôme Tadié est remarquable à plusieurs titres. D'une part, cette analyse relève d'une analyse géographique peu commune sur les espaces urbains de la violence (ce domaine étant souvent le "fief" de la sociologie urbaine). D'autre part, cette analyse se démarque des autres travaux dans le domaine. Si Bernard Calas (sur la ville de Kampala) et Elisabeth Dorier-Apprill (sur la ville de Brazzaville) ont, parmi d'autres, "ouvert la voie" en proposant des analyses détaillées des conséquences de la guerre dans un espace urbain, Jérôme Tadié propose ici une analyse des "violences ordinaires" (délinquance, batailles de rue). Cette originalité ne suffit pas à justifier la lecture de cet ouvrage : l'analyse des quartiers dangereux, des hauts-lieux de la violence quotidienne, des logiques spatiales des émeutes, des territoires de la répression (officielle et informelle) est menée avec rigueur et précision, nous plongeant dans les périphéries de Jakarta, au coeur de quartiers soumis à ces "violences quotidiennes". L'ouvrage s'appuie également sur une cartographie complète des émeutes et des lieux dangereux , ainsi que l'analyse de quartiers spécifiques. Loin du contexte particulier de la guerre, cet ouvrage offre une réflexion approfondie sur la violence qui affecte ici une ville spécifique, mais pourra amener à être prolongée par des comparaisons avec d'autres villes de par le monde. En effet, les relations entre l'appropriation des territoires urbains par la violence (qu'elle soit "officielle" dans le cas des forces de l'ordre, "criminelle" dans le cas de la délinquance, ou "informelle" dans le cas des caïds) et les modes de violence que Jérôme Tadié décrit et analyse dans le cadre particulier de Jakarta, peuvent être mises en parallèle avec les différents quartiers qui échappent à la bonne gouvernance dans toutes les métropoles du monde.


Histoire et géographie de l'Afghanistan 1

Suite à la tragédie lors de l'embuscade du lundi 18 août 2008 à Saroubi à 50 km de Kaboul, qui a entraîné la mort de 10 soldats français, ce message tente de faire le point sur la géographie de l'Afghanistan, pays dévasté par près de 30 ans de conflit.


Brève chronologie de l'histoire récente de l'Afghanistan

  • 1978 : Coup d'Etat militaire, arrivée au pouvoir d'une régime communiste. La République de l'Aghanistan devient la République démocratique d'Afghanistan.
  • 1979 : Invasion soviétique en Afghanistan pour soutenir le régime communiste naissant et éviter un coup d'Etat le renversant.
  • 1979-1989 : Occupation de l'Afghanistan par les troupes soviétiques (1,5 millions de morts, destruction totale de l'infrastructure économique, 5 millions de réfugiés au pakistan et en Iran).
  • 1987 : Constitution.
  • 1989-1992 : Régime de Najibullah (chef des services secrets afghans et dernier président communiste). Il continue la guerre contre les moudjahidines.
  • 1990 : Nouvelle Constitution.
  • 1992-1996 : Chute de Najibullah, fin du régime communiste (26 avril 1992). Guerre civile entre les factions rivales des moudjahidines. Prise de Kaboul par les troupes des Taleban (26 septembre 1996).
  • 1996 : Les Taleban s'emparent de Kaboul. Un régime islamique est instauré, dirigé par le mollah Omar. La guerre civile continue.
  • 9 septembre 2001 : Assassinat du commandant Massoud.
  • 11 septembre 2001 : Attentats contre le World Trade Center et le Pentagone.
  • 7 octobre 2001 : Début de la guerre menée par la coalition internationale en Afghanistan.
  • 13 novembre 2001 : Chute du régime des Taleban.
  • 5 décembre 2001 : Accord de Bonn désignant Hamid Karzai comme chef de l'Autorité intérimaire.
  • 9 octobre 2004 : Hamid Zarkai est élu président au suffrage universel direct.




Un peuplement dépendant d'une géographie contraignante

"Depuis des millénaires, cette terre appelée aujourd'hui Afghanistan, se trouve au centre de l'action. Elle est le lieu de rencontre, carrefour de civilisations, de quatre mouvements écologiques et culturels : Moyen-Orient, Asie centrale, sub-continent Indien et Extrême-Orient."
Louis DUPREE, "Afghanistan", éd. Princeton University Press

Les chaînes de montagnes recouvrent les 3/4 du pays. Elles datent du quaternaire, et sont donc jeunes, rocheuses et dépourvues de végétation, sauf au sud-est et à l'est du pays. Au pied des massifs montagneux, les plaines sont désertiques à cause d'une sécheresse endémique. Les zones de peuplement sont principalement situées dans les vallées irriguées par des rivières. le climat aride est une donnée majeure des conditions de vie, de l'économie et de la démographie. L'Afghanistan peut être divisé en 4 régions principales :

1/ Au nord, on trouve des plaines les plus fertiles du pays et des collines douces, verdoyantes au printemps, désertiques et sèches le restant de l'année, et irriguées par les affluents de l'Amou Daria. Les principales agglomérations sont Maimana, Mazâr-e-Charif, kunduz, Baghland, Pul-i-khumri, Faizabad.

2/ Le centre correspond au plateau du Hazarajat et du bassin de Kaboul. Seules les vallées bien irriguées y sont fortement peuplées. Les villes principales sont : Gazni, Kaboul, Gardez et Djalâlâbâd.

3/ A l'ouest, se situent la vallée et les plaines fertiles de Hérat (ville-frontière avec l'Iran). Cette région est irriguée par la rivière Hari-Rud et au nord-ouest par le Murghab et le Farah-Rud. Les principales agglomérations sont Hérat, Shindan et Farah.

4/ Au sud, la région de Kandahar (ville emblématique de l'ethnie majoritaire patchoune) est irriguée par l'Helmand et ses deux affluents principaux, l'Argandab et le Tarnak. Autres villes notables : Laskharga, Kajakai, Kalat et Moqur.

Malgré l'aridité du climat et l'âpreté d'une nature montagneuse et rocheuse (et donc le morcellement des parcelles cultivables), 90 % de la population se consacre à l'agriculture et à l'élevage. Sur 63 millions d'hectares, 12 % de cette surface sont exploitables.



Les populations de l'Afghanistan

L'Afghanistan est une mosaïque de communautés à base ethnique, d'inégale importance, à l'intérieur desquelles les solidarités sont fortes. Les nombreux flux d'immigration et d'invasions au cours de l'histoire ont laissé des traces dans la composition ethnique de la population. Les 4 principaux groupes ethniques sont les les Ouzbeks, les Hazaras, les Tadjiks et les Patchouns (plus d'un million de personnes pour chaque communauté). Ces populations sont des ethnies transnationales, également représentées dans d'autres pays de l'Asie centrale. Néanmoins, peu de groupes ont maintenu leur homogénéité au fil du temps (les mariages mixtes se pratiquent depuis des siècles).


LES PATCHOUNS

Ce sont les plus nombreux (7 millions d'habitants, soit 40 % du total des Afghans); Leur fief est le Sud. Pour les ethnologues, ils sont de type "caucasien". Ils ont dirigé le pays "de droit divin" durant 250 ans. Ils considèrent la province du Pakistan dite Frontière du Nord-Ouest fait partie de leur pays en l'incluant dans un "Pachtounistan" (rattachée en 1893 à l'empire des Indes, cette région est peuplée de 20 millions de Pathans – autre nom des Pachtouns – majoritaires en Afghanistan). De l'époque où ils étaient (semi-)nomades, éleveurs de chèvres et de moutons, les Pachtounes gardent une affiliation par tribu et par clan. Les Pachtouns de l'Ouest sont historiquement regroupés en une fédération, les Durranis, dont sont issus les rois du pays de 1747 à 1973. Les Pachtouns du centre-Est sont des Ghilzaïs. Quant à la dizaine de tribus de l'Est, elle n'a jamais pu, su ou voulu se fédérer. Tous sunnites, les Pachtouns parlent une langue indo-européenne, le "pachto". Ils ont un code tribal, le "pouchtounwali", fondé sur le talion et empreint de misogynie. Au XIXe siècle, le roi Abdur Rahman a envoyé des clans pachtouns au Nord pour "afghaniser" les minorités. Cette ethnie a été très bousculée par les dernières guerres. La plus grande partie des réfugiés au Pakistan sont des Pachtouns.



LES TADJIKS

Ils forment le 2ème groupe afghan (plus de 4 millions, 30 % du total). Ayant peu émigré, très présents à Kaboul et Herat, et dans les villes en général, les Tadjiks ont acquis une importance (longtemps illustrée par le commandant Massoud) qui offusque les Pachtouns. De type caucasien eux aussi, ils parlent le dari, une forme de persan qui est la langue officielle du pays avec le pachto. Le dari est la langue la plus parlée en Afghanistan, notamment par l'élite cultivée. Sédentaires, sans référence tribale, ils sont répandus dans tous l'Afghanistan. Leurs fiefs sont le Nord-Est et le centre-Ouest. Leur sunnisme, conservateur ou islamiste, est en général plus modéré que celui des Pachtouns.


LES HAZARAS

Ils représentent plus de 10 % des Afghans (1,5 millions de personnes). De type mongoloïde, de religion chiite, parfois ismaïliens, parlant une forme de persan, ils souffrent du mépris des autres habitants (une légende tenace les veut descendants des hordes de Gengis Khan). Vivant dans le centre, très pauvre, de l'Hindou Kouch, ils ont beaucoup émigré en ville, surtout à Kaboul et à Mazar, où ils pratiquent souvent des métiers peu considérés. La guerre les a accablés, mais aussi survoltés. Ils estiment avoir droit au 1/4 des postes publics et cherchent à avoir un Afghanistan fédéral.



LES OUZBEKS

Ils sont plus d'un million (moins de 10 % des Afghans). Leur fief est la plaine du Nord, qu'ils partagent avec les Turkmènes à l'Ouest, des Tadjiks à l'Est et des groupes pachtouns épars. Les Ouzbeks, de type mongoloïde, parlent une langue turque. Ils sont sunnites.



LES ETHNIES MOYENNES
  • les Aïmaqs (500 000), dans l'Ouest de l'Hindou Kouch, ayant les caractéristiques physiques tantôt des Hazaras et tantôt des Tadjiks, parlant le dari, sunnites.
  • les Farsiwans ou Parsibans (300 000) vivant à l'Ouest, de type caucasien, parlant le dari, chiites.
  • les Turkmènes (200 000), semi-nomades, dans le Nord-Ouest, mongoloïdes, turcophones, sunnites.
  • les Brahouis (200 000), dans le Sud-Ouest, type et parler dravidiens (Inde), sunnites.
  • les les Baloutches (150 000), nomades, dans le Sud, caucasiens, sunnites.
  • les Nouristanis (120 000), dans l'Est, parler indo-européen, caucasiens, sunnites.


    LES PETITES MINORITES
  • les Kirghizes (dans le Pamir)
  • les Gujars (proches des Nouristanis)
  • les Moghols (Hindou Kouch)
  • les "Arabes" "descendants du Prophète" ("Sayyid")
  • les Qizilbaches ("Têtes rouges", dans les ville, chiites, d'origine persane)
  • les Hindous (commerçants à Kaboul)
  • les Jats ("bohémiens")


"Métropoles en mouvement"

"Métropoles en mouvement" : un site de l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD) qui propose une approche complémentaire à l'ouvrage Métropoles en mouvement, une comparaison internationale (ouvrage collectif coordonné par Françoise DUREAU, Véronique DUPONT, Eva LELIEVRE, Jean-Pierre LEVY et thierry LULLE, 2000, Anthropos / IRD, Paris, 656 pages).


Retrouvez des synthèses sur 19 métropoles de par le monde, et en particulier deux métropoles africaines touchées par la guerre et en phase de reconstruction (Abidjan et Kampala). Ce site est pertinent à plusieurs titres : il propose une analyse complète et rapide de chacune des métropoles (Abidjan, Bamako, Bangkok, Bogota, Delhi, Guatemala, Hanoi, Johannesburg, Kampala, Le Caire, Montréal, Moscou, Mumbai, Ouagadougou, Paris, Quito, Santiago du Chili, Sao Paulo, Strasbourg) effectuée par des géographes spécialistes de ces villes, permet un accès à des documents cartographiques montrant pour chacune des villes l'organisation spatiale et l'expansion urbaine, une bibliographie courte et précise, et de nombreuses photographies.


Ce site est utile autant pour les étudiants et élèves qui veulent compéter leurs cours, que pour les professeurs ou tous les curieux qui cherchent à approfondir leurs connaissances sur les grandes villes de par le monde.



Typologie du lien ville/guerre

La fin du XXe siècle a vu émerger deux phénomènes particulièrement importants :
  • les nouveaux conflits ;
  • la ville comme espace concentrant les pouvoirs, les symboles, les intérêts et les populations en jeu dans ces conflits

Après la Seconde Guerre mondiale, des villes comme Alger, Lhassa, Saïgon, Phnom Penh, Mogadiscio, Beyrouth, Brazzaville, Kigali, Dubrovnik, Kaboul, Jérusalem, Sarajevo, Freetown, Grozny, Mitrovica, Monrovia et Bagdad se sont trouvées être des théâtres de guerres et être en proie à des désastres humanitaires. Exceptionnelle hier, la bataille en ville et pour la ville pourrait constituer le fait guerrier dominant du XXIe siècle.

Ce fait s'explique du fait de l'essor des populations citadines :

  • la progression annuelle moyenne de la population urbaine mondiale est d'environ 65 millions d'hommes
  • au début du XIXe siècle, 3 % seulement de la population mondiale résidaient dans des villes
  • ce pourcentage a dépassé les 50 % en 2007

Cette urbanisation accélérée a plusieurs conséquences sur l'évolution de la guerre. L'ensemble de ce blog donc de la ville en guerre et des conséquences pour l'urbanisme et les populations, la ville modelée par la guerre (urbanisation, urbanisme et urbanité) et la fixation de la guerre dans la géographie urbaine, politique, culturelle et militaire.



La ville refuge


Aujourd'hui, il est incontestable que la ville est un objectif stratégique dans les guerres en cours, mais il est possible de distinguer une typologie dans la forme que prend le lien ville/guerre. Tout d'abord, la ville peut être un objectif indirect, dans la mesure où le conflit n'a pas pour fin la prise de la ville en tant que telle. La ville est alors, au contraire, un havre de sécurité vers laquelle affluent les populations rurales se retrouvant au cœur des zones de combat, ce qui transforme profondément la composition socio-spatiale de la ville. Les populations rurales ainsi déplacées se trouvent marginalisées dans des espaces peu aménagés, dans un pays dérégulé et appauvri par un conflit. Dans le même temps, la ville se trouve coupée de son arrière-pays, lui-même déséquilibré : les échanges se raréfient, la ville se trouvant ainsi privée d'une importante partie de son approvisionnement, qu'il vienne de son arrière-pays ou de l'extérieur. Dans ce contexte, la ville est indirectement touchée par la guerre, mais en subit néanmoins d'importantes conséquences telles que l'augmentation de la population par l'afflux d'une population qui a tout laissé dans sa fuite, la paupérisation des quartiers accueillant cette population, et ainsi un risque très fort de stigmatisation des tensions dans la ville elle-même et de radicalisation d'une part de la population, et ainsi un risque de diffusion du conflit au sein de la ville. (Pour une approche plus généraliste de la ville-refuge, voir Olivier Mongin).





La ville cible


Autre forme de lien entre la ville et la guerre : la ville-cible. Dans ce cas, la ville est un objectif stratégique prioritaire pour les combattants, en tant lieu de concentration de tous les enjeux (pouvoirs, populations, économie, centres de décision, symboles…). La ville est alors considérée comme un haut-lieu dans le sens où la prise de celle-ci revient à gagner un incident psychologique fort et déterminant dans la guerre. Les combattants s'attaquent à la ville en tant qu'elle-même, tant dans son fonctionnement que dans ce qu'elle représente. Jean-Louis Dufour, historien spécailiste de la question de la guerre urbaine, distingue de trois catégories principales correspondant à ce rapport ville/guerre :


  • la guerre contre la ville (la ville fortifiée et la ville assiégée) ;
  • la guerre dans la ville (la ville assaillie et la ville insurgée) ;
  • la guerre à la ville (la ville bombardée et la ville otage).





Kaboul : une ville-refuge devenue une ville-cible

La ville est toujours un symbole, quelle soit un refuge ou une cible. De plus, elle est toujours transformée par la guerre, de manière directe ou indirecte. La frontière entre ville-refuge et ville-cible est très mince, comme le prouve l'exemple de la ville de Kaboul. Depuis 1979, Kaboul est la capitale d'un pays ravagé par la guerre, divisé par les dissensions ethniques, soumis à la pression extérieure. La violence, à laquelle la population kaboulie a été soumise, a évolué au cours du temps, lui imposant à chaque nouveau conflit une adaptation à des conditions de vie devenues de fait difficiles. Stratégies de survie contre stratégies des acteurs de la violence, le paysage urbain de Kaboul se métamorphose au fil des combats ainsi qu'en fonction des factions qui s'opposent. Trois grandes césures font l'histoire de Kaboul en tant que ville en guerre :

  • 1992 avec la fin du régime d'obédience communiste et le début des luttes de pouvoirs internes (guerre civile)
  • 2001 avec le déploiement de la coalition internationale sous l'impulsion de l'OTAN contre les talibans (guerre contre le terrorisme)

Ces différentes phases de l'histoire récente de Kaboul montrent qu'une ville peut être affectée par un double mouvement : lors de la guerre d'occupation, les combats entre les Afghans et l'armée Rouge se sont déroulés dans les campagnes. La ville de Kaboul voit sa population fortement augmenter pendant cette période (de 750 000 habitants avant la guerre à 2 millions en 1985) : les déplacés des zones de combat se réfugient dans les centres urbains, et tout particulièrement Kaboul. La ville de Kaboul, en pleine phase de modernisation dans les années 1970 (tout particulièrement dans le centre-ville, ouvert aux influences occidentales) se voit particulièrement affecter par l'arrivée de cette population rurale désoeuvrée et pauvre. Du fait de cette explosion urbaine, les périphéries de la ville connaissent ainsi une paupérisation et une ruralisation, alors même que la capitale est en difficulté écononique, car coupée de son aire d'influence. L'année 1989 voit s'achever le retrait des troupes soviétiques, mais ne marque pas pour autant un retour à la paix. La ville de Kaboul se voit rapidement transformer comme le principal foyer des combats de la guerre civile qui va opposer les tenants du pouvoir et les djihadis (les divers partis de la résistance). Les vainqueurs d'hier vont s'affronter dans la capitale pour le partage du pouvoir. La ville se divise en de nombreux champs de bataille : de nombreuses habitations sont désertées et détruites, les Kaboulis fuient la ville. Deux types de déplacements s'effectuent : d'une part, des déplacés fuient la capitale pour trouver refuge dans les zones épargnées par les combats ; d'autre part, des urbains se déplacent à l'intérieur de la ville, pour trouver refuge dans des quartiers plus sûrs. Lorsque les troupes de l'OTAN entrent dans la ville en octobre 2001, la ville est de nouveau prise pour cible, en tant que symbole du pouvoir des Talibans. Aujourd'hui, la ville de Kaboul est sinistrée et les enjeux de la reconstruction sont divers : eau, électricité, domaine sanitaire, éducation, logements... De plus, la ville est toujours aux prises de tensions et de violence, avec des attentats réguliers.





Photographie du site des éditions de l'Université de Washington.